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Calcul différentiel des fonctions vectorielles

Notations et conventions. On note N\mathbb{N} l'ensemble des entiers positifs, Z\mathbb{Z} l'ensemble des entiers, Q\mathbb{Q} l'ensemble des rationnels ⋯\cdots

Définition 0.1. Une fonction vectorielle définie sur un intervalle (réel) II est une fonction f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n avec n∈N≥0n \in \mathbb{N}_{\geq 0}.

Remarque 0.1. Si n=1n = 1, on a des fonctions "numériques" classiques, c'est-à-dire des fonctions réelles à variable réelle.

Exemple 0.1. f:[0,1]→R3f : [0, 1] \to \mathbb{R}^3, avec f(t)=(1,t) ∀t∈[0,1]f(t) = (1, t) \ \forall t \in [0, 1] ; g:[0,1]→R3g : [0, 1] \to \mathbb{R}^3, avec g(t)=(cos⁡(t),exp⁡(−arctan⁡(t)),t2+2)g(t) = (\cos(t), \exp(-\arctan(t)), t^2 + 2). Il sera utile d'écrire une fonction vectorielle en termes de ses coordonnées. Plus précisément, si f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n, alors f(t)=(f1(t),…,fn(t))f(t) = (f_1(t), \dots, f_n(t)) avec fi:I→R ∀i=1,⋯ ,nf_i : I \to \mathbb{R} \ \forall i = 1, \cdots, n, avec fi:=πi∘ff_i := \pi_i \circ f où πi:{Rn→R(x1,⋯ ,xn)↦xi\pi_i : \begin{cases} \mathbb{R}^n \to \mathbb{R} \\ (x_1, \cdots, x_n) \mapsto x_i \end{cases} pour tout i=1,⋯ ,ni = 1, \cdots, n.

Remarque 0.2 (Idée). Développer un calcul différentiel (continuité, dérivabilité, intégration) pour des fonctions vectorielles.

Continuité des fonctions vectorielles​

Remarque 1.1. Une norme sur Rn\mathbb{R}^n est une application ∥.∥:Rn→R+\|.\| : \mathbb{R}^n \to \mathbb{R}^+ avec

  1. ∥x∥=0⇔x=0\|x\| = 0 \Leftrightarrow x = 0 ;
  2. ∥λx∥=∣λ∣∥x∥ ∀λ∈R,∀x∈Rn\|\lambda x\| = |\lambda| \|x\| \ \forall \lambda \in \mathbb{R}, \forall x \in \mathbb{R}^n ;
  3. ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥ ∀x,y∈Rn\|x + y\| \leq \|x\| + \|y\| \ \forall x, y \in \mathbb{R}^n.

Remarque 1.2. Nous rappelons les définitions suivantes :

  • ∥(x1,⋯ ,xn)∥p=(∑i=1n∣xi∣p)1p\|(x_1, \cdots, x_n)\|_p = \left(\displaystyle\sum_{i=1}^{n} |x_i|^p\right)^{\frac{1}{p}} ;
  • ∥(x1,⋯ ,xn)∥1=∑i=1n∣xi∣\|(x_1, \cdots, x_n)\|_1 = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} |x_i| ;
  • ∥(x1,⋯ ,xn)∥∞=max⁡i=1,⋯ ,n∣xi∣\|(x_1, \cdots, x_n)\|_\infty = \displaystyle\max_{i = 1, \cdots, n} |x_i|.

Exemple 1.1. Une norme sur Rn\mathbb{R}^n donne une distance sur Rn\mathbb{R}^n, (d∥.∥(x,y)=∥x−y∥)(d_{\|.\|}(x, y) = \|x - y\|), donc une notion d'"être proche".

Proposition 1.1. Toutes les normes sur Rn\mathbb{R}^n sont équivalentes, c'est-à-dire que la notion d'"être proche" dans Rn\mathbb{R}^n ne dépend pas du choix de la norme sur Rn\mathbb{R}^n.

Définition 1.1. Soit ∥.∥\|.\| une norme sur Rn\mathbb{R}^n. Une fonction vectorielle f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n est continue en x0∈Ix_0 \in I si ∀ϵ>0 ∃δ>0\forall \epsilon > 0 \ \exists \delta > 0 tel que

∀x∈I, ∣x−x0∣<δ alors ∥f(x)−f(x0)∥<ϵ\forall x \in I, \ |x - x_0| < \delta \text{ alors } \|f(x) - f(x_0)\| < \epsilon

Remarque 1.3. La définition ne dépend pas du choix de ∥.∥\|.\| grâce à la proposition précédente.

Définition 1.2. f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n est dite continue sur II si ff est continue en x0x_0, ∀x0∈I\forall x_0 \in I.

Proposition 1.2. Soit f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n, alors ff est continue si et seulement si toute coordonnée de ff est continue.

Démonstration. D'une part (⇒\Rightarrow), considérons π:Rn→R\pi : \mathbb{R}^n \to \mathbb{R} la ii-ème projection. Elle est une fonction continue (au sens topologique). Alors fi=πi∘ff_i = \pi_i \circ f, donc fif_i est continue étant composition de fonctions continues (preuve alternative, plus directe, en TD). D'autre part (⇐\Leftarrow), on suppose que f=(f1,⋯ ,fn)f = (f_1, \cdots, f_n) et f1,⋯ ,fnf_1, \cdots, f_n sont continues en x0∈Ix_0 \in I (fi:I→Rf_i : I \to \mathbb{R}). Par définition, ∀ϵ>0,∃δi>0\forall \epsilon > 0, \exists \delta_i > 0, ∣x−x0∣<δi⇒∣fi(x)−fi(x0)∣<ϵn|x - x_0| < \delta_i \Rightarrow |f_i(x) - f_i(x_0)| < \dfrac{\epsilon}{n}. On veut prouver que ff est continue en choisissant par exemple la norme 1, ∥.∥1\|.\|_1. Soit ϵ>0\epsilon > 0 et prenons δ=min⁡δi>0\delta = \min \delta_i > 0, alors si ∣x−x0∣<δ|x - x_0| < \delta

⇒∣x−x0∣<δi ∀i=1,⋯ ,n⇒∣fi(x)−fi(x0)∣<ϵn ∀i=1,⋯ ,n⇒∥f(x)−f(x0)∥1=∑i=1n∣fi(x)−fi(x0)∣<ϵ\begin{aligned} &\Rightarrow |x - x_0| < \delta_i \ \forall i = 1, \cdots, n \\ &\Rightarrow |f_i(x) - f_i(x_0)| < \frac{\epsilon}{n} \ \forall i = 1, \cdots, n \\ &\Rightarrow \|f(x) - f(x_0)\|_1 = \sum_{i=1}^{n} |f_i(x) - f_i(x_0)| < \epsilon \end{aligned}

donc ff est continue en x0x_0.

Exemple 1.2. f:[0,1]→R2f : [0, 1] \to \mathbb{R}^2 et t↦(1,t)t \mapsto (1, t) est continue.

Exemple 1.3. g:{[0,1]→R2t↦(δ0,t)g : \begin{cases} [0, 1] \to \mathbb{R}^2 \\ t \mapsto (\delta_0, t) \end{cases} n'est pas continue (symbole de Kronecker). Il suffit d'avoir une composante non continue pour ne pas avoir continuité de la fonction vectorielle.

Dérivabilité des fonctions vectorielles​

Définition 2.1. Une fonction vectorielle f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n est dite dérivable en x0∈Ix_0 \in I si la limite

lim⁡x→x0f(x)−f(x0)x−x0\lim_{x \to x_0} \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0}

existe dans Rn\mathbb{R}^n. Dans ce cas, la limite s'appelle la dérivée de ff en x0x_0 et elle est notée f′(x0)∈Rnf'(x_0) \in \mathbb{R}^n. La fonction ff est dite dérivable sur II si elle est dérivable en tout point x0∈Ix_0 \in I.

Remarque 2.1. lim⁡x→x0f(x)−f(x0)x−x0=v\displaystyle\lim_{x \to x_0} \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} = v si ∥f(x)−f(x0)x−x0−v∥→0\left\|\dfrac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} - v\right\| \to 0, peu importe quelle norme ∥.∥\|.\| de Rn\mathbb{R}^n.

Proposition 2.1. f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n est dérivable en x0∈Ix_0 \in I si et seulement si chaque coordonnée est dérivable en x0x_0, et on a

f′(x0)=(f1′(x0),⋯ ,fn′(x0))f'(x_0) = (f'_1(x_0), \cdots, f'_n(x_0))

Démonstration. D'une part (⇒\Rightarrow), soit ff dérivable en x0x_0, f′(x0)=((f′(x0))1,⋯ ,(f′(x0))n)f'(x_0) = ((f'(x_0))_1, \cdots, (f'(x_0))_n). La définition de limite (avec la norme ∥.∥∞\|.\|_\infty) nous dit que

∥f(x)−f(x0)x−x0−((f′(x0))1,⋯ ,(f′(x0))n)∥∞→0\left\| \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} - ((f'(x_0))_1, \cdots, (f'(x_0))_n) \right\|_\infty \to 0

De plus

f(x)−f(x0)x−x0=(f1(x)−f1(x0)x−x0,⋯ ,fn(x)−fn(x0)x−x0)\frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} = \left( \frac{f_1(x) - f_1(x_0)}{x - x_0}, \cdots, \frac{f_n(x) - f_n(x_0)}{x - x_0} \right)

On a donc, par la définition de ∥.∥∞\|.\|_\infty,

max⁡i=1,⋯ ,n∣fi(x)−fi(x0)x−x0−(f′(x0))i∣→0\max_{i = 1, \cdots, n} \left| \frac{f_i(x) - f_i(x_0)}{x - x_0} - (f'(x_0))_i \right| \to 0

donc en particulier

∣fi(x)−fi(x0)x−x0−f′(x0)i∣→0fi(x)−fi(x0)x−x0→(f′(x0))i∈R\left| \frac{f_i(x) - f_i(x_0)}{x - x_0} - f'(x_0)_i \right| \to 0 \qquad \frac{f_i(x) - f_i(x_0)}{x - x_0} \to (f'(x_0))_i \in \mathbb{R}

donc fif_i est dérivable en x0x_0.

fi′(x0)=(f′(x0))i∀i=1,⋯ ,nf'_i(x_0) = (f'(x_0))_i \quad \forall i = 1, \cdots, n

Donc f′(x0)=ff'(x_0) = f donc la limite

lim⁡x→x0f(x)−f(x0)x−x0=(f1′(x0),⋯ ,fn′(x0))∈Rn\lim_{x \to x_0} \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} = (f'_1(x_0), \cdots, f'_n(x_0)) \in \mathbb{R}^n

ff est dérivable en x0x_0 et de dérivée

f′(x0)=(f1′(x0),⋯ ,fn′(x0))f'(x_0) = (f'_1(x_0), \cdots, f'_n(x_0))

D'autre part (⇐\Leftarrow), supposons que ∀i=1,⋯ ,n\forall i = 1, \cdots, n, fif_i est dérivable en x0x_0 de dérivée fi′(x0)f'_i(x_0). Choisissons ∥.∥∞\|.\|_\infty

∥f(x)−f(x0)x−x0−(f1′(x0)⋯fn′(x0))∥∞=max⁡i∣fi(x)−fi(x0)x−x0−fi′(x0)∣→0\left\| \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} - (f'_1(x_0) \cdots f'_n(x_0)) \right\|_\infty = \max_i \left| \frac{f_i(x) - f_i(x_0)}{x - x_0} - f'_i(x_0) \right| \to 0

donc la limite lim⁡x→x0f(x)−f(x0)x−x0=(f1′(x0)⋯fn′(x0))\displaystyle\lim_{x \to x_0} \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} = (f'_1(x_0) \cdots f'_n(x_0)), donc ff est dérivable en x0x_0 et de dérivée

f′(x0)=(f1′(x0)⋯fn′(x0))f'(x_0) = (f'_1(x_0) \cdots f'_n(x_0))

Remarque 2.2. On peut définir aussi les dérivées à droite et à gauche des fonctions vectorielles. Encore une fois, on a les liens avec les dérivées à droite et à gauche des coordonnées.

Proposition 2.2. Soient les propriétés suivantes :

  1. Soient f,g:I→Rnf, g : I \to \mathbb{R}^n avec f,gf, g dérivables en x0∈Ix_0 \in I et soient α,β∈R\alpha, \beta \in \mathbb{R}. Alors αf+βg\alpha f + \beta g est dérivable en x0x_0 et (αf+βg)′(x0)=αf′(x0)+βg′(x0)(\alpha f + \beta g)'(x_0) = \alpha f'(x_0) + \beta g'(x_0) (linéarité de la dérivée).

  2. Soit f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n avec II intervalle ouvert. Si f′(x)=0 ∀x∈If'(x) = 0 \ \forall x \in I, alors ff est (un vecteur) constant.

  3. Soient I,JI, J deux intervalles réels, ϕ:I→J\phi : I \to J dérivable sur II et f:J→Rnf : J \to \mathbb{R}^n dérivable. Alors f∘ϕ:I→Rnf \circ \phi : I \to \mathbb{R}^n est dérivable et de dérivée

    (f∘ϕ)′(x)=ϕ′(x)f′(ϕ(x))(f \circ \phi)'(x) = \phi'(x) f'(\phi(x))

    pour tout x∈Ix \in I.

Démonstration.

  1. Il suffit de vérifier que toutes les coordonnées de αf+βg\alpha f + \beta g sont dérivables. Mais (αf+βg)i=αfi+βgi(\alpha f + \beta g)_i = \alpha f_i + \beta g_i, ∀i=1,⋯ ,n\forall i = 1, \cdots, n. Mais fif_i et gig_i sont dérivables. αfi+βgi\alpha f_i + \beta g_i est dérivable, selon le cours d'Analyse 1. Donc αf+βg\alpha f + \beta g est dérivable et de dérivée

    (αf1′+βg1′,⋯ ,αfn′+βgn′)=α(f1′,⋯ ,fn′)+β(g1′,⋯ ,gn′)=αf′+βg′(\alpha f'_1 + \beta g'_1, \cdots, \alpha f'_n + \beta g'_n) = \alpha (f'_1, \cdots, f'_n) + \beta (g'_1, \cdots, g'_n) = \alpha f' + \beta g'
  2. Exercice.

  3. Exercice.

Et pour le produit ? Mieux vaut considérer des formes bilinéaires.

Proposition 2.3. Soient f,g:I→Rnf, g : I \to \mathbb{R}^n dérivables en x0∈Ix_0 \in I et soit b:Rn×Rn→Rb : \mathbb{R}^n \times \mathbb{R}^n \to \mathbb{R} une forme bilinéaire, alors b(f,g):I→Rb(f, g) : I \to \mathbb{R}

b(f,g):x↦b(f(x),g(x))b(f, g) : x \mapsto b(f(x), g(x))

est dérivable en x0x_0 et de dérivée

(b(f,g))′(x0)=b(f′(x0),g(x0))+b(f(x0),g′(x0))(b(f, g))'(x_0) = b(f'(x_0), g(x_0)) + b(f(x_0), g'(x_0))

Démonstration. Voir en TD.

Exemple. Pour n=1n = 1 et b:{R×R→R(x,y)↦xyb : \begin{cases} \mathbb{R} \times \mathbb{R} \to \mathbb{R} \\ (x, y) \mapsto xy \end{cases}, on a b(f,g)=fgb(f, g) = fg, donc l'énoncé coïncide avec celui d'Analyse 1 pour le produit.

Exemple. Soit ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle le produit scalaire standard sur Rn\mathbb{R}^n (∥x∥2=⟨x,x⟩ ∀x∈Rn\|x\|_2 = \sqrt{\langle x, x \rangle} \ \forall x \in \mathbb{R}^n) et soit f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n dérivable. Calculer la dérivée de ∥f∥2:{I→Rx↦∥f(x)∥2\|f\|_2 : \begin{cases} I \to \mathbb{R} \\ x \mapsto \|f(x)\|_2 \end{cases}. On a que

  • ⟨f,f⟩:I→R\langle f, f \rangle : I \to \mathbb{R} est dérivable sur II ;
  • ϕ\phi est dérivable sur R+\mathbb{R}^+. Donc d'après Analyse 1, on a que ∥f∥2=ϕ∘(⟨f,f⟩)\|f\|_2 = \phi \circ (\langle f, f \rangle) est dérivable pour xx tel que ⟨f(x),f(x)⟩≠0⇔f(x)≠0\langle f(x), f(x) \rangle \neq 0 \Leftrightarrow f(x) \neq 0, et la dérivée est
(∥f∥2)′(x)=(⟨f,f⟩)′(x)⋅ϕ′(⟨f,f⟩(x))=(⟨f′,f⟩+⟨f,f′⟩)(x)×12⟨f,f⟩(x)=2⟨f,f′⟩(x)×12∥f(x)∥2=⟨f(x),f′(x)⟩∥f(x)∥2\begin{aligned} (\|f\|_2)'(x) &= (\langle f, f \rangle)'(x) \cdot \phi'(\langle f, f \rangle(x)) \\ &= (\langle f', f \rangle + \langle f, f' \rangle)(x) \times \frac{1}{2\sqrt{\langle f, f \rangle(x)}} \\ &= 2 \langle f, f' \rangle(x) \times \frac{1}{2\|f(x)\|_2} \\ &= \frac{\langle f(x), f'(x) \rangle}{\|f(x)\|_2} \end{aligned}

Fonctions de classe CkC^k par morceaux​

Fonctions de classe CkC^k​

On supposera toujours II ouvert et non vide.

Définition 3.1. Une fonction vectorielle f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n est dite de classe CkC^k sur II si ff est kk fois dérivable sur II et la dérivée kk-ième f(k)f^{(k)} est continue. On écrira f∈Ck(I,Rn)f \in C^k(I, \mathbb{R}^n).

Remarque 3.1. C0(I,Rn)={f:I→Rn continue}C^0(I, \mathbb{R}^n) = \{f : I \to \mathbb{R}^n \text{ continue}\}.

Remarque 3.2. Si l≥kl \geq k, Cl(I,Rn)⊆Ck(I,Rn)C^l(I, \mathbb{R}^n) \subseteq C^k(I, \mathbb{R}^n). En fait, soit f∈Cl(I,Rn)f \in C^l(I, \mathbb{R}^n) : ff est ll fois dérivable, donc ff est kk fois dérivable. Il reste à prouver que f(k)f^{(k)} est continue, mais

  • si l=kl = k, trivial ;
  • si k<lk < l, f(k)f^{(k)} est dérivable (parce que ff admet la dérivée d'ordre k+1k + 1), mais dérivable implique continue.

Remarque 3.3. On peut aussi donner la définition de CkC^k par récurrence sur kk, c'est-à-dire

  • ff est de classe C0C^0 si ff est continue ;
  • ff est de classe Ck+1C^{k+1} (avec k≥0k \geq 0) si ff est dérivable et f′∈Ckf' \in C^k.

Définition 3.2. Une fonction vectorielle f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n est dite de classe C∞C^\infty sur II si ff est de classe CkC^k pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}. On écrira f∈C∞(I,Rn)f \in C^\infty(I, \mathbb{R}^n).

Remarque 3.4. C∞(I,Rn)=⋂k∈NCk(I,Rn)C^\infty(I, \mathbb{R}^n) = \displaystyle\bigcap_{k \in \mathbb{N}} C^k(I, \mathbb{R}^n).

Exemple 3.1. f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, f(x):={0si x≤0x2si x>0f(x) := \begin{cases} 0 & \text{si } x \leq 0 \\ x^2 & \text{si } x > 0 \end{cases}

f∈C1(R,R),f′(x)={0si x<00si x=02xsi x>0f \in C^1(\mathbb{R}, \mathbb{R}), \quad f'(x) = \begin{cases} 0 & \text{si } x < 0 \\ 0 & \text{si } x = 0 \\ 2x & \text{si } x > 0 \end{cases}

Exemple 3.2.

f:{R+→R2x↦(log⁡(x);x2+sin⁡(x))f : \begin{cases} \mathbb{R}^+ \to \mathbb{R}^2 \\ x \mapsto (\log(x); x^2 + \sin(x)) \end{cases}

Corollaire 3.1. f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n est de classe CkC^k sur II ; c'est équivalent à dire que chaque coordonnée de ff est de classe CkC^k.

Proposition 3.1.

  1. Ck(I,Rn)C^k(I, \mathbb{R}^n) est un R\mathbb{R}-espace vectoriel ∀k∈N∪{∞}\forall k \in \mathbb{N} \cup \{\infty\}.
  2. Si f∈Ck(I,R)f \in C^k(I, \mathbb{R}) et g∈Ck(I,Rn)g \in C^k(I, \mathbb{R}^n), alors le produit fg=(fg1,⋯ ,fgn)fg = (fg_1, \cdots, fg_n) est dans Ck(I,Rn)C^k(I, \mathbb{R}^n).
  3. Si f∈Ck(I,Rn)f \in C^k(I, \mathbb{R}^n), ϕ∈Ck(J,I)\phi \in C^k(J, I) avec J,IJ, I intervalles ouverts réels, alors f∘ϕ∈Ck(J,Rn)f \circ \phi \in C^k(J, \mathbb{R}^n).

Démonstration.

  1. Exercice (utiliser le corollaire).
  2. …
  3. On utilise la définition par récurrence sur kk.
    • k=0k = 0 (la composition de fonctions continues est continue).
    • Supposons que le résultat est vrai pour kk fixé positif. On le prouve pour k+1k + 1. ff et ϕ\phi sont dérivables, donc f∘ϕf \circ \phi est dérivable et (f∘ϕ)′(x)=ϕ′(x)⋅f′(ϕ(x)) ∀x∈J(f \circ \phi)'(x) = \phi'(x) \cdot f'(\phi(x)) \ \forall x \in J, donc par hypothèse de récurrence f′∘ϕ∈Ck(J,Rn)f' \circ \phi \in C^k(J, \mathbb{R}^n). D'autre part, on utilise 2) pour déduire que (f∘ϕ)′=ϕ′(f′∘ϕ)(f \circ \phi)' = \phi'(f' \circ \phi) est de classe CkC^k, donc par définition f∘ϕ∈Ck+1(J,Rn)f \circ \phi \in C^{k+1}(J, \mathbb{R}^n).

CkC^k-difféomorphismes​

Dans cette section, on s'intéresse uniquement à des fonctions réelles de variables réelles.

Définition 3.3. Soient I,JI, J deux intervalles ouverts réels. Une fonction f:I→Jf : I \to J est dite un CkC^k-difféomorphisme (avec k∈N∪{∞}k \in \mathbb{N} \cup \{\infty\}) si

  1. ff est bijective ;
  2. f∈Ck(I,J)f \in C^k(I, J) ;
  3. f−1∈Ck(J,I)f^{-1} \in C^k(J, I).

Exemple 3.3. exp⁡:R→R+\exp : \mathbb{R} \to \mathbb{R}^+ est bijective, de réciproque log⁡:R+→R\log : \mathbb{R}^+ \to \mathbb{R}. Comme exp⁡∈C∞(R,R+)\exp \in C^\infty(\mathbb{R}, \mathbb{R}^+) et log⁡∈C∞(R+,R)\log \in C^\infty(\mathbb{R}^+, \mathbb{R}), alors exp⁡\exp est un C∞C^\infty-difféomorphisme de R\mathbb{R} vers R+\mathbb{R}^+.

Proposition 3.2. Soient II un intervalle ouvert réel et f:I→Rf : I \to \mathbb{R} une fonction de classe Ck(I,R)C^k(I, \mathbb{R}) avec k≥1k \geq 1. Alors « ff est un CkC^k-difféomorphisme de II vers f(I)f(I) » est équivalent à « f′(x)≠0 ∀x∈If'(x) \neq 0 \ \forall x \in I ».

Démonstration. D'une part (⇒\Rightarrow), si ff est un CkC^k-difféomorphisme, alors en particulier ff est inversible, donc il existe f−1f^{-1} avec f−1∘f=idf^{-1} \circ f = \text{id}. Or, (f−1∘f)(x)=x ∀x∈I(f^{-1} \circ f)(x) = x \ \forall x \in I. Mais, d'après la définition de CkC^k-difféomorphisme et comme k≥1k \geq 1, f,f−1f, f^{-1} sont dérivables, donc 1=(f−1∘f)′(x)=(f−1)′(f(x))⋅f′(x) ∀x∈I⇒f′(x)≠0 ∀x∈I1 = (f^{-1} \circ f)'(x) = (f^{-1})'(f(x)) \cdot f'(x) \ \forall x \in I \Rightarrow f'(x) \neq 0 \ \forall x \in I. D'autre part (⇐\Leftarrow), il faut prouver que

  • ff est bijective ;
  • f∈Ck(I,f(I))f \in C^k(I, f(I)) (déjà vérifié par hypothèse) ;
  • f−1∈Ck(f(I),I)f^{-1} \in C^k(f(I), I).

Prouvons d'abord que ff est bijective sur son image : comme f∈C1(I,R)f \in C^1(I, \mathbb{R}), f′f' est continue sur II, mais par hypothèse f′(x)≠0f'(x) \neq 0. D'après le théorème des valeurs intermédiaires, f′(x)>0 ∀x∈If'(x) > 0 \ \forall x \in I ou f′(x)<0 ∀x∈If'(x) < 0 \ \forall x \in I, ainsi ff est strictement monotone et donc ff est bijective sur son image f(I)f(I). Donc il existe f−1:f(I)→If^{-1} : f(I) \to I. On va prouver que f−1∈Ck(f(I),I)f^{-1} \in C^k(f(I), I). On voit d'après Analyse 1 que f−1f^{-1} est dérivable sur f(I)f(I), de dérivée

(f−1)′(y0)=1f′(f−1(y0))(f^{-1})'(y_0) = \frac{1}{f'(f^{-1}(y_0))}

Pour prouver que f−1∈Ck(f(I),I)f^{-1} \in C^k(f(I), I), on peut prouver que (f−1)′∈Ck−1(f(I),I)(f^{-1})' \in C^{k-1}(f(I), I), mais

(f−1)′=1f′(f−1)(f^{-1})' = \frac{1}{f'(f^{-1})}

Par récurrence, f−1∈Ckf^{-1} \in C^k.

  • k=0k = 0 implique f−1f^{-1} est continue (Analyse I).
  • Supposons que f−1∈Clf^{-1} \in C^l (k>l≥0k > l \geq 0) ; prouvons que f−1∈Cl+1f^{-1} \in C^{l+1}. Si f−1∈Clf^{-1} \in C^l, f′∈Ck−1⊆Cl⇒f′∘f−1∈Cl⇒1f′∘f−1∈Cl⇒(f−1)′∈Cl⇒f−1∈Cl+1f' \in C^{k-1} \subseteq C^l \Rightarrow f' \circ f^{-1} \in C^l \Rightarrow \dfrac{1}{f' \circ f^{-1}} \in C^l \Rightarrow (f^{-1})' \in C^l \Rightarrow f^{-1} \in C^{l+1}.

Comme on peut utiliser la récurrence pour tout l<kl < k, on obtient (à la dernière étape) f−1∈Ck(f(I),I)f^{-1} \in C^k(f(I), I).

Fonctions de classe CkC^k par morceaux​

Définition 3.4. Une fonction f:(a,b)→Rnf : (a, b) \to \mathbb{R}^n avec a,b∈R∪{±∞}a, b \in \mathbb{R} \cup \{\pm\infty\} est dite de classe CkC^k par morceaux sur (a,b)(a, b) (avec k∈N∪{∞}k \in \mathbb{N} \cup \{\infty\}) s'il existe a0,⋯ ,ar∈[a,b]a_0, \cdots, a_r \in [a, b] tels que a0=a<a1<⋯<ar−1<ar=ba_0 = a < a_1 < \cdots < a_{r-1} < a_r = b avec

  1. f∣]ai,ai+1[∈Ck(]ai,ai+1[,Rn) ∀i=0,⋯ ,r−1f_{|]a_i, a_{i+1}[} \in C^k(]a_i, a_{i+1}[, \mathbb{R}^n) \ \forall i = 0, \cdots, r - 1 ;
  2. la limite à droite de ff et la limite à gauche de ff sont finies en tout point de discontinuité.

Proposition 3.3. Soit f:I→Rnf : I \to \mathbb{R}^n avec II un intervalle réel ouvert, f∈C0(I,Rn)f \in C^0(I, \mathbb{R}^n). Alors « ff constante » est équivalent à « f′(x)=0 ∀xf'(x) = 0 \ \forall x où ff est dérivable ».

Démonstration. D'une part (⇒\Rightarrow), trivial. D'autre part (⇐\Leftarrow), on sait qu'il existe a0,⋯ ,ar−1a_0, \cdots, a_{r-1} avec ff dérivable (et de dérivée nulle) sur chaque ]ai,ai+1[]a_i, a_{i+1}[, i∈{0,⋯ ,r−1}i \in \{0, \cdots, r - 1\}, alors f∣]ai,ai+1[(x)=cif_{|]a_i, a_{i+1}[}(x) = c_i pour tout i∈{0,⋯ ,r−1}i \in \{0, \cdots, r - 1\} avec ci∈Rnc_i \in \mathbb{R}^n. Mais ff est continue, donc ∀i∈{1,⋯ ,r−1}\forall i \in \{1, \cdots, r - 1\}, ci−1=lim⁡x→ai−f(x)=lim⁡x→ai+f(x)=cic_{i-1} = \displaystyle\lim_{x \to a_i^-} f(x) = \lim_{x \to a_i^+} f(x) = c_i. Donc c0=c1=⋯=cr−1=cc_0 = c_1 = \cdots = c_{r-1} = c. Alors f(x)=cf(x) = c sur II.