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Rappels d'algèbre linéaire

K\mathbb{K} désigne R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}. EE est un K\mathbb{K}-ev. II désigne un ensemble (tel que {1,…,n}\{1, \dots, n\}) qui va indexer une famille.

Bases et sommes dans un espace vectoriel​

Définition 1. Soit (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} une famille finie de EE. On dit que xx est une combinaison linéaire (c.l.) des xix_i s'il existe une famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} de K\mathbb{K} telle que x=∑i∈Iαixix = \displaystyle\sum_{i \in I} \alpha_i x_i.

Définition 2. Une famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est libre si pour toute famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} de K\mathbb{K}, on a ∑i∈Iαixi=0⇒(αi=0,∀i∈I)\displaystyle\sum_{i \in I} \alpha_i x_i = 0 \Rightarrow (\alpha_i = 0, \forall i \in I). Une famille non libre est liée. Cela signifie qu'il existe des αi\alpha_i, non tous nuls, tels que ∑i∈Iαixi=0\displaystyle\sum_{i \in I} \alpha_i x_i = 0.

Remarque. Toute famille contenant 0 est liée. En effet, si la famille est x1,0,…,xnx_1, 0, \dots, x_n, on choisit 0,…,αj,0,…,00, \dots, \alpha_j, 0, \dots, 0 où αj\alpha_j est quelconque et différent de 0, et on a bien ∑αixi=0×x1+⋯+αj×0+⋯+0×xn=0\sum \alpha_i x_i = 0 \times x_1 + \dots + \alpha_j \times 0 + \dots + 0 \times x_n = 0.

Définition 3. Une famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est dite génératrice dans EE si tout vecteur xx de EE est une combinaison linéaire des xix_i. Autrement dit ∀x∈E,∃(αi)i∈I∈KI\forall x \in E, \exists (\alpha_i)_{i \in I} \in \mathbb{K}^I, tels que x=∑i∈Iαixix = \displaystyle\sum_{i \in I} \alpha_i x_i.

Remarque. Toute sous-famille d'une famille libre est libre. Toute sur-famille d'une famille génératrice est génératrice.

Définition / Proposition 4. Une famille libre et génératrice est appelée une base de EE. On a alors : ∀x∈E,∃!(αi)i∈I∈KI\forall x \in E, \exists! (\alpha_i)_{i \in I} \in \mathbb{K}^I tel que x=∑i∈Iαixix = \displaystyle\sum_{i \in I} \alpha_i x_i. Les αi\alpha_i sont appelés les coordonnées de xx dans la base des (xi)i∈I(x_i)_{i \in I}. La dimension de EE est le cardinal de la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I}.

Remarque. La dimension de EE est différente du degré PP et différente de card(ensemble)\text{card}(\text{ensemble}). La dimension de EE est :

  • le plus grand cardinal d'une famille libre ;
  • le plus petit cardinal d'une famille génératrice.

On admet l'unicité de ce nombre, ainsi que l'existence d'une base dans un espace vectoriel.

Démonstration de l'unicité des coefficients. Soient (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} et (αi′)i∈I(\alpha'_i)_{i \in I} deux familles telles que x=∑i∈Iαixi=∑i∈Iαi′xix = \displaystyle\sum_{i \in I} \alpha_i x_i = \sum_{i \in I} \alpha'_i x_i. Donc ∑i∈I(αi−αi′)xi=0\displaystyle\sum_{i \in I} (\alpha_i - \alpha'_i) x_i = 0. Donc, puisque (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est libre, αi−αi′=0,∀i∈I\alpha_i - \alpha'_i = 0, \forall i \in I, donc αi=αi′\alpha_i = \alpha'_i.

Théorème. Soit EE un espace vectoriel de dimension nn. Soit F\mathcal{F} une famille de nn éléments. Alors : F\mathcal{F} est libre ⇔F\Leftrightarrow \mathcal{F} est une base ⇔F\Leftrightarrow \mathcal{F} est génératrice dans EE.

Remarque. Si (Ei)i=1,…,n(E_i)_{i=1,\dots,n} sont des espaces vectoriels, alors ∏i=1nEi\displaystyle\prod_{i=1}^{n} E_i (rappel : R2=R×R={(x,y),x∈R,y∈R}\mathbb{R}^2 = \mathbb{R} \times \mathbb{R} = \{(x, y), x \in \mathbb{R}, y \in \mathbb{R}\}), par définition {(x1,…,xn),x1∈E1,…,xn∈En}\{(x_1, \dots, x_n), x_1 \in E_1, \dots, x_n \in E_n\}, est un espace vectoriel. De plus, sa dimension est ∑i=1ndim⁡(Ei)\displaystyle\sum_{i=1}^{n} \dim(E_i). Ainsi dim⁡(Rn)=dim⁡(R)+⋯+dim⁡(R)=n\dim(\mathbb{R}^n) = \dim(\mathbb{R}) + \dots + \dim(\mathbb{R}) = n. On en connaît une base : (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n), où ei=(0,…,0,1,0,…,0)e_i = (0, \dots, 0, 1, 0, \dots, 0).

Exercice. Montrer cela pour deux espaces vectoriels :

dim⁡(E×F)=dim⁡(E)+dim⁡(F)\dim(E \times F) = \dim(E) + \dim(F)

Solution. Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) une base de EE, et (f1,…,fp)(f_1, \dots, f_p) une base de FF. On considère la famille {(e1,0),…,(en,0),(0,f1),…,(0,fp)}\{(e_1, 0), \dots, (e_n, 0), (0, f_1), \dots, (0, f_p)\}. C'est une famille de (n+p)(n + p) éléments de E×FE \times F. Montrons qu'elle est libre et génératrice.

  • Libre. Soient (α1,…,αn,αn+1,…,αn+p)(\alpha_1, \dots, \alpha_n, \alpha_{n+1}, \dots, \alpha_{n+p}) tels que α1(e1,0)+⋯+αn(en,0)+αn+1(0,f1)+⋯+αn+p(0,fp)=0⇔(∑i=1nαiei,∑i=1pαn+ifi)=0\alpha_1 (e_1, 0) + \dots + \alpha_n (e_n, 0) + \alpha_{n+1} (0, f_1) + \dots + \alpha_{n+p} (0, f_p) = 0 \Leftrightarrow \Big(\displaystyle\sum_{i=1}^{n} \alpha_i e_i, \sum_{i=1}^{p} \alpha_{n+i} f_i\Big) = 0.
  • Générateurs. Soit x∈E×Fx \in E \times F. On l'écrit x=(e,f)x = (e, f), où e∈Ee \in E et f∈Ff \in F. Puisque (ei)(e_i) et (fi)(f_i) sont des bases de EE et FF, on a : e=∑1nαieie = \displaystyle\sum_{1}^{n} \alpha_i e_i et f=∑1pβifif = \displaystyle\sum_{1}^{p} \beta_i f_i. On a alors (e,f)=(∑1nαiei,∑1pβifi)=∑1nαi(ei,0)+∑1pβi(0,fi)(e, f) = \Big(\displaystyle\sum_{1}^{n} \alpha_i e_i, \sum_{1}^{p} \beta_i f_i\Big) = \sum_{1}^{n} \alpha_i (e_i, 0) + \sum_{1}^{p} \beta_i (0, f_i), qui est une combinaison linéaire de la famille ((e1,0),…,(en,0),(0,f1),…,(0,fp))((e_1, 0), \dots, (e_n, 0), (0, f_1), \dots, (0, f_p)).

Remarque. Une union d'espaces vectoriels n'est pas un espace vectoriel.

Exemple. Si E=R2E = \mathbb{R}^2, E1=Vect(10)E_1 = \text{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \end{pmatrix} et E2=Vect(01)E_2 = \text{Vect}\begin{pmatrix} 0 \\ 1 \end{pmatrix}, alors E1∪E2E_1 \cup E_2 n'est pas un espace vectoriel. En effet e1+e2∉E1∪E2e_1 + e_2 \notin E_1 \cup E_2 (mais une intersection d'espaces vectoriels est un espace vectoriel).

Définition 5. Si (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} sont des sev de EE, alors la "somme" ∑i∈IEi\displaystyle\sum_{i \in I} E_i est un sev de EE, défini par :

∑i∈IEi={∑i∈Ixi,(xi)i∈I∈(Ei)i∈I}\sum_{i \in I} E_i = \left\{\sum_{i \in I} x_i, (x_i)_{i \in I} \in (E_i)_{i \in I}\right\}

C'est l'ensemble des combinaisons linéaires d'éléments des EiE_i. De plus, on dit que la somme ∑i∈IEi\displaystyle\sum_{i \in I} E_i est directe si ∑i∈Ixi=0⇒(xi=0,∀i∈I)\displaystyle\sum_{i \in I} x_i = 0 \Rightarrow (x_i = 0, \forall i \in I). On note alors ⨁i∈IEi\displaystyle\bigoplus_{i \in I} E_i.

Exercice. FF et GG sont en somme directe si et seulement si F∩G={0}F \cap G = \{0\}.

Démonstration.

  • ⇒\Rightarrow Soit x∈F∩Gx \in F \cap G. Alors x⏟∈F+−x⏟∈G=0\underbrace{x}_{\in F} + \underbrace{-x}_{\in G} = 0. Or FF et GG sont en somme directe. Donc {x=0−x=0\begin{cases} x = 0 \\ -x = 0 \end{cases}. Donc F∩G={0}F \cap G = \{0\}.
  • ⇐\Leftarrow Soit f∈Ff \in F et g∈Gg \in G tels que f+g=0f + g = 0. Donc f=−gf = -g. Donc f∈Gf \in G. Or {f∈FF∩G={0}\begin{cases} f \in F \\ F \cap G = \{0\} \end{cases}. Donc f=0f = 0, puis g=−f=0g = -f = 0.

□\square

Remarque. Ceci est faux si on a plus de 2 sous-espaces vectoriels.

Exemple. E=R2E = \mathbb{R}^2, E1=Vect(e1)E_1 = \text{Vect}(e_1), E2=Vect(e2)E_2 = \text{Vect}(e_2) et E3=Vect(e1+e2)E_3 = \text{Vect}(e_1 + e_2). On a E1∩E2∩E3={0}E_1 \cap E_2 \cap E_3 = \{0\}. Mais (−e1)+(−e2)+(e1+e2)=0(-e_1) + (-e_2) + (e_1 + e_2) = 0.

Définition 6. Soient FF et GG des sous-espaces vectoriels de EE tels que E=F⊕GE = F \oplus G. On dit que FF et GG sont supplémentaires dans EE. On dit aussi que GG est un supplémentaire de FF dans EE.

Définition 7. Soit FF un sous-espace vectoriel de EE. Soit BB une base de EE. On dit qu'elle est "adaptée" à FF s'il existe une base B′B' de FF telle que BB est de la forme B=(B′,ep+1,…,en)B = (B', e_{p+1}, \dots, e_n).

Exemple. Si E=R3E = \mathbb{R}^3 et F=plan(0xy)={(x,y,0),x∈R,y∈R}F = \text{plan}(0xy) = \{(x, y, 0), x \in \mathbb{R}, y \in \mathbb{R}\}, B=(100),(010),(111)B = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}, \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix}, \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} est adaptée à FF. En effet B′=(100),(010)B' = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}, \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix} est bien une base de FF.

Remarque. On parle de la base canonique de Rn\mathbb{R}^n : il s'agit de (10⋮0),…,(0⋮01)\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ \vdots \\ 0 \end{pmatrix}, \dots, \begin{pmatrix} 0 \\ \vdots \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}, usuellement notée e1,…,ene_1, \dots, e_n.

Proposition 8. Soient EiE_i des sev de EE, et Fi\mathcal{F}_i des familles génératrices de chaque EiE_i. Alors ⋃i∈IFi\displaystyle\bigcup_{i \in I} \mathcal{F}_i génère ∑i∈IEi\displaystyle\sum_{i \in I} E_i.

Démonstration. Soit x∈∑i∈IEix \in \displaystyle\sum_{i \in I} E_i. Alors xx s'écrit x=∑i∈Ixix = \displaystyle\sum_{i \in I} x_i, où xi∈Eix_i \in E_i. On note Fi=(ei,j)j∈Ji\mathcal{F}_i = (e_{i,j})_{j \in \mathcal{J}_i}. Alors, puisque Fi\mathcal{F}_i génère EiE_i, il existe des scalaires (αi,j)j∈Ji(\alpha_{i,j})_{j \in \mathcal{J}_i} tels que xi=∑j∈Jiαi,j×ei,jx_i = \displaystyle\sum_{j \in \mathcal{J}_i} \alpha_{i,j} \times e_{i,j}. On a alors x=∑i∈Ixi=∑i∈I∑j∈Jiαi,jei,jx = \displaystyle\sum_{i \in I} x_i = \sum_{i \in I} \sum_{j \in \mathcal{J}_i} \alpha_{i,j} e_{i,j}. C'est bien une combinaison linéaire des (ei,j)i∈I,j∈Ji(e_{i,j})_{i \in I, j \in \mathcal{J}_i}, c'est-à-dire des éléments de ⋃i∈IFi\displaystyle\bigcup_{i \in I} \mathcal{F}_i. □\square

Proposition 9. Si la somme des EiE_i est directe, et si les Fi\mathcal{F}_i sont des familles libres des EiE_i, alors ⋃i∈IFi\displaystyle\bigcup_{i \in I} \mathcal{F}_i est encore une famille libre.

Démonstration. On note encore Fi=(ei,j)j∈Ji\mathcal{F}_i = (e_{i,j})_{j \in \mathcal{J}_i}. On suppose qu'il existe des scalaires (αi,j)(\alpha_{i,j}) tels que ∑i,jαi,jei,j=0\displaystyle\sum_{i,j} \alpha_{i,j} e_{i,j} = 0. On pose xi=∑j∈Jiαi,jei,jx_i = \displaystyle\sum_{j \in \mathcal{J}_i} \alpha_{i,j} e_{i,j}. Alors ∑i,jαi,jei,j=∑i∈Ixi=0\displaystyle\sum_{i,j} \alpha_{i,j} e_{i,j} = \sum_{i \in I} x_i = 0. Or xi∈Eix_i \in E_i et les EiE_i sont en somme directe. Donc xi=0,∀i∈Ix_i = 0, \forall i \in I, c'est-à-dire : ∑j∈Jiαi,jei,j=0\displaystyle\sum_{j \in \mathcal{J}_i} \alpha_{i,j} e_{i,j} = 0. Or (ei,j)j∈Ji(e_{i,j})_{j \in \mathcal{J}_i} est libre, donc αi,j=0,∀j∈Ji\alpha_{i,j} = 0, \forall j \in \mathcal{J}_i ; ceci étant vrai pour tout i∈Ii \in I, on a bien (αi,j)i∈I,j∈Ji(\alpha_{i,j})_{i \in I, j \in \mathcal{J}_i} qui est la famille nulle. □\square

Corollaire 10. Supposons que les (Ei)(E_i) sont des sev en somme directe. Soient BiB_i des bases de chaque EiE_i. Alors ⋃i∈IBi\bigcup_{i \in I} B_i est une base de ⊕Ei\oplus E_i. On dit que cette base est adaptée à la somme ⊕Ei\oplus E_i.

Proposition 11. Soit EiE_i des sev de EE. Alors ∑i∈Idim⁡(Ei)≥dim⁡(∑i∈IEi)\displaystyle\sum_{i \in I} \dim(E_i) \geq \dim\Big(\sum_{i \in I} E_i\Big). Si de plus la somme des EiE_i est directe, alors c'est une égalité.

Démonstration. Soient BiB_i des bases correspondant aux EiE_i.

∑i∈Idim⁡(Ei)=∑i∈Icard(Bi)=card(⋃i∈IBi)\sum_{i \in I} \dim(E_i) = \sum_{i \in I} \text{card}(B_i) = \text{card}\Big(\bigcup_{i \in I} B_i\Big)

Or ⋃i∈IBi\displaystyle\bigcup_{i \in I} B_i génère ∑i∈IEi\displaystyle\sum_{i \in I} E_i. Donc card(⋃Bi)≥dim⁡(∑i∈IEi)\text{card}(\bigcup B_i) \geq \dim(\sum_{i \in I} E_i). Donc ∑i∈Idim⁡(Ei)≥dim⁡(∑i∈IEi)\displaystyle\sum_{i \in I} \dim(E_i) \geq \dim\Big(\sum_{i \in I} E_i\Big). Si de plus la somme est directe, ⋃i∈IBi\displaystyle\bigcup_{i \in I} B_i est une base de ⨁i∈IEi\displaystyle\bigoplus_{i \in I} E_i d'après le corollaire 10. Donc card(⋃i∈IBi)=dim⁡⨁i∈IEi\text{card}(\bigcup_{i \in I} B_i) = \dim \bigoplus_{i \in I} E_i : on a bien égalité. □\square

Proposition 12. Soit (Ei)(E_i) des sev tels que dim⁡(∑i∈IEi)=∑i∈Idim⁡(Ei)\dim(\sum_{i \in I} E_i) = \sum_{i \in I} \dim(E_i). Alors la somme est directe.

Démonstration. Soient (xi)(x_i), ∑i∈I\displaystyle\sum_{i \in I} avec xi∈Eix_i \in E_i et ∑xi=0\sum x_i = 0 ; chaque vecteur xix_i est complété en une base BiB_i de EiE_i. Alors ⋃Bi\bigcup B_i engendre ∑Ei\sum E_i d'après la proposition 8. De plus ⋃Bi\bigcup B_i a pour cardinal ∑dim⁡(Ei)\sum \dim(E_i), qui vaut dim⁡(∑Ei)\dim(\sum E_i) par hypothèse. Donc c'est une base par le théorème de rappel. Or (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est une sous-famille de ⋃Bi\bigcup B_i, donc elle est libre. Or ∑i∈Ixi=0\displaystyle\sum_{i \in I} x_i = 0, donc xi=0,∀i∈Ix_i = 0, \forall i \in I. □\square

Définition 13. On dit qu'une fonction p∈L(E)p \in \mathcal{L}(E) est un projecteur lorsque p∘p=pp \circ p = p. On projette sur Im(p)\text{Im}(p), parallèlement à Ker(p)\text{Ker}(p).

Exemple. E=R2E = \mathbb{R}^2, E1=Vect(e1)E_1 = \text{Vect}(e_1) et E2=Vect(e2)E_2 = \text{Vect}(e_2). Soit p(x,y)=(x,0)p(x, y) = (x, 0). On a vu que pp est le projecteur sur E1E_1 parallèlement à E2E_2 (vérifier que E2=Ker(p)E_2 = \text{Ker}(p) et E1=Im(p)E_1 = \text{Im}(p)). Soient (Ei)(E_i) des sev en somme directe, tels que E=⨁i∈IEiE = \displaystyle\bigoplus_{i \in I} E_i. Alors ∀x∈E,∃!\forall x \in E, \exists! famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} de vecteurs de EiE_i tels que x=∑i∈Ixix = \displaystyle\sum_{i \in I} x_i. En effet :

  • l'existence vient du fait que E=∑EiE = \sum E_i ;
  • montrons l'unicité : supposons que x=∑i∈Ixi=∑i∈Ixi′x = \displaystyle\sum_{i \in I} x_i = \sum_{i \in I} x'_i, où xi′x'_i et xix_i sont dans EiE_i. Alors ∑i∈I(xi−xi′)=0\displaystyle\sum_{i \in I} (x_i - x'_i) = 0. Or xi−xi′∈Eix_i - x'_i \in E_i, et la somme est directe. Donc xi=xi′,∀i∈Ix_i = x'_i, \forall i \in I.

Proposition 14. La fonction pi:{E→Eix↦xip_i : \begin{cases} E \to E_i \\ x \mapsto x_i \end{cases} est un projecteur. Il projette sur EiE_i, parallèlement à ⨁j≠iEj\bigoplus_{j \neq i} E_j. De plus, i≠i′⇒{pi∘pi′=0∑i∈Ipi=Idi \neq i' \Rightarrow \begin{cases} p_i \circ p_{i'} = 0 \\ \sum_{i \in I} p_i = Id \end{cases}.

Démonstration. pi∘pi(x)=pi(xi)p_i \circ p_i(x) = p_i(x_i). Or xix_i s'écrit bien xi=0+⋯+xi+⋯+0x_i = 0 + \dots + x_i + \dots + 0. Donc pi(xi)=xip_i(x_i) = x_i. Ainsi p∘p(x)=p(x)p \circ p(x) = p(x) et pp est un projecteur. Par définition, Im(pi)⊂Ei\text{Im}(p_i) \subset E_i, car pi(x)=xi∈Eip_i(x) = x_i \in E_i. De plus, soit y∈Eiy \in E_i, alors pi(y)=yp_i(y) = y. Donc y∈Im(pi)y \in \text{Im}(p_i). Ainsi, Im(pi)=Ei\text{Im}(p_i) = E_i. Soient i≠i′i \neq i' deux indices. On a Ei′⊂⨁j≠iEj=Ker(pi)E_{i'} \subset \bigoplus_{j \neq i} E_j = \text{Ker}(p_i). Or pi′(x)∈Ei′p_{i'}(x) \in E_{i'}. Donc pi(pi′(x))=0p_i(p_{i'}(x)) = 0. Donc pi∘pi′=0p_i \circ p_{i'} = 0. On a x=∑i∈Ixi=∑i∈Ipi(x)=(∑i∈Ipi)(x)x = \displaystyle\sum_{i \in I} x_i = \sum_{i \in I} p_i(x) = \Big(\sum_{i \in I} p_i\Big)(x). Donc ∑i∈Ipi=Id\displaystyle\sum_{i \in I} p_i = Id. □\square

Applications linéaires​

L(E,F)\mathcal{L}(E, F) désigne l'ensemble des applications linéaires de EE dans FF. C'est un ev de dimension dim⁡(E)×dim⁡(F)\dim(E) \times \dim(F).

Rang​

Soit u∈L(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F). On rappelle que Ker(u)={0}⇔u\text{Ker}(u) = \{0\} \Leftrightarrow u est injective, et Im(u)=F⇔u\text{Im}(u) = F \Leftrightarrow u est surjective.

Définition 1. On définit le rang de uu : rg(u)=dim⁡(Im(u))rg(u) = \dim(\text{Im}(u)).

Théorème I.2.

  1. Soit u∈L(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F), et soit E′E' tel que E=E′⊕Ker(u)E = E' \oplus \text{Ker}(u). Alors u′u' défini par u′:E′→Im(u)u' : E' \to \text{Im}(u) et x↦u(x)x \mapsto u(x) est un isomorphisme.
  2. dim⁡(Ker(u))+rg(u)=dim⁡(E)\dim(\text{Ker}(u)) + rg(u) = \dim(E)

Rappel. Un isomorphisme est une application linéaire bijective.

Démonstration. u′u' est clairement linéaire, à valeurs dans Im(u)\text{Im}(u), car uu l'est. De plus montrons que :

  • u′u' est injectif. Soit x∈E′x \in E' tel que u′(x)=0u'(x) = 0. Alors u(x)=0u(x) = 0. Donc x∈Ker(u)x \in \text{Ker}(u). Donc x∈Ker(u)∩E′x \in \text{Ker}(u) \cap E'. Or la somme est directe, donc x=0x = 0.
  • u′u' est surjectif dans Im(u)\text{Im}(u). Soit y∈Im(u)y \in \text{Im}(u). Alors ∃x∈E\exists x \in E tel que y=u(x)y = u(x). Or E=E′⊕Ker(u)E = E' \oplus \text{Ker}(u). Donc on écrit x=x′+tx = x' + t avec x′∈E′x' \in E', t∈Ker(u)t \in \text{Ker}(u), et u(x)=u(x′+t)=u(x′)+u(t)=u(x′)u(x) = u(x' + t) = u(x') + u(t) = u(x') car t∈Ker(u)t \in \text{Ker}(u). Ainsi u′u' est surjectif.

Donc u′u' est bijective. Montrons 2) : puisque u′u' est un isomorphisme, dim⁡(E′)=dim⁡(Im(u))\dim(E') = \dim(\text{Im}(u)). Or dim⁡(E′)+dim⁡(Ker(u))=dim⁡(E)\dim(E') + \dim(\text{Ker}(u)) = \dim(E). Ainsi dim⁡(E)−dim⁡(Ker(u))=rg(u)\dim(E) - \dim(\text{Ker}(u)) = rg(u). On peut retenir de 1) : "tout supplémentaire de Ker(u)\text{Ker}(u) est isomorphe à Im(u)\text{Im}(u)". □\square

Corollaire 3. Si dim⁡(E)=dim⁡(F)\dim(E) = \dim(F), alors uu surjective est équivalent à uu injective, donc uu est bijective.

Démonstration. Si uu est injective, alors Ker(u)={0}\text{Ker}(u) = \{0\}, et par le théorème du rang, rg(u)=dim⁡(E)rg(u) = \dim(E). Or dim⁡(E)=dim⁡(F)\dim(E) = \dim(F). Donc rg(u)=dim⁡(F)rg(u) = \dim(F) et Im(u)⊂F⇒Im(u)=F\text{Im}(u) \subset F \Rightarrow \text{Im}(u) = F. Donc uu est surjective. Réciproquement, si uu est surjective, rg(u)=dim⁡(F)rg(u) = \dim(F), et dim⁡(Ker(u))=0\dim(\text{Ker}(u)) = 0 par le théorème du rang. Donc Ker(u)={0}\text{Ker}(u) = \{0\} et uu est injective. □\square

Remarque. On a utilisé F⊂EF \subset E et dim⁡(F)=dim⁡(E)⇒F=E\dim(F) = \dim(E) \Rightarrow F = E, et dim⁡(F)=0⇒F={0}\dim(F) = 0 \Rightarrow F = \{0\}.

Application du corollaire. (traité en TD)

  • par 2 points passe une droite ;
  • par 3 points passe un polynôme de degré 2 ;
  • par nn points passe un polynôme de degré n−1n - 1. C'est le polynôme interpolateur de Lagrange.

Dualité​

Définition 4. On appelle forme linéaire toute application linéaire de EE dans K\mathbb{K}. On note E∗E^* l'ensemble des formes linéaires de EE. On l'appelle le dual de EE.

Exemple. Si E=C0([a,b])E = C^0([a, b]), alors ϕ:{E→Rf↦∫abf(x) dx\phi : \begin{cases} E \to \mathbb{R} \\ f \mapsto \int_a^b f(x)\,dx \end{cases} est une forme linéaire.

Démonstration. (À savoir.) ϕ\phi est bien à valeurs dans K\mathbb{K}. De plus ϕ(f1+λf2)=∫ab(f1+λf2)(x) dx=∫abf1(x)+λf2(x) dx=∫abf1(x) dx+λ∫abf2(x) dx=ϕ(f1)+λϕ(f2)\phi(f_1 + \lambda f_2) = \int_a^b (f_1 + \lambda f_2)(x)\,dx = \int_a^b f_1(x) + \lambda f_2(x)\,dx = \int_a^b f_1(x)\,dx + \lambda \int_a^b f_2(x)\,dx = \phi(f_1) + \lambda \phi(f_2). Donc ϕ\phi est linéaire. □\square

Exemple. P1:{R2→R(x,y)↦xP_1 : \begin{cases} \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R} \\ (x, y) \mapsto x \end{cases} est une forme linéaire. C'est un cas particulier d'un exemple fondamental : soit EE un espace vectoriel muni d'une base (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) ; pour x∈Ex \in E, xx s'écrit x=∑i=1nxieix = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} x_i e_i, où xi∈Kx_i \in \mathbb{K} sont les coordonnées. On pose ei∗(x)=xie_i^*(x) = x_i. Alors ei∗e_i^* est un élément de E∗E^*.

Exercice. Vérifier que ei∗e_i^* est linéaire.

Théorème I.5. Soit EE un espace vectoriel muni d'une base (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n). Alors E∗E^* est un espace vectoriel, et une base est (e1∗,…,en∗)(e_1^*, \dots, e_n^*). Ainsi, dim⁡(E∗)=dim⁡(E)\dim(E^*) = \dim(E).

Démonstration. (À savoir.) On a que E∗=L(E,K)E^* = \mathcal{L}(E, \mathbb{K}), c'est donc un espace vectoriel. On calcule d'abord ei∗(ej)e_i^*(e_j) : on a ej=0.e1+⋯+1.ej+⋯+0.ene_j = 0.e_1 + \dots + 1.e_j + \dots + 0.e_n. Ainsi ei∗(ej)={1si i=j0sinone_i^*(e_j) = \begin{cases} 1 & \text{si } i = j \\ 0 & \text{sinon} \end{cases}. On note cela δij:={1si i=j0sinon\delta_{ij} := \begin{cases} 1 & \text{si } i = j \\ 0 & \text{sinon} \end{cases} (symbole de Kronecker). Soit ϕ∈E∗\phi \in E^*. On va montrer que ϕ=∑i=1nϕ(ei)ei∗\phi = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} \phi(e_i) e_i^*. Appelons ϕ~\tilde{\phi} cette dernière somme. Calculons ϕ~(ej)\tilde{\phi}(e_j) :

ϕ~(ej)=∑i=1nϕ(ei)ei∗(ej)=ϕ(e1)e1∗(ej)+⋯+ϕ(en)en∗(ej)=ϕ(ej)ej∗(ej)=ϕ(ej)\tilde{\phi}(e_j) = \sum_{i=1}^{n} \phi(e_i) e_i^*(e_j) = \phi(e_1) e_1^*(e_j) + \dots + \phi(e_n) e_n^*(e_j) = \phi(e_j) e_j^*(e_j) = \phi(e_j)

On a utilisé ei∗(ej)=δije_i^*(e_j) = \delta_{ij}. On a utilisé que dans la somme, tous les termes disparaissent sauf 1 (le jj-ème). Ainsi on a ϕ~(ej)=ϕ(ej),∀j∈{1,…,n}\tilde{\phi}(e_j) = \phi(e_j), \forall j \in \{1, \dots, n\}. Donc ϕ\phi et ϕ~\tilde{\phi} coïncident sur une base de EE. Donc ϕ=ϕ~=∑i=1nϕ(ei)ei∗\phi = \tilde{\phi} = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} \phi(e_i) e_i^*. Donc (ei∗)i=1,…,n(e_i^*)_{i=1,\dots,n} est une famille génératrice de E∗E^*. Montrons que c'est une famille libre : soit (αi)i=1,…,n(\alpha_i)_{i=1,\dots,n} des scalaires tels que ∑i=1nαiei∗=0\displaystyle\sum_{i=1}^{n} \alpha_i e_i^* = 0 (application linéaire nulle). On évalue cela en eje_j. On a donc ∑i=1nαiei∗(ej)=0\displaystyle\sum_{i=1}^{n} \alpha_i e_i^*(e_j) = 0. Donc αj=0\alpha_j = 0, et ce pour tout jj. Donc la famille est libre. On déduit donc que (ei∗)i=1,…,n(e_i^*)_{i=1,\dots,n} est une base de E∗E^*, et donc dim⁡(E∗)=n=dim⁡(E)\dim(E^*) = n = \dim(E). □\square

Théorème I.6. Soit EE un espace vectoriel de dimension nn. Soit ϕ∈E∗∖{0}\phi \in E^* \setminus \{0\} (c'est-à-dire ϕ∈E∗\phi \in E^* et ϕ≠0\phi \neq 0). Alors Ker(ϕ)\text{Ker}(\phi) est de dimension n−1n - 1. On dit que c'est un hyperplan de EE.

Remarque. La réciproque est vraie (tout hyperplan est le noyau d'une forme linéaire).

Démonstration. (À savoir.) On applique le théorème du rang : dim⁡(Ker(ϕ))+dim⁡(Im(ϕ))=dim⁡(E)=n\dim(\text{Ker}(\phi)) + \dim(\text{Im}(\phi)) = \dim(E) = n. Or ϕ∈L(E,K)\phi \in \mathcal{L}(E, \mathbb{K}). Donc Im(ϕ)⊂K\text{Im}(\phi) \subset \mathbb{K}. Or les sev de K\mathbb{K} sont {0}\{0\} et K\mathbb{K}. Si Im(ϕ)={0}\text{Im}(\phi) = \{0\}, alors ϕ=0\phi = 0. Or ϕ≠0\phi \neq 0. Donc Im(ϕ)=K\text{Im}(\phi) = \mathbb{K}, et rg(ϕ)=1rg(\phi) = 1. Donc dim⁡Ker(ϕ)=n−1\dim \text{Ker}(\phi) = n - 1. □\square

Traces​

Définition / Proposition 7. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). Soit BB une base de EE et A=MatB(u)A = Mat_B(u). On note (aij)(a_{ij}) ses coefficients. Alors le nombre ∑i=1naii\displaystyle\sum_{i=1}^{n} a_{ii} ne dépend que de uu, et pas du choix de BB. On l'appelle la trace de uu. On note tr(u)=tr(A)=∑i=1naiitr(u) = tr(A) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} a_{ii}. De plus, tr(AB)=tr(BA)tr(AB) = tr(BA), et l'application tr:{E→Ku↦tr(u)tr : \begin{cases} E \to \mathbb{K} \\ u \mapsto tr(u) \end{cases} est une forme linéaire.

Démonstration. Commençons par montrer que tr(AB)=tr(BA)tr(AB) = tr(BA). Soit C=ABC = AB et D=BAD = BA. Notons (Cij)(C_{ij}) les coefficients de CC. Alors Cij=∑k=1naikbkjC_{ij} = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} a_{ik} b_{kj}. De même, Dij=∑k=1nbikakjD_{ij} = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} b_{ik} a_{kj}. Ainsi tr(AB)=∑i=1nCii=∑i=1n∑k=1naikbkitr(AB) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} C_{ii} = \sum_{i=1}^{n} \sum_{k=1}^{n} a_{ik} b_{ki} et tr(BA)=∑i=1n∑k=1nbikaki=∑i=1n∑k=1nakibiktr(BA) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} \sum_{k=1}^{n} b_{ik} a_{ki} = \sum_{i=1}^{n} \sum_{k=1}^{n} a_{ki} b_{ik}. Ainsi tr(BA)=∑k=1n∑i=1nakibik=∑p=1n∑q=1napqbqptr(BA) = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \sum_{i=1}^{n} a_{ki} b_{ik} = \sum_{p=1}^{n} \sum_{q=1}^{n} a_{pq} b_{qp} et tr(AB)=∑p=1n∑q=1napqbqptr(AB) = \displaystyle\sum_{p=1}^{n} \sum_{q=1}^{n} a_{pq} b_{qp}. Donc ces 2 sommes sont égales. Soit BB une matrice de uu dans une base B′B'. Alors B=P−1APB = P^{-1} A P, où PP est la matrice de changement de base (AA et BB sont semblables). On a alors tr(B)=tr(P−1AP)=tr(P−1×(PA))=tr(IA)=tr(A)tr(B) = tr(P^{-1} A P) = tr(P^{-1} \times (PA)) = tr(IA) = tr(A). Ainsi tr(u)tr(u) ne dépend pas du choix de la base. Puisque tr(A+λB)=tr(A)+λtr(B)tr(A + \lambda B) = tr(A) + \lambda tr(B), c'est clairement une forme linéaire. □\square

Matrices par blocs et sev stables​

Règles absolues​

Rappel. Pour multiplier 2 matrices AA et BB, le nombre de colonnes de AA doit être le nombre de lignes de BB (pour faire ABAB). Autrement dit : A∈MqnA \in M_{qn} et B∈Mn,pB \in M_{n,p}, alors AB∈MqpAB \in M_{qp}. On peut découper une matrice par blocs : A(A11⋯A1s⋮…⋮At1⋯Ats)A \begin{pmatrix} A_{11} & \cdots & A_{1s} \\ \vdots & \dots & \vdots \\ A_{t1} & \cdots & A_{ts} \end{pmatrix} où les AijA_{ij} sont des "sous-matrices" (ou des blocs), avec Aij∈Mni,pjA_{ij} \in M_{n_i, p_j}, i∈{1,…,t}i \in \{1, \dots, t\} et j∈{1,…,s}j \in \{1, \dots, s\}, et si A∈Mn,pA \in M_{n,p} on a ∑i=1tni=n\displaystyle\sum_{i=1}^{t} n_i = n et ∑j=1spj=p\displaystyle\sum_{j=1}^{s} p_j = p.

Exemple. Soit X∈Mm,1(K)X \in M_{m,1}(\mathbb{K}) et Y∈Mp,1(K)Y \in M_{p,1}(\mathbb{K}). Alors (XY)∈Mm+p,1(K)\begin{pmatrix} X \\ Y \end{pmatrix} \in M_{m+p,1}(\mathbb{K}) et (X,Y)(X, Y) n'a aucun sens.

Manipulations. On peut additionner des matrices par blocs (si les blocs sont compatibles) :

(A11A12A21A22)+λ(B11B12B21B22)=(A11+λB11………)\begin{pmatrix} A_{11} & A_{12} \\ A_{21} & A_{22} \end{pmatrix} + \lambda \begin{pmatrix} B_{11} & B_{12} \\ B_{21} & B_{22} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A_{11} + \lambda B_{11} & \dots \\ \dots & \dots \end{pmatrix}

On peut aussi les multiplier :

(A11A12A21A22)⋅(B11B12B21B22)=(A11B11+A12B21………)\begin{pmatrix} A_{11} & A_{12} \\ A_{21} & A_{22} \end{pmatrix} \cdot \begin{pmatrix} B_{11} & B_{12} \\ B_{21} & B_{22} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A_{11} B_{11} + A_{12} B_{21} & \dots \\ \dots & \dots \end{pmatrix}

On peut aussi les transposer : si A∈Mn,pA \in \mathcal{M}_{n,p} a pour coefficients les (aij)i=1,…,n; j=1,…,p(a_{ij})_{i=1,\dots,n;\, j=1,\dots,p}, alors tA{}^tA est une matrice de Mpn\mathcal{M}_{pn}, de coefficients (aji)(a_{ji}). Pour une matrice par blocs :

t(A11A12A21A22)=(tA11tA21tA12tA22){}^t\begin{pmatrix} A_{11} & A_{12} \\ A_{21} & A_{22} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} {}^tA_{11} & {}^tA_{21} \\ {}^tA_{12} & {}^tA_{22} \end{pmatrix}

Matrices "creuses" et sev stables​

Définition 1. Une matrice est dite triangulaire par blocs supérieurs si elle est de la forme (A11⋯A1n0…Ann)\begin{pmatrix} A_{11} & \cdots & A_{1n} \\ 0 & \dots & A_{nn} \end{pmatrix}.

Remarque. Une matrice triangulaire est triangulaire par blocs (ils sont de taille 1) ; la réciproque est fausse.

Définition 1 bis. On définit de même les matrices diagonales par blocs ; elles sont de la forme (A1100Ann)\begin{pmatrix} A_{11} & 0 \\ 0 & A_{nn} \end{pmatrix}. Les blocs peuvent être de tailles différentes.

Proposition 2. Les matrices triangulaires par blocs supérieurs et inférieurs et diagonales sont 3 sous-ensembles stables par combinaison linéaire (ce sont des ev de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K})) qui sont stables par produit.

Démonstration. Par le calcul, identique aux preuves de stabilité pour les matrices triangulaires et diagonales.

(A11…A1S⋮⋱⋮0…ASS)(B11…B1S⋮⋱…0…BSS)=(A11B11A11B12+A12B22…0A22B22…0…ASSBSS)\begin{pmatrix} A_{11} & \dots & A_{1S} \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS} \end{pmatrix} \begin{pmatrix} B_{11} & \dots & B_{1S} \\ \vdots & \ddots & \dots \\ 0 & \dots & B_{SS} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A_{11} B_{11} & A_{11} B_{12} + A_{12} B_{22} & \dots \\ 0 & A_{22} B_{22} & \dots \\ 0 & \dots & A_{SS} B_{SS} \end{pmatrix}

□\square

Rappel. AA est inversible si et seulement si ∃B∈Mn(K)\exists B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) tel que AB=BA=InAB = BA = I_n. On note B=A−1B = A^{-1}. On note GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) l'ensemble des matrices inversibles.

Proposition 3. Soit AA une matrice diagonale par blocs ou triangulaire par blocs telle que les blocs diagonaux sont inversibles. Alors cette matrice est inversible ; de plus :

(A11…0⋮⋱⋮0…ASS)−1=(A11−1…0⋮⋱⋮0…ASS−1)et(A11……⋮⋱⋮0…ASS)−1=(A11−1……⋮⋱⋮0…ASS−1)\begin{pmatrix} A_{11} & \dots & 0 \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS} \end{pmatrix}^{-1} = \begin{pmatrix} A_{11}^{-1} & \dots & 0 \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS}^{-1} \end{pmatrix} \quad \text{et} \quad \begin{pmatrix} A_{11} & \dots & \dots \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS} \end{pmatrix}^{-1} = \begin{pmatrix} A_{11}^{-1} & \dots & \dots \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS}^{-1} \end{pmatrix}

Démonstration. Pour les matrices diagonales on vérifie que

(A11…0⋮⋱⋮0…ASS)(A11−1…0⋮⋱⋮0…ASS−1)=(A11A11−1…0⋮⋱⋮0…ASSASS−1)=(In1…0⋮⋱⋮0…InS)=In\begin{pmatrix} A_{11} & \dots & 0 \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS} \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A_{11}^{-1} & \dots & 0 \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS}^{-1} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A_{11} A_{11}^{-1} & \dots & 0 \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & A_{SS} A_{SS}^{-1} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} I_{n_1} & \dots & 0 \\ \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & \dots & I_{n_S} \end{pmatrix} = I_n

La preuve pour les matrices triangulaires est plus dure. On verra une preuve rapide avec le déterminant. □\square

Définition 4. Soit U∈L(E)U \in \mathcal{L}(E), et soit F⊂EF \subset E un sev de EE. On dit que FF est stable par UU si U(F)⊂FU(F) \subset F. On a alors que U∣FU_{|F}, la restriction de UU à FF, est un endomorphisme de FF.

Remarque. FF stable par U⇔∀x∈F,u(x)∈FU \Leftrightarrow \forall x \in F, u(x) \in F.

Notation. Si f:E→Ff : E \to F est une fonction, et si A⊂EA \subset E est un sous-ensemble de EE, alors f∣Af_{|A} désigne la restriction de ff à AA. On la définit par f∣A{A→Fx↦f(x)f_{|A} \begin{cases} A \to F \\ x \mapsto f(x) \end{cases}.

Proposition 5. Pour que FF soit stable par uu, il faut et il suffit qu'il existe une base B=(e1,…,en)B = (e_1, \dots, e_n) telle que (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) est une base de FF (donc BB est adaptée à FF), telle que MatB(u)Mat_B(u) est de la forme (AB0C)\begin{pmatrix} A & B \\ 0 & C \end{pmatrix}, où A,B,C,0A, B, C, 0 sont des blocs.

Démonstration. Supposons FF stable par UU. Soit (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) une base de FF, que l'on complète en une base (e1,…,ep,…,en)(e_1, \dots, e_p, \dots, e_n) de EE. On décompose u(ei)u(e_i) dans la base : on sait que si i≤pi \leq p, u(ei)∈Fu(e_i) \in F (car FF est stable). Donc il existe des nombres (aij)j=1,…,p(a_{ij})_{j=1,\dots,p} tels que u(ei)=a1ie1+⋯+apiep=a1ie1+⋯+apiep+0ep+1+⋯+0enu(e_i) = a_{1i} e_1 + \dots + a_{pi} e_p = a_{1i} e_1 + \dots + a_{pi} e_p + 0 e_{p+1} + \dots + 0 e_n. Ainsi, si B=(e1,…,en)B = (e_1, \dots, e_n), la ii-ème colonne de MatB(u)Mat_B(u) est donnée par les coefficients de u(ei)u(e_i), dans BB. Autrement dit, la ii-ème colonne, pour i≤pi \leq p, est (a1i…api0…0)\begin{pmatrix} a_{1i} & \dots & a_{pi} & 0 & \dots & 0 \end{pmatrix}. Donc MatB(u)Mat_B(u) est de la forme :

(a11…a1p…⋮ap1…app…0…0…0…0…)\begin{pmatrix} a_{11} & \dots & a_{1p} & \dots \\ \vdots & & & \\ a_{p1} & \dots & a_{pp} & \dots \\ 0 & \dots & 0 & \dots \\ 0 & \dots & 0 & \dots \end{pmatrix}

Supposons que MatB(u)Mat_B(u) est de cette forme, où B=(e1,…,ep,…,en)B = (e_1, \dots, e_p, \dots, e_n). Soit x∈Fx \in F. Alors xx s'écrit x=∑i=1pxieix = \displaystyle\sum_{i=1}^{p} x_i e_i, puisque (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) est une base de FF, où les (xi)(x_i) sont des scalaires. On a alors u(x)=∑i=1pxiu(ei)u(x) = \displaystyle\sum_{i=1}^{p} x_i u(e_i), or u(ei)=a1ie1+⋯+apiep+0ep+1+⋯+0enu(e_i) = a_{1i} e_1 + \dots + a_{pi} e_p + 0 e_{p+1} + \dots + 0 e_n, pour i≤pi \leq p. Donc u(ei)∈Fu(e_i) \in F pour i≤pi \leq p. Donc u(x)∈Fu(x) \in F. □\square

Remarque. AA est en fait Mate1,…,ep(U∣F)Mat_{e_1, \dots, e_p}(U_{|F}).

Proposition 5 bis. Soient (Ei)i=1,…,s(E_i)_{i=1,\dots,s} des sev stables par uu, tels que E=⨁i=1sEiE = \displaystyle\bigoplus_{i=1}^{s} E_i. Alors dans une base adaptée à cette somme, la matrice de uu est diagonale par blocs. De plus, si les (Bi)(B_i) sont les bases des EiE_i, et que B=⋃i=1SBiB = \bigcup_{i=1}^{S} B_i, alors MatB(u)=(A100As)Mat_B(u) = \begin{pmatrix} A_1 & 0 \\ 0 & A_s \end{pmatrix}, où Ai=MatBi(u∣Ei)A_i = Mat_{B_i}(u_{|E_i}).

Démonstration. Adaptée de la proposition 5. □\square

Exemple. Soit u:{R3→R3(x,y,z)↦(−y,x,z)u : \begin{cases} \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^3 \\ (x, y, z) \mapsto (-y, x, z) \end{cases}. Soit B=(e1,e2,e3)B = (e_1, e_2, e_3) la base canonique de R3\mathbb{R}^3. Alors MatB(u)=(0−10100001)Mat_B(u) = \begin{pmatrix} 0 & -1 & 0 \\ 1 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}. Donc Vect(e1,e2)\text{Vect}(e_1, e_2) et Vect(e3)\text{Vect}(e_3) sont stables, et UU restreint à E1E_1 a pour matrice (0−110)\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}. En effet E1=(Oxy)E_1 = (Oxy) et E2=(Oz)E_2 = (Oz) sont bien stables par cette relation.