Définition 1. Soit λ∈K ; on dit que λ est une valeur propre (notée vp) de f s'il existe x∈E non nul tel que f(x)=λx. On dit que x∈E est vecteur propre de f si x=0 et s'il existe λ∈K tel que f(x)=λx.
L'ensemble des valeurs propres de f est le spectre de f, noté sp(f) ; c'est un sous-ensemble de K.
Définition 1 bis. Soit A∈Mn(K). De même : λ est valeur propre de A si ∃X=0 tel que AX=λX, où X∈Rn, et X est vecteur propre de A si X=0 et ∃λ∈K tel que AX=λX.
Remarque. Soit f∈L(E), où dim(E)=n. Soit B une base de E et A=matB(f). Alors λ est valeur propre de f donc λ est valeur propre de A. De plus, x est vecteur propre de f donc X est vecteur propre de A, où X=matB(x).
Proposition 2. Soit f∈L(E) et E un espace vectoriel de dimension finie (n=dim(E)). λ∈sp(f)⇔f−λId est non injectif ⇔Ker(f−λId)={0}⇔rg(f−λId)<n.
Proposition 2 bis. Soit A∈Mn(K). Alors λ∈sp(A)⇔Ker(A−λIn)={0}⇔A−λIn∈/GLn(K)⇔rg(A−λIn)<n.
En particulier : A∈GLn(K)⇔0∈/sp(A).
Démonstration. Soit λ∈sp(f). Donc ∃x=0 dans E tel que f(x)=λx. Donc (f−λId)(x)=0. Donc x∈Ker(f−λId). Donc Ker(f−λId)={0} et f−λId est non injectif. La réciproque est vraie : si Ker(f−λId)={0}, ∃x=0 dans Ker(f−λId), c'est-à-dire {(f−λId)(x)=0x=0⇔{f(x)=λxx=0⇔λ∈sp(f). Puisque dim(E)<+∞, f−λId non injectif, c'est-à-dire f−λId non surjectif, donc rg(f−λId)<n. □
Définition - Proposition 3. Soit f∈L(E) et λ∈sp(f). Si x est tel que x=0 et f(x)=λx, on dit que λ et x sont valeur propre et vecteur propre associés. On appelle sous-espace propre associé à λ, noté parfois sep(λ), le sev Ker(f−λId). Il est formé des vecteurs propres de f associés à λ, ainsi que de 0.
Démonstration. Soit x∈sep(λ), alors (f−λId)(x)=0, c'est-à-dire f(x)=λx : x est vecteur propre associé à λ (ou bien x=0). □
Remarque. Soit f∈L(E) et λ∈sp(f). Alors sep(λ) est un sev de E.
Remarque.sep(λ) est un sev stable par f. De plus, la restriction de f à ce sev est l'homothétie de rapport λ :
f∣sep(λ)=λId
Rappel. Soit E un espace vectoriel ; l'homothétie de rapport λ est l'application λId. On la note hλ ; on a ∀x∈E,h(x)=λx. Sa matrice dans n'importe quelle base est λ0…⋱…0λ=λIn.
On remarque que sp(h)={λ} et tout vecteur est vecteur propre associé.
Exemples. Soit u∈L(R2) défini par u(e1)=2e1 et u(e2)=−e2. Alors 2∈sp(u) et e1∈sep(2), −1∈sp(u) et e2∈sep(−1). La matrice de u dans B=(e1,e2) est (200−1).
Soit A=1⋮1……1⋮1. Déterminer les valeurs propres de A, et les vecteurs propres associés.
On résout l'équation aux valeurs propres AX=λX ; ici λ et X sont inconnus. Notons X=x1⋮xn. Alors AX=λX⇔⎩⎨⎧x1+⋯+xn=λx1⋮x1+⋯+xn=λxn. Donc λx1=⋯=λxn. Donc soit λ=0, soit x1=⋯=xn.
Si λ=0, alors x1+⋯+xn=0.
Si x1=⋯=xn, alors nx1=λx1 ; si x1=0, alors X=0. Or on cherche des X=0. Donc x1=0.
Conclusion : sp(A)={0,n}. De plus, sep(0)={X∈Rn,x1+⋯+xn=0}. C'est un hyperplan de Rn. Une base en est 1−10⋮0,10−10⋮0,…,10⋮0−1. On a aussi sep(n)={X∈Rn,x1=⋯=xn}. C'est une droite engendrée par 1⋮1.
Remarque. Soit ϕ:{Rn→RX↦∑i=1nxi. C'est une forme linéaire et donc sep(0)=Ker(ϕ) est bien un hyperplan. La base donnée doit être vérifiée (libre et génératrice).
Remarque. Donner les vecteurs propres de f veut dire décrire les sep en donnant leur dimension ainsi qu'une base.
Proposition 4. Soit f∈L(E), et soient λ1,…,λN des valeurs propres de f. Alors les sep associés sont en somme directe.
Démonstration. (À savoir.) Par récurrence sur N :
Initialisation. Si N=2. Supposons que x1∈sep(λ1) et x2∈sep(λ2) sont tels que x1+x2=0. On applique f : f(x1+x2)=f(x1)+f(x2)=0=λ1x1+λ2x2, donc {x1+x2=0λ1(x1+x2)=0, puis (λ2−λ1)x2=0. Or λ2=λ1, donc x2=0, puis x1=−x2=0.
Hérédité. Supposons la propriété vraie au rang N. Montrons qu'elle est vraie au rang N+1 : soient (xi)i=1,…,N+1 avec xi∈sep(λi) tels que i=1∑N+1xi=0. Alors, de même, f(∑xi)=1∑N+1λixi=0.
On multiplie 1∑N+1xi par λN+1, et on le soustrait à 1∑N+1λixi=0. On obtient i=1∑N(λN+1−λi)xi=0.
Or les sep(λi), pour i=1,…,N, forment Nsep. Par hypothèse de récurrence, ils sont en somme directe.
Donc i=1∑N(λN+1−λi)xi=0⇒(λN+1−λi)xi=0,∀i≤N. La propriété est montrée au rang N+1.
□
Exemple (hors programme). Soit E=C∞(R). Soit D:{E→Ef↦f′. Alors D(f+λg)=(f+λg)′=f′+λg′. Donc D∈L(E).
De plus λ∈sp(D)⇔∃f=0,D(f)=λf⇔f′=λf⇔f(x)=Ceλx, où C∈R. Ainsi, tout λ∈R est vp et sp(D)=R. Ici, dim(E)=+∞ ; en appliquant P4, on retrouve l'exercice 2 de la feuille 1 (les vp forment une famille libre puisque les sep sont en somme directe).
Définition - Proposition 1. Soit A∈Mn(K). Alors la fonction {K→KX↦det(A−XIn) est un polynôme, appelé "polynôme caractéristique". On le note souvent χA.
De même, si f∈L(E), on définit χf(X)=det(f−XID), le polynôme caractéristique de f.
Remarque. Si A est une matrice de f, alors par définition du déterminant on a χf=χA. On peut le vérifier : en effet si A∼B, alors A et B représentent le même endomorphisme, et B=P−1AP, où P∈GLn(K). Alors χB(X)=det(B−XIn)=det(P−1AP−XP−1P)=det(P−1(A−XIn)P)=det(P−1)det(A−XIn)det(P)=det(A−XIn)=χA(X).
Ainsi "2 matrices semblables ont le même polynôme caractéristique". La réciproque est fausse : soient A1=(0010) et A2=(0000). Alors χA1(X)=det(A1−XI2)=−X01−X=X2 et χA2=−X00−X=X2.
Donc χA1=χA2. Mais A1 n'est pas semblable à A2.
Exemple. Soit hλ:{E→Ex↦λx. Alors dans n'importe quelle base B, matB(hλ)=λ0⋱0λ. En effet, si B=(e1,…,en), hλ(e1)=λe1=λe1+0.e2+⋯+0en. Donc la première colonne est λ0⋮0, et pareil pour les autres colonnes ; ainsi : χhλ(X)=det(hλ−XIn)=det(λIn−XIn)=det((λ−X)In)=(λ−X)ndet(In)=(λ−X)n.
Remarque. Dans DP1, on a admis que χf est un polynôme. Cela se voit en développant : a11−X⋮an1a12⋱…a1n⋮ann−X.
Proposition 2. Soit A∈Mn(K). Alors χA est de la forme :
χA(X)=(−1)n(Xn−tr(A)Xn−1+coefficients pas gentils…+(−1)ndet(A))
Démonstration. (Partielle.) On développe a11−X⋮an1a21⋮……⋮…a1n⋮ann−X par rapport à la première colonne :
(a11−X)a22−X⋮an2…⋱…a2n⋮ann−X+i≥2∑ai1deˊterminant de matrices du meˆme type de taille n−1cofacteur(i,1)=⋯=(a11−X)…(ann−X)+termes de degreˊ≤n−1
=(−X)n+(−1)n−1(i≥1∑aii)Xn−1+⋯+ termes de degré (dur...).
De manière plus accessible : χA(0)=det(A−0.In)=det(A). Ainsi, le terme constant de χA est det(A). □
Démonstration. (À savoir.)
Si n=2, on obtient avec A=(acbd) que
χA(X)=X2−(tr(A))X+det(A)=X2−(a+d)X+(ad−bc)
deg(χA)=n, et χA(0)=det(A).
□
Exercice. Retrouver par le calcul que, si n=2, χA(X)=X2−tr(A)X+det(A). On a χA(X)=a−Xcbd−X=…
Théorème III.3. Soit f∈L(E). Alors le spectre de f est constitué de l'ensemble des racines de χf. Autrement dit, λ∈sp(f)⇔χf(λ)=0. Ou encore sp(f)=χf−1({0}).
Démonstration. Soit λ∈sp(f). Ceci équivaut à f−λId non injectif ⇔det(f−λId)=0⇔χf(λ)=0. □
Exercice. Calculer les valeurs propres et les vecteurs propres de A=(1221).
On utilise le T3 : on calcule χA et on cherche ses racines : χA(X)=1−X221−X=(1−X)2−4=(X+1)(X−3). Donc les racines de χA sont −1 et 3. Ainsi, puisque les valeurs propres sont les racines de χA, on a que sp(A)={−1,3}.
On cherche les vecteurs propres associés, c'est-à-dire qu'on en déduit les sep :
pour λ=−1, on résout AX=−X⇔{x+2y=−x2x+y=−y⇔x+y=0. Ainsi, (x,y)∈Ker(A+ID)⇔x+y=0. Autrement dit : sep(−1)=Ker(A+Id)={(x,y)∈R,x=−y}. C'est une droite, engendrée par (1,−1) ;
pour λ=3, on résout AX=3X, donc on résout {x+2y=3x2x+y=3y⇔x=y. Ainsi, Ker(A−3Id)=Vect(1,1) : c'est une droite.
Corollaire 4. Soit E un espace vectoriel de dimension n et soit u∈L(E). Alors u a au plus n valeurs propres distinctes.
Démonstration. Puisque les valeurs propres sont les racines de χu et que deg(χu)=n, on déduit le corollaire. □
En particulier card(sp(u))<+∞, pareil pour A∈Mn(K).
Définition 5. Soit λ∈sp(u). On appelle "multiplicité" de λ, notée parfois m(λ) ou mλ, l'ordre de λ en tant que racine du polynôme χu.
Ainsi mλ est le plus grand nombre tel que χu(X)=(X−λ)mλQ(X). Si mλ=1, alors on dit que λ est racine simple.
Proposition 6. Soit u∈L(E) et λ∈sp(u). Alors on a
1≤dim(Ker(u−λId))≤mλ
Démonstration. (À savoir.) Puisque λ∈sp(u), on a Ker(u−λId)={0}. Donc sa dimension est au moins 1.
On note d0=dim(Ker(u−λId)). Soit (e1,…,ed0) une base de ce sev. On la complète en une base B de E. Dans cette base, la matrice de u est :
λ0⋮00λ⋮0…0⋱0……⋮0bbccbbcc=(λId00BC)
On a alors χu(X)=(λ−X)Id00BC−XIn−d0=(λ−X)d0Q(X). Or χu=(X−λ)mλQ~(X), où mλ est le plus grand nombre possible pour cette écriture. Ainsi on a d0≤mλ. □
Corollaire 7. Si λ est simple, alors dim(Ker(u−λId))=1.
Démonstration. Par P6 on a 1≤d0≤1. Donc d0=1. □
Exemple. Pour la matrice A=(1221), on avait m(−1)=dim(Ker(A+I2))=1 et m(3)=dim(Ker(A−3I2))=1 ; ainsi les 2 valeurs propres sont simples.
Définition 1. Soit f∈L(E). On dit que f est diagonalisable s'il existe une base B de E telle que matB(f) est diagonale. Soit A∈Mn(K). On dit que A est diagonalisable si A est semblable à une matrice diagonale, c'est-à-dire ∃P∈GLn(K) et D diagonale telles que A=PDP−1. Diagonaliser A veut donc dire "trouver D et P".
Proposition 2. Les points suivants sont équivalents :
f est diagonalisable ;
il existe une base de E formée de vp de f ;
la somme des sep de f vaut E ;
la somme des dimensions des sep vaut dim(E).
Démonstration. On montre que 1 est équivalent à 2. Soit B une base telle que matB(f) est diagonale. On note B=(e1,…,en) et λ10⋱0λn la matrice. Par lecture, on a f(ei)=λiei. Donc ei est un vp de f.
Réciproquement : si (e1,…,en) est une base de vp, associés à des vpλ1,…,λn, dans cette base la matrice de f est λ10⋱0λn.
On montre que 2 implique 3. Soit (e1,…,en) une base de vp. Alors chaque ei appartient à λ∈sp(f)⨁Ker(f−λId). Donc Vect(e1,…,en)⊂⨁Ker(f−λId). Donc E=⨁Ker(f−λId).
On va montrer que 3 implique 4. On a vu que la somme des sep est directe. Ainsi dim(E)=dim(λ∈sp(f)⨁Ker(f−λId))=λ∈sp(f)∑dim(Ker(f−λId)).
On va montrer que 4 implique 2. Supposons que λ∈sp(f)∑dim(Ker(f−λId))=dim(E). Puisque la somme est directe, si Bi est une base de Ker(f−λi), pour λi∈sp(f), on a ⋃Bi est une base de E. Donc 2. □
Exercice. Pour notre matrice A, elle est diagonalisable car λ∈sp(A)∑dim(Ker(A−λI2))=1+1=dim(R2).
Théorème III.3. (Condition nécessaire et suffisante de diagonalisation) f est diagonalisable si et seulement si
{χf est scindeˊ sur K∀λ∈sp(f),dim(Ker(f−λId))=mλ
Rappel. On dit que P est scindé sur K s'il est de la forme ∏(X−λi)mi.
Exemple.(X−1)X(X+2) est scindé (à racines simples), X2+1 n'est pas scindé sur R.
Démonstration. Supposons f diagonalisable. Soit λ10⋱0λn sa matrice de diagonalisation. Alors χf(X)=λ1−X0⋱0λn−X=i=1∏n(λi−X). De plus, par P2, n=λ∈sp(f)∑dim(Ker(f−λId))≤λ∈sp(f)∑m(λ)=n.
∑(m(λ)−dim(Ker(f−λId)))=0. Or par II-P6, ces termes sont supérieurs à 0. Donc ils sont nuls, et dim(Ker(f−λId))=m(λ). □
Soit P∈Rn[X] un polynôme. On le note P(X)=k=0∑NakXk.
Soit A∈Mn(K). On pose P(A)=k=0∑NakAk. Cela définit un élément de Mn(K). On parle d'un polynôme de matrice.
Soit E un espace vectoriel de dimension n, et f∈L(E). On pose P(f)=k=0∑Nakfk, avec la convention f0=Id. On parle d'un polynôme d'endomorphisme. On rappelle que fk=k foisf∘⋯∘f.
Remarque. Si A est une matrice de f dans une base B, alors P(A) est une matrice de P(f) dans la base B.
Exemple. Si P(X)=X−1, alors P(f)=f−Id.
Proposition 2. On dit que Φ:{P↦P(f)K[X]→L(E) est un morphisme d'algèbre unitaire. Cela veut dire :
(P+αQ)(f)=P(f)+αQ(f)
(PQ)(f)=P(f)∘Q(f)
1(f)=Id
Démonstration. Évident ou admis. □
Rappel. Si f∈L(E) et g∈L(E), alors en général, f∘g=g∘f. Si A et B sont dans Mn(K), alors en général AB=BA.
Vocabulaire. On dit que f et g commutent lorsque f∘g=g∘f. Pareil pour les 2 matrices.
Proposition 3. Si f et g commutent, alors tout polynôme en f commute avec tout polynôme en g.
Démonstration. Soit P et Q deux polynômes, P(X)=0∑NakXk et Q(X)=0∑MbkXk.
On part de f∘g=g∘f. On compose par f à gauche, donc f2∘g=f∘f∘g=f∘g∘f=g∘f∘f=g∘f2.
De même, on prouve par récurrence que fk∘g=g∘fk :
on suppose cela vrai au rang k : fk∘g=g∘fk⇒f∘fk∘g=f∘g∘fk=g∘fk+1. La propriété est donc vraie.
On a P(f)∘g=(0∑Nakfk)∘g=0∑Nak(fk∘g)=0∑Nakg∘fk=g∘(0∑Nakfk)=g∘P(f).
On a, en inversant les rôles, Q(g)∘P(f)=P(f)∘Q(g). □
Proposition 3 bis. Pareil pour les matrices.
Définition 4. Soit f∈L(E). On dit que f annule P lorsque P(f)=0. On dit aussi que P est annulateur de f.
Exemple. Soit s une symétrie. Soit P(X)=X2−1. Alors P(s)=s2−Id=0. Donc s annule P. Soit p un projecteur. Soit Q(X)=X2−X. Alors Q(p)=p2−p=p∘p−p=0. Donc p annule Q.
Proposition 5. Soit λ∈sp(f) et x un vp associé. Alors P(f)x=P(λ)x.
Démonstration. (À savoir.) On a f(x)=λx. Donc f(f(x))=f(λx)⇔f∘f(x)=λf(x)=λλx=λ2x. On itère : ∀k∈N,fk(x)=λkx, puis par combinaison linéaire : (0∑Nakfk)(x)=0∑N(akλkx)=p(λ)x. □
Corollaire 6. Supposons que f annule P : alors sp(f)⊂P−1({0}) (c'est-à-dire que les valeurs propres de f sont contenues dans les racines de P).
Démonstration. Si P(f)=0, par P5, p(λ)x=0 lorsque λ∈sp(f). Or x est un vp⇒x=0. Donc p(λ)=0. □
Exemple. Si s est une symétrie, quelles sont les valeurs propres possibles ? On a que P(X)=X2−1 est annulateur de s. Donc sp(f)⊂P−1({0}). Or P(X)=0⇔X2−1=0⇔X=1 ou X=−1. Donc les vp d'une symétrie peuvent être 1 ou −1.
Exemple. Si p est un projecteur, sp(p)⊂{0,1} (à faire).
Remarque. Le C6 donne un critère pour chercher les vp de f. Mais C6 n'est qu'une inclusion ; par exemple si f=Id et P(X)=X(X−1), alors sp(f)={1}, et P(f)=Id(Id−Id)=0, et P−1({0})={0,1}.
Théorème III.7. Soit E un espace vectoriel de dimension finie. Pour que f soit diagonalisable, il faut et il suffit qu'il existe un polynôme annulateur scindé à racines simples.
Démonstration. Soit f diagonalisable ; alors dans une base B de vp, MatB(f)=λ10⋱0λn. Ici les λi peuvent se répéter (ils ne sont pas différents deux à deux). Soient (μi)i=1,…,n les vp (sans répétitions). On pose P(X)=i=1∏d(X−μi). Alors P est scindé à racines simples. Soit M la matrice ci-dessus, alors
La réciproque est admise et repose sur le lemme des noyaux. □
Exercice. Soit A=0⋮011⋱⋮0…⋱⋱…0⋮10. Alors An=? Donc... on en déduit les vp de A.
Application. Projecteurs et symétries sont diagonalisables.
Exemple des symétries. Soit s tel que s2=Id. Soit P(X)=X2−1. Alors P est annulateur de s. Or P(X)=(X−1)(X+1) est scindé à racines simples. Donc {1 et −1 sont les vp possibles de ss est diagonalisable. On a donc E=λ∈sp(s)⨁sep(λ)=Ker(s−Id)⨁Ker(s+Id), si on suppose que 1 et −1 sont valeurs propres.
Remarque. Si sp(s)={1}, s=Id (car s a pour matrice In). Si sp(s)={−1}, s=−Id (car s a pour matrice −In). Si 1 et −1 sont vp, alors : Ker(s−Id)={x∈E,sx=x} est le plan de symétrie et Ker(s+Id)={x∈E,sx=−x} est la direction de la symétrie.
Théorème III.8. (Théorème de Cayley-Hamilton) Soit f∈L(E) et χf son polynôme caractéristique. Alors χf(f)=0.
Démonstration. Ce n'est pas χf(f)=det(f−fId)=det(0)=0, car χf(X):=det(f−XId). On ne peut pas remplacer X par f ici. □
Une application des polynômes annulateurs. Soit A∈Mn(K) et P annulateur de A. Alors on peut calculer l'inverse de A via P :
si P=χA et si P(0)=0, alors A n'est pas inversible, car P(0)=det(A) ;
si P est un polynôme tel que P(0)=0, alors A est inversible. En effet si P(X)=k=0∑dakXk, alors P(A)=0⇔a0Id+a1A+⋯+adAd=0⇔−a01(a1A+⋯+adAd)=Id⇔A[−a01(a1Id+⋯+adAd−1)]=Id.
Donc A∈GLn(K), et A−1=−a01(a1Id+⋯+adAd−1). Ceci permet d'exprimer A−1 en fonction de puissances de A. C'est pratique si on connaît χA.
Définition. Un endomorphisme est trigonalisable s'il existe une base dans laquelle sa matrice est triangulaire. Une matrice est trigonalisable si elle est semblable à une matrice triangulaire : A trigonalisable ⇔A=PTP−1, où P∈GLn(K) et T triangulaire.
Remarque. Une matrice diagonalisable est trigonalisable (réciproque fausse).
Théorème III.3. Une matrice (ou l'endomorphisme qu'elle représente) est trigonalisable si et seulement si son polynôme caractéristique est scindé.
Démonstration. Soit A une matrice.
⇒ : ∃P∈GLn et T=t110⋱tnn tels que A=PTP−1. Or 2 matrices semblables ont le même polynôme caractéristique. Ainsi χA(X)=det(T−XIn)=t11−X0⋱tnn−X=i=1∏n(tii−X) est scindé.
⇐ : on le montre par récurrence sur n.
Initialisationn=1. Les matrices sont des scalaires. Donc elles sont diagonales.
Hérédité. Supposons que la propriété est vraie au rang n. Soit A∈Mn+1(K) une matrice telle que χA est scindé. Puisque χA est scindé, il admet au moins une racine λ1. C'est donc une valeur propre de A. Soit x1 un vecteur propre associé. On complète ce vecteur en une base de Rn+1. Soit P la matrice de passage depuis la base canonique vers cette base. Alors P−1AP=λ10⋮0la1⋮a1……⋮a1la1⋮a1, où L∈M1,n et A1∈Mn. Cette dernière matrice étant triangulaire par blocs, on a χA(X)=λ1−X0LA1−XIn=(λ1−X)χA1(X).
Or χA1 est scindé car χA l'est. Donc A1 est trigonalisable par hypothèse de récurrence : ∃T1 triangulaire, ∃Q∈GLn, A1=QT1Q−1. Soit R=10⋮00q⋮q……⋮…0q⋮q.
Alors (λ10LA1)=R(λ10LQT1)R−1 (calcul à vérifier). Or la matrice (λ10LQT1) est triangulaire. A est semblable à cette matrice, elle est donc trigonalisable.
□
Corollaire 3. Toute matrice est trigonalisable sur C.
Démonstration.χA est un polynôme scindé par le théorème de d'Alembert. On applique ensuite T2. □
Exemple. Les matrices nilpotentes. On dit que A∈Mn(K) est nilpotente s'il existe k∈N tel que Ak=0. Par exemple : A=(0010). Alors A2=(0000). Soit P(X)=X2. Alors P(A)=0, donc P est annulateur de A. Donc sp(A)⊂P−1({0})={0}. Donc la seule valeur propre de A est 0.
Si A était diagonalisable, elle serait semblable à 0 (la matrice diagonale avec les valeurs propres sur la diagonale). Or A semblable à 0 donne A=P−10P=0. Or A=0. Donc A est non diagonalisable. On peut retrouver cela en analysant sep(0) (déjà fait). Cette analyse est valable pour toute matrice nilpotente.
Soit A∈Mn(K). On veut calculer Ak. Voici 2 cas où on a une méthode :
Si A est diagonalisable, A=PDP−1, où D=λ10⋱0λn. Alors on a : A2=PDP−1PDP−1=PD2P−1. De même, par récurrence évidente, Ak=PDkP−1. De plus Dk=λ1k0⋱0λnk. Ceci permet de calculer Ak.
Si A est de la forme A=αId+N, où N est nilpotente. Soit p tel que Np=0 et Np+1=0. Alors Ak=(αIn+N)k=j=0∑k(jk)(αIn)k−jNj=j=0∑p(jk)αk−jNj.
Remarque. Si A et B sont deux matrices, (A+B)2=A2+B2+AB+BA : pas de binôme en général, sauf si A et B commutent.
Exemple. Si A=200120012. Notons que A=2I3+N, où N=000100010 ; alors N3=0. Ainsi
On considère p suites v1,…,vp où elles sont "couplées" par le système : ⎩⎨⎧un+11=a11un1+⋯+a1punp⋮un+1p=ap1un1+⋯+appunp. On pose Xn=un1⋮unp∈Rp. Alors le système se réécrit Xn+1=AXn, où A=a11⋮ap1……a1p⋮app. C'est une suite "géométrique" : on a X2=AX1=AAX0=A2X0, puis par récurrence directe, Xn=AnX0. On peut avoir des formules pour les (uni) si on sait calculer Ak.
Problématique. On a une seule suite (un)n≥0 qui vérifie :
un+p=i=0∑p−1aiun+i
Exemple.un+2=un+1+un ; ici p=2, a0=a1=1.
Résolution. On va transformer ce problème "linéaire scalaire et d'ordre p" en un problème "vectoriel d'ordre 1". Pour cela, on pose Xn=un⋮un+p−1∈Kp.
On a alors :
Ainsi, pour diagonaliser A afin de calculer An, on doit résoudre P(X)=0 pour chercher les valeurs propres.
Lien avec l'an dernier.
un+2=aun+1+bun
a pour équation r2=ar+b. Les racines sont en fait les valeurs propres de (0b1a). De sorte que (0b1a)n=P(λ1n00λ2n)P−1, où les λi sont ses racines.