Définition 1. Soit A(t) une matrice (qui dépend de t) et B(t) un vecteur (qui dépend de t).
On appelle "système différentiel linéaire d'ordre 1" le problème suivant : trouver X tel que X′(t)=A(t)X(t)+B(t).
Remarque.A et B sont des données. Ils sont continus par rapport à t.
Si X(t)=x1(t)⋮xn(t), alors X′(t)=x1′(t)⋮xn′(t).
Définition 1 bis. On appelle "problème de Cauchy" la donnée de (t0,X0)∈I×Rn, et d'un système dit "de Cauchy" :
{X′=AX+BX(t0)=X0(C)
Théorème IV.2. Le problème de Cauchy (C) admet une unique solution X:I→Kn.
Théorème IV.3. Soit L l'ensemble des solutions de X′=AX, où X est l'inconnue, et t↦A(t) une fonction matricielle. Alors
L est un espace vectoriel de dimension n (taille de A) ;
une solution non nulle ne s'annule jamais (c'est-à-dire X=0⇒∀t∈I,X(t)=0).
Démonstration. (À savoir.) Montrons que L est un espace vectoriel. Soit X1 et X2 dans L et α∈K ; alors montrons que X1+αX2∈L : (X1+αX2)′=X1′+αX2′=AX1+αAX2=A(X1+αX2).
Donc L est un sous-espace vectoriel de l'espace vectoriel des fonctions de I dans Kn.
Montrons que dim(L)=n. Soit ϕ:{L→KnX↦X(t0), où t0∈I est fixé. Alors ϕ est clairement linéaire ; de plus, par le théorème de Cauchy (T2), ∀X0∈Kn,∃!X∈L,ϕ(X)=X0. Donc ϕ est un isomorphisme, donc dim(L)=dim(Kn)=n.
On va montrer que la contraposée est vraie, c'est-à-dire ∃t0,X(t0)=0⇒X=0 sur I. Supposons donc que X s'annule en t0 ; alors X est solution du problème de Cauchy {X′=AXX(t0)=0. Donc la fonction nulle est aussi solution de ce problème ; par unicité (théorème de Cauchy), X=0. □
Exemple.{x′(t)=2x(t)+3ty(t)+ety′(t)=−4tx(t)+y(t)+sin(t). Cela se réécrit en X′=AX+B avec X(t)=(x(t)y(t)), A(t)=(2−4t3t1) et B(t)=(etsin(t)).
Définition 4. Soit X′=AX+B un système différentiel. Alors le système X′=AX est appelé "problème homogène" associé.
Théorème IV.5. Soit L l'ensemble des solutions de X′=AX et soit Xp une solution particulière de X′=AX+B. Alors toute solution de X′=AX+B est de la forme X=Xp+Xg, où Xg∈L.
Démonstration. On vérifie que Xp+Xg est une solution : (Xp+Xg)′=Xp′+Xg′=AXp+B+AXg=A(Xp+Xg)+B.
Réciproquement, soit X une solution de X′=AX+B. Montrons que X−Xp∈L : (X−Xp)′=X′−Xp′=AX+B−(AXp+B)=A(X−Xp). □
Résolution. Le T5 donne une méthode de résolution (pour X′=AX+B) :
résoudre l'équation homogène (on trouve un espace vectoriel de solutions) ;
trouver une solution particulière ;
conclure avec T5.
Question. Comment vérifier que des solutions sont indépendantes ?
Définition - Proposition 6. Soient (X1,…,Xn) des solutions de X′=AX. On introduit W(t)=detBase canonique(X1(t),…,Xn(t))=X1(t)…Xn(t). C'est le wronskien des (Xi(t))i=1,…,n. Alors (Xi(t))i=1,…,n est libre si et seulement si ∃t0∈I,W(t0)=0.
On peut avoir une équation différentielle non linéaire (exemple : θ′′+ℓgsin(θ)=0, pour un pendule de longueur ℓ). Et pour des équations différentielles linéaires avec second membre, il faut donc résoudre l'équation homogène par les matrices A diagonalisable et trigonalisable et par coefficients constants, et trouver la solution particulière avec la variation de la constante.
Cadre. On considère X′=AX, où A(t) est diagonalisable ∀t∈I, dans une base qui ne dépend pas de t : ∃P∈GLn(K),∀t∈I,A(t)=PD(t)P−1, où D(t)=λ1(t)0⋱0λn(t).
On a X′=AX⇔P−1X′(t)=D(t)P−1X(t). On pose Y(t)=P−1X(t). Alors X est solution si et seulement si Y est solution de Y′=DY. Ce système se réécrit :
⎩⎨⎧y1′(t)=λ1(t)y1(t)⋮yn′(t)=λn(t)yn(t)
On dit que le système est découplé. Notons Λi(t)=∫0tλi(s)ds une primitive de λi. Alors, cf. première année, les solutions de y′=λiy forment un espace vectoriel de dim(1), engendré par eΛi. On peut écrire, soit Li l'ensemble des solutions de yi′=λiyi, alors Li={t↦CeΛi(t),C∈K}.
Ainsi Y′=DY a pour solution ⎩⎨⎧t↦C1eΛ1(t)⋮CneΛn(t),c1⋮cn∈Kn⎭⎬⎫. On déduit X via X(t)=PY(t).
On résout la dernière ligne : yn(t)=Ce∫τnn(t), puis l'avant-dernière ligne devient yn−1′(t)=τn−1,n−1yn−1(t)+τn−1,nyn(t). On résout cette équation avec second membre ; on résout de proche en proche jusqu'à y1.
Exemple. Soit A(t)=(7t−3t10t4t). Résoudre X′(t)=A(t)X(t) ; on calcule le polynôme caractéristique : χA=det(A(t)−XI2)=7t−X−3t10t4t−X=X2−tr(A(t))X+det(A(t))=X2−11tX+58t2. On calcule le discriminant Δ=(11t)2−4×58t2=−111t2.
Les valeurs propres de A(t) sont les racines de χA(t)(X), soient : 211t±it111.
On a 2 valeurs propres distinctes, et la matrice A(t) est de taille 2×2, donc elle est diagonalisable. Il faut calculer P et finir l'exercice.
On cherche les sep et on note λ± ces deux valeurs propres ; on résout A(t)U=λ±U.
Pour λ+:=t(211+i111). On a A(t)U=λ+U⇔t(7−3104)(u1u2)=λ+(u1u2).
Donc 20u2=−3u1+i111u1. Ainsi sep(λ+)={(u1u2)∈C2 tel que 20u2=−3u1+i111u1}.
C'est une droite engendrée par (20−3+i111).
De même, sep(λ−) est engendré par (20−3−i111).
La matrice de passage est choisie comme :
P=(20−3+i11120−3−i111)
On a donc A(t)=P(λ+(t)00λ−(t))P−1. On pose Y=P−1X, de sorte que X′=AX⇔Y′=DY.
On cherche à résoudre X′=AX, où A∈Mn(C) ne dépend pas de t. On définit exp(A)∈Mn(C) comme N→+∞limn=0∑Nn!An. Soit fA(t)=exp(tA)=n=0∑∞n!tnAn. Alors fA′(t)=n=0∑+∞n!ntn−1An=n=1∑+∞(n−1)!tn−1An=An=1∑+∞(n−1)!(tA)n−1.
Remarque. (Sur l'exponentielle de matrices.) On a posé exp(A)=0∑+∞n!An. An est une matrice dont les coefficients dépendent de n de manière compliquée. Donc exp(A) est une matrice dont les coefficients sont des séries :
exp(acbd)=0∑+∞(acbd)n
sauf si A est diagonale.
Si fA(t)=exp(At), alors en dérivant la série, on a fA′(t)=AfA(t)=fA(t)A. Mais dériver une somme infinie est délicat, cf. le cours sur les séries. Ici on admet que
(0∑+∞n!(tA)n)′=1∑+∞n!ntn−1An
Proposition / Théorème. Soit A∈Mn(K), qui ne dépend pas de t. Alors les solutions de X′(t)=AX(t) sont {exp(At)v,v∈Kn}. En particulier, la solution du problème de Cauchy
{X′(t)=AX(t)X(t0)=X0
est t↦exp((t−t0)A)X0.
Démonstration. (À savoir.) Notons, pour v fixé, fA(t)=exp(At)v. On a fA:I→Kn ; de plus, fA′(t)=Aexp(At)v=AfA(t). Ainsi fA est solution de X′=AX. Réciproquement, soit X une solution. Soit g(t)=exp(−At)X(t). Alors g′(t)=−Aexp(−At)X(t)+exp(−At)AX=0. Donc g(t) est un vecteur constant noté v et exp(−At)X(t)=v, et X(t)=exp(At)v. Ici on a utilisé que exp(At)exp(−At)=exp(0)=Id.
Pour le problème de Cauchy : soit X~(t)=exp((t−t0)A)X0. Alors X~(t)=exp(At)(exp(−At0)X0), donc c'est une solution de X′=AX. De plus X~(t0)=exp(0)X0=X0. □
Calcul. On s'est ramené à calculer exp(At). On sait le faire si A est diagonalisable. En effet si A=PDP−1, où P∈GLn(K) et D=λ10⋮0λn, alors Ak=Pλ1k0⋮0λnkP−1, et pour K≥1, k=0∑Kk!Ak=k=0∑Kk!PDkP−1=P(k=0∑Kk!Dk)P−1.
Or k!Dk=k!λ1k0⋮0k!λnk, et 0∑Kk!Dk→eλ10⋮0eλn, puis P(0∑Kk!Dk)P−1→Peλ10⋮0eλnP−1.
Ainsi, puisque At=Pλ1t0⋮0λntP−1, on a exp(At)=Peλ1t0⋮0eλntP−1.
y:I→K est la fonction inconnue, y(k) est sa dérivée k-ième, et p∈N∗ ; les ak sont des fonctions données, et b aussi.
On introduit Y(t)=y(t)⋮y(p−1)(t). Alors Y:I→Kp ; de plus on a :
On obtient une équation du type Y′=AY+B. On résout l'équation homogène Y′=AY. On a (cf. chapitre sur les suites) : A(t) est la matrice compagnon du polynôme Xp+ap−1(t)Xp−1+⋯+a0(t). On a vu que χA(t)(X)=(Xp+ap−1(t)Xp−1+⋯+a0(t))(−1)p. On cherche les racines de χA afin de la diagonaliser.
Exemple. Si A est à coefficients constants et b=0, par exemple y′′+αy′+βy=0. On se ramène à Y(t)=(y(t)y′(t)), puis Y′(t)=(0−β1−α)Y(t). On pose A=(0−β1−α), puis χA(X)=X2+αX+β.
On cherche les racines en résolvant X2+αX+β=0. On a 3 cas :
deux racines réelles ;
une racine double ;
deux racines complexes.
Pour 1 et 3, on peut la diagonaliser et calculer son exponentielle.