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Espaces vectoriels euclidiens

Produit scalaire​

Soit EE un espace vectoriel.

Définition 1. Un produit scalaire sur EE est une application bilinéaire symétrique définie positive. Cela veut dire que ϕ:E×E→K\phi : E \times E \to \mathbb{K} est un produit scalaire lorsque :

  • ϕ(x+λx′,y)=ϕ(x,y)+λϕ(x′,y)\phi(x + \lambda x', y) = \phi(x, y) + \lambda \phi(x', y) et ϕ(x,y+λy′)=ϕ(x,y)+λϕ(x,y′)\phi(x, y + \lambda y') = \phi(x, y) + \lambda \phi(x, y') : bilinéaire ;
  • ϕ(x,y)=ϕ(y,x)\phi(x, y) = \phi(y, x) : symétrique ;
  • (ϕ(x,x)≥0)(\phi(x, x) \geq 0) et (ϕ(x,x)=0⇔x=0)(\phi(x, x) = 0 \Leftrightarrow x = 0) : définie positive.

Définition 2. On appelle espace euclidien (e.v.e) un espace vectoriel de dimension finie muni d'un produit scalaire. On parle d'espace vectoriel préhilbertien si dim⁡(E)=+∞\dim(E) = +\infty.

Exemples fondamentaux.

  1. E=RnE = \mathbb{R}^n et ϕ(x,y)=∑i=1nxiyi\phi(x, y) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} x_i y_i. Vérifions que c'est un produit scalaire.
  2. E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et ϕ(A,B)=tr(tAB)\phi(A, B) = tr({}^tA B).
  3. E=C0([0,1])E = C^0([0, 1]), et ϕ(f,g)=∫01f(t)g(t) dt\phi(f, g) = \int_0^1 f(t) g(t)\,dt.

Remarque. Quand on prouve les 3 exemples, si on a prouvé la symétrie, alors on a la linéarité par rapport à la première variable et par rapport à la deuxième variable. En effet f(x,y+λy′)=f(y+λy′,x)=f(y,x)+λf(y′,x)=f(x,y)+λf(x,y′)f(x, y + \lambda y') = f(y + \lambda y', x) = f(y, x) + \lambda f(y', x) = f(x, y) + \lambda f(x, y').

Démonstration. (Preuve de la définition 1.)

  1. Symétrie : soient (x,y)∈Rn×Rn(x, y) \in \mathbb{R}^n \times \mathbb{R}^n, ϕ(y,x)=∑i=1nyixi=∑i=1nxiyi=ϕ(x,y)\phi(y, x) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} y_i x_i = \sum_{i=1}^{n} x_i y_i = \phi(x, y).
  2. Bilinéarité : soient (x,x′)∈Rn×Rn(x, x') \in \mathbb{R}^n \times \mathbb{R}^n, λ∈K\lambda \in \mathbb{K} et y∈Rny \in \mathbb{R}^n. Alors ϕ(x+λx′,y)=∑i=1n(xi+λxi′)yi=∑i=1nxiyi+λ∑i=1nxi′yi=ϕ(x,y)+λϕ(x′,y)\phi(x + \lambda x', y) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} (x_i + \lambda x'_i) y_i = \sum_{i=1}^{n} x_i y_i + \lambda \sum_{i=1}^{n} x'_i y_i = \phi(x, y) + \lambda \phi(x', y). Donc ϕ\phi est linéaire par rapport à la première variable et, puisqu'elle est symétrique, elle est bilinéaire.
  3. ϕ\phi est définie positive. Soit x∈Rnx \in \mathbb{R}^n, alors ϕ(x,x)=∑i=1nxixi=∑i=1nxi2≥0\phi(x, x) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} x_i x_i = \sum_{i=1}^{n} x_i^2 \geq 0. De plus, si ϕ(x,x)=0\phi(x, x) = 0, alors ∑i=1nxi2=0\displaystyle\sum_{i=1}^{n} x_i^2 = 0, et puisque xi2≥0x_i^2 \geq 0 pour chaque ii, on a xi=0x_i = 0 pour i=1,…,ni = 1, \dots, n, donc x=0x = 0.

□\square

Remarque. x=0⇒ϕ(x,x)=0x = 0 \Rightarrow \phi(x, x) = 0 est triviale.

Remarque. Identité remarquable : soit ϕ\phi une forme bilinéaire symétrique (en particulier si ϕ\phi est un produit scalaire) ; alors on a l'identité suivante : ϕ(x+y,x+y)=ϕ(x,x)+ϕ(y,y)+2ϕ(x,y)\phi(x + y, x + y) = \phi(x, x) + \phi(y, y) + 2\phi(x, y).

Démonstration. Triviale. □\square

Théorème V.3. (Inégalité de Cauchy-Schwarz) Soit ϕ:E×E→K\phi : E \times E \to \mathbb{K} un produit scalaire. Alors ∀(x,y)∈E×E\forall (x, y) \in E \times E,

∣ϕ(x,y)∣≤ϕ(x,x)ϕ(y,y)|\phi(x, y)| \leq \sqrt{\phi(x, x)} \sqrt{\phi(y, y)}

De plus, c'est une égalité si et seulement si (x,y)(x, y) est liée.

Démonstration. (À savoir.) Pour simplifier, on suppose que K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}. Soit x,y∈Ex, y \in E. Considérons l'application f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} définie par f(t)=⟨x+ty,x+ty⟩f(t) = \langle x + ty, x + ty \rangle. On a

f(t)=t2⟨y,y⟩+2t⟨x,y⟩+⟨x,x⟩f(t) = t^2 \langle y, y \rangle + 2t \langle x, y \rangle + \langle x, x \rangle

et f(t)≥0f(t) \geq 0 pour tout tt. Comme ff est un polynôme du second degré, on en déduit que son discriminant est négatif :

⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0\langle x, y \rangle^2 - \langle x, x \rangle \langle y, y \rangle \leq 0

Par suite ⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0\langle x, y \rangle^2 - \langle x, x \rangle \langle y, y \rangle \leq 0 et le résultat est obtenu en prenant la racine carrée. □\square

Théorème V.4. (Minkowski) ∀(x,y)∈E×E\forall (x, y) \in E \times E,

ϕ(x+y,x+y)≤ϕ(x,x)+ϕ(y,y)\sqrt{\phi(x + y, x + y)} \leq \sqrt{\phi(x, x)} + \sqrt{\phi(y, y)}

Démonstration. On démarre avec Cauchy-Schwarz : ϕ(x,y)≤ϕ(x,x)×ϕ(y,y)\phi(x, y) \leq \sqrt{\phi(x, x)} \times \sqrt{\phi(y, y)}. Donc ϕ(x,x)+ϕ(y,y)+2ϕ(x,y)≤ϕ(x,x)+ϕ(y,y)+2ϕ(x,x)×ϕ(y,y)=(ϕ(x,x)+ϕ(y,y))2\phi(x, x) + \phi(y, y) + 2\phi(x, y) \leq \phi(x, x) + \phi(y, y) + 2\sqrt{\phi(x, x)} \times \sqrt{\phi(y, y)} = (\sqrt{\phi(x, x)} + \sqrt{\phi(y, y)})^2. En prenant la racine, on obtient le résultat. □\square

Remarque. Pour trouver la preuve, il faut partir de la fin.

Théorème V.5. (À retenir.) Soit ϕ\phi un produit scalaire. Alors l'application N:E→RN : E \to \mathbb{R}, définie par N(x)=ϕ(x,x)N(x) = \sqrt{\phi(x, x)}, est une norme sur EE (voir le cours d'analyse pour la définition d'une norme). On l'appelle la norme associée à (ou induite par) le produit scalaire ϕ\phi.

Démonstration. (À savoir.) Prouvons que NN vérifie les axiomes d'une norme :

  • (positivité) N(x)=ϕ(x,x)N(x) = \sqrt{\phi(x, x)} est une racine positive ; de plus N(x)=0⇔ϕ(x,x)=0⇔x=0N(x) = 0 \Leftrightarrow \phi(x, x) = 0 \Leftrightarrow x = 0 car ϕ\phi est défini positif ;
  • (homogénéité) soit λ∈R\lambda \in \mathbb{R} et x∈Ex \in E, alors N(λx)=ϕ(λx,λx)=λ2ϕ(x,x)=∣λ∣ϕ(x,x)=∣λ∣N(x)N(\lambda x) = \sqrt{\phi(\lambda x, \lambda x)} = \sqrt{\lambda^2 \phi(x, x)} = |\lambda| \sqrt{\phi(x, x)} = |\lambda| N(x) ;
  • (inégalité triangulaire) soient (x,y)∈E×E(x, y) \in E \times E, alors N(x+y)=ϕ(x+y,x+y)≤ϕ(x,x)+ϕ(y,y)=N(x)+N(y)N(x + y) = \sqrt{\phi(x + y, x + y)} \leq \sqrt{\phi(x, x)} + \sqrt{\phi(y, y)} = N(x) + N(y).

□\square

Remarque. Des fois, le produit scalaire se note ϕ(x,y)=⟨x,y⟩\phi(x, y) = \langle x, y \rangle et N(x)=∣∣x∣∣N(x) = ||x||. On peut alors réécrire l'identité remarquable : ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2⟨x,y⟩||x + y||^2 = ||x||^2 + ||y||^2 + 2\langle x, y \rangle. On peut aussi réécrire Cauchy-Schwarz : ∣⟨x,y⟩∣≤∣∣x∣∣.∣∣y∣∣|\langle x, y \rangle| \leq ||x||.||y|| et Minkowski : ∣∣x+y∣∣≤∣∣x∣∣+∣∣y∣∣||x + y|| \leq ||x|| + ||y||.

Remarque. On réserve la notation x.yx.y au cas E=RnE = \mathbb{R}^n et x.y=∑i=1nxiyix.y = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} x_i y_i.

Remarque. Soient ff et gg dans C0([0,1])C^0([0, 1]). Alors on a ∣∫01f(x)g(x) dx∣≤∫01f(x)2 dx∫01g(x)2 dx\left|\int_0^1 f(x) g(x)\,dx\right| \leq \sqrt{\int_0^1 f(x)^2\,dx} \sqrt{\int_0^1 g(x)^2\,dx}. Ceci provient de {(f,g)↦∫01fg est un produit scalaire sur C0([0,1])Cauchy-Schwarz\begin{cases} (f, g) \mapsto \int_0^1 fg \text{ est un produit scalaire sur } C^0([0, 1]) \\ \text{Cauchy-Schwarz} \end{cases}. On peut ainsi définir ∣∣f∣∣=⟨f,f⟩=∫01f2(x) dx||f|| = \sqrt{\langle f, f \rangle} = \sqrt{\int_0^1 f^2(x)\,dx}.

Remarque. On a beaucoup de notions : distance d(x,y)d(x, y), normes N(x)N(x) et produits scalaires ⟨x,y⟩\langle x, y \rangle. Si on a un produit scalaire, on peut fabriquer une norme, et si on a une norme, on peut fabriquer une distance. Quand une norme est induite par un produit scalaire, elle est dite euclidienne.

Orthogonalité​

Dans tout ce chapitre, EE est un espace vectoriel muni d'un produit scalaire noté ⟨.,.⟩\langle ., . \rangle.

Définition 1. Soit (x,y)∈E×E(x, y) \in E \times E. On dit que xx et yy sont orthogonaux si ⟨x,y⟩=0\langle x, y \rangle = 0.

Définition 2. Soit (x1,…,xN)(x_1, \dots, x_N) une famille de EE. On dit qu'elle est :

  • orthogonale si les xix_i sont orthogonaux 2 à 2, c'est-à-dire i≠j⇒⟨xi,xj⟩=0i \neq j \Rightarrow \langle x_i, x_j \rangle = 0 ;
  • orthonormale si elle est orthogonale et que ∀i=1,…,N\forall i = 1, \dots, N on a ∣∣xi∣∣=1||x_i|| = 1.

Remarque. Ici et dans ce chapitre, ∣∣.∣∣||.|| désigne la norme induite par ⟨.,.⟩\langle ., . \rangle.

Théorème V.3. (Pythagore) Soient (x,y)∈E×E(x, y) \in E \times E. Alors xx et yy sont orthogonaux si et seulement si ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2||x + y||^2 = ||x||^2 + ||y||^2.

Démonstration. (À savoir.) ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2⟨x,y⟩||x + y||^2 = ||x||^2 + ||y||^2 + 2\langle x, y \rangle. Ainsi ∣∣x+y∣∣2=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2||x + y||^2 = ||x||^2 + ||y||^2 si et seulement si ⟨x,y⟩=0\langle x, y \rangle = 0. □\square

Remarque. Cela se généralise à NN vecteurs orthogonaux (x1,…,xN)(x_1, \dots, x_N) : ∣∣x1+⋯+xN∣∣2=∣∣x1∣∣2+⋯+∣∣xN∣∣2||x_1 + \dots + x_N||^2 = ||x_1||^2 + \dots + ||x_N||^2.

Proposition 4. Toute famille orthogonale ne contenant pas le vecteur nul est libre.

Démonstration. (À savoir.) Soit (x1,…,xn)(x_1, \dots, x_n) une famille orthogonale telle que ∑1Nλixi=0\displaystyle\sum_{1}^{N} \lambda_i x_i = 0, où les (λi)i=1,…,N(\lambda_i)_{i=1,\dots,N} sont des scalaires. On fixe jj et on fait le produit scalaire avec xjx_j ; on a alors ⟨∑i=1Nλixi,xj⟩=⟨0,xj⟩=0\Big\langle \displaystyle\sum_{i=1}^{N} \lambda_i x_i, x_j \Big\rangle = \langle 0, x_j \rangle = 0. Donc, puisque ⟨xi,xj⟩=0\langle x_i, x_j \rangle = 0 si i≠ji \neq j, on a λj⟨xj,xj⟩=0\lambda_j \langle x_j, x_j \rangle = 0. Or xj≠0x_j \neq 0, donc ⟨xj,xj⟩≠0\langle x_j, x_j \rangle \neq 0. Donc λj=0\lambda_j = 0 ; puisque ceci est valable pour tout jj de 1 à NN, la famille est libre. □\square

Définition 5. Soit A⊂EA \subset E. On définit "l'orthogonal de AA", noté A⊥A^\perp, comme

A⊥:={x∈E,∀a∈A,⟨x,a⟩=0}A^\perp := \{x \in E, \forall a \in A, \langle x, a \rangle = 0\}

Exemple. Si E=R3E = \mathbb{R}^3 et ⟨x,y⟩=x.y\langle x, y \rangle = x.y, et si

  • A={(0,0,1)}A = \{(0, 0, 1)\}, alors A⊥A^\perp = plan (Oxy)(Oxy) ;
  • A=Vect((0,1,0),(1,0,0))A = \text{Vect}((0, 1, 0), (1, 0, 0)), alors A⊥=Vect(0,0,1)A^\perp = \text{Vect}(0, 0, 1).

Exemple. En général, si A={0}A = \{0\}, alors A⊥=EA^\perp = E. En effet ⟨x,0⟩=0 ∀x∈E\langle x, 0 \rangle = 0\ \forall x \in E. Si A=EA = E, alors E⊥={0}E^\perp = \{0\}. En effet, soit x∈E⊥x \in E^\perp. Alors ∀y∈E,⟨x,y⟩=0\forall y \in E, \langle x, y \rangle = 0. En particulier si y=xy = x, on a ⟨x,x⟩=0\langle x, x \rangle = 0, donc x=0x = 0.

Lemme 6. Soit A⊂EA \subset E. Alors A⊥A^\perp est un sev de EE. De plus, si A={x}A = \{x\}, alors A⊥A^\perp est un hyperplan de EE.

Démonstration. Soit xx et yy dans A⊥A^\perp, et λ∈R\lambda \in \mathbb{R}. Soit a∈Aa \in A ; on a ⟨x+λy,a⟩=⟨x,a⟩+λ⟨y,a⟩=0\langle x + \lambda y, a \rangle = \langle x, a \rangle + \lambda \langle y, a \rangle = 0. Donc x+λy∈A⊥x + \lambda y \in A^\perp. Donc A⊥A^\perp est un sev de EE. On a t∈{x}⊥⇔⟨t,x⟩=0t \in \{x\}^\perp \Leftrightarrow \langle t, x \rangle = 0. Soit ϕ:{E→Rv↦⟨v,x⟩\phi : \begin{cases} E \to \mathbb{R} \\ v \mapsto \langle v, x \rangle \end{cases}. Alors ϕ\phi est une forme linéaire sur EE. De plus Ker ϕ={v∈E,⟨v,x⟩=0}\text{Ker}\,\phi = \{v \in E, \langle v, x \rangle = 0\}. Ainsi {x}⊥=Ker ϕ\{x\}^\perp = \text{Ker}\,\phi. Donc c'est un hyperplan, en tant que noyau d'une forme linéaire. □\square

Théorème V.7. Tout espace vectoriel euclidien admet une BON (base orthonormée).

Démonstration. On montre cela par récurrence sur la dimension.

  • Si dim⁡(E)=1\dim(E) = 1. Soit x∈Ex \in E tel que ∣∣x∣∣=1||x|| = 1 : c'est une base de EE, elle est orthonormale.

  • Supposons la propriété vraie au rang n−1n - 1. Soit EE de dimension nn. Soit x∈E∖{0}x \in E \setminus \{0\}. On note H={x}⊥H = \{x\}^\perp. Alors HH est un eve de dimension n−1n - 1 par le L6. Donc, par hypothèse de récurrence, il admet une BON (e1,…,en−1)(e_1, \dots, e_{n-1}). Alors (e1,…,en−1,x∣∣x∣∣)\Big(e_1, \dots, e_{n-1}, \dfrac{x}{||x||}\Big) est une BON de EE ; en effet :

    • ⟨x∣∣x∣∣,ei⟩=0 ∀i=1,…,n−1\Big\langle \dfrac{x}{||x||}, e_i \Big\rangle = 0\ \forall i = 1, \dots, n - 1 ;
    • ∣∣x∣∣x∣∣∣∣=1\Big|\Big|\dfrac{x}{||x||}\Big|\Big| = 1.

    Donc la propriété est vraie au rang nn. Elle est vraie par récurrence.

□\square

Théorème V.8. (Procédé de Gram-Schmidt) Soit EE un eve, et p<dim⁡(E)p < \dim(E) un entier. Soit (x1,…,xp)(x_1, \dots, x_p) une famille libre. Alors il existe (v1,…,vp)(v_1, \dots, v_p) une famille orthonormale telle que : ∀k∈[1,p],Vect(v1,…,vk)=Vect(x1,…,xk)\forall k \in [1, p], \text{Vect}(v_1, \dots, v_k) = \text{Vect}(x_1, \dots, x_k).

Démonstration. Importante, prochaine fois. □\square

Proposition 9. Soit AA et BB inclus dans un eve EE. Alors

  • A⊂B⇒B⊥⊂A⊥A \subset B \Rightarrow B^\perp \subset A^\perp ;
  • A⊥=(Vect(A))⊥A^\perp = (\text{Vect}(A))^\perp.

Soit FF et GG deux sev de EE, alors

  • (F+G)⊥=(F⊥)∩(G⊥)(F + G)^\perp = (F^\perp) \cap (G^\perp) ;
  • (F∩G)⊥=(F⊥)+(G⊥)(F \cap G)^\perp = (F^\perp) + (G^\perp).

Démonstration.

  • Supposons A⊂BA \subset B. Soit x∈B⊥x \in B^\perp. Cela vaut ∀b∈B,⟨x,b⟩=0\forall b \in B, \langle x, b \rangle = 0. Soit a∈Aa \in A. Alors a∈Ba \in B puisque A⊂BA \subset B. Donc ⟨x,a⟩=0\langle x, a \rangle = 0. Donc on a montré que ∀a∈A,⟨x,a⟩=0\forall a \in A, \langle x, a \rangle = 0. Donc x∈A⊥x \in A^\perp. Donc B⊥⊂A⊥B^\perp \subset A^\perp.
  • On rappelle que Vect(A)\text{Vect}(A) est le sev engendré par les vecteurs de AA ; c'est aussi le plus petit sev de EE contenant AA. En particulier A⊂Vect(A)A \subset \text{Vect}(A). Donc (Vect(A))⊥⊂A⊥(\text{Vect}(A))^\perp \subset A^\perp par le premier point. Montrons l'inclusion réciproque. Soit x∈A⊥x \in A^\perp. Soit v∈Vect(A)v \in \text{Vect}(A) ; alors vv s'écrit ∑i=1Nγiai\displaystyle\sum_{i=1}^{N} \gamma_i a_i, où ai∈Aa_i \in A. Ainsi ⟨x,v⟩=∑i=1Nγi⟨x,ai⟩=0\langle x, v \rangle = \displaystyle\sum_{i=1}^{N} \gamma_i \langle x, a_i \rangle = 0. Donc x∈(Vect(A))⊥x \in (\text{Vect}(A))^\perp.

□\square

Théorème V.10. Soit FF un sev de EE. Alors

  • E=F⊕F⊥E = F \oplus F^\perp ;

  • soit (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) une base orthonormée de FF ; alors la projection PFP_F sur FF, parallèlement à F⊥F^\perp, vérifie

    PF(x)=∑i=1p⟨x,ei⟩eiP_F(x) = \sum_{i=1}^{p} \langle x, e_i \rangle e_i
  • en particulier, ∀x∈E,x=∑i=1n⟨x,ei⟩ei\forall x \in E, x = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} \langle x, e_i \rangle e_i, si (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) est une base orthonormée de EE ;

  • dim⁡(F⊥)=dim⁡(E)−dim⁡(F)\dim(F^\perp) = \dim(E) - \dim(F).

Démonstration. (À savoir.) On note x~=∑i=1p⟨x,ei⟩ei\tilde{x} = \displaystyle\sum_{i=1}^{p} \langle x, e_i \rangle e_i. On a x~∈F\tilde{x} \in F, car c'est une combinaison linéaire de vecteurs qui sont dans FF. Montrons que x−x~∈F⊥x - \tilde{x} \in F^\perp. Soit i∈[1,p]i \in [1, p] fixé ; calculons ⟨x−x~,ei⟩\langle x - \tilde{x}, e_i \rangle :

⟨x−x~,ei⟩=⟨x,ei⟩−⟨x~,ei⟩=⟨x,ei⟩−⟨∑j=1p⟨x,ej⟩ej,ei⟩=⟨x,ei⟩−∑j=1p⟨x,ej⟩⟨ej,ei⟩⏟δij car BON=⟨x,ei⟩−⟨x,ei⟩=0\begin{aligned} \langle x - \tilde{x}, e_i \rangle &= \langle x, e_i \rangle - \langle \tilde{x}, e_i \rangle = \langle x, e_i \rangle - \Big\langle \sum_{j=1}^{p} \langle x, e_j \rangle e_j, e_i \Big\rangle \\ &= \langle x, e_i \rangle - \sum_{j=1}^{p} \langle x, e_j \rangle \underbrace{\langle e_j, e_i \rangle}_{\delta_{ij} \text{ car BON}} = \langle x, e_i \rangle - \langle x, e_i \rangle = 0 \end{aligned}

Donc (x−x~)⊥ei(x - \tilde{x}) \perp e_i, donc x−x~∈Vect(ei)⊥=F⊥x - \tilde{x} \in \text{Vect}(e_i)^\perp = F^\perp. Conclusion : x=x~⏟∈F+(x−x~)⏟∈F⊥x = \underbrace{\tilde{x}}_{\in F} + \underbrace{(x - \tilde{x})}_{\in F^\perp}. Donc E=F+F⊥E = F + F^\perp. Montrons que la somme est directe : soit x∈F∩F⊥x \in F \cap F^\perp. Alors ⟨x⏟∈F,x⏟∈F⊥⟩=0=∣∣x∣∣2\langle \underbrace{x}_{\in F}, \underbrace{x}_{\in F^\perp} \rangle = 0 = ||x||^2, donc x=0x = 0. Donc F∩F⊥={0}F \cap F^\perp = \{0\}, et la somme est directe. On a montré les deux premiers points, puisque x~\tilde{x}, étant le vecteur de FF tel que x−x~⊥x~x - \tilde{x} \perp \tilde{x}, est bien PF(x)P_F(x). En particulier, le 3ème point découle directement, avec F=EF = E, puis puisque

E=F⊕F⊥,dim⁡(F)+dim⁡(F⊥)=dim⁡(E)E = F \oplus F^\perp, \quad \dim(F) + \dim(F^\perp) = \dim(E)

□\square

Exercice. Quel est le projeté de xx sur Vect(x1)\text{Vect}(x_1), parallèlement à Vect(x2)\text{Vect}(x_2) ? Ce n'est pas une projection orthogonale. Ici, si on projette xx sur Vect(x1)\text{Vect}(x_1) parallèlement à Vect(x2)\text{Vect}(x_2), on calcule cela avec ⟨x,x1⟩\langle x, x_1 \rangle ; on a

P(x)=⟨x,x1⟩x1P(x) = \langle x, x_1 \rangle x_1

Proposition 11. Soit EE un eve et (e1,…,en)⏟B\underbrace{(e_1, \dots, e_n)}_{B} une base orthonormée de EE. Soit xx et yy dans EE. Soit X=MATB(x)X = MAT_B(x) et Y=MATB(y)Y = MAT_B(y). Ainsi, X∈Mn,1(R)X \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}) et Y∈Mn,1(R)Y \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}). Alors

⟨x,y⟩=tX×Y\langle x, y \rangle = {}^tX \times Y

Démonstration. Calcul matriciel. □\square

Endomorphismes particuliers dans un espace vectoriel euclidien​

Les endomorphismes symétriques​

Définition / Proposition 0. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). Il existe un autre endomorphisme, noté u∗u^*, appelé adjoint de uu, tel que

∀(x,y)∈E×E,⟨u(x),y⟩=⟨x,u∗(y)⟩\forall (x, y) \in E \times E, \langle u(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle

De plus, si MM est la matrice de uu dans une base orthonormée, alors tM{}^tM est la matrice de u∗u^* dans cette base.

Démonstration. Soient xx et yy dans EE, BB une base orthonormée fixée, et M=MATB(u)M = MAT_B(u). Alors ⟨u(x),y⟩=t(MX)Y=tX tMY\langle u(x), y \rangle = {}^t(MX) Y = {}^tX\, {}^tM Y. On pose u∗(y)=tMYu^*(y) = {}^tM Y ; ainsi u∗u^* est l'endomorphisme dont tM{}^tM est la matrice dans BB. Alors tX tMY=⟨x,u∗(y)⟩{}^tX\, {}^tM Y = \langle x, u^*(y) \rangle. Montrons que c'est unique. Soient M1M_1 et M2M_2 deux matrices telles que tXM1Y=tXM2Y,∀X,Y∈Mn,1(R){}^tX M_1 Y = {}^tX M_2 Y, \forall X, Y \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}). Montrons que M1=M2M_1 = M_2. On évalue cette égalité pour X=eiX = e_i et Y=ejY = e_j, où (ei)(e_i) est la base canonique. Alors M1ejM_1 e_j est la jj-ème colonne de M1M_1, puis teiM1ej{}^te_i M_1 e_j est le coefficient (i,j)(i, j) de M1M_1. Ainsi, teiM1ej=teiM2ej,∀(i,j){}^te_i M_1 e_j = {}^te_i M_2 e_j, \forall (i, j), veut bien dire que M1=M2M_1 = M_2. □\square

Définition 1. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). Alors uu est symétrique si et seulement si u∗=uu^* = u, c'est-à-dire si et seulement si

∀(x,y)∈E×E,⟨u(x),y⟩=⟨x,u(y)⟩\forall (x, y) \in E \times E, \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle

Remarque. Rien à voir avec les symétries, les endomorphismes tels que S2=IdS^2 = Id.

Corollaire 2. Soit uu symétrique ; alors sa matrice SS dans une base orthonormée est symétrique, c'est-à-dire

tS=S{}^tS = S

On note Sn(R)S_n(\mathbb{R}) les matrices symétriques de taille n×nn \times n.

Proposition 3. ∀S∈Sn(R)\forall S \in S_n(\mathbb{R}), Sk∈Sn(R)S^k \in S_n(\mathbb{R}), ∀k≥2\forall k \geq 2, et ∀S∈Sn(R)∩GLn(R)\forall S \in S_n(\mathbb{R}) \cap GL_n(\mathbb{R}), S−1∈Sn(R)S^{-1} \in S_n(\mathbb{R}).

Démonstration. t(Sk)=(tS)k=Sk{}^t(S^k) = ({}^tS)^k = S^k et t(S−1)=(tS)−1=S−1{}^t(S^{-1}) = ({}^tS)^{-1} = S^{-1}. □\square

Remarque. Si AA et BB sont dans Sn(K)S_n(\mathbb{K}), alors AB∈SnAB \in S_n est faux en général.

Proposition 4. Sn(R)S_n(\mathbb{R}) est un sev de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) ; sa dimension est : exercice.

Les endomorphismes orthogonaux​

Définition 5. On dit que u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) est orthogonal si ∀(x,y)∈E×E,⟨u(x),u(y)⟩=⟨x,y⟩\forall (x, y) \in E \times E, \langle u(x), u(y) \rangle = \langle x, y \rangle (on dit que uu préserve le produit scalaire).

Remarque. Ne pas parler de l'orthogonal de uu et de uu orthogonal à vv. On note O(E)O(E) les endomorphismes orthogonaux sur EE.

Proposition 2. u∈O(E)u \in O(E) ⇔∀x∈E,∣∣u(x)∣∣=∣∣x∣∣\Leftrightarrow \forall x \in E, ||u(x)|| = ||x|| (uu préserve la norme) ⇔\Leftrightarrow pour toute BON BB de EE, u(B)u(B) est une BON de EE.

Démonstration. (À savoir.) On prouve la première ligne. Supposons que u∈O(E)u \in O(E). Alors ∣∣u(x)∣∣=⟨u(x),u(x)⟩=⟨x,x⟩=∣∣x∣∣||u(x)|| = \sqrt{\langle u(x), u(x) \rangle} = \sqrt{\langle x, x \rangle} = ||x|| car uu préserve le produit scalaire. La réciproque repose sur la formule suivante (à savoir) :

⟨x,y⟩=12(∣∣x+y∣∣2−∣∣x∣∣2−∣∣y∣∣2)Identiteˊ de polarisation(a+b)2=a2+b2+2ab\langle x, y \rangle = \frac{1}{2}(||x + y||^2 - ||x||^2 - ||y||^2) \quad \text{Identité de polarisation} \quad (a + b)^2 = a^2 + b^2 + 2ab

En effet ∣∣x+y∣∣2=⟨x+y,x+y⟩=⟨x,x⟩+⟨y,y⟩+⟨x,y⟩+⟨y,x⟩=∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2⟨x,y⟩||x + y||^2 = \langle x + y, x + y \rangle = \langle x, x \rangle + \langle y, y \rangle + \langle x, y \rangle + \langle y, x \rangle = ||x||^2 + ||y||^2 + 2\langle x, y \rangle. Supposons que uu préserve les normes, ∣∣u(x)∣∣=∣∣x∣∣,∀x∈E||u(x)|| = ||x||, \forall x \in E. On calcule ⟨u(x),u(y)⟩=12(∣∣u(x)+u(y)∣∣2−∣∣u(x)∣∣2−∣∣u(y)∣∣2)=12(∣∣u(x+y)∣∣2−∣∣u(x)∣∣2−∣∣u(y)∣∣2)=12(∣∣x+y∣∣2−∣∣x∣∣2−∣∣y∣∣2)=⟨x,y⟩\langle u(x), u(y) \rangle = \frac{1}{2}(||u(x) + u(y)||^2 - ||u(x)||^2 - ||u(y)||^2) = \frac{1}{2}(||u(x + y)||^2 - ||u(x)||^2 - ||u(y)||^2) = \frac{1}{2}(||x + y||^2 - ||x||^2 - ||y||^2) = \langle x, y \rangle. Donc u∈O(E)u \in O(E). □\square

Proposition 3. O(E)O(E) est un groupe pour la composition. Cela veut dire que

  • Id∈O(E)Id \in O(E) ;
  • uu et vv sont dans O(E)⇒u∘v∈O(E)O(E) \Rightarrow u \circ v \in O(E) ;
  • u∈O(E)u \in O(E) implique que uu est inversible, et de plus u−1∈O(E)u^{-1} \in O(E).

Démonstration. (À savoir.)

  • ∣∣Id(x)∣∣=∣∣x∣∣||Id(x)|| = ||x||, donc Id∈O(E)Id \in O(E).
  • ∣∣u∘v(x)∣∣=∣∣u(v(x))∣∣=∣∣v(x)∣∣=∣∣x∣∣||u \circ v(x)|| = ||u(v(x))|| = ||v(x)|| = ||x||. Donc u∘v∈O(E)u \circ v \in O(E) par P2.
  • Soit x∈Ex \in E tel que u(x)=0u(x) = 0. Alors ∣∣u(x)∣∣=∣∣x∣∣||u(x)|| = ||x||, donc x=0x = 0 et uu est injective. Comme c'est un endomorphisme, uu est inversible. De plus ∣∣u−1(x)∣∣=∣∣u(u−1(x))∣∣=∣∣x∣∣||u^{-1}(x)|| = ||u(u^{-1}(x))|| = ||x||, donc u−1∈O(E)u^{-1} \in O(E).

□\square

Définition 4. On dit qu'une matrice Ω\Omega est orthogonale si l'endomorphisme associé dans la base canonique de Rn\mathbb{R}^n est orthogonal. On note On(R)O_n(\mathbb{R}) les matrices orthogonales de taille n×nn \times n.

Théorème V.5. Ω∈On(R)⇔tΩΩ=In⇔tΩ=Ω−1⇔\Omega \in O_n(\mathbb{R}) \Leftrightarrow {}^t\Omega \Omega = I_n \Leftrightarrow {}^t\Omega = \Omega^{-1} \Leftrightarrow les colonnes de Ω\Omega forment une BON de Rn\mathbb{R}^n pour le produit scalaire x.yx.y de Rn\mathbb{R}^n.

Démonstration. (À savoir.) Soit uu l'endomorphisme associé à Ω\Omega dans la base canonique. On a alors : ∀x,y∈Rn×Rn,⟨u(x),u(y)⟩=⟨x,y⟩\forall x, y \in \mathbb{R}^n \times \mathbb{R}^n, \langle u(x), u(y) \rangle = \langle x, y \rangle car u∈O(E)u \in O(E). De plus, si on note XX et YY les colonnes représentant xx et yy dans la base canonique, on a ⟨u(x),u(y)⟩=t(ΩX)ΩY=tX tΩΩY=⟨x,y⟩=tXY\langle u(x), u(y) \rangle = {}^t(\Omega X) \Omega Y = {}^tX\, {}^t\Omega \Omega Y = \langle x, y \rangle = {}^tX Y. Ainsi : ∀X,Y∈Rn,tX(tΩΩ−In)Y=0\forall X, Y \in \mathbb{R}^n, {}^tX({}^t\Omega \Omega - I_n) Y = 0. On évalue cela pour X=eiX = e_i et Y=ejY = e_j et on trouve tΩΩ−In=0{}^t\Omega \Omega - I_n = 0. Cela équivaut à tΩ=Ω−1{}^t\Omega = \Omega^{-1}. □\square

Exemple. Une rotation de R2\mathbb{R}^2 est un endomorphisme orthogonal. On note RθR_\theta la rotation d'angle θ\theta. Soit B=(1,0),(0,1)B = (1, 0), (0, 1) la BON de R2\mathbb{R}^2. Alors Ω:=MATB(Rθ)=(cos⁡θ−sin⁡θsin⁡θcos⁡θ)\Omega := MAT_B(R_\theta) = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}. On note que les colonnes C1C_1 et C2C_2 vérifient C1.C2=0C_1.C_2 = 0 et ∣∣C1∣∣=1||C_1|| = 1. Ainsi les colonnes forment bien une BON.

Remarque. Ω−1=1det Ω(cos⁡θsin⁡θ−sin⁡θcos⁡θ)=1cos⁡2θ+sin⁡2θtΩ=tΩ\Omega^{-1} = \dfrac{1}{det\,\Omega} \begin{pmatrix} \cos\theta & \sin\theta \\ -\sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} = \dfrac{1}{\cos^2\theta + \sin^2\theta} {}^t\Omega = {}^t\Omega.

Remarque. Dans le T5, on a dit : tΩΩ=In⇔{}^t\Omega \Omega = I_n \Leftrightarrow les colonnes de Ω\Omega forment une BON. Il faut pour cela voir que l'élément (i,j)(i, j) de tΩΩ{}^t\Omega \Omega est tCiCj=Ci.Cj{}^tC_i C_j = C_i.C_j, où les (Ci)(C_i) sont les colonnes de Ω\Omega. Ainsi tΩΩ=In⇔CiCj=δij⇔(Ci)i=1,…,n{}^t\Omega \Omega = I_n \Leftrightarrow C_i C_j = \delta_{ij} \Leftrightarrow (C_i)_{i=1,\dots,n} est une BON.

Réduction des matrices symétriques​

Proposition 6. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme symétrique. Alors ses sepsep sont orthogonaux.

Démonstration. (À savoir.) Soit FF et GG deux sepsep de uu distincts. Soient x∈Fx \in F et y∈Gy \in G. Soient λ\lambda et μ\mu les valeurs propres associées. Alors ⟨λx,y⟩=⟨u(x),y⟩=⟨x,u(y)⟩=⟨x,μy⟩\langle \lambda x, y \rangle = \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle = \langle x, \mu y \rangle. Ainsi (λ−μ)⟨x,y⟩=0(\lambda - \mu) \langle x, y \rangle = 0, et λ≠μ\lambda \neq \mu, donc x⊥yx \perp y. □\square

Proposition 7. Soit FF un sev de EE stable par uu et uu symétrique. Alors F⊥F^\perp est aussi stable par uu.

Démonstration. (À savoir.) Soit y∈F⊥y \in F^\perp ; on veut montrer que u(y)∈F⊥u(y) \in F^\perp. Soit x∈Fx \in F, alors ⟨x,u(y)⟩=⟨u(x),y⟩\langle x, u(y) \rangle = \langle u(x), y \rangle car uu est symétrique. Or {u(x)∈F car F est stable par uy∈F⊥⇒⟨u(x),y⟩=0\begin{cases} u(x) \in F \text{ car } F \text{ est stable par } u \\ y \in F^\perp \end{cases} \Rightarrow \langle u(x), y \rangle = 0. Donc u(y)∈F⊥u(y) \in F^\perp. □\square

Remarque. Plus généralement, FF stable par uu est équivalent à F⊥F^\perp stable par tu{}^tu (voir D1 du chapitre).

Théorème V.8. (Surpuissant) Toute matrice symétrique SS est diagonalisable dans une BON, c'est-à-dire ∀S∈Sn(R)\forall S \in S_n(\mathbb{R}), il existe DD diagonale et Ω∈On(R)\Omega \in O_n(\mathbb{R}) telles que

S=ΩD tΩavectΩ=Ω−1S = \Omega D\, {}^t\Omega \quad \text{avec} \quad {}^t\Omega = \Omega^{-1}

Démonstration. (À savoir.)

Lemme. Toute matrice symétrique admet une valeur propre réelle. Soit χS\chi_S le polynôme caractéristique de SS. Il se décompose en produit comme suit :

χS(X)=∏i=1p(X−λi)mi×∏i=1q(X2+αiX+βi)ni\chi_S(X) = \prod_{i=1}^{p} (X - \lambda_i)^{m_i} \times \prod_{i=1}^{q} (X^2 + \alpha_i X + \beta_i)^{n_i}

Supposons que SS n'a pas de valeur propre ; donc il n'y a ci-dessus que des trinômes irréductibles, c'est-à-dire p=0p = 0. Or χS(S)=0\chi_S(S) = 0 (théorème de Cayley-Hamilton). Donc ∏i=1q(S2+αiS+βiIn)ni=0\displaystyle\prod_{i=1}^{q} (S^2 + \alpha_i S + \beta_i I_n)^{n_i} = 0. Donc un de ces facteurs est non inversible (sinon le produit total serait inversible, donc différent de 0). Donc ∃x∈Rn,x≠0\exists x \in \mathbb{R}^n, x \neq 0, tel que (S2+αiS+βiIn)x=0(S^2 + \alpha_i S + \beta_i I_n) x = 0, c'est-à-dire S2x=−αiSx−βixS^2 x = -\alpha_i S x - \beta_i x. Soit F=Vect(x,Sx)F = \text{Vect}(x, Sx). Alors FF est stable par SS puisque Vect(Sx,S2x)=Vect(Sx,−αiSx−βix)=Vect(x,Sx)\text{Vect}(Sx, S^2 x) = \text{Vect}(Sx, -\alpha_i S x - \beta_i x) = \text{Vect}(x, Sx). Soit uu l'endomorphisme associé à SS et UFU_F sa restriction à FF ; alors UFU_F est symétrique. Donc, dans une BON, sa matrice est symétrique ; puisque FF est de dimension 2, cette matrice est de la forme (abbd)\begin{pmatrix} a & b \\ b & d \end{pmatrix} (elle est symétrique). Ainsi χUF(X)=X2−(a+d)X+ad−b2\chi_{U_F}(X) = X^2 - (a + d) X + ad - b^2. On a Δ=(a+d)2−4(ad−b2)=a2+d2−2ad+4b2=(a−d)2+4b2≥0\Delta = (a + d)^2 - 4(ad - b^2) = a^2 + d^2 - 2ad + 4b^2 = (a - d)^2 + 4b^2 \geq 0. Donc χUF\chi_{U_F} admet une racine. C'est une valeur propre de UU. Or on a supposé que uu n'a pas de valeur propre : contradiction. □\square

Démonstration. (Théorème) Soit S∈Sn(R)S \in S_n(\mathbb{R}). Par le lemme, ∃x\exists x un vecteur propre de SS. Soit F=Vect(x)F = \text{Vect}(x) ; par les propositions d'avant, F⊥F^\perp est stable par SS. Dans une BON adaptée B~\tilde{B}, la matrice de uu (l'endomorphisme canoniquement associé à SS) est : MATB~(u)=(λ0…00⋮S′0)MAT_{\tilde{B}}(u) = \begin{pmatrix} \lambda & 0 & \dots & 0 \\ 0 & & & \\ \vdots & & S' & \\ 0 & & & \end{pmatrix} (c'est une matrice par blocs car F⊥F^\perp est stable par uu). Hypothèse de récurrence : toute matrice symétrique est diagonalisable en BON.

  • Initialisation : facile.
  • Hérédité : se servir de MATB~(u)MAT_{\tilde{B}}(u) et diagonaliser S′S' avec l'hypothèse de récurrence.

□\square

Projections orthogonales : applications​

Soit FF un sev d'un eve EE. Soit x∈Ex \in E. On cherche à calculer d(x,F):=inf⁡y∈F∣∣x−y∣∣d(x, F) := \inf_{y \in F} ||x - y||.

Théorème V.1. d(x,F)=∣∣x−PF(x)∣∣d(x, F) = ||x - P_F(x)||, où PFP_F est la projection orthogonale. De plus PF(x)P_F(x) est l'unique solution du problème "minimiser ∣∣x−y∣∣||x - y|| avec y∈Fy \in F".

Démonstration. Soit y∈Fy \in F ; alors ∣∣x−y∣∣2=∣∣x−PF(x)+PF(x)−y∣∣2=∣∣x−PF(x)∣∣2+∣∣PF(x)−y∣∣2||x - y||^2 = ||x - P_F(x) + P_F(x) - y||^2 = ||x - P_F(x)||^2 + ||P_F(x) - y||^2 (par Pythagore) ≥∣∣x−PF(x)∣∣2\geq ||x - P_F(x)||^2. Or, PF(x)∈FP_F(x) \in F. Donc PF(x)P_F(x) répond au problème "minimiser ∣∣x−y∣∣2||x - y||^2, avec y∈Fy \in F". □\square