C'est un quotient de polynômes : R(X)=B(X)A(X). Mais il faut définir cette notion (car il n'y a pas de division dans K[X]).
Définition (informelle). Si A,B,C,D∈K[X] avec B=0, D=0, on dit que les objets B(X)A(X) et D(X)C(X) sont égaux si et seulement si on a A(X)D(X)−B(X)C(X)=0. Cela définit ces objets qu'on appelle fractions rationnelles.
Définition (formelle). Les fractions sont les classes d'équivalence dans K[X]×K[X]∗ pour la relation d'équivalence (A,B)∼(C,D)⇔AD−CB=0. On note BA la classe d'équivalence de (A,B).
On note K(X) l'ensemble des fractions rationnelles sur K. On identifie le polynôme A∈K[X] avec la fraction 1A (on va avoir que les opérations dans K[X] sur les A sont compatibles avec les opérations à définir dans K(X) sur les 1A). Donc K[X]⊂K(X).
Nota bene.1A=1B⇔A⋅1−B⋅1=0⇔A=B, donc A→1A est injective.
Définition : addition dans K(X).
BA+DC=defBDAD+BC
Démonstration. Si BA=B′A′ et DC=D′C′, a-t-on B′D′A′D′+B′C′=BDAD+BC ? Autrement dit, a-t-on BA+DC=B′A′+D′C′ ? Autrement dit : la somme des fractions est-elle bien indépendante du représentant BA ou B′A′, DC ou D′C′ ? La réponse est oui car :
Démonstration. Si BA=B′A′ et DC=D′C′, a-t-on BDAC=B′D′A′C′ ? Oui car BDAC=B′D′A′C′⇔ACB′D′=A′C′BD, or BA=B′A′⇔AB′=BA′ et DC=D′C′⇔CD′=C′D. Donc BDAC=B′D′A′C′⇔AB′C′D=AB′C′D.
Remarques : compatibilité avec l'identification A=1A.1A+1B=1A1+B1=1A+B et 1A1B=1AB=AB.
Définition (division ou quotient dans K(X)). Avec C=0 :
DCBA=defBCAD
Démonstration. Si BA=B′A′ et DC=D′C′, autrement dit si AB′=A′B et CD′=C′D, alors
Remarque : compatibilité avec l'identification A=1A.
1C1A=C⋅1A⋅1=CA
Proposition.(K(X),+,×) est un anneau unitaire, intègre et commutatif (comme (K[X],+,×)). Et ainsi (K(X),+,×) est un corps commutatif. Ainsi K(X) est le corps des quotients de K[X].
Définition. Degré d'une fraction rationnelle : soient A,B∈K[X], B=0. On a deg(BA)=deg(A)−deg(B).
Corollaire. Si BA=B′A′, alors AB′=A′B, donc deg(AB′)=deg(A′B), donc deg(A)+deg(B′)=deg(A′)+deg(B), donc deg(A′)−deg(B′)=deg(A)−deg(B) et donc deg(B′A′)=deg(BA).
Théorème de décomposition des fractions rationnelles en éléments simples
Maintenant, on peut se diriger vers le théorème de décomposition des fractions rationnelles en éléments simples.
Lemme 1. Soit F∈K(X). Il existe un unique polynôme E∈K[X] (appelé partie entière de F) et une unique fraction R∈K(X) tels que F=E+R et deg(R)<0.
Démonstration. Posons F=BA où A,B∈K[X], B=0.
Existence. Division euclidienne de A par B : A=QB+S, deg(S)<deg(B). Donc F=BA=Q+BS où deg(BS)=deg(S)−deg(B)<0. Donc on peut prendre E=Q et R=BS.
Unicité. Si F=E+R=E′+R′ où E,E′∈K[X], deg(R)<0, deg(R′)<0, alors E−E′=R′−R, d'où deg(E−E′)=deg(R′−R)≤max(deg(R′),deg(−R))<0, donc E=E′.
Lemme 2. Soit F=B1B2A∈K(X) avec deg(F)<0 (A,B1,B2∈K[X], B1 et B2 premiers entre eux). Il existe une unique décomposition telle que F=B1A1+B2A2 avec deg(B1A1)<0 et deg(B2A2)<0, avec (A1,A2∈K[X]).
Démonstration.
Existence. Bézout ⇒∃U1,U2∈K[X] tels que U1B1+U2B2=1. Alors
(égalité dans K[X]). Mais B1,B2 sont premiers entre eux, donc (Gauss) B1∣A1−A1′ et donc A1−A1′=QB1, d'où deg(A1−A1′)=deg(Q)+deg(B1). Or, par hypothèse, deg(A1−A1′)≤max{deg(A1),deg(A1′)}<deg(B1). On a donc deg(A1−A1′)=deg(Q)+deg(B1)<deg(B1), donc deg(Q)<0, donc Q=0 et donc A1−A1′=0. Et donc B2A2′−A2=B1A1−A1′=0, d'où l'unicité (A1′=A1, A2′=A2).
Lemme 3. Soit F=BnA (A,B∈K[X], n∈N∗), avec deg(F)<0. Il existe une décomposition unique de la forme :
F=j=1∑nBjAjouˋAj∈K[X],deg(Aj)<deg(B)
Preuve par récurrence sur n.
Initialisation. Si n=1 : F=BA avec deg(F)<0, donc deg(A)<deg(B) : on a A1=A et il y a évidemment unicité : BA1′=F⇒BA1′=BA⇒A1′=A=A1.
Hérédité. Supposons le résultat (existence et unicité) acquis pour n. Montrons qu'il subsiste pour n+1. Soit donc F=Bn+1A, deg(F)<0. Faisons la division euclidienne A=BQ+R, deg(R)<deg(B), donc F=Bn+1R+BnQ où deg(R)<deg(B).
Et cette décomposition est unique car F=Bn+1R′+BnQ′=Bn+1R′+Q′B⇒R′+Q′B=A, et la condition deg(R′)<deg(B) implique que R′ est le reste de la division euclidienne de A par B et Q′ le quotient (unicité de la division euclidienne). On a donc, d'une façon unique, F=Bn+1R+BnQ avec deg(R)<deg(B). Noter que deg(BnQ)=deg(F−Bn+1R)<0.
Or l'hypothèse de récurrence garantit l'existence et l'unicité de la décomposition BnQ=j=1∑nBjQj où Qj∈K[X], deg(Qj)<deg(B). On a donc bien la décomposition unique F=j=1∑n+1BjAj avec Aj=Qj (1≤j≤n) et An+1=R.
Théorème de décomposition en éléments simples dans K(X). Soit F∈K(X) : F=BA où A,B∈K[X], B=0. Il existe une unique décomposition :
F=E+i=1∑nj=1∑niPijAijouˋB=cd(B)i=1∏nPini
est la décomposition de B en facteurs irréductibles unitaires, et Aij∈K[X], deg(Aij)<deg(Pi) (1≤j≤ni), et E∈K[X] (partie entière de F).
Démonstration. On applique les lemmes 1, 2, 3 : le lemme 1 donne E (quotient de la division euclidienne de A par B). Le lemme 2 donne ensuite une décomposition de F−E sous la forme i=1∑nPiniAi′, et le lemme 3 décompose chacune de ces fractions comme dans le théorème.
Corollaire dans C. Soit F=BA∈C(X), B=cd(B)i=1∏n(X−ai)ni (décomposition de B en facteurs irréductibles unitaires, cf. le théorème de d'Alembert). Alors il existe une unique décomposition :
F=E+i=1∑nj=1∑ni(X−ai)jλijouˋλij∈C
Démonstration. En effet, a priori (théorème ci-dessus), λij∈C[X], mais deg(λij)<deg(X−ai), donc en fait les λij sont des constantes.
Corollaire dans R. Soit F=BA∈R(X), B=cd(B)i=1∏n(X−ai)nik=1∏m(X2+bkX+ck)mk. La décomposition de B est en fait en facteurs irréductibles unitaires dans R[X]. Alors il existe une unique décomposition :
Définition de la partie polaire. Soit F=BA∈K(X) ; si a∈K est une racine de B (qui ne soit pas racine de A) d'ordre m, on dit que a est un pôle de F d'ordre m. Alors la décomposition en éléments simples de F s'écrit :
F(X)=j=1∑m(X−a)jaj+R(X)
où R(X)∈K(X) est une fraction dont a n'est pas un pôle ; la somme j=1∑m(X−a)jaj est la partie polaire relative au pôle a de la décomposition de F en éléments simples.
Exemple.F(X)=X(X+1)1=X1−X+11. On a X1 partie polaire relative au pôle 0 et −X+11 la partie polaire relative au pôle −1.
Proposition. Soient F∈K(X), a∈K un pôle de F d'ordre m : F(X)=j=1∑m(X−a)jaj+R(X). Alors :
aj=(m−j)!1dXm−jdm−j((X−a)mF(X))X=a
Démonstration.(X−a)mF(X)=j=1∑maj(X−a)m−j+(X−a)mR(X). Dérivons m−j fois (X−a)mR(X) (Leibniz) :
Remarque. Avant de se lancer dans la décomposition en éléments simples d'une fraction rationnelle F(X)=B(X)A(X), on a intérêt à simplifier la fraction (s'il y a lieu), c'est-à-dire à supprimer les facteurs communs à A et B.
S'il y a des facteurs irréductibles du second degré dans B(X) (∈R[X]), il n'y a pas de formule simple analogue à celle d'une partie polaire pour la partie correspondante de la décomposition en éléments simples (voir TD).