Notations et conventions. On note N l'ensemble des entiers positifs, Z l'ensemble des entiers, Q l'ensemble des rationnels ⋯
Définition 0.1. Une fonction vectorielle définie sur un intervalle (réel) I est une fonction f:I→Rn avec n∈N≥0.
Remarque 0.1. Si n=1, on a des fonctions "numériques" classiques, c'est-à-dire des fonctions réelles à variable réelle.
Exemple 0.1.f:[0,1]→R3, avec f(t)=(1,t)∀t∈[0,1] ;
g:[0,1]→R3, avec g(t)=(cos(t),exp(−arctan(t)),t2+2).
Il sera utile d'écrire une fonction vectorielle en termes de ses coordonnées. Plus précisément, si f:I→Rn, alors f(t)=(f1(t),…,fn(t)) avec fi:I→R∀i=1,⋯,n, avec fi:=πi∘f où πi:{Rn→R(x1,⋯,xn)↦xi pour tout i=1,⋯,n.
Remarque 0.2 (Idée). Développer un calcul différentiel (continuité, dérivabilité, intégration) pour des fonctions vectorielles.
Remarque 1.1. Une norme sur Rn est une application ∥.∥:Rn→R+ avec
∥x∥=0⇔x=0 ;
∥λx∥=∣λ∣∥x∥∀λ∈R,∀x∈Rn ;
∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥∀x,y∈Rn.
Remarque 1.2. Nous rappelons les définitions suivantes :
∥(x1,⋯,xn)∥p=(i=1∑n∣xi∣p)p1 ;
∥(x1,⋯,xn)∥1=i=1∑n∣xi∣ ;
∥(x1,⋯,xn)∥∞=i=1,⋯,nmax∣xi∣.
Exemple 1.1. Une norme sur Rn donne une distance sur Rn, (d∥.∥(x,y)=∥x−y∥), donc une notion d'"être proche".
Proposition 1.1.Toutes les normes sur Rn sont équivalentes, c'est-à-dire que la notion d'"être proche" dans Rn ne dépend pas du choix de la norme sur Rn.
Définition 1.1. Soit ∥.∥ une norme sur Rn. Une fonction vectorielle f:I→Rn est continue en x0∈I si ∀ϵ>0∃δ>0 tel que
∀x∈I,∣x−x0∣<δ alors ∥f(x)−f(x0)∥<ϵ
Remarque 1.3. La définition ne dépend pas du choix de ∥.∥ grâce à la proposition précédente.
Définition 1.2.f:I→Rn est dite continue sur I si f est continue en x0, ∀x0∈I.
Proposition 1.2.Soit f:I→Rn, alors f est continue si et seulement si toute coordonnée de f est continue.
Démonstration. D'une part (⇒), considérons π:Rn→R la i-ème projection. Elle est une fonction continue (au sens topologique). Alors fi=πi∘f, donc fi est continue étant composition de fonctions continues (preuve alternative, plus directe, en TD).
D'autre part (⇐), on suppose que f=(f1,⋯,fn) et f1,⋯,fn sont continues en x0∈I (fi:I→R). Par définition, ∀ϵ>0,∃δi>0, ∣x−x0∣<δi⇒∣fi(x)−fi(x0)∣<nϵ. On veut prouver que f est continue en choisissant par exemple la norme 1, ∥.∥1. Soit ϵ>0 et prenons δ=minδi>0, alors si ∣x−x0∣<δ
Exemple 1.3.g:{[0,1]→R2t↦(δ0,t) n'est pas continue (symbole de Kronecker).
Il suffit d'avoir une composante non continue pour ne pas avoir continuité de la fonction vectorielle.
Définition 2.1. Une fonction vectorielle f:I→Rn est dite dérivable en x0∈I si la limite
x→x0limx−x0f(x)−f(x0)
existe dans Rn. Dans ce cas, la limite s'appelle la dérivée de f en x0 et elle est notée f′(x0)∈Rn. La fonction f est dite dérivable sur I si elle est dérivable en tout point x0∈I.
Remarque 2.1.x→x0limx−x0f(x)−f(x0)=v si x−x0f(x)−f(x0)−v→0, peu importe quelle norme ∥.∥ de Rn.
Proposition 2.1.f:I→Rn est dérivable en x0∈I si et seulement si chaque coordonnée est dérivable en x0, et on a
f′(x0)=(f1′(x0),⋯,fn′(x0))
Démonstration. D'une part (⇒), soit f dérivable en x0, f′(x0)=((f′(x0))1,⋯,(f′(x0))n). La définition de limite (avec la norme ∥.∥∞) nous dit que
donc la limite x→x0limx−x0f(x)−f(x0)=(f1′(x0)⋯fn′(x0)), donc f est dérivable en x0 et de dérivée
f′(x0)=(f1′(x0)⋯fn′(x0))
Remarque 2.2. On peut définir aussi les dérivées à droite et à gauche des fonctions vectorielles. Encore une fois, on a les liens avec les dérivées à droite et à gauche des coordonnées.
Proposition 2.2.Soient les propriétés suivantes :
Soient f,g:I→Rn avec f,g dérivables en x0∈I et soient α,β∈R. Alors αf+βg est dérivable en x0 et (αf+βg)′(x0)=αf′(x0)+βg′(x0) (linéarité de la dérivée).
Soit f:I→Rn avec I intervalle ouvert. Si f′(x)=0∀x∈I, alors f est (un vecteur) constant.
Soient I,J deux intervalles réels, ϕ:I→J dérivable sur I et f:J→Rn dérivable. Alors f∘ϕ:I→Rn est dérivable et de dérivée
(f∘ϕ)′(x)=ϕ′(x)f′(ϕ(x))
pour tout x∈I.
Démonstration.
Il suffit de vérifier que toutes les coordonnées de αf+βg sont dérivables. Mais (αf+βg)i=αfi+βgi, ∀i=1,⋯,n. Mais fi et gi sont dérivables. αfi+βgi est dérivable, selon le cours d'Analyse 1. Donc αf+βg est dérivable et de dérivée
Exemple. Pour n=1 et b:{R×R→R(x,y)↦xy, on a b(f,g)=fg, donc l'énoncé coïncide avec celui d'Analyse 1 pour le produit.
Exemple. Soit ⟨⋅,⋅⟩ le produit scalaire standard sur Rn (∥x∥2=⟨x,x⟩∀x∈Rn) et soit f:I→Rn dérivable. Calculer la dérivée de ∥f∥2:{I→Rx↦∥f(x)∥2.
On a que
⟨f,f⟩:I→R est dérivable sur I ;
ϕ est dérivable sur R+. Donc d'après Analyse 1, on a que ∥f∥2=ϕ∘(⟨f,f⟩) est dérivable pour x tel que ⟨f(x),f(x)⟩=0⇔f(x)=0, et la dérivée est
Définition 3.1. Une fonction vectorielle f:I→Rn est dite de classe Ck sur I si f est k fois dérivable sur I et la dérivée k-ième f(k) est continue. On écrira f∈Ck(I,Rn).
Remarque 3.1.C0(I,Rn)={f:I→Rn continue}.
Remarque 3.2. Si l≥k, Cl(I,Rn)⊆Ck(I,Rn).
En fait, soit f∈Cl(I,Rn) : f est l fois dérivable, donc f est k fois dérivable. Il reste à prouver que f(k) est continue, mais
si l=k, trivial ;
si k<l, f(k) est dérivable (parce que f admet la dérivée d'ordre k+1), mais dérivable implique continue.
Remarque 3.3. On peut aussi donner la définition de Ck par récurrence sur k, c'est-à-dire
f est de classe C0 si f est continue ;
f est de classe Ck+1 (avec k≥0) si f est dérivable et f′∈Ck.
Définition 3.2. Une fonction vectorielle f:I→Rn est dite de classe C∞ sur I si f est de classe Ck pour tout k∈N. On écrira f∈C∞(I,Rn).
Remarque 3.4.C∞(I,Rn)=k∈N⋂Ck(I,Rn).
Exemple 3.1.f:R→R, f(x):={0x2si x≤0si x>0
f∈C1(R,R),f′(x)=⎩⎨⎧002xsi x<0si x=0si x>0
Exemple 3.2.
f:{R+→R2x↦(log(x);x2+sin(x))
Corollaire 3.1.f:I→Rn est de classe Ck sur I ; c'est équivalent à dire que chaque coordonnée de f est de classe Ck.
Proposition 3.1.
Ck(I,Rn) est un R-espace vectoriel ∀k∈N∪{∞}.
Si f∈Ck(I,R) et g∈Ck(I,Rn), alors le produit fg=(fg1,⋯,fgn) est dans Ck(I,Rn).
Si f∈Ck(I,Rn), ϕ∈Ck(J,I) avec J,I intervalles ouverts réels, alors f∘ϕ∈Ck(J,Rn).
Démonstration.
Exercice (utiliser le corollaire).
…
On utilise la définition par récurrence sur k.
k=0 (la composition de fonctions continues est continue).
Supposons que le résultat est vrai pour k fixé positif. On le prouve pour k+1. f et ϕ sont dérivables, donc f∘ϕ est dérivable et (f∘ϕ)′(x)=ϕ′(x)⋅f′(ϕ(x))∀x∈J, donc par hypothèse de récurrence f′∘ϕ∈Ck(J,Rn).
D'autre part, on utilise 2) pour déduire que (f∘ϕ)′=ϕ′(f′∘ϕ) est de classe Ck, donc par définition f∘ϕ∈Ck+1(J,Rn).
Dans cette section, on s'intéresse uniquement à des fonctions réelles de variables réelles.
Définition 3.3. Soient I,J deux intervalles ouverts réels. Une fonction f:I→J est dite un Ck-difféomorphisme (avec k∈N∪{∞}) si
f est bijective ;
f∈Ck(I,J) ;
f−1∈Ck(J,I).
Exemple 3.3.exp:R→R+ est bijective, de réciproque log:R+→R. Comme exp∈C∞(R,R+) et log∈C∞(R+,R), alors exp est un C∞-difféomorphisme de R vers R+.
Proposition 3.2.Soient I un intervalle ouvert réel et f:I→R une fonction de classe Ck(I,R) avec k≥1. Alors « f est un Ck-difféomorphisme de I vers f(I) » est équivalent à « f′(x)=0∀x∈I ».
Démonstration. D'une part (⇒), si f est un Ck-difféomorphisme, alors en particulier f est inversible, donc il existe f−1 avec f−1∘f=id.
Or, (f−1∘f)(x)=x∀x∈I. Mais, d'après la définition de Ck-difféomorphisme et comme k≥1, f,f−1 sont dérivables, donc 1=(f−1∘f)′(x)=(f−1)′(f(x))⋅f′(x)∀x∈I⇒f′(x)=0∀x∈I.
D'autre part (⇐), il faut prouver que
f est bijective ;
f∈Ck(I,f(I)) (déjà vérifié par hypothèse) ;
f−1∈Ck(f(I),I).
Prouvons d'abord que f est bijective sur son image : comme f∈C1(I,R), f′ est continue sur I, mais par hypothèse f′(x)=0. D'après le théorème des valeurs intermédiaires, f′(x)>0∀x∈I ou f′(x)<0∀x∈I, ainsi f est strictement monotone et donc f est bijective sur son image f(I).
Donc il existe f−1:f(I)→I. On va prouver que f−1∈Ck(f(I),I). On voit d'après Analyse 1 que f−1 est dérivable sur f(I), de dérivée
(f−1)′(y0)=f′(f−1(y0))1
Pour prouver que f−1∈Ck(f(I),I), on peut prouver que (f−1)′∈Ck−1(f(I),I), mais
(f−1)′=f′(f−1)1
Par récurrence, f−1∈Ck.
k=0 implique f−1 est continue (Analyse I).
Supposons que f−1∈Cl (k>l≥0) ; prouvons que f−1∈Cl+1. Si f−1∈Cl, f′∈Ck−1⊆Cl⇒f′∘f−1∈Cl⇒f′∘f−11∈Cl⇒(f−1)′∈Cl⇒f−1∈Cl+1.
Comme on peut utiliser la récurrence pour tout l<k, on obtient (à la dernière étape) f−1∈Ck(f(I),I).
Définition 3.4. Une fonction f:(a,b)→Rn avec a,b∈R∪{±∞} est dite de classe Ck par morceaux sur (a,b) (avec k∈N∪{∞}) s'il existe a0,⋯,ar∈[a,b] tels que a0=a<a1<⋯<ar−1<ar=b avec
f∣]ai,ai+1[∈Ck(]ai,ai+1[,Rn)∀i=0,⋯,r−1 ;
la limite à droite de f et la limite à gauche de f sont finies en tout point de discontinuité.
Proposition 3.3.Soit f:I→Rn avec I un intervalle réel ouvert, f∈C0(I,Rn). Alors « f constante » est équivalent à « f′(x)=0∀x où f est dérivable ».
Démonstration. D'une part (⇒), trivial.
D'autre part (⇐), on sait qu'il existe a0,⋯,ar−1 avec f dérivable (et de dérivée nulle) sur chaque ]ai,ai+1[, i∈{0,⋯,r−1}, alors f∣]ai,ai+1[(x)=ci pour tout i∈{0,⋯,r−1} avec ci∈Rn. Mais f est continue, donc ∀i∈{1,⋯,r−1}, ci−1=x→ai−limf(x)=x→ai+limf(x)=ci. Donc c0=c1=⋯=cr−1=c. Alors f(x)=c sur I.