Proposition et définition. Il existe une fonction det:Mn(K)→K (appelée déterminant), unique, telle que :
det est linéaire par rapport à chaque colonne : c'est-à-dire que si c1,…,cn désignent les colonnes de la matrice A∈Mn(K), alors ∀j∈{1,…,n}, l'application cj→det(c1,…,cj−1,cj,cj+1,…,cn) est linéaire.
Si on échange deux colonnes de A, det(A) change de signe (on dit que det est antisymétrique ou alternée) :
det(A) est appelé déterminant de A. La fonction det vérifie en outre la propriété det(tA)=det(A) pour toute A∈Mn(K), où tA est la transposée de A. D'où il découle que det(A) est aussi une fonction linéaire de chaque ligne de A et une fonction antisymétrique des lignes de A (puisque les lignes de A sont les colonnes de tA).
Proposition. Pour toute A∈Mn(K) et tout λ∈K : det(λA)=λndet(A).
Démonstration. Comme le déterminant est linéaire par rapport à chaque colonne, on a, pour tous λ1,…,λn∈K, det(λ1C1,…,λnCn)=λ1…λndet(C1,…,Cn). Prenant λ1,…,λn égaux à λ, on obtient det(λA)=λndet(A).
Proposition.
Si deux colonnes de A sont égales, alors det(A)=0.
Si on ajoute à une colonne une combinaison linéaire des autres, le déterminant ne change pas.
Les deux propriétés ci-dessus sont vraies aussi pour les lignes.
Démonstration.
Si Cj=Ck (j<k), on a det(C1,…,Cj,…,Ck,…,Cn)=−det(C1,…,Ck,…,Cj,…,Cn) (antisymétrie) et det(C1,…,Cj,…,Ck,…,Cn)=det(C1,…,Ck,…,Cj,…,Cn) (puisque Cj=Ck), donc det(C1,…,Cj,…,Ck,…,Cn)=0.
mais det(C1,…,Ck,…,Cn) (avec Ck à la place j) est nul pour k=j, vu la propriété précédente, puisque la même colonne Ck se trouve aussi à la place k.
Vu que det(A)=det(tA), les propriétés ci-dessus sont vraies pour les lignes de A (qui sont les colonnes de tA).
Proposition.
Si det(A)=0, alors A est inversible
Démonstration. Si A n'est pas inversible, c'est que ses colonnes ne sont pas linéairement indépendantes (cf. la caractérisation des isomorphismes, appliquée à l'endomorphisme de Kn dont la matrice dans la base canonique est A) : disons Cj=k=j∑λkCk pour un certain j. Vu la proposition précédente,
Or det(C1,…,0,…,Cn)=0 (car c'est une fonction linéaire de la colonne j, ici nulle), donc det(A)=0. Par contraposition, si det(A)=0, alors A est inversible.
Remarque 1. Si det(A)=0, c'est qu'aucune des colonnes n'est combinaison linéaire des autres (puisqu'on vient de voir que si une colonne est combinaison linéaire des autres, le déterminant est le même que si on remplace cette colonne par 000, et par linéarité le déterminant est nul), et donc les colonnes de A sont indépendantes. Mais ces colonnes sont les colonnes de coordonnées de f(e1),…,f(en), où (e1,…,en) est la base canonique de Kn et f l'endomorphisme de Kn dont A est la matrice (relativement à la base canonique). Donc dire que les colonnes de A sont linéairement indépendantes, c'est dire que (f(e1),…,f(en)) est libre, c'est-à-dire que c'est une base de Kn, donc que f est un automorphisme, c'est-à-dire que A est inversible.
Lemme. Soient A∈Mn(K) telle que det(A)=0 et X1,…,Xn∈Mn,1(K) des colonnes quelconques. Alors :
det(A)det(AX1,…,AXn)=det(X1,…,Xn)(1)
Démonstration. Il est clair que le premier membre de (1) est une fonction linéaire de chaque Xj, qu'il est antisymétrique comme fonction de (X1,…,Xn), et qu'il vaut 1 quand (X1,…,Xn)=In (car alors (AX1,…,AXn)=AIn=A) : ce sont les propriétés caractéristiques du second membre.
Théorème. Soient A,B∈Mn(K). Alors :
det(AB)=det(A)det(B)
Démonstration. Prouvons-le d'abord pour le cas où det(A)=0. On prend (X1,…,Xn)=B dans (1) (donc (AX1,…,AXn)=AB) : alors det(A)det(AB)=det(B), d'où det(AB)=det(A)det(B).
Si det(A)=0, considérons det(A+xIn) : vu que det est linéaire par rapport à chaque colonne et que la colonne j de A+xIn contient le terme ajj+x à la j-ième place, det(A+xIn) est une fonction polynomiale de x ; elle a donc un nombre fini de racines (dont 0, par hypothèse). Soit ϵ>0 tel que 0<x<ϵ⇒det(A+xIn)=0. Pour 0<x<ϵ, on a det((A+xIn)B)=det(A+xIn)det(B), d'où, par continuité, en faisant x→0 : det(AB)=det(A)det(B).
Corollaire. Si A est inversible, alors det(A)=0 et det(A−1)=det(A)1.
Corollaire. Soient E un K-ev de dimension n, ϕ:E→E un endomorphisme, A la matrice de ϕ dans une base B, A′ sa matrice dans une base B′ : alors det(A′)=det(A). Autrement dit, le déterminant de la matrice de ϕ est indépendant de la base et on peut donc le noter simplement det(ϕ). Et pour tous endomorphismes ϕ,ψ de E, det(ϕ∘ψ)=det(ψ)det(ϕ).
Démonstration. On a A′=P−1AP (où P est la matrice de passage de B à B′), donc
La formule det(ψ∘ϕ)=det(ψ)det(ϕ) n'est qu'une réécriture de det(BA)=det(B)det(A), où A et B sont les matrices de ϕ et ψ dans une base quelconque.
Définition. Soient E un K-ev de dimension n, B=(e1,…,en) une base de E, x1,…,xn des vecteurs de E, Xj (1≤j≤n) la colonne des coordonnées de xj dans la base B (écrites de haut en bas). On définit le déterminant de la famille (x1,…,xn) dans la base B comme étant le déterminant de la matrice dont les colonnes sont X1,…,Xn : detB(x1,…,xn)=det(X1,…,Xn).
Remarque (interprétation géométrique).
Soient u,v deux vecteurs du plan R2, rapporté à sa base canonique B : l'aire du parallélogramme construit sur les côtés u,v est ∣det(u,v)∣.
Soient u,v,w trois vecteurs de l'espace R3, rapporté à sa base canonique B : le volume du parallélépipède construit sur les côtés u,v,w est ∣det(u,v,w)∣.
Corollaire. Dans la situation de la définition ci-dessus, si B′ est une autre base de E et P la matrice de passage de B à B′, on a :
Bdet(x1,…,xn)=det(P)B′det(x1,…,xn)
Preuve. Soit Xj′ la colonne des coordonnées de xj dans la base B′ : on sait que Xj=PXj′, donc (X1,…,Xn)=P(X1′,…,Xn′), d'où det(X1,…,Xn)=det(P)det(X1′,…,Xn′).
Proposition (critère d'inversibilité et caractérisation des bases par les déterminants).
Une matrice A∈Mn(K) est inversible si et seulement si det(A)=0.
Un endomorphisme ϕ d'un K-ev de dimension n est un isomorphisme si et seulement si det(ϕ)=0.
Soient n vecteurs x1,…,xn dans un K-ev E de dimension n et B une base quelconque de E. Alors (x1,…,xn) est une base si et seulement si detB(x1,…,xn)=0.
Démonstration.
L'implication « det(A)=0⇒A est inversible » a fait l'objet d'une proposition, et le premier corollaire donne la réciproque.
det(ϕ)=det(A), où A est la matrice de ϕ dans une base quelconque, et ϕ est bijective si et seulement si A est inversible : ce qui nous ramène à l'assertion précédente.
detB(x1,…,xn)=0 signifie det(X1,…,Xn)=0 (où Xj est la colonne des coordonnées de xj dans la base B) : cela équivaut à dire que la matrice (X1,…,Xn) est inversible et donc que (x1,…,xn) est une base.
Théorème. Soit A=(aij)1≤i,j≤n∈Mn(K). Pour tous i,j∈{1,…,n}, soit Aij∈Mn−1(K) la matrice obtenue en supprimant dans A la ligne i et la colonne j. On a :
A=(acbd). Alors A11=(d)=dI1 et A12=(c)=cI1, donc det(A11)=d et det(A12)=c. Le développement selon la première ligne donne acbd=ad−bc.
adgbehcfi=aei+dhc+gbf−gec−dbi−ahf
Définition. Pour A∈Mn(K), on appelle comatrice de A la matrice Com(A)∈Mn(K) dont l'élément à la ligne i et à la colonne j est (−1)i+jdet(Aij).
Corollaire. Pour toute A∈Mn(K),
AtCom(A)=det(A)In
En particulier, on retrouve le fait que si det(A)=0, alors A est inversible ; et en plus, on a cette formule d'inversion :
A−1=det(A)1tCom(A)
Démonstration. L'élément de la ligne i et de la colonne j de AtCom(A) est k=1∑naik(−1)j+kdet(Ajk). Si j=i, c'est det(A) (le développement selon la ligne i). Si j=i, c'est le déterminant de la matrice déduite de A en y remplaçant la ligne j par la ligne i : mais dans la matrice ainsi obtenue, il y a donc deux fois la ligne i et ce déterminant est nul.
Définition. On dit qu'une matrice A=(aij)1≤i,j≤n∈Mn(K) est triangulaire inférieure si j>i⇒aij=0 (i.e. s'il n'y a que des 0 au-dessus de la diagonale) : c'est donc une matrice de la forme
On dit qu'une matrice A=(aij)1≤i,j≤n∈Mn(K) est triangulaire supérieure si j<i⇒aij=0 (i.e. s'il n'y a que des 0 au-dessous de la diagonale) : c'est donc une matrice de la forme
On dit qu'une matrice A=(aij)1≤i,j≤n∈Mn(K) est diagonale si elle est triangulaire inférieure et supérieure ; c'est donc une matrice de la forme :
a1100⋮00a220⋮000a33⋮0……………000⋮ann
Corollaire. Le déterminant d'une matrice diagonale, ou plus généralement triangulaire (inférieure ou supérieure), est le produit des éléments diagonaux : det(A)=i=1∏naii.
Démonstration. Il suffit de le montrer pour une matrice triangulaire inférieure (le cas d'une triangulaire supérieure s'en déduit immédiatement car c'est la transposée d'une triangulaire inférieure : elle a donc même déterminant et mêmes éléments diagonaux). On raisonne par récurrence : si n=1, c'est trivial (det(a11)=a11) ; et si c'est vrai pour les matrices triangulaires inférieures de Mn−1(K), alors c'est vrai aussi pour celles de Mn(K), car en développant selon la première ligne on a