Définition. Soit K un corps (R ou C). On appelle polynôme (formel) sur K, en une indéterminée X, toute expression formelle de la forme k≥0∑akXk où ak∈K (k∈N), tous nuls pour k assez grand, avec les règles de manipulation suivantes :
Proposition et définition. Soit K[X] l'ensemble des polynômes sur K de l'indéterminée X. Alors K[X] est un anneau commutatif unitaire (ou unifère) intègre :
(K[X],+) est un groupe commutatif, i.e. :
l'addition est associative : ∀A,B,C∈K[X] : A+(B+C)=(A+B)+C ;
il existe un élément neutre pour l'addition, à savoir le polynôme nul : ∀A∈K[X], A+0=0+A=A ;
il existe un opposé : pour tout A∈K[X], il existe un opposé, −A.
L'anneau (K[X],+,×) est commutatif, i.e. le produit est commutatif : AB=BA.
L'anneau (K[X],+,×) est unitaire (ou unifère), i.e. il existe un élément neutre pour ×, appelé polynôme unité (qui est en fait X0=1) : 1A=A1=A (∀A∈K[X]).
L'anneau K[X] est intègre, i.e. AB=0⇒A=0 ou B=0.
Preuve de l'intégrité. Soient A=k≥0∑akXk, B=∑k≥0bkXk deux polynômes non nuls. Soient kA et kB les plus grands k tels que ak=0 et bk=0. On a donc A=a0X0+⋯+akAXkA et B=b0X0+⋯+bkBXkB. Ainsi AB=a0b0X0+⋯+akAbkBXkA+kB=0.
Si on appelle degré de aiXi le nombre i, on peut écrire A=akAXkA + termes de degrés <kA, B=bkBXkB + termes de degrés <kB, et AB=akAbkBXkA+kB + termes de degrés <kA+kB.
deg(aiXi)=i si ai=0 (définition du degré d'un monôme normal, i.e. d'un polynôme de la forme aiXi, ai=0).
A=0 : A=a0X0+a1X1+⋯+adXd avec d le plus grand k tel que ak=0. Alors le degré de A est d.
Proposition. Soient A,B deux polynômes =0, alors :
deg(AB)=deg(A)+deg(B)
deg(A+B)≤max(deg(A),deg(B))
Si deg(A)=deg(B), notant A=cd(A)Xdeg(A) + monômes de degrés moindres et B=cd(B)Xdeg(B) + monômes de degrés moindres, où deg(A)=deg(B), et en notant cd le coefficient dominant, on a donc :
si cd(A)+cd(B)=0, alors deg(A+B)=deg(A)=deg(B) ;
si cd(A)+cd(B)=0, alors deg(A+B)<deg(A)=deg(B).
Démonstration.
On l'a fait en justifiant que K[X] est intègre : A=cd(A)Xdeg(A) + monômes de degrés moindres et B=cd(B)Xdeg(B) + monômes de degrés moindres. D'où AB=cd(A)cd(B)Xdeg(A)+deg(B) + …, donc
deg(AB)=deg(A)+deg(B)
A+B=cd(A)Xdeg(A) + termes de degrés <deg(A) + cd(B)Xdeg(B) + termes de degrés <deg(B). Donc si deg(B)<deg(A) : A+B=cd(A)Xdeg(A) + termes de degrés <deg(A), donc deg(A+B)=deg(A)=max(deg(A),deg(B)).
Définition.
deg(0)=−∞
Démonstration. On veut que la proposition précédente reste vraie pour le polynôme nul :
deg(0)=deg(0A)=deg(0)+deg(A),∀deg(A)∈N(A=0)Donc deg(0)=±∞De plus deg(0+A)=max(deg(0),deg(A)),∀A=0Donc deg(0)≤deg(A),∀deg(A)∈N:donc deg(0)≤0Donc deg(0)=−∞
Et on vérifie qu'on a bien deg(0×0)=−∞=deg(0)+deg(0) et deg(0+0)=−∞=max(deg(0),deg(0)). La proposition reste vraie si l'un des polynômes est nul, même si les deux le sont.
Proposition et définition. Soient A,B∈K[X] avec B=0. Alors il existe un unique couple (Q,R)∈K[X]×K[X] tel que A=BQ+R et deg(R)<deg(B). C'est la division euclidienne de A par B : Q est le quotient, R est le reste.
Démonstration.
Existence. Il existe un polynôme Q tel que deg(A−BQ)=min(deg(A−BS):S∈K[X]). Posons R=A−BQ et prouvons que deg(R)<deg(B), i.e. deg(A−BQ)<deg(B). Supposons que deg(A−BQ)≥deg(B).
Écrivons B=bdXd + monômes de degrés moindres (α), où d=deg(B) (bd=0) : donc bd=cd(B), et A−BQ=ud+mXd+m+α où m≥0 et ud+m=cd(A−BQ)=0 car deg(A−BQ)≥d. Alors :
où Q′=Q+bdud+mXm=Q+bdXdud+mXd+m=Q+td(B)td(A−BQ), où td est le terme dominant.
Ainsi il existe un polynôme Q′ tel que deg(A−BQ′)<deg(A−BQ), ce qui contredit le choix de Q (deg(A−BQ) minimal !). Cela prouve, par l'absurde, qu'on n'a pas deg(A−BQ)≥deg(B) et donc que deg(A−BQ)<deg(B).
Unicité. Supposons que A=BQ+R, deg(R)<deg(B) et A=BQ′+R′, deg(R′)<deg(B). Alors BQ+R=BQ′+R′, donc B(Q−Q′)=R′−R et donc deg(B(Q−Q′))=deg(R′−R), d'où
Boucle : tant que deg(R)≥deg(B), faire Q=Q+td(B)td(R) et R=R−td(B)td(R)B.
Sortie : si deg(R)<deg(B), sortir (Q,R).
À chaque itération dans la boucle, deg(R) diminue strictement car
R−td(B)td(R)B=cd(R)Xdeg(R)+monoˆmes de degreˊs<deg(R)−cd(B)Xdeg(B)cd(R)Xdeg(R)(cd(B)Xdeg(B)+monoˆmes de degreˊs<deg(B))=(cd(R)Xdeg(R)+monoˆmes de degreˊs<deg(R))−(cd(R)Xdeg(R)+monoˆmes de degreˊs<deg(B)+deg(R)−deg(B))=somme de monoˆmes de degreˊs<deg(R)
Donc l'algorithme se termine après un nombre fini d'itérations (≤deg(A)+1).
Proposition et définition. Soient A,B deux polynômes de K[X] non tous deux nuls. Il existe un unique polynôme Dunitaire (i.e. cd(D)=1) tel que AK[X]+BK[X]=DK[X], où ∀P∈K[X], PK[X]=(PQ:Q∈K[X]). Et donc AK[X]+BK[X]=AU+BV:U∈K[X],V∈K[X].
Ce polynôme D est appelé le PGCD unitaire de A et B. Il est caractérisé par :
D∣A et D∣B
∀P, si P∣A et P∣B alors P∣D
D est unitaire.
Les polynômes qui vérifient 1 et 2 sont les kD, k∈K∖{0}.
Démonstration. Soit C∈AK[X]+BK[X] non nul et de degré minimal ; il en existe puisque A,B ne sont pas tous les deux nuls. Soit :
AB=A⋅1+B⋅0∈AK[X]+BK[X]=A⋅0+B⋅1∈AK[X]+BK[X]
Soit F∈AK[X]+BK[X] ; faisons la division euclidienne de F par C : F=CQ+R, deg(R)<deg(C). Mais F=AU+BV et C=AUC+BVC, ainsi F−CQ=A(U−UCQ)+B(V−VCQ). On a donc R∈AK[X]+BK[X] et deg(R)<deg(C), d'où R=0 car C est de degré minimal.
Donc F=CQ∈CK[X] (∀F∈AK[X]+BK[X]), et donc AK[X]+BK[X]⊂CK[X].
Réciproquement, C=AUC+BVC⇒∀Q∈K[X], CQ=AUCQ+BVCQ∈AK[X]+BK[X], donc CK[X]⊂AK[X]+BK[X], d'où AK[X]+BK[X]=CK[X].
Clairement, CK[X]=cd(C)CK[X] car CQ=cd(C)Ccd(C)Q. Posant D=cd(C)C, on a donc D unitaire : C=cd(C)Xdeg(C)+⋯⇒cd(C)C=1Xdeg(C)+… (il est donc unitaire) et AK[X]+BK[X]=DK[X].
Montrons que D vérifie 1, 2 et 3 (évident) :
A,B∈AK[X]+BK[X]=DK[X]⇒D∣A et D∣B⇒1.
Si P∣A et P∣B, alors A=PS, B=PT, donc ∀U,V : AU+BV=P(SU+TV). Mais D∈AK[X]+BK[X], donc ∃U,V tels que D=AU+BV=P(SU+TV). Et donc P∣D : ce qui prouve 2. Donc D vérifie 1, 2 et 3.
Maintenant, soit E un polynôme vérifiant 1 et 2 : montrons que E=kD, k∈K∖{0}, et que si E vérifie 3 alors k=1 (et donc E=D).
E veˊrifie 1⇔E∣A et E∣B⇒E∣DE veˊrifie 2⇔tout polynoˆme divisant A et B divise E⇒D∣ED∣E:E=DQ et E∣D:D=EQ′⇒D=DQQ′⇒deg(D)=deg(D)+deg(Q)+deg(Q′)⇒deg(Q)=deg(Q′)=0
Donc Q=cte=k et D=DQQ′⇒QQ′=1⇒Q′=Q−1=k−1. Ainsi E=DQ=kD, k∈K∖{0}. Enfin, cd(E)=kcd(D)=k : donc E vérifie 3⇔k=1⇔E=D.
Proposition et définition. Soient A,B∈K[X] tous deux non nuls. Il existe un unique M∈K[X] unitaire tel que AK[X]∩BK[X]=MK[X]. On l'appelle le PPCM de A,B. Il est caractérisé par :
A∣M et B∣M
∀P∈K[X], (A∣P et B∣P)⇒M∣P
M est unitaire.
Tout P vérifiant 1, 2 est de la forme kM, k∈K∖{0}, et on dit que c'est un PPCM de A,B.
Démonstration.AB∈AK[X]∩BK[X] car AB∈AK[X], AB=BA∈BK[X]. Mais AB=0 car A=0, B=0 (et car K[X] est intègre). Donc AK[X]∩BK[X]={0}.
Soit donc C∈AK[X]∩BK[X] non nul et de degré minimal. Soit F∈AK[X]∩BK[X] : faisons la division euclidienne F=QC+R, deg(R)<deg(C). F∈AK[X], C∈AK[X]⇒QC∈AK[X], donc F−QC∈AK[X]. De même, F−QC∈BK[X]. Donc R∈AK[X]∩BK[X]. Mais deg(R)<deg(C), donc R=0 (par le choix de C).
Donc F=CQ∈CK[X] (∀F∈AK[X]∩BK[X]), et donc AK[X]∩BK[X]⊂CK[X].
Réciproquement, C∈AK[X]∩BK[X]⇒C=AU=BV⇒∀Q∈K[X], CQ=AQU∈AK[X] et CQ=BQV∈BK[X] (⇒CQ∈AK[X]∩BK[X]), donc CK[X]⊂AK[X]∩BK[X].
Posons M=cd(C)C : alors M est unitaire et AK[X]∩BK[X]=MK[X].
Montrons que M vérifie 1, 2 et 3 (évident) :
M∈AK[X]∩BK[X]⇒A∣M et B∣M, donc 1 est évident !
M vérifie 2⇔(∀F,A∣F et B∣F⇒M∣F)⇔(∀F,F∈AK[X]∩BK[X]⇒F∈MK[X]) : évident puisque AK[X]∩BK[X]=MK[X].
Donc M vérifie 1, 2 et 3.
Enfin, soit E vérifiant 1, 2 ; montrons que E=kM, k∈K∖{0}, et que si E vérifie 3, alors E=M.
E veˊrifie 1⇔A∣E et B∣E⇔E∈AK[X]∩BK[X]⇔E∈MK[X]⇔M∣EE veˊrifie 2⇔(tout F tel que A∣F et B∣F veˊrifie E∣F)⇒E∣M car M veˊrifie 1
Donc E∣M et M∣E, d'où (comme précédemment) E=kM, k∈K∖{0}. De plus, cd(E)=kcd(M)=k, donc E vérifie 3⇔k=1⇔E=M. Ce qui montre que 1, 2 et 3 caractérisent M.
Proposition et définition. Soient A,B tous deux non nuls. Soit D=PGCD(A,B) leur PGCD unitaire. Soit M=PPCM(A,B) leur PPCM unitaire. Alors :
DM=cd(A)A⋅cd(B)B
Démonstration. Voir plus tard.
Algorithme d'Euclide.D se calcule par l'algorithme d'Euclide. A=BQ1+R1, degR1<degB. Les diviseurs communs à A et B sont les diviseurs communs à B et A−BQ1=R1. Puis B=Q2R1+R2, degR2<degR1. On a de même PGCD(B,R1)=PGCD(R1,R2), etc. Cette succession de divisions ne peut pas se poursuivre indéfiniment puisque les degrés des restes décroissent strictement : deg(B)>deg(R1)>deg(R2)>…
Et toute séquence strictement décroissante dans N∪{−∞} se termine. Or, tant que le reste est différent de 0, on peut continuer l'algorithme. Donc quand l'algorithme se termine, c'est qu'on est arrivé à un reste nul :
Rn−2Rn−1=QnRn−1+Rn avec Rn=0 dernier reste non nul=Qn+1Rn+0
(le plus grand diviseur unitaire de Rn). Donc le PGCD(A,B) est le dernier reste non nul dans l'algorithme d'Euclide, rendu unitaire.
Exemple.
ABABR1=X5−X4+2X3+1=X5+X4+2X2−1=B−2(X4−X3+X2−1)=B−2R1(on peut schtroumpfer le facteur −2)=(X+2)R1−X3+X+1=(X+2)R1−R2=(X−1)R2−0
Donc PGCD(A,B)=D=X3+X+1.
Comme pour les entiers, on peut remonter le flot des divisions pour trouver des polynômes (U0,V0) tels que D=AU0+BV0 (c'est ce qu'on appelle l'algorithme d'Euclide étendu). Dans l'exemple ci-dessus :
Définition. Deux polynômes A,B (non tous deux nuls) sont dits premiers entre eux si PGCD(A,B)=1.
Proposition.A et B sont premiers entre eux si et seulement si ∃U,V∈K[X] tels que AU+BV=1 (condition de Bézout).
Démonstration.A et B sont premiers entre eux ⇔PGCD(A,B)=1⇔AK[X]+BK[X]=K[X]⇔1∈AK[X]+BK[X] : ⇒ car 1∈K[X] ; ⇐ car si 1∈AK[X]+BK[X], tous ses multiples y sont aussi.
Proposition. Soient A,B,C∈K[X]. Si C∣AB et que C et B sont premiers entre eux, alors C∣A.
Démonstration.C et B sont premiers entre eux ⇔∃U,V tels que 1=CU+BV, donc A=CUA+ABV⇒A∈CK[X] car CUA et ABV appartiennent à CK[X].
Proposition. Soient A,B∈K[X] non tous deux nuls. Soit D leur PGCD (unitaire). Soient U0,V0 tels que D=AU0+BV0 (ceux obtenus par exemple par l'algorithme d'Euclide étendu). Alors la solution générale (U,V)∈K[X]×K[X] de l'équation AU+BV=D est donnée par :
Donc DBDA(U−U0). Mais DB est premier avec DA (d'après Bézout). Donc, d'après le lemme de Gauss, DBU−U0. On pose U−U0=DBS, i.e. U=U0+DBS. On reporte dans DA(U−U0)=DB(V0−V) et on obtient DADBS=DB(V0−V).
L'un au moins des polynômes A,B est différent de 0 (par hypothèse). Quitte à les échanger, on peut supposer que c'est le cas de B : on peut donc simplifier par DB et on obtient V0−V=DAS, i.e. V=V0−DAS. Cela prouve que toute solution (U,V) de AU+BV=D est de la forme U=U0+DBS et V=V0−DAS où S∈K[X].
Et en fait, n'importe quel S∈K[X] donne une solution (U,V) puisque si U=U0+DBS et V=V0−DAS, alors
Proposition (formule de Taylor pour les polynômes). Soit P∈K[X], soit a∈K ; P(X+a)=Pa(X) est un polynôme. Si P(X)=cnXn+cn−1Xn−1+⋯+c1X+c0, on obtient
Définition. Soit P(X)∈K[X]. Soit a∈K. En substituant a à X, on obtient un élément de K, qui sert P(a). On dit que a est une racine de P si P(a)=0.
Proposition. Soient P∈K[X] et a∈K. Alors : a est racine de P⇔X−a∣P(X).
Démonstration.P(X)=Q(X)(X−a)+R où R=P(a) (voir TD). Donc X−a∣P(X)⇔P(a)=0.
Définition. Soient P∈K[X], a∈K. On dit que a est une racine d'ordre m de P (où m∈N∗) si (X−a)m∣P(X) et (X−a)m+1 ne divise pas P(X), i.e. (X−a)m est la plus grande puissance de X−a qui divise P(X).
Proposition. Soient P∈K[X], a∈K. Les assertions suivantes sont équivalentes :
a est racine d'ordre m de P.
P(k)(a)=0 pour 0≤k≤m−1 et P(m)(a)=0.
a est racine de P et racine d'ordre m−1 de P′ si m−1≥1. Et si m=1, a est racine de P et n'est pas racine de P′.
Définition. On dit qu'un polynôme A∈K[X]non constant est irréductible (sur K) s'il n'existe pas de décomposition A=BC avec deg(B)<deg(A) et deg(C)<deg(A) :
⇔⇔A=BC avec deg(B)<deg(A) et deg(C)<deg(A)A=BC avec 0<deg(B)<deg(A)A=BC avec 0<deg(C)<deg(A)
Exemple. Tout polynôme de degré 1 est irréductible. En effet, on peut l'écrire A(X)=cd(A)(X−a) et il est clair qu'on ne peut pas avoir A=BC avec deg(B)<1 et deg(C)<1, car on aurait B=cte et C=cte, donc A=cte.
X2+1∈R[X] est irréductible sur R. En effet, si on avait X2+1=B(X)C(X) où deg(B)<2 et deg(C)<2, alors 0<deg(B)<2 et 0<deg(C)<2 (puisque deg(B)+deg(C)=2), donc deg(B)=deg(C)=1. On pourrait donc écrire X2+1=λ(X−a)⋅μ(X−b) avec λμ=1, donc X2+1=(X−a)(X−b). Et a,b seraient des racines (réelles) de X2+1 : impossible ! Mais X2+1 n'est pas irréductible sur C puisque (X2+1)=(X−i)(X+i).
X4+1 n'est pas irréductible sur R (bien que sans racine réelle…) car X4+1=(X2+1)2−2X2=(X2+2X+1)(X2−2X+1). Les deux polynômes sont irréductibles sur R.
Lemme. Si P∈K[X] est irréductible (sur K) et ne divise pas A∈K[X], alors P est premier avec A.
Démonstration. Soit D=PGCD(P,A) ; D∣P et P est irréductible, donc on n'a pas 0<deg(D)<deg(P). Donc deg(D)=0 ou deg(D)=deg(P), donc D=1 puisque D est unitaire : le cas deg(D)=deg(P), où P=kD puisque D∣P, est exclu car P serait un PGCD de P et A, et donc P diviserait A. Donc D=1, i.e. P et A sont premiers entre eux.
Proposition, lemme d'Euclide. Si P∈K[X] est irréductible et P∣AB, et si P ne divise pas A, alors P∣B.
Démonstration.P est irréductible et P ne divise pas A, donc (lemme précédent) P est premier avec A, donc (Gauss) P∣B.
C'est faux si P n'est pas irréductible. Par exemple, (X−1)(X−2)∣(X−1)2(X−2)(X−3) et (X−1)(X−2) ne divise pas (X−1)2. Mais (X−1)(X−2) ne divise pas (X−2)(X−3).
Théorème fondamental de l'arithmétique des polynômes. Tout polynôme A∈K[X] non nul s'écrit d'une façon unique sous la forme :
A=cd(A)P∈I∏PvP(A)
I est l'ensemble des polynômes irréductibles unitaires de K[X] ; ∀P∈I, vP(A)∈N, et l'ensemble des P∈I tels que vP(A)=0 est fini (donc le produit P∈I∏PvP(A) est en fait un produit fini). C'est la décomposition de A en facteurs irréductibles dans K[X]. vP(A) s'appelle la valuation de A en P.
Démonstration.
Existence.cd(A)A est un polynôme unitaire non nul. S'il est irréductible, c'est terminé : cd(A)A=P0∈I=P∈I∏PvP(A) où vP(A)=1 si P=P0 et 0 si P=P0.
Si cd(A)A n'est ni constant ni irréductible, on peut l'écrire cd(A)A=BC avec B,C unitaires tels que deg(B)<deg(A), deg(C)<deg(A). On raisonne par récurrence ; on peut supposer :
B=P∈I∏PvP(B),C=P∈I∏PvP(C)
Un polynôme de degré 1 est irréductible, donc le théorème s'applique : ce qui amorce la récurrence. On a donc
cd(A)A=BC=P∈I∏PvP(B)PvP(C)
et la décomposition existe, avec vP(A)=vP(B)+vP(C).
Unicité. Supposons que P∈I∏PnP=P∈I∏PmP avec mP,nP∈N (nuls sauf un nombre fini d'entre eux). Il s'agit de montrer que nP=mP,∀P∈I. Supposons que ce ne soit pas le cas : il existe P0∈I tel que nP0=mP0. Quitte à échanger les notations nP,mP, on peut supposer que nP0>mP0. Alors
où nP0−mP0>0, donc P0 divise le premier membre de l'égalité. Mais il ne divise pas le second membre, car sinon, d'après le lemme d'Euclide, il diviserait l'un des facteurs P∈I∖{P0}, ce qui est impossible puisque P0 et P sont irréductibles, unitaires et distincts ([P0∣P et P irréductible]⇒P=kP0 où k∈K, et alors [P0,P unitaires]⇒k=1, et donc P=P0∈/I∖{P0}). On a donc une contradiction, d'où l'unicité.
Corollaire. Soient A,B∈K[X] non constants, A=cd(A)P∈I∏PvP(A), B=cd(B)∏P∈IPvP(B). Alors :
A∣B⇔vP(A)≤vP(B),∀P∈I.
PGCD(A,B)=P∈I∏Pmin(vP(A),vP(B)).
PPCM(A,B)=P∈I∏Pmax(vP(A),vP(B)).
PGCD(A,B)PPCM(A,B)=cd(A)cd(B)AB.
Démonstration.
A∣B⇔∃Q∈K[X] tel que B=AQ (Q=0 car B=0), i.e. tel que P∈I∏PvP(B)=P∈I∏PvP(A)P∈I∏PvP(Q), i.e. tel que ∀P∈I, vP(B)=vP(A)+vP(Q), i.e. vP(B)≥vP(A),∀P∈I.
Réciproquement, si vP(B)≥vP(A),∀P∈I, on peut écrire vP(B)=vP(A)+nP avec nP∈N (nul, comme vP(A),vP(B), sauf pour un nombre fini de P), et on peut poser Q=P∈I∏PnP ; donc nP=vP(Q) et on remonte les équivalences précédentes jusqu'à B=AQ.
D=PGCD(A,B) est le plus grand diviseur (unitaire) de A et B : ∀P∈I, vP(D)≤vP(A) et vP(D)≤vP(B) car D∣A et D∣B, donc ∀P∈I, vP(D)≤min(vP(A),vP(B)). Et il faut le plus grand D vérifiant cela. Donc vP(D)=min(vP(A),vP(B)).
M=PPCM(A,B) est le plus petit multiple de A,B (avec vP(M) minimal : donc vP(M)=max(vP(A),vP(B))), i.e. ∀P∈I, vP(M)≥vP(A) et vP(M)≥vP(B), i.e. ∀P∈I, vP(M)≥max(vP(A),vP(B)).
où les ai sont les racines de A et mi=vX−ai(A) leurs multiplicités, et Q est un polynôme sans racine dans K.
En particulier :
∑mi≤deg(A)
« La somme des multiplicités des racines d'un polynôme est inférieure au degré de ce polynôme. »
Théorème de d'Alembert.
Dans C[X], les polynômes unitaires irréductibles sont les X−a, a∈C. Donc tout polynôme A∈C[X] non constant s'écrit A(X)=cd(A)⋅∏(X−ai)mi. En particulier, il a deg(A) racines (comptées avec leur multiplicité, ∑mi=deg(A)).
Dans R[X], les polynômes unitaires irréductibles sont les X−a où a∈R et les X2+bX+c où b,c∈R avec b2−4c<0. Donc tout A∈R[X] non constant s'écrit A(X)=cd(A)∏(X−ai)mi⋅∏(X2+bjX+cj)nj.
Démonstration.
(Dans C) : admis (hors programme).
(Dans R) : soit A(X)∈R[X]⊂C[X], de degré ≥1. On peut appliquer le (1). Dans C[X], A(X)=cd(A)∏(X−ai)mi, ai∈C. Donc A(X)=cd(A)∏(X−ai)mi⋅∏(X−aj)mj (racines réelles, puis non réelles). Mais comme A(X)∈R[X], si z est une racine complexe de A, z en est une aussi, avec la même multiplicité. En effet :
De même, A(j)(z)=0 (0≤j≤m−1) ⇔A(j)(z)=0 et A(m)(z)=0⇔A(m)(z)=0. Cela justifie que z est racine de A de multiplicité m si et seulement si z est racine de A de multiplicité m. Donc, dans ∏(X−aj)mj, les facteurs peuvent se regrouper par paires de conjugués de même multiplicité :
où bj=−2ℜ(zj)∈R, cj=∣zj∣2∈R, et bj2−4cj<0 puisque les racines zj,zj ne sont pas réelles.
Exemples typiques (voir correction des DS et des DST). Pour Xm−1 et Xm+1, il faut distinguer les cas : n pair et n impair.
Le cas pair.
X2m−1=(X−1)(X+1)k=1∏m−1(X−eiπmk)(X−e−iπmk) dans C[X]
X2m−1=(X−1)(X+1)k=1∏m−1(X2−2cos(mπk)X+1) dans R[X]
X2m+1=k=0∏m−1(X−eiπ2m2k+1)(X−e−iπ2m2k+1) dans C[X]
X2m+1=k=0∏m−1(X2−2cos(2m2k+1π)X+1) dans R[X]
Preuve. Sur le cercle trigonométrique, z2m=1=e2πik⇔z=emπik=eiπmk, k∈Z. Pour X2m+1 (facteurs complexes) : z2m=−1=eiπ+2kiπ=e(2k+1)iπ⇒z=e2m(2k+1)iπ, k∈Z.
Exemple.m=1 : X2+1=(X−ei2π)(X−e−i2π)=(X−i)(X+i) dans C[X], =X2+1 (irréductible) dans R[X]. m=2 : X4+1=(X2−2X+1)(X2+2X+1) dans R[X].
Le cas impair.
X2m+1−1=(X−1)k=1∏m(X−e2m+12πik)(X−e−2m+12πik) dans C[X]
X2m+1−1=(X−1)k=1∏m(X2−2cos(2m+12πk)X+1) dans R[X]
X2m+1+1=(X+1)k=0∏m−1(X−eiπ2m+12k+1)(X−e−iπ2m+12k+1) dans C[X]
X2m+1+1=(X+1)k=0∏m−1(X2−2cos(2m+12k+1π)X+1) dans R[X]
Preuve.X2m+1−1=(X−1)⋅ facteurs non réels : z2m+1=1=e2πik⇔z=e2m+12πik, k∈Z. X2m+1+1=(X+1)⋅ facteurs non réels : z2m+1=−1=e(2k+1)iπ⇔z=e2m+1(2k+1)iπ, k∈Z.