Le produit se fait en multipliant terme à terme chaque ligne de A par chaque colonne de B. En général, on a AB=BA, et AB=0 est possible avec A=0, B=0.
Proposition.
(Mn,m(K),+,×) est un K-ev de dimension nm. Une base est (Eij), où Eij est la matrice ayant 1 à l'intersection de la ligne i et de la colonne j, et des 0 partout ailleurs. (Eij) est appelée la base canonique de Mn,m(K).
Mn(K)=Mn,n(K) muni de +,⋅,× est une K-algèbre, unitaire (l'élément neutre pour × est In=10⋱01 : 1 sur la diagonale, 0 partout ailleurs ; on l'appelle la matrice unité), non commutative (AB=BA en général), non intègre (A=0 et B=0 n'impliquant pas AB=0).
Démonstration.
On va justifier que (Eij) est une base pour le cas où n=m=2 (le cas général n'est pas plus difficile). (Le fait que Mn,m(K) est un K-ev est assuré par le trot de l'âne…) Pour n=m=2 : M2(K)={(acbd):a,b,c,d∈K}. Or
(acbd)=a(1000)+b(0010)+c(0100)+d(0001)
donc (E11,E12,E21,E22) est génératrice de M2(K). Et elle est libre car :
Donc c'est une base pour n,m quelconques. Donc dimMn,m(K)=n×m.
Âne qui trotte, et exemple déjà vu pour AB=BA, AB=0 avec A=0, B=0.
Définition. On dit qu'une matrice A∈Mn(K) est carrée (même nombre de lignes et de colonnes) ; (acbd) est une matrice carrée.
Définition et proposition. Une matrice A∈Mn(K) est dite inversible s'il existe une matrice B∈Mn(K) telle que AB=BA=In. Cette matrice B est alors unique (et il suffit d'avoir AB=In ou BA=In pour qu'on ait AB=BA=In). On la note B=A−1.
Preuve (unicité). Si AB=BA=In et AB′=B′A=In, alors BAB′=(BA)B′=InB′=B′ et BAB′=B(AB′)=BIn=B. Ainsi B′=B.
Définition. L'ensemble des matrices inversibles de Mn(K) est un groupe (pour la multiplication des matrices), qu'on note GLn(K) (car il s'identifie au groupe linéaire GLn(K) formé des automorphismes de Kn ; on va voir cela…).
Définition (matrice d'une application linéaire). Soient E un K-ev de dimension m, F un K-ev de dimension n, BE=(e1,…,em) une base de E, BF=(f1,…,fn) une base de F, ϕ∈L(E,F). Écrivons ϕ(ej)=i=1∑naijfi. On appelle matrice de ϕ par rapport aux bases BE,BF la matrice
Nota bene. La j-ème colonne de MatBE,BF(ϕ) donne (de haut en bas) les coordonnées de ϕ(ej) dans la base BF.
Proposition. Sous les hypothèses et notations de la définition, si on note X=x1⋮xm la colonne des coordonnées d'un vecteur x de E dans la base BE (x=j=1∑mxjej) et Y=y1⋮yn la colonne des coordonnées d'un vecteur y de F dans la base BF (y=i=1∑nyifi), alors :
y=ϕ(x)⇔Y=AXouˋA=MatBE,BF(ϕ)
Démonstration.y=i=1∑nyifi et x=j=1∑mxjej⇒ϕ(x)=j=1∑mxjϕ(ej)=j=1∑mxji=1∑naijfi=i=1∑n(j=1∑maijxj)fi. Donc y=ϕ(x)⇔∀i∈{1,…,n}, yi=j=1∑maijxj
Proposition (correspondance entre matrices et applications linéaires : suite). Soient E,F des K-ev de dimension finie, BE une base de E, BF une base de F, Φ,Ψ∈L(E,F). Alors :
MatBE,BF(Φ+Ψ)=MatBE,BF(Φ)+MatBE,BF(Ψ)
∀λ∈K, MatBE,BF(λΦ)=λMatBE,BF(Φ).
Si G est un troisième K-ev de dim<∞, Φ∈L(E,F), Ψ∈L(F,G), et BG une base de G, alors MatBE,BG(Ψ∘Φ)=MatBF,BG(Ψ)×MatBE,BF(Φ).
Démonstration (du 3). y=i=1∑nyifi et x=j=1∑mxjej⇒ϕ(x)=j=1∑mxjϕ(ej)=i=1∑n(j=1∑maijxj)fi, et z=Ψ(y)=Ψ∘Φ(x)=i=1∑nj=1∑maijxjΨ(fi) avec Ψ(fi)=k=1∑lbkigk. Donc
Donc les coordonnées dans BG de Ψ∘Φ(x) sont les (j=1∑mckjxj), i.e. MatBE,BG(Ψ∘Φ)=C=BA.
Corollaire. Soient E,F des K-ev de dim<∞, BE,BF des bases, Φ∈L(E,F), A=MatBE,BF(Φ). Alors Φ est bijective ⇔A est inversible. Et alors MatBF,BE(Φ−1)=(MatBE,BFΦ)−1.
Démonstration (pour F=E, BF=BE). Si Φ est bijective : Φ∘Φ−1=idE⇒Mat(Φ)⋅Mat(Φ−1)=Mat(idE)=In (où n=dim(E)). Et réciproquement, si Mat(Φ) est inversible, soit Ψ∈L(E) tel que MatBEΨ=(MatBEΦ)−1 : alors Mat(Φ∘Ψ)=MatBEidE⇒Φ∘Ψ=idE⇒Ψ=Φ−1.
Définition (matrice de passage). Soient E un K-ev de dim(E)=n<∞, B,B′ deux bases de E : B=(e1,…,en), B′=(e1′,…,en′). On appelle matrice de passageP de B à B′ la matrice de idE où E est muni de la base B′ au départ et de la base B à l'arrivée :
{(E,B′)→(E,B)P=MatB′,B(idE)
Nota bene. Les colonnes de P sont les colonnes de coordonnées des ej′ dans la base (e1,…,en)=B.
Proposition. Soit E un K-ev de dim(E)=n<∞. Soient B,B′ deux bases de E. Soient x∈E, X la colonne de ses coordonnées dans la base B et X′ la colonne de ses coordonnées dans la base B′. Si P est la matrice de passage de B à B′, alors X=PX′ (autrement dit : X′=P−1X). Noter que P−1 est la matrice de passage de B′ à B : (E,B′)→(E,B) par P et (E,B)→(E,B′) par P−1.
Démonstration. On a vu que y=f(x)⇔Y=AX où A est la matrice de f. Ici, on a X′ (et non X) au départ, X à l'arrivée, donc x=idE(x)⇔X=PX′.
Théorème de changement de base. Soient E,F deux K-ev de dimensions finies, B1,B1′ deux bases de E, B2,B2′ deux bases de F, P la matrice de passage de B1 à B1′ et Q la matrice de passage de B2 à B2′. Soient f∈L(E,F), A=MatB1,B2(f), A′=MatB1′,B2′(f). Alors
A′=Q−1AP
En particulier. Si F=E et B2=B1 et B2′=B1′, alors Q=P et
A′=P−1AP
Démonstration.(E,B1′)idE(E,B1)f(F,B2)idF(F,B2′). On compose idF∘f∘idE et les matrices : A′=MatB2,B2′(idF)MatB1,B2(f)MatB1′,B1(idE)=Q−1AP.
Définition.
Deux matrices A,B de Mn,m(K) sont dites équivalentes s'il existe P∈Mm(K) inversible et Q∈Mn(K) inversible telles que B=Q−1AP. Cela revient à dire qu'il existe une application linéaire de Km dans Kn dont A et B sont les matrices relativement à certaines bases.
Deux matrices A,B∈Mn(K) sont dites semblables s'il existe P∈Mn(K) inversible telle que B=P−1AP. Cela revient à dire que A et B sont les matrices d'un endomorphisme de Kn relativement à deux bases BA (au départ et à l'arrivée) et BB (au départ et à l'arrivée) respectivement.
Définition. Soit A∈Mn,m(K). On appelle transposée de A, et on note tA, la matrice de Mm,n(K) obtenue en mettant les colonnes de A en lignes (ou les lignes de A en colonnes : ça revient au même).
Exemple.t(acbd)=(abcd).
Définition. Une matrice carrée A∈Mn(K) est dite symétrique si et seulement si tA=A, antisymétrique si tA=−A.
Exemples. Les matrices symétriques sont, pour n=2 :
(abbd)=a(1000)+b(0110)+d(0001)
En effet : t(acbd)=(acbd)⇔c=b. Noter que la transposition est une symétrie par rapport à la diagonale : t(acbd)=(abcd).
Pour n quelconque : l'ensemble des matrices symétriques de Mn(K) est le sev Symn(K) de Mn(K) engendré par les Eii (1≤i≤n) et les Eij+Eji (1≤i<j≤n). Clairement : dim(Symn(K))=n+2n2−n=2n(n+1).
t(aij)=(aji) : la transposition échange les indices, donc (aij) est symétrique ⇔aij=aji,∀i et ∀j.
Définition. On appelle trace d'une matrice carrée A=(aij)∈Mn(K) le scalaire tr(A)=i=1∑naii (la somme des éléments diagonaux).
Proposition.
tr(tA)=tr(A),∀A∈Mn(K)
tr(AB)=tr(BA),∀A,B∈Mn(K)
Deux matrices semblables ont la même trace. Et donc deux matrices A,A′ d'un même endomorphisme (relativement à des bases identiques au départ et à l'arrivée) ont même trace.
Démonstration.
tr(tA)=tr(A) car les éléments de la diagonale de tA sont les mêmes que ceux de la diagonale de A :
a11aji⋱aijann
A=(aij), B=(bij)⇒AB=(cij) où cij=k=1∑naikbkj. Donc tr(AB)=i=1∑ncii=i=1∑nk=1∑naikbki. De même, en échangeant les a et les b : tr(BA)=i=1∑nk=1∑nbikaki=i=1∑nk=1∑nakibik=tr(AB).
tr(P−1AP)=tr(APP−1)=tr(A).
Nota bene. La trace est un invariant : étant donné un endomorphisme f de E (dim(E)<∞), quand je change de base dans E, la matrice de f change mais sa trace ne change pas.