Définition 1. Une fonction n-linéaire est une fonction f:En→K, qui est de plus linéaire par rapport à chaque variable. Cela veut dire que ∀(xi)i=1,…,n∈En, {si on fixe j, alors xj→f(x1,…,xj,…,xn) est lineˊairesi on fixe (x1,…,xj−1,xj+1,…,xn),E→K
Exemple. La fonction {Rn×Rn→R(x,y)↦x.y est 2-linéaire (on dit "bilinéaire"). En effet, on fixe x∈Rn, alors f(x,y1+λy2)=x.(y1+λy2)=xy1+λxy2=f(x,y1)+λf(x,y2). De même, on fixe y∈Rn, alors f(x1+λx2,y)=y(x1+λx2)=yx1+λyx2=f(x1,y)+λf(x2,y).
Définition 1 bis. Une forme n-linéaire est alternée si : (i=j et xi=xj)⇒f(x1,…,xi,…,xj,…,xn)=0 (c'est-à-dire : si on répète 2 fois le même vecteur, f vaut 0). On note An(E) les formes n-linéaires alternées sur E.
Proposition 2. Si f∈An(E), et si (x1,…,xn) est liée, alors f(x1,…,xn)=0.
Démonstration. On suppose que (x1,…,xn) est liée. Donc ∃(αi)i=1,…,n des scalaires tels que i=1∑nαixi=0, et ∃i0 tel que αi0=0 (car les scalaires sont non tous nuls).
Donc xi0=−αi01i=i0∑αixi. Donc f(x1,…,xn)=f(x1,…,−αi01i=i0∑αixi,…,xn)=−i=i0∑αi0αif(x1,xi,…,xn), par linéarité de f par rapport à la variable i0. Or f(x1,…,xi,…,xi,…,xn)=0, car xi est aux places i et i0 ; on utilise donc que f est alternée. □
Théorème II.3. Soit E un espace vectoriel de dimension n. Alors An(E) est un espace vectoriel de dimension 1. Si B=(e1,…,en) est une base de E, alors il existe une unique fonction dans An(E), notée detB, telle que detB(e1,…,en)=1. On l'appelle le déterminant dans la base B.
Démonstration. Admise. □
Proposition 4. Soit f∈An(E). Alors f=f(e1,…,en)×detB. En particulier, detB′=detB′(e1,…,en)×detB, où B′ est une autre base de E.
Démonstration. Puisque An(E) est de dimension 1, tous ses éléments sont colinéaires. Ainsi, ∃λ∈K,f=λdetB. On évalue cela en e1,…,en : f(e1,…,en)=λdetB(e1,…,en). Donc on a la valeur de λ. La deuxième égalité n'est autre que la première avec f=detB′. □
Proposition 5. Une famille (x1,…,xn) est liée si et seulement si detB(x1,…,xn)=0. De plus, si B et B′ sont 2 bases de E, alors detB(B′)×detB′(B)=1.
Démonstration. On commence par montrer la formule. On évalue la deuxième égalité de P4 en B′ : detB′(B′)=detB′(B)×detB(B′). Maintenant, supposons que (x1,…,xn) est libre ; donc c'est une base car dim(E)=n. On la note B′. La formule montre que detB(B′)=0. La réciproque est la contraposée de P2. □
Proposition 6. On a les effets suivants pour le detB. Soit (x1,…,xn) des vecteurs de E, alors :
effet des "transvections" : detB(x1,…,xj,…,xn)=detB(x1,…,xj+i=j∑λixi,…,xn) ;
effet des "dilatations" : ∀λ∈K,detB(x1,…,λxi,…,xn)=λdet(x1,…,xn) ;
effet des "permutations" : ∀i=j,f(x1,…,xi,xj,…,xn)=−f(x1,…,xj,…,xi,…,xn).
Preuve. Les effets de transvection et dilatation se déduisent directement de f∈An(E). Pour la permutation : f(x1,…,xi+xj,…,xi+xj,…,xn)=0 car f est alternée, et f(x1,…,xi+xj,…,xi+xj,…,xn)=f(x1,…,xi,…,xi,…,xn)+f(x1,…,xi,…,xj,…,xn)+f(x1,…,xj,…,xi,…,xn)+f(x1,…,xj,…,xj,…,xn).
Proposition 1. Soit u∈L(E). Soit B une base de E. Alors detB(u(e1),…,u(en)) ne dépend pas de B. On appelle det(u) cette valeur. On a de plus, pour toute famille (x1,…,xn), detB(u(x1),…,u(xn))=(det(u))×detB(x1,…,xn).
Démonstration. Voir travaux dirigés. □
Théorème II.2. Soient u et v dans L(E). Alors det(u∘v)=det(u)×det(v).
Preuve. Soit B une base, alors det(u∘v)=detB((u∘v)(e1),…,(u∘v)(en)). On appelle x1=v(e1),…,xn=v(en) et on applique P1 : det(u∘v)=det(u)×detB(x1,…,xn)=det(u)×detB(v(e1),…,v(en)).
Proposition 3. Soit u∈L(E). Alors u est inversible si et seulement si det(u)=0. On a alors det(u−1)=det(u)1. De plus det(Id)=1.
Démonstration.det(ID)=detB(ID(e1),…,ID(en))=detB(e1,…,en)=1 par définition. Soit u∈L(E) inversible, alors det(u∘u−1)=det(u)×det(u−1)=det(ID)=1. Donc det(u)=0 et det(u−1)=det(u)1.
Supposons maintenant que det(u)=0. Soit B une base de E, alors detB(u(e1),…,u(en))=0. Donc, par I-P3, (u(e1),…,u(en)) est libre. Or dim(E)=n. Donc c'est une base. Donc u est bijective. □
Proposition 4. Soit u∈L(E), et λ∈K. Alors det(λu)=λn×det(u), où n=dim(E).
Démonstration. (À savoir.) Soit B=(e1,…,en) une base de E. Alors det(λu)=detB((λu)(e1),…,(λu)(en))=detB(λu(e1),…,λu(en))=λdetB(u(e1),λu(e2),…,λu(en))=⋯=λndetB(u(e1),…,u(en))=λndet(u). □
Définition. Soit A∈Mn(K) une matrice. On note ci ses colonnes. On les identifie à des vecteurs de Kn. Soit B=(e1,…,en) la base canonique de Kn. Alors on pose det(A)=detB(c1,…,cn).
Proposition 2. Soit u∈L(E) ; alors det(u) est aussi le déterminant de n'importe quelle matrice représentant u, dans une base quelconque. Autrement dit : 2 matrices semblables ont le même déterminant.
Démonstration. Voir TD. □
Corollaire 3. On a det(In)=1, ∀A∈Mn(K),∀λ∈K,det(λA)=λndet(A), det(AB)=det(A).det(B), A∈GLn(K)⇔det(A)=0, et alors det(A−1)=det(A)1.
Démonstration. On utilise P2. In est la matrice de l'identité dans n'importe quelle base, donc det(In)=det(Id)=1. Si A représente u dans la base canonique, alors λA représente λu. Si A représente u dans la base canonique et si B représente v dans la base canonique, alors AB représente u∘v. Si A représente u dans la base canonique, alors A−1 représente u−1. □
Remarque.det(A+B)=det(A)+det(B).
Proposition 4. (matrice diagonale) Soit D=d1⋮0…⋮…0⋮dn une matrice diagonale. Alors det(D)=i=1∏ndi=d1…dn.
Démonstration.D a pour colonnes d1e1,…,dnen, où ei=0⋮1⋮0 (1 à la i-ème place) est le i-ème vecteur de la base canonique de Kn. Donc par D1, det(D)=detB(d1e1,…,dnen)=d1detB(e1,d2e2,…,dnen)=⋯=(d1…dn)×detB(e1,…,en). □
Soit A une matrice dont on note (ci) les colonnes. Alors :
remplacer cj par cj+i=j∑λici ne change pas det(A) (transvections) ;
remplacer cj par λcj change det(A) en λdet(A) (dilatations) ;
échanger ci et cj change det(A) en −det(A) (permutations).
Théorème II.5. Soit T=(tij) une matrice triangulaire supérieure. Alors det(T)=∏i=1ntii.
Démonstration. (À savoir.) On distingue 2 cas. Si un des tii vaut 0 :
si c'est t11, alors c1=0, et (c1,…,cn) est lié, donc detB(c1,…,cn)=0, où B est la base canonique ;
si c'est tii avec i≥2, c'est-à-dire que T=t11000…000……ti−1,i−1…⋮⋮⋮⋱, alors on remarque que (c1,…,ci−1)=t110⋮0t12t2200……ti−1,i−10………0 est une famille échelonnée, donc elle est libre.
Donc Vect(c1,…,ci−1)=Vect(e1,…,ei−1). Or ci=t1iti−1,i0⋮0∈Vect(e1,…,ei−1). Donc (c1,…,ci) est liée.
Donc (c1,…,cn) est liée en tant que sur-famille, donc det(T)=detB(c1,…,cn)=0.
Si aucun des tii ne vaut 0 : on remplace ci par ci−t11t1ic1, et ce pour i de 2 à n. On commence par i=2 : on note
On réitère l'opération pour i≥3 : on fait ci′←ci′−t22t2ic2′. On continue, en faisant pour i≥j+1, ci←ci−tjjtjicj. Au final, on obtient la matrice
T~=t110000t22…0……⋱…000tnn
Cette matrice diagonale a pour déterminant i=1∏ntii par P4 ; de plus son déterminant est le même que le déterminant de T, car elle a été obtenue par des transvections. □
Remarque. Un corollaire de la preuve est : "par une série de transvections, on peut transformer une matrice triangulaire en une matrice diagonale". Sur les systèmes échelonnés {y+x=−32y−6x=2 ou {y+x=−3y=−7, si on les note sous forme matricielle : S1:(1−612)(xy)=(−32), S2:(1011)(xy)=(−3−7). S2 est dit échelonné. On dit aussi que des vecteurs sont "échelonnés" s'ils sont de la forme des colonnes d'une matrice triangulaire, avec aii=0∀i. Alors : ∀i∈{1,…,n},Vect(c1,…,ci)=Vect(e1,…,ei).
Exemple.Vect(c1,c2)=Vect(a11e1,a12e1+a22e2)=Vect(a11e1,c2−a11a12c1)=Vect(a11e1,a22e2)=Vect(e1,e2).
La matrice donnée par les (ci) est triangulaire. Un système linéaire associé se résout facilement "de proche en proche".
Théorème II.6. Soit A∈Mn(K). Alors det(A)=det(tA).
Démonstration. Admis. □
Conséquence : toutes les opérations sur les colonnes sont valables sur les lignes. On parle d'opérations lignes colonnes. On les fait les unes après les autres.
Définition 7. On appelle mineur (i,j) d'une matrice A le déterminant de la matrice obtenue en rayant la i-ème ligne et la j-ème colonne. On le note mij. Le cofacteur (i,j) vaut alors (−1)i+jmij (on le note ici Aij). On note aussi Mij la matrice mineur (i,j).
Exemple. Si A=1022130−14, alors M23=(1223), et m23=det(M23)=1×3−2×2=−1 et A23=(−1)×(−1)=1.
Théorème II.8. Soit A∈Mn(K). Soit j entre 1 et n, fixé. Alors det(A)=i=1∑naijAij, où les (aij) sont les coefficients de A, et les Aij ses cofacteurs. On peut aussi fixer i entre 1 et n ; on a :
det(A)=j=1∑naijAij
Démonstration. Soient (ci) les colonnes de A, Aij les cofacteurs. On commence par montrer :
detmatrice obtenue en plac¸ant eiaˋ la j-eˋme colonne de A[c1,…,ei,…,cn]=Aij
En effet, cette matrice est a11⋮an1a1,j−1⋮…0⋮0a1,j+1⋮……⋮…a1n⋮ann.
On permute la j-ème colonne et la (j−1)-ème, puis on recommence. On trouve que ce déterminant vaut :
det0⋮10⋮0c1…cj−1cj+1…cn×(−1)j
det(A)=detB(c1,…,i=1∑naijei,…,cn) ; en effet, cj=a1j…anj=i=1∑naijei. Par linéarité du déterminant : det(A)=i=1∑naijdetB(c1,…,ei,…,cn). On peut de même développer par rapport à une ligne grâce à det(A)=det(tA). □
n=1. Ici, A=a∈R. On a det(a)=adet(1). Or 1 est la base canonique de R. Donc det(a)=a.
n=2. On a acbd=(−1)1+1a×d+(−1)1+2b×c=ad−bc.
n=3. On utilise la règle de Sarrus : adgbehcfi=aei+dhc+gbf−ceg−fha−ibd.
n≥4. Pas de règle pour calculer ; chercher à repérer une ligne (ou une colonne) avec des 0. Soit A=151220−103611400−3. On développe par rapport à la 4ème colonne :
Remarque. Ne pas toujours forcer sur Sarrus, par exemple : 03104−1226. On développe par rapport à la 1ère ligne : d=0A11+0A12+2×A13=2×(−1)1+3314−1=−14.
La somme des coefficients par colonnes vaut la même chose sur chaque ligne. Avec un même coefficient sur une colonne, on fait apparaître des 0.
Proposition 1. On a pour des matrices triangulaires par blocs la règle suivante :
det(A0BC)=det(A)×det(C)
Démonstration. On décompose la matrice : (A0BC)=(In00C)(A0BIp). Ici n = taille de A et p = taille de C. Or det(In00C)=det(In−100C)=⋯=det(C). De même, det(A0BIp)=det(A). On conclut avec det(PQ)=det(P)×det(Q). □
Remarque. Si (ACBD) est une matrice par blocs, ACBD=det(A)det(D)−det(B)det(C).
Soit A∈Mn,p(K) et B∈Mn,1(K). On cherche à résoudre ⎩⎨⎧a11x1+⋯+a1pxp=b1…an1x1+⋯+anpxp=bn. Cela se réécrit AX=B, où X=(x1,…,xp)∈Mp,1 est la nouvelle inconnue.
Soit u l'application associée à A dans la base canonique de Rn, soit b le vecteur de Rn associé à B dans la base canonique de Rn et x le vecteur de Rn associé à X dans la base canonique de Rn. Alors AX=B⇔u(x)=b.
Ainsi résoudre AX=B, c'est trouver u−1({b}).
Définition 1. On dit que le système est "de Cramer" si p=n, et que det(A)=0.
Proposition 2. Soit AX=B un système de Cramer. Alors il admet une unique solution, qui est donnée par : X=x1⋮xn, où
Démonstration. Puisque det(A)=0, det(u)=0 aussi, et u est bijective, donc l'équation u(x)=b admet une unique solution. Le reste de la preuve est admis. □
Corollaire 3. Soit A tel que A∈GLn(K). Alors A−1=det(A)1tcom(A), où com(A) est la matrice des cofacteurs.
Démonstration. Voir TD. □
Remarque. Cela permet de calculer A−1 en dimension 3, mais en dimension supérieure à 4, cela donne de gros calculs.