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Ondes électromagnétiques dans le vide

Introduction : but du chapitre​

En 1873, J. C. Maxwell publie le célèbre ensemble d'équations qui forme les bases de l'électromagnétisme. Une solution très facile à déduire de ces équations est la propagation d'un champ électrique et d'un champ magnétique (liés l'un à l'autre) : la vitesse de propagation de cette "onde électromagnétique" peut être calculée à partir des valeurs numériques des constantes, connues, qui figurent dans les lois de Coulomb (ϵ0\epsilon_0) et de Biot et Savart (μ0\mu_0). On constate alors que la vitesse ainsi calculée coïncide avec la valeur de la vitesse de la lumière, connue avec précision à cette époque à la suite des mesures de Fizeau et de Foucault, et on en infère que la lumière est une onde électromagnétique. Il s'agissait là bien sûr d'une découverte de première grandeur. Cependant, la production d'une onde électromagnétique par un dispositif électrique (macroscopique) n'allait être réussie que quinze ans plus tard, en 1888, par Heinrich Hertz, qui montre que les ondes "hertziennes" ainsi produites ont des propriétés analogues à la lumière en ce qui concerne par exemple la réflexion, la polarisation, etc., et que ces propriétés découlent des équations de Maxwell.

But de ce chapitre.

  • Établir l'équation de propagation des champs E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B} à partir des équations de Maxwell et calculer la célérité.
  • Décrire la structure d'une onde électromagnétique plane (disposition de E⃗\vec{E} et de B⃗\vec{B} par rapport à la direction de propagation et l'un par rapport à l'autre).
  • Étudier plus en détail les ondes sinusoïdales et les problèmes de polarisation.
  • Examiner les problèmes énergétiques : énergie distribuée dans l'espace et flux d'énergie, décrit par le vecteur de Poynting, définition d'une onde électromagnétique.

Équation de propagation, célérité​

Équation de propagation de E⃗\vec{E}​

On se place dans un domaine de l'espace vide, c'est-à-dire qui ne contient aucune charge ni aucun courant. Les densités de charge volumique ρ\rho et de courant volumique j⃗\vec{j} sont nulles en tous les points de ce domaine. Dans ces conditions, les équations de Maxwell ont une forme particulière :

∇⃗⋅E⃗=0∇⃗⋅B⃗=0∇⃗∧E⃗=−∂B⃗∂t∇⃗∧B⃗=ϵ0μ0∂E⃗∂t\vec{\nabla} \cdot \vec{E} = 0 \qquad \vec{\nabla} \cdot \vec{B} = 0 \qquad \vec{\nabla} \wedge \vec{E} = -\frac{\partial \vec{B}}{\partial t} \qquad \vec{\nabla} \wedge \vec{B} = \epsilon_0\mu_0 \frac{\partial \vec{E}}{\partial t}

On cherche à éliminer B⃗\vec{B} entre les deux équations en rotationnel pour obtenir une équation relative à E⃗\vec{E} seul. Pour cela, on prend le rotationnel de l'équation de Maxwell-Faraday :

∇⃗∧(∇⃗∧E⃗)=−∇⃗∧(∂B⃗∂t)=−∂∂t(∇⃗∧B⃗)=−ϵ0μ0∂2E⃗∂t2\vec{\nabla} \wedge (\vec{\nabla} \wedge \vec{E}) = -\vec{\nabla} \wedge \left(\frac{\partial \vec{B}}{\partial t}\right) = -\frac{\partial}{\partial t}(\vec{\nabla} \wedge \vec{B}) = -\epsilon_0\mu_0 \frac{\partial^2 \vec{E}}{\partial t^2}

Puis on introduit le laplacien vectoriel et on tient compte de l'équation ∇⃗⋅E⃗=0\vec{\nabla} \cdot \vec{E} = 0 :

∇⃗(∇⃗⋅E⃗)−ΔE⃗=−ϵ0μ0∂2E⃗∂t2\vec{\nabla}(\vec{\nabla} \cdot \vec{E}) - \Delta\vec{E} = -\epsilon_0\mu_0 \frac{\partial^2 \vec{E}}{\partial t^2}

et finalement ΔE⃗−ϵ0μ0∂2E⃗∂t2=0⃗\Delta\vec{E} - \epsilon_0\mu_0 \dfrac{\partial^2 \vec{E}}{\partial t^2} = \vec{0}.

Cette équation est l'équation de d'Alembert pour une onde vectorielle décrite par le champ E⃗\vec{E}. En coordonnées cartésiennes, les composantes de ΔE⃗\Delta\vec{E} sont :

ΔE⃗={ux=∂2Ex/∂x2+∂2Ex/∂y2+∂2Ex/∂z2=ΔExuy=∂2Ey/∂x2+∂2Ey/∂y2+∂2Ey/∂z2=ΔEyuz=∂2Ez/∂x2+∂2Ez/∂y2+∂2Ez/∂z2=ΔEz\Delta\vec{E} = \begin{cases} u_x = \partial^2 E_x/\partial x^2 + \partial^2 E_x/\partial y^2 + \partial^2 E_x/\partial z^2 = \Delta E_x \\ u_y = \partial^2 E_y/\partial x^2 + \partial^2 E_y/\partial y^2 + \partial^2 E_y/\partial z^2 = \Delta E_y \\ u_z = \partial^2 E_z/\partial x^2 + \partial^2 E_z/\partial y^2 + \partial^2 E_z/\partial z^2 = \Delta E_z \end{cases}

Onde plane homogène, solution de l'équation de propagation​

On cherche comme solution de l'équation de propagation établie au paragraphe précédent une fonction de la forme

E⃗(x,y,z,t)=E⃗(0,0,0,t−(αx+βy+γz)/c)\vec{E}(x, y, z, t) = \vec{E}\big(0, 0, 0, t - (\alpha x + \beta y + \gamma z)/c\big)

Une telle fonction, qui ne dépend que de la variable

u=t−((αx+βy+γz)/c)u = t - \big((\alpha x + \beta y + \gamma z)/c\big)

représente une onde plane homogène se propageant parallèlement à la direction du vecteur unitaire u⃗\vec{u} de composantes α\alpha, β\beta et γ\gamma.

Pour vérifier que cette fonction E⃗\vec{E} satisfait bien à l'équation de propagation, on calcule les dérivées :

∂Ex∂t=dExdu∂u∂t=dExdu\frac{\partial E_x}{\partial t} = \frac{dE_x}{du}\frac{\partial u}{\partial t} = \frac{dE_x}{du}
∂Ex∂x=(dExdu)(∂u∂x)=−αcdExdu=−αc∂Ex∂t\frac{\partial E_x}{\partial x} = \left(\frac{dE_x}{du}\right)\left(\frac{\partial u}{\partial x}\right) = -\frac{\alpha}{c}\frac{dE_x}{du} = -\frac{\alpha}{c}\frac{\partial E_x}{\partial t}

En dérivant une deuxième fois par rapport à tt d'une part et à xx d'autre part, on aboutit à

∂2Ex∂x2=α2c2∂2Ex∂t2\frac{\partial^2 E_x}{\partial x^2} = \frac{\alpha^2}{c^2}\frac{\partial^2 E_x}{\partial t^2}

et on obtient de même :

∂2Ex∂y2=β2c2∂2Ex∂t2∂2Ex∂z2=γ2c2∂2Ex∂t2\frac{\partial^2 E_x}{\partial y^2} = \frac{\beta^2}{c^2}\frac{\partial^2 E_x}{\partial t^2} \qquad \frac{\partial^2 E_x}{\partial z^2} = \frac{\gamma^2}{c^2}\frac{\partial^2 E_x}{\partial t^2}

Ainsi

ΔE⃗=1c2∂2E⃗∂t2\Delta\vec{E} = \frac{1}{c^2}\frac{\partial^2 \vec{E}}{\partial t^2}

Célérité​

La célérité de l'onde plane introduite au paragraphe précédent est

c=1ϵ0μ0c = \frac{1}{\sqrt{\epsilon_0\mu_0}}

À l'époque de Maxwell, on calculait cc à partir des valeurs numériques des constantes ϵ0\epsilon_0 et μ0\mu_0 déduites de l'étude des phénomènes statiques. Actuellement (depuis la mise en vigueur de la nouvelle définition du mètre en 1983), la constante cc est égale, exactement, à

c=299 792 458 m.s−1c = 299\,792\,458\ m.s^{-1}

La valeur de la constante μ0\mu_0 résulte de la définition de l'ampère ; on a exactement :

μ0=4π.10−7 H.m−1\mu_0 = 4\pi.10^{-7}\ H.m^{-1}

La valeur de la constante ϵ0\epsilon_0 dérive de ces deux valeurs suivant la formule :

ϵ0=1μ0c2=8,854187817.10−12 F.m−1\epsilon_0 = \frac{1}{\mu_0 c^2} = 8{,}854187817.10^{-12}\ F.m^{-1}

Remarque. On a établi l'équation de propagation relative à E⃗\vec{E}. En éliminant E⃗\vec{E} entre les 2 équations en rotationnel, on obtient pour B⃗\vec{B} une équation de propagation identique :

ΔB⃗−ϵ0μ0∂2B⃗∂t2=0⃗\Delta\vec{B} - \epsilon_0\mu_0 \frac{\partial^2 \vec{B}}{\partial t^2} = \vec{0}

Structure de l'onde plane homogène​

Transversalité du champ électrique​

On dit qu'une onde vectorielle est transversale lorsque le vecteur représentant la grandeur physique qui se propage est orthogonal à la direction de propagation en tout point et à tout instant.

Pour les ondes électromagnétiques, comme on va le constater dans ce qui suit, la transversalité des champs pour une onde plane homogène est liée au fait que les divergences sont nulles.

Reprenons l'expression du champ électrique représentant une onde plane homogène se propageant parallèlement à la direction u⃗(α,β,γ)\vec{u}(\alpha, \beta, \gamma) :

E⃗(x,y,z,t)=E⃗(0,0,0,t−(αx+βy+γz)/c)\vec{E}(x, y, z, t) = \vec{E}\big(0, 0, 0, t - (\alpha x + \beta y + \gamma z)/c\big)

Calculons

∇⃗⋅E⃗=∂Ex∂x+∂Ey∂y+∂Ez∂z\vec{\nabla} \cdot \vec{E} = \frac{\partial E_x}{\partial x} + \frac{\partial E_y}{\partial y} + \frac{\partial E_z}{\partial z}

En utilisant les expressions des dérivées établies au paragraphe précédent, on obtient :

∇⃗⋅E⃗=−αc∂Ex∂t−βc∂Ey∂t−γc∂Ez∂t\vec{\nabla} \cdot \vec{E} = -\frac{\alpha}{c}\frac{\partial E_x}{\partial t} - \frac{\beta}{c}\frac{\partial E_y}{\partial t} - \frac{\gamma}{c}\frac{\partial E_z}{\partial t}

soit

∇⃗⋅E⃗=−u⃗c⋅∂E⃗∂t\vec{\nabla} \cdot \vec{E} = -\frac{\vec{u}}{c} \cdot \frac{\partial \vec{E}}{\partial t}

La propriété

∇⃗⋅E⃗=0\vec{\nabla} \cdot \vec{E} = 0

entraîne donc, pour l'onde plane homogène considérée,

u⃗⋅∂E⃗∂t=0\vec{u} \cdot \frac{\partial \vec{E}}{\partial t} = 0

Si le champ E⃗\vec{E} est alors décomposé en une composante transversale E⃗⊥\vec{E}_\perp et une composante longitudinale E⃗/ ⁣/\vec{E}_{/\!/}, on a

u⃗⋅E⃗⊥=0doncu⃗⋅∂E⃗⊥∂t=0\vec{u} \cdot \vec{E}_\perp = 0 \quad \text{donc} \quad \vec{u} \cdot \frac{\partial \vec{E}_\perp}{\partial t} = 0

La nullité de la divergence entraîne alors, en posant E⃗/ ⁣/=E/ ⁣/ u⃗\vec{E}_{/\!/} = E_{/\!/}\,\vec{u} :

u⃗⋅∂E⃗/ ⁣/∂t=u⃗⋅∂(u⃗E/ ⁣/)∂t=∂E/ ⁣/∂t=0\vec{u} \cdot \frac{\partial \vec{E}_{/\!/}}{\partial t} = \vec{u} \cdot \frac{\partial (\vec{u}E_{/\!/})}{\partial t} = \frac{\partial E_{/\!/}}{\partial t} = 0

Cela signifie que la composante longitudinale de E⃗\vec{E} est statique.

Un champ statique uniforme est évidemment de la forme donnée au paragraphe sur l'onde plane homogène, mais il ne correspond pas à l'idée physique d'une onde, qui est associée à un phénomène physique variable dans le temps et l'espace.

On considère donc que la composante longitudinale statique ne fait pas réellement partie de l'onde électromagnétique considérée (il est toujours possible de faire passer une onde lumineuse entre les plaques d'un condensateur plan chargé, mais on ne considère pas pour autant que le champ créé par le condensateur fait partie du champ de l'onde lumineuse) et que la composante longitudinale du champ de l'onde électromagnétique plane homogène est nulle. Autrement dit :

Le champ électrique d'une onde électromagnétique plane homogène se propageant dans le vide est transversal.

Détermination du champ magnétique​

Dans ce paragraphe, on va montrer que le champ électrique de l'onde électromagnétique ne peut exister seul et qu'il est nécessairement associé à un champ magnétique, que l'on va exprimer en fonction du champ électrique donné.

Pour déterminer le champ magnétique associé au champ électrique, on part de l'équation de Maxwell-Faraday :

∇⃗∧E⃗=−∂B⃗∂t\vec{\nabla} \wedge \vec{E} = -\frac{\partial \vec{B}}{\partial t}

Les projections sur les axes cartésiens de cette équation vectorielle s'écrivent :

∂Bx∂t=∂Ey∂z−∂Ez∂y=1c(β∂Ez∂t−γ∂Ey∂t)∂By∂t=∂Ez∂x−∂Ex∂z=1c(γ∂Ex∂t−α∂Ez∂t)∂Bz∂t=∂Ex∂y−∂Ey∂x=1c(α∂Ey∂t−β∂Ex∂t)\begin{aligned} \frac{\partial B_x}{\partial t} &= \frac{\partial E_y}{\partial z} - \frac{\partial E_z}{\partial y} = \frac{1}{c}\left(\beta\frac{\partial E_z}{\partial t} - \gamma\frac{\partial E_y}{\partial t}\right) \\ \frac{\partial B_y}{\partial t} &= \frac{\partial E_z}{\partial x} - \frac{\partial E_x}{\partial z} = \frac{1}{c}\left(\gamma\frac{\partial E_x}{\partial t} - \alpha\frac{\partial E_z}{\partial t}\right) \\ \frac{\partial B_z}{\partial t} &= \frac{\partial E_x}{\partial y} - \frac{\partial E_y}{\partial x} = \frac{1}{c}\left(\alpha\frac{\partial E_y}{\partial t} - \beta\frac{\partial E_x}{\partial t}\right) \end{aligned}

soit

∂B⃗∂t=u⃗c∧∂E⃗∂t\frac{\partial \vec{B}}{\partial t} = \frac{\vec{u}}{c} \wedge \frac{\partial \vec{E}}{\partial t}

Par intégration par rapport au temps, on obtient

B⃗=u⃗c∧E⃗+B⃗s\vec{B} = \frac{\vec{u}}{c} \wedge \vec{E} + \vec{B}_s

La constante d'intégration B⃗s\vec{B}_s est indépendante du temps : elle représente un champ statique qui n'est pas considéré comme faisant partie du champ de l'onde électromagnétique (on peut faire passer une onde électromagnétique à l'intérieur d'un solénoïde parcouru par un courant continu, mais le champ statique de ce solénoïde n'est pas considéré comme faisant partie de l'onde électromagnétique). On retiendra donc la relation

B⃗=u⃗c∧E⃗\vec{B} = \frac{\vec{u}}{c} \wedge \vec{E}

qui relie en tout point et à tout instant le champ magnétique et le champ électrique de l'onde électromagnétique plane homogène se propageant dans le vide.

Structure de l'onde​

De la relation précédente, il résulte immédiatement que le champ magnétique B⃗\vec{B} est orthogonal à u⃗\vec{u}, donc transversal :

Le champ magnétique d'une onde électromagnétique plane homogène se propageant dans le vide est transversal.

Cette propriété aurait pu être déduite, comme pour le champ électrique, du fait que

∇⃗⋅B⃗=0\vec{\nabla} \cdot \vec{B} = 0

La relation

B⃗=u⃗c∧E⃗\vec{B} = \frac{\vec{u}}{c} \wedge \vec{E}

montre également que les champs E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B} sont orthogonaux en tout point et à tout instant. Plus précisément, les trois vecteurs E⃗\vec{E}, B⃗\vec{B}, u⃗\vec{u} forment en tout point et à tout instant un trièdre trirectangle direct.

Enfin, il résulte de cette relation et de l'orthogonalité de u⃗\vec{u} et de E⃗\vec{E} que les modules des champs sont dans le rapport

∥B⃗∥∥E⃗∥=1c\frac{\|\vec{B}\|}{\|\vec{E}\|} = \frac{1}{c}

Dans tout ce qui précède, on ne suppose pas que la direction de E⃗\vec{E} ni celle de B⃗\vec{B} sont invariables dans le temps et dans l'espace. La direction de u⃗\vec{u} est bien sûr fixe, puisqu'il s'agit d'une propagation par ondes planes ; les directions de E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B} peuvent varier, mais ces champs restent partout et à tout instant orthogonaux entre eux et à la direction de propagation u⃗\vec{u}.

En résumé, une onde électromagnétique plane, homogène, progressive, se propageant dans le vide, est constituée d'un champ électrique et d'un champ magnétique, tous les deux transversaux, mutuellement orthogonaux, et tels que le rapport des modules du champ magnétique et du champ électrique soit égal à 1c\dfrac{1}{c}.

Ondes sinusoïdales : polarisation​

Importance des ondes sinusoïdales​

Du point de vue expérimental, il existe de nombreux types d'ondes électromagnétiques, qui se distinguent radicalement les unes des autres par la nature des dispositifs qui les produisent et les détectent, et par leurs interactions avec la matière. On distingue ainsi les ondes hertziennes (radiodiffusion, télévision...), les micro-ondes, la lumière infrarouge, la lumière visible, la lumière ultraviolette, les rayons XX et les rayons γ\gamma.

Le paramètre physique à la base de ce classement est la fréquence : cela signifie qu'on se réfère (implicitement) au caractère sinusoïdal de la variation temporelle des champs. Les fonctions sinusoïdales jouent donc un rôle privilégié lorsqu'on étudie les radiations électromagnétiques : cela tient en particulier à leur mode d'émission, comme les deux exemples suivants permettent de le comprendre.

Considérons d'abord un émetteur de radiodiffusion. Cet émetteur émet une onde sinusoïdale appelée porteuse : pour diffuser le signal (son), on module, par exemple en amplitude, l'onde porteuse ; cela signifie qu'on fait varier l'amplitude de manière qu'elle reproduise la fonction qui représente le signal. L'onde diffusée n'est alors plus rigoureusement sinusoïdale, mais elle reste presque sinusoïdale parce que les variations de l'amplitude sont lentes à l'échelle de la période de la porteuse (la fréquence de la porteuse est par exemple de l'ordre de 1 MHz1\,MHz, alors que la fréquence des sons à diffuser est au plus de 10 kHz10\,kHz).

Le deuxième exemple concerne l'émission de lumière par les atomes et les molécules : cette émission est associée à la transition de l'atome ou de la molécule d'un niveau d'énergie donné E1E_1 à un niveau d'énergie plus basse E0E_0. La fréquence de l'onde émise est déterminée par la différence d'énergie entre les niveaux suivant la formule

ν=E1−E0h\nu = \frac{E_1 - E_0}{h}

L'onde émise est donc sinusoïdale (en fait, elle n'est qu'approximativement sinusoïdale, pour des raisons qui ne peuvent être données ici).

Pour ce qui concerne la lumière visible, la fréquence correspond à la couleur. La lumière blanche, émise par exemple par le soleil ou les lampes à incandescence, est une superposition de toutes les couleurs. Il est possible de séparer les composantes de couleurs, c'est-à-dire de fréquences différentes, contenues dans une lumière complexe à l'aide d'un appareil appelé spectroscope. Cet appareil contient un élément dispersif (prisme ou réseau) qui dévie les ondes électromagnétiques de manière différente suivant leur fréquence ; on verra plus tard que l'indice de réfraction d'un milieu diélectrique tel que le verre dépend de la fréquence de la radiation qui le traverse : l'angle de déviation par un prisme est donc fonction de la fréquence.

La lumière blanche fournit ainsi un "spectre" coloré, rouge à un bord (basses fréquences), violet à l'autre (hautes fréquences).

Composantes cartésiennes des champs​

On considère une onde plane progressive se propageant parallèlement à OzOz dans le sens des zz croissants. La variation des champs étant sinusoïdale, leurs composantes ont la forme suivante :

E⃗(M,t){EOxcos⁡(ωt−kz+ϕ)EOycos⁡(ωt−kz+ψ)0B⃗(M,t){−EOyccos⁡(ωt−kz+ψ)EOxccos⁡(ωt−kz+ϕ)0\vec{E}(M, t) \begin{cases} E_{Ox}\cos(\omega t - kz + \phi) \\ E_{Oy}\cos(\omega t - kz + \psi) \\ 0 \end{cases} \qquad \vec{B}(M, t) \begin{cases} -\dfrac{E_{Oy}}{c}\cos(\omega t - kz + \psi) \\ \dfrac{E_{Ox}}{c}\cos(\omega t - kz + \phi) \\ 0 \end{cases}

Dans ces expressions, on a introduit le module du vecteur d'onde k=ω/ck = \omega/c.

Les quantités EOxE_{Ox} et EOyE_{Oy} sont des constantes qui rendent compte des amplitudes des composantes des champs ; les quantités ϕ\phi et ψ\psi décrivent les phases de ces composantes.

En représentation complexe, les composantes des champs sont

E⃗(M,t){EOxeiϕei(ωt−kz)EOyeiψei(ωt−kz)0B⃗(M,t){−EOyceiψei(ωt−kz)EOxceiϕei(ωt−kz)0\vec{E}(M, t) \begin{cases} E_{Ox}e^{i\phi}e^{i(\omega t - kz)} \\ E_{Oy}e^{i\psi}e^{i(\omega t - kz)} \\ 0 \end{cases} \qquad \vec{B}(M, t) \begin{cases} -\dfrac{E_{Oy}}{c}e^{i\psi}e^{i(\omega t - kz)} \\ \dfrac{E_{Ox}}{c}e^{i\phi}e^{i(\omega t - kz)} \\ 0 \end{cases}

Polarisation rectiligne​

La direction du champ électrique reste donc invariable dans le temps et dans l'espace : on a affaire à une onde polarisée rectilignement.

Bien entendu, le champ magnétique, qui est orthogonal à E⃗\vec{E}, garde aussi une direction constante.

Onde polarisée rectilignement : E et B orthogonaux, de directions fixes, le long de l'axe de propagation

Remarque. La caractéristique d'une onde polarisée rectilignement est le fait que le champ électrique garde une direction constante : une onde polarisée rectilignement n'est donc pas nécessairement sinusoïdale.

Polarisation circulaire et elliptique​

Si ψ=ϕ+π2 (2π)\psi = \phi + \dfrac{\pi}{2}\ (2\pi), les expressions de E⃗\vec{E} deviennent

{Ex=EOxcos⁡(ωt−kz+ϕ)Ey=−EOysin⁡(ωt−kz+ϕ)Ez=0\begin{cases} E_x = E_{Ox}\cos(\omega t - kz + \phi) \\ E_y = -E_{Oy}\sin(\omega t - kz + \phi) \\ E_z = 0 \end{cases}

En un point donné de l'espace (zz fixé), l'extrémité du vecteur représentant le champ électrique, c'est-à-dire le point de coordonnées

X=EOxcos⁡(ωt−kz+ϕ)Y=−EOysin⁡(ωt−kz+ϕ)Z=zX = E_{Ox}\cos(\omega t - kz + \phi) \qquad Y = -E_{Oy}\sin(\omega t - kz + \phi) \qquad Z = z

décrit une ellipse au cours du temps. On a en effet

X2EOx2+Y2EOy2=1\frac{X^2}{E_{Ox}^2} + \frac{Y^2}{E_{Oy}^2} = 1

Ellipse décrite par l'extrémité de E(t) dans le plan xOy, angle α entre Ox et E

La pulsation ω\omega étant toujours choisie positive, si les constantes EOxE_{Ox} et EOyE_{Oy} sont de même signe (elles sont en principe positives toutes les deux : amplitudes réelles de vibrations sinusoïdales), le point (X,Y)(X, Y) décrit l'ellipse dans le sens rétrograde. En effet, l'angle

α=(Ox,E⃗)\alpha = (Ox, \vec{E})

est une fonction décroissante du temps, puisque

tan⁡(α)=YX=−EOyEOxtan⁡(ωt−kz+ϕ)\tan(\alpha) = \frac{Y}{X} = -\frac{E_{Oy}}{E_{Ox}}\tan(\omega t - kz + \phi)

et

(1+tan⁡2(α)) α˙=−ωEOyEOx[1+tan⁡2(ωt−kz+ϕ)](1 + \tan^2(\alpha))\,\dot{\alpha} = -\omega\frac{E_{Oy}}{E_{Ox}}[1 + \tan^2(\omega t - kz + \phi)]

On dit que l'onde a une polarisation elliptique droite. Dans le cas particulier où, de plus, EOx=EOyE_{Ox} = E_{Oy}, l'ellipse est un cercle. On dit que l'onde a une polarisation circulaire droite. On montre de la même façon que :

  • si ψ=ϕ−π2 (2π)\psi = \phi - \dfrac{\pi}{2}\ (2\pi), on a affaire à une onde de polarisation elliptique gauche ;
  • si ψ=ϕ−π2 (2π)\psi = \phi - \dfrac{\pi}{2}\ (2\pi) et si de plus EOx=EOyE_{Ox} = E_{Oy}, on a affaire à une onde de polarisation circulaire gauche.

De manière plus générale, si ψ−ϕ≠0 (π2)\psi - \phi \neq 0\ \left(\dfrac{\pi}{2}\right), c'est-à-dire si ψ−ϕ\psi - \phi n'est pas un multiple de π2\dfrac{\pi}{2}, on montre que l'onde a une polarisation elliptique, mais les axes de l'ellipse décrite par le vecteur E⃗\vec{E} ne sont pas parallèles aux axes de coordonnées OxOx et OyOy.

Dans ce qui précède, on a défini la caractéristique, droite ou gauche, d'une onde polarisée elliptiquement par référence au sens de rotation du vecteur champ électrique dans le plan xOyxOy, c'est-à-dire autour de l'axe OzOz. Mais il faut pouvoir définir l'état de polarisation pour une onde ne se propageant pas suivant OzOz : la direction de référence physique est évidemment la direction de propagation, définie par le vecteur unitaire u⃗\vec{u}.

On dit qu'une onde polarisée circulairement ou elliptiquement est droite (respectivement gauche) si son champ électrique, en un point donné, tourne autour du vecteur direction de propagation u⃗\vec{u} dans le sens rétrograde (respectivement direct). La "règle du tire-bouchon" permet de trouver le sens direct de rotation autour de l'axe u⃗\vec{u}.

On vérifie aisément qu'il est nécessaire que ψ=ϕ (π)\psi = \phi\ (\pi) pour que l'onde soit polarisée rectilignement.

De même, il est nécessaire que ψ=ϕ+π2 (π)\psi = \phi + \dfrac{\pi}{2}\ (\pi) et que ∣EOx∣=∣EOy∣|E_{Ox}| = |E_{Oy}| pour que l'onde soit polarisée circulairement.

Enfin, puisque le champ magnétique forme avec E⃗\vec{E} un angle de +π/2+\pi/2 et puisque le rapport

∥B⃗∥∥E⃗∥=1c\frac{\|\vec{B}\|}{\|\vec{E}\|} = \frac{1}{c}

l'état de polarisation du champ magnétique est le même que celui du champ électrique :

  • si la polarisation de E⃗\vec{E} est rectiligne, celle de B⃗\vec{B} l'est aussi, mais la direction de polarisation de B⃗\vec{B} est orthogonale à celle de E⃗\vec{E} ;
  • si la polarisation de E⃗\vec{E} est elliptique droite (respectivement gauche), celle de B⃗\vec{B} est droite (respectivement gauche), mais la direction du grand axe de l'ellipse de B⃗\vec{B} est orthogonale à celle du grand axe de l'ellipse de E⃗\vec{E}.

Onde de direction de propagation quelconque et représentation complexe​

Les composantes du champ électrique d'une onde de direction de propagation quelconque sont données par les expressions

{Ex=EOxcos⁡(ωt−k⃗⋅r⃗+ϕ)Ey=EOycos⁡(ωt−k⃗⋅r⃗+ψ)Ez=EOzcos⁡(ωt−k⃗⋅r⃗+η)avec k⃗⋅r⃗=kxx+kyy+kzz\begin{cases} E_x = E_{Ox}\cos(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r} + \phi) \\ E_y = E_{Oy}\cos(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r} + \psi) \\ E_z = E_{Oz}\cos(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r} + \eta) \end{cases} \qquad \text{avec } \vec{k} \cdot \vec{r} = k_x x + k_y y + k_z z

En général, les trois composantes de E⃗\vec{E} sont différentes de zéro. La transversalité de E⃗\vec{E} exige que

k⃗⋅E⃗=kxEx+kyEy+kzEz=0quels que soient t et x,y,z\vec{k} \cdot \vec{E} = k_x E_x + k_y E_y + k_z E_z = 0 \quad \text{quels que soient } t \text{ et } x, y, z

La représentation complexe permet de retrouver rapidement et d'exprimer simplement la structure de l'onde électromagnétique (sinusoïdale), parce que les expressions de la divergence et du rotationnel sont très simples. La représentation complexe des composantes de E⃗\vec{E} est

{E‾x=EOxeiϕei(ωt−k⃗⋅r⃗)=E‾Oxei(ωt−k⃗⋅r⃗)E‾y=EOyeiψei(ωt−k⃗⋅r⃗)=E‾Oyei(ωt−k⃗⋅r⃗)E‾z=EOzeiηei(ωt−k⃗⋅r⃗)\begin{cases} \underline{E}_x = E_{Ox}e^{i\phi}e^{i(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r})} = \underline{E}_{Ox}e^{i(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r})} \\ \underline{E}_y = E_{Oy}e^{i\psi}e^{i(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r})} = \underline{E}_{Oy}e^{i(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r})} \\ \underline{E}_z = E_{Oz}e^{i\eta}e^{i(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r})} \end{cases}

On peut donc mettre E⃗‾\underline{\vec{E}} sous la forme E⃗‾=E⃗‾Oei(ωt−k⃗⋅r⃗)\underline{\vec{E}} = \underline{\vec{E}}_O e^{i(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r})}.

Bien noter qu'une factorisation de l'expression réelle du champ E⃗\vec{E} en un vecteur constant par un scalaire n'est en général pas possible.

La dérivée, par rapport à une coordonnée quelconque, d'une composante quelconque de E⃗\vec{E} ou B⃗\vec{B}, par exemple ∂E‾x∂y\dfrac{\partial \underline{E}_x}{\partial y}, est donnée par

∂E‾x∂y=−ikyE‾Oxei(ωt−k⃗⋅r⃗)\frac{\partial \underline{E}_x}{\partial y} = -ik_y \underline{E}_{Ox}e^{i(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r})}

On en déduit

{∇⃗⋅E⃗‾=−ik⃗⋅E⃗‾∇⃗∧E⃗‾=−ik⃗∧E⃗‾\begin{cases} \vec{\nabla} \cdot \underline{\vec{E}} = -i\vec{k} \cdot \underline{\vec{E}} \\ \vec{\nabla} \wedge \underline{\vec{E}} = -i\vec{k} \wedge \underline{\vec{E}} \end{cases}

Du fait que le vecteur k⃗\vec{k} est réel, on a évidemment ∇⃗⋅E⃗=Re(∇⃗⋅E⃗‾)\vec{\nabla} \cdot \vec{E} = \mathrm{Re}(\vec{\nabla} \cdot \underline{\vec{E}}) et ∇⃗∧E⃗=Re(∇⃗∧E⃗‾)\vec{\nabla} \wedge \vec{E} = \mathrm{Re}(\vec{\nabla} \wedge \underline{\vec{E}}).

L'équation ∇⃗⋅E⃗‾=0\vec{\nabla} \cdot \underline{\vec{E}} = 0 conduit donc à k⃗⋅E⃗‾0=0\vec{k} \cdot \underline{\vec{E}}_0 = 0.

L'équation ∇⃗∧E⃗‾=−∂B⃗‾∂t\vec{\nabla} \wedge \underline{\vec{E}} = -\dfrac{\partial \underline{\vec{B}}}{\partial t} se traduit par

−ik⃗∧E⃗‾=−iωB⃗‾soitωB⃗‾=k⃗∧E⃗‾-i\vec{k} \wedge \underline{\vec{E}} = -i\omega\underline{\vec{B}} \quad \text{soit} \quad \omega\underline{\vec{B}} = \vec{k} \wedge \underline{\vec{E}}

(On suppose que B⃗‾\underline{\vec{B}} est une onde plane sinusoïdale de pulsation ω\omega et de vecteur d'onde k⃗\vec{k} ; on rappelle que la dérivation par rapport à tt se traduit par la multiplication par le facteur iωi\omega.) On a donc B⃗‾=k⃗ω∧E⃗‾\underline{\vec{B}} = \dfrac{\vec{k}}{\omega} \wedge \underline{\vec{E}} et par conséquent, en prenant les parties réelles,

B⃗=k⃗ω∧E⃗\vec{B} = \frac{\vec{k}}{\omega} \wedge \vec{E}

Cette relation est identique à celle obtenue lors de la détermination du champ magnétique, puisque k⃗=ωcu⃗\vec{k} = \dfrac{\omega}{c}\vec{u}, où u⃗\vec{u} désigne le vecteur unitaire de la direction de propagation.

Énergie électromagnétique : densité volumique et flux​

En électrostatique, on a introduit une énergie associée au champ et distribuée dans l'espace avec la densité volumique

uE=ϵ0E22u_E = \epsilon_0 \frac{E^2}{2}

De même, en magnétostatique, on a introduit la densité volumique d'énergie magnétique

uM=B22μ0u_M = \frac{B^2}{2\mu_0}

Il n'est pas a priori évident qu'en régime variable la densité d'énergie électromagnétique soit simplement la somme de ces deux quantités.

De plus, un autre problème se pose : du fait que les champs varient avec le temps, il faut s'attendre à ce que l'énergie électromagnétique se déplace.

Il faut donc trouver l'expression de la densité d'énergie électromagnétique permettant de calculer l'énergie stockée dans un volume donné de l'espace, et introduire une nouvelle grandeur physique permettant de décrire le transport de l'énergie, c'est-à-dire de calculer le flux de puissance à travers une surface donnée.

La première quantité est un scalaire dont l'intégrale de volume étendue à un domaine τ\tau de l'espace est égale à l'énergie électromagnétique contenue dans ce domaine :

W=∭τu dτW = \iiint_\tau u\,d\tau

Domaine τ découpé en éléments dτ d'énergie u dτ, et élément dS d'une surface Σ traversé par le flux de P

Définition de uu. Chaque élément de volume dτd\tau de l'espace contient l'énergie électromagnétique

dW=u(M,t) dτdW = u(M, t)\,d\tau

L'énergie contenue dans un domaine (τ)(\tau) est donnée par l'intégrale

W=∭τu dτW = \iiint_\tau u\,d\tau

La densité volumique d'énergie électromagnétique est fonction de la position du point dans l'espace et du temps.

Définition de P⃗\vec{P}. La puissance électromagnétique qui traverse une surface (Σ)(\Sigma) est égale au flux du vecteur P⃗\vec{P} à travers la surface (définition de P⃗\vec{P}) :

P=∬ΣP⃗⋅n⃗ dS\mathcal{P} = \iint_\Sigma \vec{P} \cdot \vec{n}\,dS

Le vecteur P⃗\vec{P} est fonction de la position du point dans l'espace et du temps.

La seconde quantité est un vecteur dont le flux à travers une surface Σ\Sigma est égal à la puissance électromagnétique traversant cette surface :

P=∬ΣP⃗⋅n⃗ dS\mathcal{P} = \iint_\Sigma \vec{P} \cdot \vec{n}\,dS

Expression de la conservation de l'énergie​

Pour trouver les expressions des quantités uu et P⃗\vec{P} définies ci-dessus, on cherche la condition que ces quantités doivent vérifier pour que la conservation de l'énergie soit assurée. Le raisonnement qu'on va faire n'est pas restreint à l'onde électromagnétique dans le vide, mais est relatif au cas général où des charges et des courants sont distribués dans le domaine de l'espace considéré. Considérons donc un domaine de l'espace τ\tau limité par une surface Σ\Sigma dont la normale unitaire orientée vers l'extérieur est désignée par n⃗\vec{n}. La quantité d'énergie dans le domaine τ\tau à l'instant tt est

W(t)=∭u(M,t) dτW(t) = \iiint u(M, t)\,d\tau

Domaine τ limité par la surface Σ, de normale sortante n, traversée par le vecteur P

Sa variation différentielle pendant l'intervalle de temps dtdt est

dW=∭τ∂u∂t dτ dtdW = \iiint_\tau \frac{\partial u}{\partial t}\,d\tau\,dt

La puissance électromagnétique pénétrant dans le domaine τ\tau à travers la surface Σ\Sigma est

P=−∯P⃗⋅n⃗ dS\mathcal{P} = -\oiint \vec{P} \cdot \vec{n}\,dS

L'énergie élémentaire pénétrant dans le domaine τ\tau pendant dtdt est

dW′=P dt=−∯ΣP⃗⋅n⃗ dS dtdW' = \mathcal{P}\,dt = -\oiint_\Sigma \vec{P} \cdot \vec{n}\,dS\,dt

Pour assurer la conservation de l'énergie, on pourrait être tenté d'exprimer que l'énergie pénétrant dans le domaine τ\tau est égale à l'accroissement du stock d'énergie dans ce domaine. Mais les quantités uu et P⃗\vec{P} ne concernent que l'énergie électromagnétique. Il faut tenir compte d'une possible conversion d'énergie électromagnétique en une autre forme d'énergie (ou du processus inverse) à l'intérieur du volume τ\tau. Ces conversions sont dues au mécanisme suivant : des charges électriques sont présentes dans le domaine τ\tau, certaines sont susceptibles de se mouvoir et donc de recevoir du travail fourni par les champs E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B} par le jeu de la force de Lorentz. Soit en effet une particule ponctuelle de charge qq, de vitesse v⃗\vec{v}. Elle est soumise à la force

F⃗=q(E⃗+v⃗∧B⃗)\vec{F} = q(\vec{E} + \vec{v} \wedge \vec{B})

et reçoit la puissance

P=q(E⃗+v⃗∧B⃗)⋅v⃗=qE⃗⋅v⃗\mathcal{P} = q(\vec{E} + \vec{v} \wedge \vec{B}) \cdot \vec{v} = q\vec{E} \cdot \vec{v}

Soit ρ(m)\rho^{(m)} la charge volumique mobile ; la puissance dPd\mathcal{P} reçue sous forme d'énergie mécanique par l'élément dτd\tau du domaine considéré est

dP=(ρ(m)dτ)E⃗⋅v⃗d\mathcal{P} = (\rho^{(m)}d\tau)\vec{E} \cdot \vec{v}

Par définition du vecteur densité de courant volumique, j⃗=ρ(m)v⃗\vec{j} = \rho^{(m)}\vec{v}, on obtient

dP=(j⃗⋅E⃗) dτd\mathcal{P} = (\vec{j} \cdot \vec{E})\,d\tau

L'énergie dW′′dW'' fournie aux particules chargées du volume τ\tau par le champ électromagnétique est donc, pendant le temps dtdt,

dW′′=∭τ(j⃗⋅E⃗) dτ dtdW'' = \iiint_\tau (\vec{j} \cdot \vec{E})\,d\tau\,dt

La conservation de l'énergie est assurée si l'on exprime que la quantité d'énergie pénétrant dans le domaine τ\tau est égale à la somme de l'augmentation du stock d'énergie du domaine τ\tau et de l'énergie électromagnétique convertie :

dW′=dW+dW′′dW' = dW + dW''
∯ΣP⃗⋅n⃗ dS+∭τ(j⃗⋅E⃗+∂u∂t)dτ=0\oiint_\Sigma \vec{P} \cdot \vec{n}\,dS + \iiint_\tau \left(\vec{j} \cdot \vec{E} + \frac{\partial u}{\partial t}\right)d\tau = 0

Et en transformant l'intégrale de flux en intégrale de volume :

∭τ(∇⃗⋅P⃗+j⃗⋅E⃗+∂u∂t)dτ=0\iiint_\tau \left(\vec{\nabla} \cdot \vec{P} + \vec{j} \cdot \vec{E} + \frac{\partial u}{\partial t}\right)d\tau = 0
∇⃗⋅P⃗+j⃗⋅E⃗+∂u∂t=0\vec{\nabla} \cdot \vec{P} + \vec{j} \cdot \vec{E} + \frac{\partial u}{\partial t} = 0

Expression de uu et de P⃗\vec{P}​

Pour trouver les expressions de uu et de P⃗\vec{P}, on transforme la relation précédente de conservation de l'énergie en utilisant l'équation de Maxwell-Ampère

∇⃗∧B⃗=μ0j⃗+ϵ0μ0∂E⃗∂t\vec{\nabla} \wedge \vec{B} = \mu_0\vec{j} + \epsilon_0\mu_0 \frac{\partial \vec{E}}{\partial t}

qui permet d'exprimer j⃗\vec{j} en fonction de B⃗\vec{B} et E⃗\vec{E} : j⃗=∇⃗∧B⃗μ0−ϵ0∂E⃗∂t\vec{j} = \dfrac{\vec{\nabla} \wedge \vec{B}}{\mu_0} - \epsilon_0 \dfrac{\partial \vec{E}}{\partial t}.

En reportant dans l'équation de conservation de l'énergie :

∇⃗⋅P⃗+∇⃗∧B⃗μ0⋅E⃗−ϵ0∂E⃗∂t⋅E⃗+∂u∂t=0\vec{\nabla} \cdot \vec{P} + \frac{\vec{\nabla} \wedge \vec{B}}{\mu_0} \cdot \vec{E} - \epsilon_0 \frac{\partial \vec{E}}{\partial t} \cdot \vec{E} + \frac{\partial u}{\partial t} = 0

On remarque que E⃗⋅∂E⃗∂t=12∂E2∂t\vec{E} \cdot \dfrac{\partial \vec{E}}{\partial t} = \dfrac{1}{2}\dfrac{\partial E^2}{\partial t}. De plus, l'identité suivante

(∇⃗∧B⃗)⋅E⃗=(∇⃗∧E⃗)⋅B⃗−∇⃗⋅(E⃗∧B⃗)(\vec{\nabla} \wedge \vec{B}) \cdot \vec{E} = (\vec{\nabla} \wedge \vec{E}) \cdot \vec{B} - \vec{\nabla} \cdot (\vec{E} \wedge \vec{B})

permet de transformer l'équation en

∇⃗⋅P⃗+1μ0(∇⃗∧E⃗)⋅B⃗−∇⃗⋅E⃗∧B⃗μ0−12ϵ0∂E2∂t+∂u∂t=0\vec{\nabla} \cdot \vec{P} + \frac{1}{\mu_0}(\vec{\nabla} \wedge \vec{E}) \cdot \vec{B} - \vec{\nabla} \cdot \frac{\vec{E} \wedge \vec{B}}{\mu_0} - \frac{1}{2}\epsilon_0 \frac{\partial E^2}{\partial t} + \frac{\partial u}{\partial t} = 0

En utilisant l'équation de Maxwell-Faraday, ∇⃗∧E⃗=−∂B⃗∂t\vec{\nabla} \wedge \vec{E} = -\dfrac{\partial \vec{B}}{\partial t}, on obtient finalement

∇⃗⋅(P⃗−E⃗∧B⃗μ0)+∂∂t(u−ϵ0E22−B22μ0)=0\vec{\nabla} \cdot \left(\vec{P} - \frac{\vec{E} \wedge \vec{B}}{\mu_0}\right) + \frac{\partial}{\partial t}\left(u - \frac{\epsilon_0 E^2}{2} - \frac{B^2}{2\mu_0}\right) = 0

Une manière très simple de satisfaire cette relation est de poser

P⃗=E⃗∧B⃗μ0u=ϵ0E22+B22μ0\boxed{\vec{P} = \frac{\vec{E} \wedge \vec{B}}{\mu_0} \qquad u = \frac{\epsilon_0 E^2}{2} + \frac{B^2}{2\mu_0}}

Ce sont ces expressions que l'on adopte en théorie de l'électromagnétisme pour décrire le flux de puissance électromagnétique (vecteur P⃗\vec{P}) et la répartition dans l'espace de l'énergie électromagnétique (densité volumique uu). Le raisonnement qui précède ne prouve nullement que ces expressions sont les seules qui soient cohérentes à la fois avec les équations de Maxwell et le principe de conservation de l'énergie. Aussi bien, le choix de ces quantités doit être considéré comme un postulat supplémentaire de la théorie électromagnétique.

Le vecteur P⃗=E⃗∧B⃗μ0\vec{P} = \dfrac{\vec{E} \wedge \vec{B}}{\mu_0} s'appelle le vecteur de Poynting.

Intensité d'une onde électromagnétique​

Les détecteurs d'ondes hertziennes (récepteurs de radio ou de télévision...) sont capables d'enregistrer les valeurs instantanées des champs de l'onde.

En revanche, les variations temporelles des champs constituant la lumière sont extrêmement rapides et ne peuvent pas être enregistrées par les détecteurs (œil, plaque ou film photographique, récepteurs photoélectriques), qui sont seulement capables, en général, de mesurer la puissance moyenne qu'ils reçoivent. Pour cette raison, on introduit la notion d'intensité :

L'intensité d'une onde électromagnétique est égale à la puissance moyenne qui traverse un élément de surface d'onde d'aire unité.

Cette définition paraît supposer que l'onde est homogène. S'il n'en est pas ainsi, on considère sur la surface d'onde un élément d'aire dSdS. En désignant par dPd\mathcal{P} la puissance instantanée traversant cet élément, on a par définition de l'intensité

I=⟨dP⟩dSI = \frac{\langle d\mathcal{P} \rangle}{dS}

Surface plane S disposée normalement à la direction de propagation u

Considérons une onde électromagnétique plane homogène dont la direction de propagation est définie par le vecteur unitaire u⃗\vec{u}, et soit (S)(S) une surface plane disposée normalement à u⃗\vec{u}. D'après la définition du vecteur de Poynting, la puissance qui traverse la surface (S)(S) est

P=E⃗∧B⃗μ0⋅n⃗ S=E2Sμ0cu⃗⋅n⃗puisqueB⃗=u⃗∧E⃗c\mathcal{P} = \frac{\vec{E} \wedge \vec{B}}{\mu_0} \cdot \vec{n}\,S = \frac{E^2 S}{\mu_0 c}\vec{u} \cdot \vec{n} \quad \text{puisque} \quad \vec{B} = \frac{\vec{u} \wedge \vec{E}}{c}

n⃗\vec{n} désigne le vecteur unitaire normal à la surface et SS l'aire de cette surface. On a, par hypothèse, n⃗=u⃗\vec{n} = \vec{u}, d'où P=E2Sμ0c\mathcal{P} = \dfrac{E^2 S}{\mu_0 c}.

Par définition de l'intensité, on a donc, pour une onde plane homogène,

I=⟨P⟩S=⟨E2⟩μ0c=cμ0⟨B2⟩I = \frac{\langle \mathcal{P} \rangle}{S} = \frac{\langle E^2 \rangle}{\mu_0 c} = \frac{c}{\mu_0}\langle B^2 \rangle

Pour une onde plane homogène sinusoïdale, les composantes de E⃗\vec{E} sont des fonctions sinusoïdales du temps, de pulsation ω\omega. En choisissant l'axe des zz parallèle à u⃗\vec{u} et de même sens, on obtient

E2=EOx2cos⁡2(ωt−kz+ϕ)+EOy2cos⁡2(ωt−kz+ψ)E^2 = E_{Ox}^2\cos^2(\omega t - kz + \phi) + E_{Oy}^2\cos^2(\omega t - kz + \psi)

et

⟨E2⟩=EOx2+EOy22\langle E^2 \rangle = \frac{E_{Ox}^2 + E_{Oy}^2}{2}

D'où

I=EOx2+EOy22μ0cI = \frac{E_{Ox}^2 + E_{Oy}^2}{2\mu_0 c}

Cette expression est valable quel que soit l'état de polarisation de l'onde, puisqu'aucune hypothèse n'a été faite sur la différence ψ−ϕ\psi - \phi.

Aspects expérimentaux de la polarisation de la lumière​

Sources de rayonnement électromagnétique polarisé​

Les antennes des émetteurs de radiodiffusion et de télévision comportent des barreaux métalliques : le champ électrique de l'onde émise a une direction bien définie en relation avec la direction de ces barreaux ; l'onde reçue directement (sans réflexion sur des obstacles) est donc polarisée rectilignement.

Le "rayonnement synchrotron" est émis par des électrons de très grande énergie, de vitesse pratiquement égale à celle de la lumière. Ces électrons sont maintenus en mouvement sur des orbites fermées, à l'intérieur d'une chambre à vide, par des champs magnétiques appropriés. Leur mouvement est fortement accéléré (du fait de la courbure de la trajectoire), et c'est pour cela qu'ils émettent du rayonnement électromagnétique, dans le domaine de la lumière ultraviolette et des rayons X ; la direction du champ électrique de ce rayonnement est parallèle au plan de la trajectoire : le rayonnement synchrotron est polarisé rectilignement.

Certains lasers émettent un rayonnement polarisé rectilignement. Cela provient du fait que des éléments optiques (fenêtres à incidence brewstérienne par exemple) disposés à l'intérieur de la cavité transmettent mieux la lumière ayant une certaine polarisation que la polarisation orthogonale.

La lumière diffusée par les atomes et les molécules est également, dans certaines conditions, polarisée rectilignement.

Mais les sources de lumière classiques (tubes à décharge, lampes à incandescence...) émettent un rayonnement non polarisé. On va examiner ce point au paragraphe suivant.

Lumière quasi monochromatique​

Il résulte des paragraphes sur les composantes cartésiennes des champs et sur la polarisation qu'une onde sinusoïdale (s'il s'agit de lumière, on parle d'une onde monochromatique) a nécessairement un état de polarisation bien défini : rectiligne, circulaire, elliptique.

On dit pourtant que la lumière émise par les sources "classiques" (lampes à incandescence, lampes à décharge...) n'est pas polarisée, même lorsqu'elle est "monochromatique" ou rendue telle par filtrage (exemple : radiation verte du mercure). Il semble qu'il y ait là un paradoxe, mais ce n'est qu'une apparence : en fait, aucune source lumineuse n'est capable d'émettre une lumière rigoureusement monochromatique. Les sources lumineuses classiques sont constituées d'un nombre énorme d'émetteurs élémentaires (pour un tube à décharge, ce sont les atomes ou molécules contenus dans quelques millilitres de gaz sous faible pression) indépendants les uns des autres. Le rayonnement de chacun de ces émetteurs correspond à la transition entre deux niveaux d'énergie différents (voir le paragraphe sur l'importance des ondes sinusoïdales). Ce rayonnement est éphémère, puisque la quantité d'énergie qui est rayonnée lors d'une telle transition est finie ; de plus, l'émission d'un élément donné est perturbée par les collisions qu'il effectue avec les autres atomes ou molécules du milieu constituant la source. Le rayonnement de la source macroscopique est la superposition des rayonnements de ces émetteurs élémentaires : il n'est donc pas a priori sinusoïdal.

Pour une transition entre deux niveaux d'énergie E2E_2 et E1E_1 des atomes ou molécules d'un gaz, le rayonnement est toutefois quasi sinusoïdal (ou quasi monochromatique) et peut être représenté par le modèle décrit ci-dessous.

À grande distance de la source, l'onde peut être assimilée à une onde plane homogène. Dans un système de coordonnées cartésiennes dont l'axe OzOz est perpendiculaire à la surface d'onde, les deux composantes ExE_x et EyE_y du champ électrique sont des fonctions sinusoïdales de pulsation ω=2π(E2−E1)h\omega = 2\pi\dfrac{(E_2 - E_1)}{h}. Elles sont données par les formules du paragraphe sur les composantes cartésiennes des champs, mais les phases additives ψ\psi et ϕ\phi et les amplitudes EOxE_{Ox} et EOyE_{Oy}, au lieu d'être constantes, sont des fonctions lentement variables du temps :

Ex=EOx(t)cos⁡(ωt−kz+ϕ(t))Ey=EOy(t)cos⁡(ωt−kz+ψ(t))E_x = E_{Ox}(t)\cos(\omega t - kz + \phi(t)) \qquad E_y = E_{Oy}(t)\cos(\omega t - kz + \psi(t))

Les fonctions EOxE_{Ox}, EOyE_{Oy}, ϕ\phi et ψ\psi ont les propriétés suivantes :

  1. Elles sont lentement variables. Cela signifie qu'elles restent pratiquement constantes durant un intervalle de temps Δt\Delta t de l'ordre de grandeur de la "période lumineuse" 2πω\dfrac{2\pi}{\omega}.
  2. Elles varient de manière aléatoire avec un temps caractéristique τ\tau. Pendant un intervalle de temps Δt≪τ\Delta t \ll \tau, la variation des fonctions est pratiquement négligeable. Mais, pour un intervalle de temps Δt≥τ\Delta t \geq \tau, la variation est en général importante. Le temps caractéristique τ\tau est énorme par rapport à la période 2πω\dfrac{2\pi}{\omega}. Sur un intervalle de temps Δt\Delta t tel que 2πω≪Δt≪τ\dfrac{2\pi}{\omega} \ll \Delta t \ll \tau, les quantités EOxE_{Ox}, EOyE_{Oy}, ϕ\phi et ψ\psi sont pratiquement constantes, et les fonctions ExE_x et EyE_y apparaissent comme des fonctions sinusoïdales du temps, de pulsation ω\omega. C'est la raison pour laquelle le rayonnement ainsi décrit est dit quasi sinusoïdal.
  3. Enfin, le temps caractéristique τ\tau est très inférieur au temps de réponse TT des détecteurs usuels. Les ordres de grandeur des trois durées qui ont été introduites dans ce qui précède sont les suivants (pour de la lumière visible) :
2πω∼10−14 sτ∼10−8 sT∼1 s\frac{2\pi}{\omega} \sim 10^{-14}\,s \qquad \tau \sim 10^{-8}\,s \qquad T \sim 1\,s

Lumière non polarisée, lumière naturelle, lumière partiellement polarisée​

Si l'on considère le champ électrique de l'onde précédente pendant un temps Δt\Delta t tel que

2πω≪Δt≪τ\frac{2\pi}{\omega} \ll \Delta t \ll \tau

l'onde peut être assimilée à une onde sinusoïdale, et son état de polarisation est bien défini (EOxEOy\dfrac{E_{Ox}}{E_{Oy}} et ψ−ϕ\psi - \phi sont pratiquement constants).

Mais, au cours du temps, cet état de polarisation évolue progressivement et, pendant le temps de réponse TT du détecteur, tous les états de polarisation possibles apparaissent.

De ce fait, la lumière enregistrée par le détecteur n'a pas d'état de polarisation défini : c'est une lumière non polarisée.

Les intensités lumineuses moyennes relatives aux deux composantes orthogonales du champ électrique (ExE_x et EyE_y) sont de plus égales entre elles dans le cas d'une source lumineuse classique : on dit qu'on a affaire à de la lumière naturelle, ou lumière non polarisée.

Il peut arriver que les intensités des deux composantes orthogonales d'une lumière naturelle soient affectées différemment par les réflexions et transmissions éventuellement subies au cours de la propagation : les intensités de ces deux composantes diffèrent alors, dans la lumière partiellement polarisée. La notion de polarisation qui intervient ici est différente, sous certains aspects, de celle introduite dans la partie sur les ondes sinusoïdales.

Polarisation de la lumière​

La lumière émise par les sources n'étant en général pas polarisée, il est nécessaire de lui faire subir un traitement si l'on a besoin de lumière polarisée. Plusieurs phénomènes physiques peuvent être utilisés dans ce but : réflexion ou transmission à travers une surface séparant deux diélectriques (dioptre air-verre par exemple), biréfringence de certains matériaux. En travaux pratiques, on utilise une grille pour polariser les ondes hertziennes. Le principe de fonctionnement de ces dispositifs ne peut être étudié dans ce chapitre ; il sera détaillé ultérieurement. Notons simplement que le polariseur le plus simple à utiliser dans le domaine de la lumière visible est une transposition de la grille pour les ondes hertziennes : les barreaux macroscopiques de la grille sont remplacés par de longues molécules linéaires. Ce dispositif s'appelle polaroïd et se présente sous la forme de feuilles de matière plastique.

Un polariseur est un dispositif qui ne transmet que la "composante" de la lumière polarisée suivant une direction donnée. Plus précisément, pour déterminer l'effet du polariseur, on projette le champ électrique de la lumière incidente sur la direction privilégiée OxOx du polariseur et sur la direction perpendiculaire.

Polariseur rectiligne (feuille de polaroïd) dans le plan Oxy : le champ incident quelconque ressort polarisé suivant Ox

Le polariseur est représenté comme une lame à faces parallèles, de faible épaisseur, parallèle au plan OxyOxy. Sa direction de transmission est OxOx.

L'onde incidente est une onde se propageant parallèlement à OzOz. Elle arrive en incidence normale sur le polariseur. Son champ électrique est donné par

E⃗i=EOxcos⁡(ωt−kz+ϕ)u⃗x+EOycos⁡(ωt−kz+ψ)u⃗y\vec{E}_i = E_{Ox}\cos(\omega t - kz + \phi)\vec{u}_x + E_{Oy}\cos(\omega t - kz + \psi)\vec{u}_y

La direction de E⃗i\vec{E}_i est quelconque (dans le plan OxyOxy) ; elle est éventuellement variable au cours du temps.

L'onde émergente est une onde plane se propageant parallèlement à OzOz. Son champ électrique a une direction fixe, parallèle à la direction de transmission du polariseur (OxOx) ; il est donné par

E⃗e=EOxcos⁡(ωt′−kz+ϕ)u⃗x\vec{E}_e = E_{Ox}\cos(\omega t' - kz + \phi)\vec{u}_x

Le changement d'origine des temps t→t′t \to t' permet de tenir compte du retard dû à la traversée du polariseur, dont l'indice est en général différent de celui du milieu extérieur.

L'amplitude du champ émergent EOxE_{Ox} est égale à l'amplitude de la composante xx du champ incident : le polariseur est supposé idéal, il transmet parfaitement la composante de l'onde parallèle à OxOx. Dans la pratique, il y a toujours une certaine atténuation de l'onde transmise, due par exemple à la réflexion sur les faces d'entrée et de sortie du polariseur.

Si l'on envoie de la lumière naturelle sur le polariseur, il en sort de la lumière polarisée rectilignement suivant la direction OxOx, et l'intensité de l'onde émergente est donc égale à la moitié de l'intensité incidente, puisque

Ix=Iy=Ix+Iy2I_x = I_y = \frac{I_x + I_y}{2}

Loi de Malus​

Supposons maintenant qu'on éclaire le polariseur avec une onde déjà polarisée rectilignement (par un autre polariseur par exemple), et cherchons à exprimer l'intensité émergente en fonction de l'angle α\alpha que fait la direction du champ électrique avec la direction privilégiée du polariseur.

Soit E⃗i=EOcos⁡(ωt)u⃗\vec{E}_i = E_O\cos(\omega t)\vec{u} le champ électrique de l'onde incidente, u⃗\vec{u} étant le vecteur unitaire qui fait l'angle α\alpha avec OxOx. Le champ électrique émergeant du polariseur est

E⃗e=EOcos⁡(α)cos⁡(ωt)u⃗x\vec{E}_e = E_O\cos(\alpha)\cos(\omega t)\vec{u}_x

L'intensité de cette onde est

Ie=EO2cos⁡2(α)2μ0c=Iicos⁡2(α)I_e = \frac{E_O^2\cos^2(\alpha)}{2\mu_0 c} = I_i\cos^2(\alpha)

Donc l'intensité émergente varie comme le carré du cosinus de l'angle entre la direction du champ incident et la direction du polariseur. Cette propriété constitue la loi de Malus.

Vue d'ensemble des radiations électromagnétiques, émetteurs, récepteurs​

Dans ce paragraphe, on passe en revue l'ensemble des rayonnements constituant les ondes électromagnétiques, le paramètre variable qui les différencie étant la fréquence (ou la longueur d'onde dans le vide). D'un point de vue fondamental, tous ces rayonnements sont identiques et constitués par la propagation d'un champ électrique et d'un champ magnétique, mais ils sont émis et détectés par des dispositifs différents, et leurs effets sur la matière ainsi que l'usage qu'on peut en faire sont différents.

Les ondes de radiofréquence​

Leur fréquence varie de quelques HzHz à 1000 MHz1000\,MHz environ, leur longueur d'onde de quelques milliers de kilomètres à 0,3 m0{,}3\,m. C'est dans ce domaine que se situent les ondes de la radiodiffusion et de la télévision : elles sont émises et détectées par des dispositifs électroniques macroscopiques munis d'antennes.

Il n'y a pas de limite inférieure à la fréquence des ondes électromagnétiques. Les réseaux de distribution d'électricité émettent ainsi des ondes de fréquence 50 Hz50\,Hz, mais on peut imaginer des émetteurs de fréquences encore plus basses.

Les micro-ondes​

Leur fréquence varie de 1 GHz1\,GHz à 300 GHz300\,GHz, leur longueur d'onde de 30 cm30\,cm à 1 mm1\,mm. Elles peuvent être émises et absorbées par des dispositifs électroniques macroscopiques et transportées par des guides d'onde. Mais elles correspondent aussi aux transitions entre niveaux de rotation des molécules. De ce fait, elles peuvent être absorbées de manière très efficace par les molécules : ainsi, la molécule d'eau absorbe très fortement à la fréquence ν=2,45 GHz\nu = 2{,}45\,GHz (four à micro-ondes). Les micro-ondes ont une multitude d'applications pratiques (radars, téléphone...).

L'infrarouge​

Les radiations infrarouges ont des fréquences situées entre 3×1011 Hz3 \times 10^{11}\,Hz et 4×1014 Hz4 \times 10^{14}\,Hz ; les longueurs d'onde correspondantes varient de 1 mm1\,mm à 0,75 μm0{,}75\,\mu m. Elles sont émises par les objets chauds (mais la température ordinaire suffit), et leurs fréquences sont dans le domaine des transitions entre les niveaux de vibration des molécules. Elles peuvent être produites de manière plus spécifique par des lampes, et détectées par des bolomètres et des thermopiles, dispositifs qui mesurent en fait l'énergie, transportée par ces ondes, convertie en chaleur. Il existe des films photographiques et des photomultiplicateurs sensibles au proche infrarouge.

La lumière visible​

Ce domaine du rayonnement électromagnétique est défini par les limites en fréquence de la sensibilité de l'œil : les fréquences sont comprises entre 4×10144 \times 10^{14} et 7,7×1014 Hz7{,}7 \times 10^{14}\,Hz, les longueurs d'onde entre 750750 et 400 nm400\,nm. La lumière visible est émise par les objets très chauds : lampes à incandescence, soleil. Les fréquences correspondent aux transitions entre niveaux des atomes.

On rappelle ici (mais c'est aussi valable pour les transitions entre niveaux de rotation ou de vibration des molécules) que lorsqu'un atome effectue une transition entre un niveau d'énergie E2E_2 et un niveau d'énergie E1E_1 plus faible, il émet un photon de fréquence ν=E2−E1h\nu = \dfrac{E_2 - E_1}{h}.

La fréquence ν\nu est en fait la fréquence de l'onde électromagnétique associée à ce photon.

Les lampes spectrales émettent ainsi des ondes de fréquences bien définies (il peut y avoir beaucoup de telles fréquences, parce que les atomes possèdent plus de deux niveaux d'énergie) : on dit qu'elles fournissent un spectre de raies (exemple : raies jaunes du sodium, raie verte du mercure...).

La lumière visible peut être détectée par l'œil, mais aussi par des plaques et films photographiques, par des dispositifs photoélectriques (cellules, photomultiplicateurs).

L'ultraviolet​

Les rayonnements ultraviolets ont des fréquences comprises entre 8×1014 Hz8 \times 10^{14}\,Hz et 3,4×1016 Hz3{,}4 \times 10^{16}\,Hz environ, des longueurs d'onde comprises entre 400 nm400\,nm et 10 nm10\,nm.

Les objets portés à très haute température émettent de la lumière ultraviolette, ainsi que le soleil (la lumière UV émise par le soleil n'arrive que très affaiblie jusqu'à la Terre, parce qu'elle est absorbée par l'ozone, O3O_3, contenu dans la haute atmosphère).

Mis à part l'œil, dont différents milieux (surtout le cristallin) absorbent l'ultraviolet, les détecteurs d'UV sont du même type que ceux de la lumière visible.

Les radiations UV correspondent aux transitions des atomes ionisés, voire fortement ionisés pour l'ultraviolet lointain. Les transitions "électroniques" des molécules sont situées dans l'UV, de sorte que la plupart des matériaux sont opaques à ces rayonnements (verre en dessous de 350 nm350\,nm, quartz en dessous de 300 nm300\,nm, air en dessous de 200 nm200\,nm).

Rayons XX​

Les fréquences des rayons XX s'étendent en gros de 2,4×1016 Hz2{,}4 \times 10^{16}\,Hz à 5×1019 Hz5 \times 10^{19}\,Hz, leurs longueurs d'onde de 15 nm15\,nm à 0,05 nm0{,}05\,nm.

Ils sont émis lors de transitions mettant en jeu les couches internes des atomes ; ils peuvent être détectés par des films photographiques spéciaux (clichés XX médicaux) et par des chambres à ionisation.

Rayons γ\gamma​

Les rayons γ\gamma sont émis, par définition, lors de transitions effectuées par les noyaux radioactifs. Dans la matière normale, les noyaux sont dans leur état fondamental (état de plus basse énergie) et ne peuvent émettre de rayonnement par passage à un état d'énergie inférieure, mais il existe des noyaux instables, ou produits dans des niveaux excités, qui sont susceptibles de se désintégrer ou de se désexciter en émettant du rayonnement électromagnétique : les photons associés à ce rayonnement s'appellent les photons γ\gamma.

Les rayons γ\gamma ne sont donc pas définis par un domaine de fréquence mais par un mode d'émission. Leur fréquence est en général située entre 101910^{19} et 1022 Hz10^{22}\,Hz.

Ils peuvent être détectés par des émulsions photographiques, par des compteurs à scintillation, par des compteurs Geiger...

Quelques exemples intéressants​

Le générateur utilisé par H. Hertz consistait essentiellement en un circuit résonnant LCLC de fréquence ν=55 MHz\nu = 55\,MHz, donc située dans le domaine des radiofréquences ; le détecteur était une boucle présentant une petite coupure et se comportant comme un circuit LCLC de même fréquence.

Le rayonnement synchrotron est émis par les électrons en mouvement dans un accélérateur ou un anneau de collision. Ce rayonnement comporte un spectre continu de fréquences, dans un domaine qu'on peut faire varier en agissant sur l'énergie des électrons. On obtient ainsi des impulsions très brèves (les électrons sont groupés en paquets qui tournent dans le tube à vide de l'appareil : on obtient ainsi une impulsion à chaque passage du paquet) et très intenses de rayonnement, à des fréquences qui peuvent varier de celles des rayons XX à l'infrarouge. À Orsay, il existe un important laboratoire appelé LURE, où sont menées des expériences de biologie, de physique et de chimie mettant en œuvre le rayonnement synchrotron émis dans des anneaux de stockage d'électrons (ACO puis SUPERACO).

Les laboratoires d'astrophysique détectent des rayonnements électromagnétiques de toutes sortes émis par les objets célestes (planètes, étoiles, galaxies...). Ce sont les émissions de lumière visible qui sont bien sûr étudiées, mais tous les types de rayonnement électromagnétique sont maintenant utilisés. Il existe en particulier une très importante émission de l'atome d'hydrogène dans le domaine des micro-ondes, la raie à λ=21 cm\lambda = 21\,cm, de fréquence ν=1420 MHz\nu = 1420\,MHz. Beaucoup de ces rayonnements, intéressants pour l'astrophysique, sont absorbés par l'atmosphère, mais on peut les recevoir dans des télescopes embarqués dans des satellites.

Ondes planes monochromatiques : vitesse de phase​

Une solution particulière de l'équation de propagation est l'onde plane dépendant sinusoïdalement du temps. Considérons une onde plane monochromatique se propageant dans la direction OuOu, dans le sens des uu croissants ; les champs E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B} sont transverses, et une composante quelconque de ces champs a pour expression

Ψ=Ψmcos⁡[ω(t−uc)−ϕ]=Ψmcos⁡(ωt−ku−ϕ)\Psi = \Psi_m\cos\left[\omega\left(t - \frac{u}{c}\right) - \phi\right] = \Psi_m\cos(\omega t - ku - \phi)

où Ψm\Psi_m est l'amplitude, ω\omega la pulsation, k0=ωck_0 = \dfrac{\omega}{c} le nombre d'onde et ϕ\phi la phase à l'origine des temps et de l'espace. La quantité Φ=ku−ωt+ϕ\Phi = ku - \omega t + \phi est sa phase, alors que ϕ=k0u\phi = k_0 u est la phase à l'origine des temps.

Comme l'abscisse uu s'écrit aussi u=e⃗u⋅r⃗u = \vec{e}_u \cdot \vec{r}, on définit le vecteur d'onde de norme k0k_0 et dirigé suivant la direction de propagation : k⃗0=k0e⃗u\vec{k}_0 = k_0\vec{e}_u. Alors

Ψ=Ψmcos⁡(ωt−k⃗⋅r⃗−ϕ)=Ψmcos⁡(ωt−Φ)avecΦ=k⃗0⋅r⃗+ϕ\Psi = \Psi_m\cos(\omega t - \vec{k} \cdot \vec{r} - \phi) = \Psi_m\cos(\omega t - \Phi) \quad \text{avec} \quad \Phi = \vec{k}_0 \cdot \vec{r} + \phi

Vitesse de phase​

À un instant déterminé, la phase φ=k⃗0⋅r⃗−ωt+ϕ\varphi = \vec{k}_0 \cdot \vec{r} - \omega t + \phi est sa phase, alors que Φ=k⃗0⋅r⃗+ϕ\Phi = \vec{k}_0 \cdot \vec{r} + \phi est elle-même uniforme. Comme ϕ\phi a une valeur déterminée, Φ\Phi a même valeur en tout point du plan d'équation

k⃗0⋅r⃗=ωcu=cte\vec{k}_0 \cdot \vec{r} = \frac{\omega}{c}u = cte

La phase φ\varphi a la même valeur en des lieux et à des instants différents tels que

dφ=k⃗0⋅dr⃗−ω dt=k0 du−ω dt=0d\varphi = \vec{k}_0 \cdot \vec{dr} - \omega\,dt = k_0\,du - \omega\,dt = 0

Ainsi, les plans équiphases se déplacent à la vitesse vϕv_\phi, appelée vitesse de phase, définie par

vϕ=dudt=ωk0v_\phi = \frac{du}{dt} = \frac{\omega}{k_0}

Comme ω=ck0\omega = ck_0 dans le vide, la vitesse de phase est indépendante de la fréquence de l'onde et égale à la vitesse de la lumière :

vϕ=ωk0=cv_\phi = \frac{\omega}{k_0} = c

Dans le vide, la relation entre la pulsation temporelle ω\omega et la pulsation spatiale kk est linéaire ; on dit que le vide est non dispersif. En revanche, dans un milieu quelconque, la relation ω=ω(k)\omega = \omega(k) n'est pas linéaire : le milieu est dispersif.

Superposition d'ondes​

L'équation d'onde étant linéaire, toute combinaison linéaire de solutions de cette équation est aussi une solution. Le champ électromagnétique (E⃗,B⃗)(\vec{E}, \vec{B}) résultant de la superposition des 2 champs (E⃗1,B⃗1)(\vec{E}_1, \vec{B}_1) et (E⃗2,B⃗2)(\vec{E}_2, \vec{B}_2) s'écrit donc

E⃗=E⃗1+E⃗2etB⃗=B⃗1+B⃗2\vec{E} = \vec{E}_1 + \vec{E}_2 \quad \text{et} \quad \vec{B} = \vec{B}_1 + \vec{B}_2

En revanche, le vecteur de Poynting et la densité d'énergie électromagnétique associés à l'onde résultante diffèrent en général des sommes des quantités correspondantes pour les deux ondes :

u=ϵ0E22+B22μ0=ϵ0(E⃗1+E⃗2)22+(B⃗1+B⃗2)22μ0≠u1+u2u = \frac{\epsilon_0 E^2}{2} + \frac{B^2}{2\mu_0} = \frac{\epsilon_0(\vec{E}_1 + \vec{E}_2)^2}{2} + \frac{(\vec{B}_1 + \vec{B}_2)^2}{2\mu_0} \neq u_1 + u_2
P⃗=E⃗∧B⃗μ0=(E⃗1+E⃗2)∧(B⃗1+B⃗2)μ0≠P⃗1+P⃗2\vec{P} = \frac{\vec{E} \wedge \vec{B}}{\mu_0} = \frac{(\vec{E}_1 + \vec{E}_2) \wedge (\vec{B}_1 + \vec{B}_2)}{\mu_0} \neq \vec{P}_1 + \vec{P}_2

Dans le cas simple de la superposition de 2 ondes planes monochromatiques, de même polarisation rectiligne e⃗x\vec{e}_x et de même amplitude EmE_m, qui se propagent dans la même direction OzOz, on a :

E⃗1=Emcos⁡(ω1t−k1,zz−ϕ1)e⃗xetE⃗2=Emcos⁡(ω2t−k2,zz−ϕ2)e⃗x\vec{E}_1 = E_m\cos(\omega_1 t - k_{1,z}z - \phi_1)\vec{e}_x \quad \text{et} \quad \vec{E}_2 = E_m\cos(\omega_2 t - k_{2,z}z - \phi_2)\vec{e}_x

Superposition de 2 ondes de même pulsation : interférences​

Lorsque les pulsations ω1\omega_1 et ω2\omega_2 des deux ondes sont égales, les phénomènes qui se produisent sont répertoriés sous le nom d'interférences.

Ici, on se contentera d'examiner uniquement le cas particulier où les 2 ondes, de même pulsation, se propagent en sens inverse, c'est-à-dire (k1,z=−k2,z=k)(k_{1,z} = -k_{2,z} = k). En complexe, le champ résultant s'écrit

E⃗=E⃗1+E⃗2=Emeiωt(eikz+e−ikz)e⃗x=2Emcos⁡(kz)eiωte⃗x\vec{E} = \vec{E}_1 + \vec{E}_2 = E_m e^{i\omega t}(e^{ikz} + e^{-ikz})\vec{e}_x = 2E_m\cos(kz)e^{i\omega t}\vec{e}_x

soit, en notation réelle,

E⃗=2Emcos⁡(kz)cos⁡(ωt)e⃗x\vec{E} = 2E_m\cos(kz)\cos(\omega t)\vec{e}_x

Ainsi, le champ résultant E⃗\vec{E} est polarisé rectilignement suivant OxOx, mais il ne représente pas une onde progressive. Ce champ, caractérisé par des dépendances spatiale et temporelle séparées, est dit stationnaire. Son amplitude 2Emcos⁡(kz)2E_m\cos(kz) dépend de la position :

  1. les points où le champ est constamment nul, définis par cos⁡(kz)=0\cos(kz) = 0, sont appelés les nœuds de vibration. Ils appartiennent à des plans fixes, d'équation
kz=(2m+1)π2kz = (2m + 1)\frac{\pi}{2}

les nœuds sont distants de d=πk=λ2d = \dfrac{\pi}{k} = \dfrac{\lambda}{2} ;

  1. les points pour lesquels l'amplitude est maximale sont appelés les ventres de vibration. Ils appartiennent aux plans définis par
kz=mπkz = m\pi

Quant au champ magnétique résultant, il s'écrit

B⃗=B⃗1+B⃗2=e⃗z∧E⃗1c−e⃗z∧E⃗2c=(Emceiωte−ikz−Emceiωte+ikz)e⃗y=−2Emcisin⁡(kz)eiωte⃗y\begin{aligned} \vec{B} = \vec{B}_1 + \vec{B}_2 &= \frac{\vec{e}_z \wedge \vec{E}_1}{c} - \frac{\vec{e}_z \wedge \vec{E}_2}{c} \\ &= \left(\frac{E_m}{c}e^{i\omega t}e^{-ikz} - \frac{E_m}{c}e^{i\omega t}e^{+ikz}\right)\vec{e}_y \\ &= -\frac{2E_m}{c}i\sin(kz)e^{i\omega t}\vec{e}_y \end{aligned}
B⃗=2Emcsin⁡(kz)sin⁡(ωt)e⃗y\vec{B} = \frac{2E_m}{c}\sin(kz)\sin(\omega t)\vec{e}_y

Ainsi, les nœuds du champ magnétique coïncident avec les ventres du champ électrique, et vice versa.

Ondes stationnaires : amplitude du champ électrique et du champ magnétique en fonction de z, nœuds de l'un aux ventres de l'autre

Déterminons le vecteur de Poynting :

P⃗=E⃗∧B⃗μ0=4cϵ0Em2e⃗zcos⁡(kz)sin⁡(kz)cos⁡(ωt)sin⁡(ωt)=cϵ0Em2e⃗zsin⁡(2kz)sin⁡(2ωt)\begin{aligned} \vec{P} = \frac{\vec{E} \wedge \vec{B}}{\mu_0} &= 4c\epsilon_0 E_m^2\vec{e}_z\cos(kz)\sin(kz)\cos(\omega t)\sin(\omega t) \\ &= c\epsilon_0 E_m^2\vec{e}_z\sin(2kz)\sin(2\omega t) \end{aligned}

d'où ⟨P⃗⟩=cϵ0Em2e⃗zsin⁡(2kz)⟨sin⁡(2ωt)⟩=0⃗\langle \vec{P} \rangle = c\epsilon_0 E_m^2\vec{e}_z\sin(2kz)\langle \sin(2\omega t) \rangle = \vec{0}.

La puissance rayonnée moyenne à travers toute surface par l'onde stationnaire est donc nulle. Calculons l'énergie électromagnétique volumique : u=ϵ0E22+B22μ0u = \dfrac{\epsilon_0 E^2}{2} + \dfrac{B^2}{2\mu_0}

u=2ϵ0Em2cos⁡2(kz)cos⁡2(ωt)+2Em2μ0c2sin⁡2(kz)sin⁡2(ωt)u = 2\epsilon_0 E_m^2\cos^2(kz)\cos^2(\omega t) + \frac{2E_m^2}{\mu_0 c^2}\sin^2(kz)\sin^2(\omega t)
⟨u⟩=ϵ0Em2[cos⁡2(kz)+sin⁡2(kz)]=ϵ0Em2\langle u \rangle = \epsilon_0 E_m^2[\cos^2(kz) + \sin^2(kz)] = \epsilon_0 E_m^2

Sa valeur moyenne est donc uniforme.

Superposition de deux ondes de pulsations voisines​

Considérons le cas où les deux ondes se propagent dans le même sens et présentent des pulsations voisines (ω1−ω2=Δω≪ω0\omega_1 - \omega_2 = \Delta\omega \ll \omega_0, avec ω0=ω1+ω22\omega_0 = \dfrac{\omega_1 + \omega_2}{2}). En posant Δk=k1,z−k2,z=Δωc\Delta k = k_{1,z} - k_{2,z} = \dfrac{\Delta\omega}{c} et en remarquant que k1,z+k2,z=2ω0c=2k0k_{1,z} + k_{2,z} = 2\dfrac{\omega_0}{c} = 2k_0, il vient, puisque E⃗=E⃗1+E⃗2\vec{E} = \vec{E}_1 + \vec{E}_2,

E⃗=Eme⃗xei[(ω0+Δω2)t−(k0+Δk2)z]+Eme⃗xei[(ω0−Δω2)t−(k0−Δk2)z]\vec{E} = E_m\vec{e}_x e^{i\left[\left(\omega_0 + \frac{\Delta\omega}{2}\right)t - \left(k_0 + \frac{\Delta k}{2}\right)z\right]} + E_m\vec{e}_x e^{i\left[\left(\omega_0 - \frac{\Delta\omega}{2}\right)t - \left(k_0 - \frac{\Delta k}{2}\right)z\right]}
E⃗=2Eme⃗xcos⁡(Δω2t−Δk2z)ei(ω0t−k0z)\vec{E} = 2E_m\vec{e}_x\cos\left(\frac{\Delta\omega}{2}t - \frac{\Delta k}{2}z\right)e^{i(\omega_0 t - k_0 z)}
E⃗=2Eme⃗xcos⁡(Δω2t−Δk2z)cos⁡(ω0t−k0z)\vec{E} = 2E_m\vec{e}_x\cos\left(\frac{\Delta\omega}{2}t - \frac{\Delta k}{2}z\right)\cos(\omega_0 t - k_0 z)

L'onde résultante est donc plane, polarisée rectilignement mais pas monochromatique : c'est un battement entre les deux ondes monochromatiques.

Battement : onde de pulsation ω0 modulée par une enveloppe lentement variable d'amplitude 2Em

On peut la considérer comme une onde progressive de vecteur d'onde k⃗0=k0e⃗z\vec{k}_0 = k_0\vec{e}_z et de pulsation ω0\omega_0, dont l'amplitude varie lentement dans l'espace et dans le temps, car Δω≪ω0\Delta\omega \ll \omega_0 et Δk≪k0\Delta k \ll k_0.

Notons que la modulation de cette amplitude se propage avec la vitesse vgv_g telle que

Δω2dt−Δk2dz=0vg=dzdt=ΔωΔk=c\frac{\Delta\omega}{2}dt - \frac{\Delta k}{2}dz = 0 \qquad v_g = \frac{dz}{dt} = \frac{\Delta\omega}{\Delta k} = c

L'onde se propage donc dans son ensemble à la vitesse cc, sans se déformer, puisqu'on a ω0=ck0\omega_0 = ck_0 et Δω=cΔk\Delta\omega = c\Delta k : le vide est non dispersif.

Paquet d'ondes​

En physique, toute onde est nécessairement limitée à la fois dans le temps et dans l'espace, ce qui fait apparaître l'onde monochromatique plane comme un modèle mathématique simple, mais trop éloigné de la réalité.

Le caractère linéaire des équations de Maxwell est alors capital, car il permet de représenter toute onde réelle sous la forme d'une superposition d'ondes monochromatiques planes.

Le paquet d'ondes résulte de la superposition d'un ensemble d'ondes groupées autour d'une pulsation moyenne et d'un vecteur d'onde moyen. On définit la vitesse de groupe par l'expression

vg=dωdkv_g = \frac{d\omega}{dk}

La relation entre ω\omega et kk, appelée relation de dispersion, permet de calculer la vitesse de groupe.

Si le milieu n'est pas dispersif, les différentes composantes monochromatiques se propagent avec la même vitesse de phase, et le paquet d'ondes reste groupé. C'est le cas dans le vide :

ω=kc⇒vg=c=vϕ\omega = kc \Rightarrow v_g = c = v_\phi

Si le milieu est dispersif, chaque composante monochromatique se propage avec sa propre vitesse de phase, et le paquet d'ondes se déforme au cours de la propagation.