Définition 1. Un produit scalaire sur E est une application bilinéaire symétrique définie positive. Cela veut dire que ϕ:E×E→K est un produit scalaire lorsque :
ϕ(x+λx′,y)=ϕ(x,y)+λϕ(x′,y) et ϕ(x,y+λy′)=ϕ(x,y)+λϕ(x,y′) : bilinéaire ;
ϕ(x,y)=ϕ(y,x) : symétrique ;
(ϕ(x,x)≥0) et (ϕ(x,x)=0⇔x=0) : définie positive.
Définition 2. On appelle espace euclidien (e.v.e) un espace vectoriel de dimension finie muni d'un produit scalaire. On parle d'espace vectoriel préhilbertien si dim(E)=+∞.
Exemples fondamentaux.
E=Rn et ϕ(x,y)=i=1∑nxiyi. Vérifions que c'est un produit scalaire.
E=Mn(R) et ϕ(A,B)=tr(tAB).
E=C0([0,1]), et ϕ(f,g)=∫01f(t)g(t)dt.
Remarque. Quand on prouve les 3 exemples, si on a prouvé la symétrie, alors on a la linéarité par rapport à la première variable et par rapport à la deuxième variable.
En effet f(x,y+λy′)=f(y+λy′,x)=f(y,x)+λf(y′,x)=f(x,y)+λf(x,y′).
Bilinéarité : soient (x,x′)∈Rn×Rn, λ∈K et y∈Rn. Alors ϕ(x+λx′,y)=i=1∑n(xi+λxi′)yi=i=1∑nxiyi+λi=1∑nxi′yi=ϕ(x,y)+λϕ(x′,y). Donc ϕ est linéaire par rapport à la première variable et, puisqu'elle est symétrique, elle est bilinéaire.
ϕ est définie positive. Soit x∈Rn, alors ϕ(x,x)=i=1∑nxixi=i=1∑nxi2≥0. De plus, si ϕ(x,x)=0, alors i=1∑nxi2=0, et puisque xi2≥0 pour chaque i, on a xi=0 pour i=1,…,n, donc x=0.
□
Remarque.x=0⇒ϕ(x,x)=0 est triviale.
Remarque. Identité remarquable : soit ϕ une forme bilinéaire symétrique (en particulier si ϕ est un produit scalaire) ; alors on a l'identité suivante : ϕ(x+y,x+y)=ϕ(x,x)+ϕ(y,y)+2ϕ(x,y).
Démonstration. Triviale. □
Théorème V.3. (Inégalité de Cauchy-Schwarz) Soit ϕ:E×E→K un produit scalaire. Alors ∀(x,y)∈E×E,
∣ϕ(x,y)∣≤ϕ(x,x)ϕ(y,y)
De plus, c'est une égalité si et seulement si (x,y) est liée.
Démonstration. (À savoir.) Pour simplifier, on suppose que K=R. Soit x,y∈E. Considérons l'application f:R→R définie par f(t)=⟨x+ty,x+ty⟩. On a
f(t)=t2⟨y,y⟩+2t⟨x,y⟩+⟨x,x⟩
et f(t)≥0 pour tout t. Comme f est un polynôme du second degré, on en déduit que son discriminant est négatif :
⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0
Par suite ⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0 et le résultat est obtenu en prenant la racine carrée. □
Théorème V.4. (Minkowski) ∀(x,y)∈E×E,
ϕ(x+y,x+y)≤ϕ(x,x)+ϕ(y,y)
Démonstration. On démarre avec Cauchy-Schwarz : ϕ(x,y)≤ϕ(x,x)×ϕ(y,y). Donc ϕ(x,x)+ϕ(y,y)+2ϕ(x,y)≤ϕ(x,x)+ϕ(y,y)+2ϕ(x,x)×ϕ(y,y)=(ϕ(x,x)+ϕ(y,y))2.
En prenant la racine, on obtient le résultat. □
Remarque. Pour trouver la preuve, il faut partir de la fin.
Théorème V.5. (À retenir.) Soit ϕ un produit scalaire. Alors l'application N:E→R, définie par N(x)=ϕ(x,x), est une norme sur E (voir le cours d'analyse pour la définition d'une norme). On l'appelle la norme associée à (ou induite par) le produit scalaire ϕ.
Démonstration. (À savoir.) Prouvons que N vérifie les axiomes d'une norme :
(positivité) N(x)=ϕ(x,x) est une racine positive ; de plus N(x)=0⇔ϕ(x,x)=0⇔x=0 car ϕ est défini positif ;
(homogénéité) soit λ∈R et x∈E, alors N(λx)=ϕ(λx,λx)=λ2ϕ(x,x)=∣λ∣ϕ(x,x)=∣λ∣N(x) ;
(inégalité triangulaire) soient (x,y)∈E×E, alors N(x+y)=ϕ(x+y,x+y)≤ϕ(x,x)+ϕ(y,y)=N(x)+N(y).
□
Remarque. Des fois, le produit scalaire se note ϕ(x,y)=⟨x,y⟩ et N(x)=∣∣x∣∣. On peut alors réécrire l'identité remarquable : ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2⟨x,y⟩.
On peut aussi réécrire Cauchy-Schwarz : ∣⟨x,y⟩∣≤∣∣x∣∣.∣∣y∣∣ et Minkowski : ∣∣x+y∣∣≤∣∣x∣∣+∣∣y∣∣.
Remarque. On réserve la notation x.y au cas E=Rn et x.y=i=1∑nxiyi.
Remarque. Soient f et g dans C0([0,1]). Alors on a ∫01f(x)g(x)dx≤∫01f(x)2dx∫01g(x)2dx.
Ceci provient de {(f,g)↦∫01fg est un produit scalaire sur C0([0,1])Cauchy-Schwarz. On peut ainsi définir ∣∣f∣∣=⟨f,f⟩=∫01f2(x)dx.
Remarque. On a beaucoup de notions : distance d(x,y), normes N(x) et produits scalaires ⟨x,y⟩. Si on a un produit scalaire, on peut fabriquer une norme, et si on a une norme, on peut fabriquer une distance. Quand une norme est induite par un produit scalaire, elle est dite euclidienne.
Dans tout ce chapitre, E est un espace vectoriel muni d'un produit scalaire noté ⟨.,.⟩.
Définition 1. Soit (x,y)∈E×E. On dit que x et y sont orthogonaux si ⟨x,y⟩=0.
Définition 2. Soit (x1,…,xN) une famille de E. On dit qu'elle est :
orthogonale si les xi sont orthogonaux 2 à 2, c'est-à-dire i=j⇒⟨xi,xj⟩=0 ;
orthonormale si elle est orthogonale et que ∀i=1,…,N on a ∣∣xi∣∣=1.
Remarque. Ici et dans ce chapitre, ∣∣.∣∣ désigne la norme induite par ⟨.,.⟩.
Théorème V.3. (Pythagore) Soient (x,y)∈E×E. Alors x et y sont orthogonaux si et seulement si ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2.
Démonstration. (À savoir.) ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2⟨x,y⟩. Ainsi ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2 si et seulement si ⟨x,y⟩=0. □
Remarque. Cela se généralise à N vecteurs orthogonaux (x1,…,xN) : ∣∣x1+⋯+xN∣∣2=∣∣x1∣∣2+⋯+∣∣xN∣∣2.
Proposition 4. Toute famille orthogonale ne contenant pas le vecteur nul est libre.
Démonstration. (À savoir.) Soit (x1,…,xn) une famille orthogonale telle que 1∑Nλixi=0, où les (λi)i=1,…,N sont des scalaires. On fixe j et on fait le produit scalaire avec xj ; on a alors ⟨i=1∑Nλixi,xj⟩=⟨0,xj⟩=0.
Donc, puisque ⟨xi,xj⟩=0 si i=j, on a λj⟨xj,xj⟩=0. Or xj=0, donc ⟨xj,xj⟩=0. Donc λj=0 ; puisque ceci est valable pour tout j de 1 à N, la famille est libre. □
Définition 5. Soit A⊂E. On définit "l'orthogonal de A", noté A⊥, comme
A⊥:={x∈E,∀a∈A,⟨x,a⟩=0}
Exemple. Si E=R3 et ⟨x,y⟩=x.y, et si
A={(0,0,1)}, alors A⊥ = plan (Oxy) ;
A=Vect((0,1,0),(1,0,0)), alors A⊥=Vect(0,0,1).
Exemple. En général, si A={0}, alors A⊥=E. En effet ⟨x,0⟩=0∀x∈E. Si A=E, alors E⊥={0}. En effet, soit x∈E⊥. Alors ∀y∈E,⟨x,y⟩=0. En particulier si y=x, on a ⟨x,x⟩=0, donc x=0.
Lemme 6. Soit A⊂E. Alors A⊥ est un sev de E. De plus, si A={x}, alors A⊥ est un hyperplan de E.
Démonstration. Soit x et y dans A⊥, et λ∈R. Soit a∈A ; on a ⟨x+λy,a⟩=⟨x,a⟩+λ⟨y,a⟩=0. Donc x+λy∈A⊥. Donc A⊥ est un sev de E.
On a t∈{x}⊥⇔⟨t,x⟩=0. Soit ϕ:{E→Rv↦⟨v,x⟩.
Alors ϕ est une forme linéaire sur E. De plus Kerϕ={v∈E,⟨v,x⟩=0}. Ainsi {x}⊥=Kerϕ. Donc c'est un hyperplan, en tant que noyau d'une forme linéaire. □
Théorème V.7. Tout espace vectoriel euclidien admet une BON (base orthonormée).
Démonstration. On montre cela par récurrence sur la dimension.
Si dim(E)=1. Soit x∈E tel que ∣∣x∣∣=1 : c'est une base de E, elle est orthonormale.
Supposons la propriété vraie au rang n−1. Soit E de dimension n. Soit x∈E∖{0}. On note H={x}⊥. Alors H est un eve de dimension n−1 par le L6. Donc, par hypothèse de récurrence, il admet une BON (e1,…,en−1). Alors (e1,…,en−1,∣∣x∣∣x) est une BON de E ; en effet :
⟨∣∣x∣∣x,ei⟩=0∀i=1,…,n−1 ;
∣∣x∣∣x=1.
Donc la propriété est vraie au rang n. Elle est vraie par récurrence.
□
Théorème V.8. (Procédé de Gram-Schmidt) Soit E un eve, et p<dim(E) un entier. Soit (x1,…,xp) une famille libre. Alors il existe (v1,…,vp) une famille orthonormale telle que : ∀k∈[1,p],Vect(v1,…,vk)=Vect(x1,…,xk).
Démonstration. Importante, prochaine fois. □
Proposition 9. Soit A et B inclus dans un eve E. Alors
A⊂B⇒B⊥⊂A⊥ ;
A⊥=(Vect(A))⊥.
Soit F et G deux sev de E, alors
(F+G)⊥=(F⊥)∩(G⊥) ;
(F∩G)⊥=(F⊥)+(G⊥).
Démonstration.
Supposons A⊂B. Soit x∈B⊥. Cela vaut ∀b∈B,⟨x,b⟩=0. Soit a∈A. Alors a∈B puisque A⊂B. Donc ⟨x,a⟩=0. Donc on a montré que ∀a∈A,⟨x,a⟩=0. Donc x∈A⊥. Donc B⊥⊂A⊥.
On rappelle que Vect(A) est le sev engendré par les vecteurs de A ; c'est aussi le plus petit sev de E contenant A. En particulier A⊂Vect(A). Donc (Vect(A))⊥⊂A⊥ par le premier point. Montrons l'inclusion réciproque. Soit x∈A⊥. Soit v∈Vect(A) ; alors v s'écrit i=1∑Nγiai, où ai∈A.
Ainsi ⟨x,v⟩=i=1∑Nγi⟨x,ai⟩=0. Donc x∈(Vect(A))⊥.
□
Théorème V.10. Soit F un sev de E. Alors
E=F⊕F⊥ ;
soit (e1,…,ep) une base orthonormée de F ; alors la projection PF sur F, parallèlement à F⊥, vérifie
PF(x)=i=1∑p⟨x,ei⟩ei
en particulier, ∀x∈E,x=i=1∑n⟨x,ei⟩ei, si (e1,…,en) est une base orthonormée de E ;
dim(F⊥)=dim(E)−dim(F).
Démonstration. (À savoir.) On note x~=i=1∑p⟨x,ei⟩ei. On a x~∈F, car c'est une combinaison linéaire de vecteurs qui sont dans F. Montrons que x−x~∈F⊥. Soit i∈[1,p] fixé ; calculons ⟨x−x~,ei⟩ :
⟨x−x~,ei⟩=⟨x,ei⟩−⟨x~,ei⟩=⟨x,ei⟩−⟨j=1∑p⟨x,ej⟩ej,ei⟩=⟨x,ei⟩−j=1∑p⟨x,ej⟩δij car BON⟨ej,ei⟩=⟨x,ei⟩−⟨x,ei⟩=0
Donc (x−x~)⊥ei, donc x−x~∈Vect(ei)⊥=F⊥.
Conclusion : x=∈Fx~+∈F⊥(x−x~). Donc E=F+F⊥. Montrons que la somme est directe : soit x∈F∩F⊥.
Alors ⟨∈Fx,∈F⊥x⟩=0=∣∣x∣∣2, donc x=0. Donc F∩F⊥={0}, et la somme est directe.
On a montré les deux premiers points, puisque x~, étant le vecteur de F tel que x−x~⊥x~, est bien PF(x).
En particulier, le 3ème point découle directement, avec F=E, puis puisque
E=F⊕F⊥,dim(F)+dim(F⊥)=dim(E)
□
Exercice. Quel est le projeté de x sur Vect(x1), parallèlement à Vect(x2) ? Ce n'est pas une projection orthogonale.
Ici, si on projette x sur Vect(x1) parallèlement à Vect(x2), on calcule cela avec ⟨x,x1⟩ ; on a
P(x)=⟨x,x1⟩x1
Proposition 11. Soit E un eve et B(e1,…,en) une base orthonormée de E. Soit x et y dans E. Soit X=MATB(x) et Y=MATB(y). Ainsi, X∈Mn,1(R) et Y∈Mn,1(R). Alors
⟨x,y⟩=tX×Y
Démonstration. Calcul matriciel. □
Endomorphismes particuliers dans un espace vectoriel euclidien
Définition / Proposition 0. Soit u∈L(E). Il existe un autre endomorphisme, noté u∗, appelé adjoint de u, tel que
∀(x,y)∈E×E,⟨u(x),y⟩=⟨x,u∗(y)⟩
De plus, si M est la matrice de u dans une base orthonormée, alors tM est la matrice de u∗ dans cette base.
Démonstration. Soient x et y dans E, B une base orthonormée fixée, et M=MATB(u). Alors ⟨u(x),y⟩=t(MX)Y=tXtMY. On pose u∗(y)=tMY ; ainsi u∗ est l'endomorphisme dont tM est la matrice dans B. Alors tXtMY=⟨x,u∗(y)⟩.
Montrons que c'est unique. Soient M1 et M2 deux matrices telles que tXM1Y=tXM2Y,∀X,Y∈Mn,1(R). Montrons que M1=M2. On évalue cette égalité pour X=ei et Y=ej, où (ei) est la base canonique.
Alors M1ej est la j-ème colonne de M1, puis teiM1ej est le coefficient (i,j) de M1. Ainsi, teiM1ej=teiM2ej,∀(i,j), veut bien dire que M1=M2. □
Définition 1. Soit u∈L(E). Alors u est symétrique si et seulement si u∗=u, c'est-à-dire si et seulement si
∀(x,y)∈E×E,⟨u(x),y⟩=⟨x,u(y)⟩
Remarque. Rien à voir avec les symétries, les endomorphismes tels que S2=Id.
Corollaire 2. Soit u symétrique ; alors sa matrice S dans une base orthonormée est symétrique, c'est-à-dire
tS=S
On note Sn(R) les matrices symétriques de taille n×n.
Proposition 3.∀S∈Sn(R), Sk∈Sn(R), ∀k≥2, et ∀S∈Sn(R)∩GLn(R), S−1∈Sn(R).
Démonstration.t(Sk)=(tS)k=Sk et t(S−1)=(tS)−1=S−1. □
Remarque. Si A et B sont dans Sn(K), alors AB∈Sn est faux en général.
Proposition 4.Sn(R) est un sev de Mn(R) ; sa dimension est : exercice.
Définition 5. On dit que u∈L(E) est orthogonal si ∀(x,y)∈E×E,⟨u(x),u(y)⟩=⟨x,y⟩ (on dit que u préserve le produit scalaire).
Remarque. Ne pas parler de l'orthogonal de u et de u orthogonal à v.
On note O(E) les endomorphismes orthogonaux sur E.
Proposition 2.u∈O(E)⇔∀x∈E,∣∣u(x)∣∣=∣∣x∣∣ (u préserve la norme)
⇔ pour toute BON B de E, u(B) est une BON de E.
Démonstration. (À savoir.) On prouve la première ligne. Supposons que u∈O(E). Alors ∣∣u(x)∣∣=⟨u(x),u(x)⟩=⟨x,x⟩=∣∣x∣∣ car u préserve le produit scalaire.
La réciproque repose sur la formule suivante (à savoir) :
⟨x,y⟩=21(∣∣x+y∣∣2−∣∣x∣∣2−∣∣y∣∣2)Identiteˊ de polarisation(a+b)2=a2+b2+2ab
En effet ∣∣x+y∣∣2=⟨x+y,x+y⟩=⟨x,x⟩+⟨y,y⟩+⟨x,y⟩+⟨y,x⟩=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2⟨x,y⟩.
Supposons que u préserve les normes, ∣∣u(x)∣∣=∣∣x∣∣,∀x∈E.
On calcule ⟨u(x),u(y)⟩=21(∣∣u(x)+u(y)∣∣2−∣∣u(x)∣∣2−∣∣u(y)∣∣2)=21(∣∣u(x+y)∣∣2−∣∣u(x)∣∣2−∣∣u(y)∣∣2)=21(∣∣x+y∣∣2−∣∣x∣∣2−∣∣y∣∣2)=⟨x,y⟩. Donc u∈O(E). □
Proposition 3.O(E) est un groupe pour la composition. Cela veut dire que
Id∈O(E) ;
u et v sont dans O(E)⇒u∘v∈O(E) ;
u∈O(E) implique que u est inversible, et de plus u−1∈O(E).
Démonstration. (À savoir.)
∣∣Id(x)∣∣=∣∣x∣∣, donc Id∈O(E).
∣∣u∘v(x)∣∣=∣∣u(v(x))∣∣=∣∣v(x)∣∣=∣∣x∣∣. Donc u∘v∈O(E) par P2.
Soit x∈E tel que u(x)=0. Alors ∣∣u(x)∣∣=∣∣x∣∣, donc x=0 et u est injective. Comme c'est un endomorphisme, u est inversible. De plus ∣∣u−1(x)∣∣=∣∣u(u−1(x))∣∣=∣∣x∣∣, donc u−1∈O(E).
□
Définition 4. On dit qu'une matrice Ω est orthogonale si l'endomorphisme associé dans la base canonique de Rn est orthogonal.
On note On(R) les matrices orthogonales de taille n×n.
Théorème V.5.Ω∈On(R)⇔tΩΩ=In⇔tΩ=Ω−1⇔ les colonnes de Ω forment une BON de Rn pour le produit scalaire x.y de Rn.
Démonstration. (À savoir.) Soit u l'endomorphisme associé à Ω dans la base canonique. On a alors : ∀x,y∈Rn×Rn,⟨u(x),u(y)⟩=⟨x,y⟩ car u∈O(E). De plus, si on note X et Y les colonnes représentant x et y dans la base canonique, on a ⟨u(x),u(y)⟩=t(ΩX)ΩY=tXtΩΩY=⟨x,y⟩=tXY. Ainsi : ∀X,Y∈Rn,tX(tΩΩ−In)Y=0. On évalue cela pour X=ei et Y=ej et on trouve tΩΩ−In=0. Cela équivaut à tΩ=Ω−1. □
Exemple. Une rotation de R2 est un endomorphisme orthogonal. On note Rθ la rotation d'angle θ. Soit B=(1,0),(0,1) la BON de R2. Alors Ω:=MATB(Rθ)=(cosθsinθ−sinθcosθ). On note que les colonnes C1 et C2 vérifient C1.C2=0 et ∣∣C1∣∣=1. Ainsi les colonnes forment bien une BON.
Remarque. Dans le T5, on a dit : tΩΩ=In⇔ les colonnes de Ω forment une BON. Il faut pour cela voir que l'élément (i,j) de tΩΩ est tCiCj=Ci.Cj, où les (Ci) sont les colonnes de Ω. Ainsi tΩΩ=In⇔CiCj=δij⇔(Ci)i=1,…,n est une BON.
Proposition 6. Soit u∈L(E) un endomorphisme symétrique. Alors ses sep sont orthogonaux.
Démonstration. (À savoir.) Soit F et G deux sep de u distincts. Soient x∈F et y∈G. Soient λ et μ les valeurs propres associées. Alors ⟨λx,y⟩=⟨u(x),y⟩=⟨x,u(y)⟩=⟨x,μy⟩. Ainsi (λ−μ)⟨x,y⟩=0, et λ=μ, donc x⊥y. □
Proposition 7. Soit F un sev de E stable par u et u symétrique. Alors F⊥ est aussi stable par u.
Démonstration. (À savoir.) Soit y∈F⊥ ; on veut montrer que u(y)∈F⊥. Soit x∈F, alors ⟨x,u(y)⟩=⟨u(x),y⟩ car u est symétrique. Or {u(x)∈F car F est stable par uy∈F⊥⇒⟨u(x),y⟩=0. Donc u(y)∈F⊥. □
Remarque. Plus généralement, F stable par u est équivalent à F⊥ stable par tu (voir D1 du chapitre).
Théorème V.8. (Surpuissant) Toute matrice symétrique S est diagonalisable dans une BON, c'est-à-dire ∀S∈Sn(R), il existe D diagonale et Ω∈On(R) telles que
S=ΩDtΩavectΩ=Ω−1
Démonstration. (À savoir.)
Lemme. Toute matrice symétrique admet une valeur propre réelle.
Soit χS le polynôme caractéristique de S. Il se décompose en produit comme suit :
χS(X)=i=1∏p(X−λi)mi×i=1∏q(X2+αiX+βi)ni
Supposons que S n'a pas de valeur propre ; donc il n'y a ci-dessus que des trinômes irréductibles, c'est-à-dire p=0.
Or χS(S)=0 (théorème de Cayley-Hamilton). Donc i=1∏q(S2+αiS+βiIn)ni=0. Donc un de ces facteurs est non inversible (sinon le produit total serait inversible, donc différent de 0).
Donc ∃x∈Rn,x=0, tel que (S2+αiS+βiIn)x=0, c'est-à-dire S2x=−αiSx−βix.
Soit F=Vect(x,Sx). Alors F est stable par S puisque Vect(Sx,S2x)=Vect(Sx,−αiSx−βix)=Vect(x,Sx).
Soit u l'endomorphisme associé à S et UF sa restriction à F ; alors UF est symétrique. Donc, dans une BON, sa matrice est symétrique ; puisque F est de dimension 2, cette matrice est de la forme (abbd) (elle est symétrique).
Ainsi χUF(X)=X2−(a+d)X+ad−b2. On a Δ=(a+d)2−4(ad−b2)=a2+d2−2ad+4b2=(a−d)2+4b2≥0.
Donc χUF admet une racine. C'est une valeur propre de U. Or on a supposé que u n'a pas de valeur propre : contradiction. □
Démonstration. (Théorème) Soit S∈Sn(R). Par le lemme, ∃x un vecteur propre de S. Soit F=Vect(x) ; par les propositions d'avant, F⊥ est stable par S. Dans une BON adaptée B~, la matrice de u (l'endomorphisme canoniquement associé à S) est : MATB~(u)=λ0⋮00…S′0 (c'est une matrice par blocs car F⊥ est stable par u).
Hypothèse de récurrence : toute matrice symétrique est diagonalisable en BON.
Initialisation : facile.
Hérédité : se servir de MATB~(u) et diagonaliser S′ avec l'hypothèse de récurrence.
Soit F un sev d'un eve E. Soit x∈E. On cherche à calculer d(x,F):=infy∈F∣∣x−y∣∣.
Théorème V.1.d(x,F)=∣∣x−PF(x)∣∣, où PF est la projection orthogonale. De plus PF(x) est l'unique solution du problème "minimiser ∣∣x−y∣∣ avec y∈F".
Démonstration. Soit y∈F ; alors ∣∣x−y∣∣2=∣∣x−PF(x)+PF(x)−y∣∣2=∣∣x−PF(x)∣∣2+∣∣PF(x)−y∣∣2 (par Pythagore) ≥∣∣x−PF(x)∣∣2. Or, PF(x)∈F. Donc PF(x) répond au problème "minimiser ∣∣x−y∣∣2, avec y∈F". □