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Notions de mécanique des milieux continus

Introduction​

Il existe trois états de la matière, solide, liquide et gazeux ; les états liquide et gazeux composent les fluides. Dans un solide, les atomes occupent des positions moyennes dans un réseau cristallin bien défini qu'il est difficile de modifier, leurs déplacements sont donc limités.

A contrario, dans les liquides, la distance qui sépare les molécules est plus grande, ainsi les forces intermoléculaires sont plus faibles que dans les solides. La structure est donc un amas de molécules qui est beaucoup plus désordonné que dans les solides. La masse volumique est assez grande et comparable à celle des solides :

« L'eau c'est lourd », Baste Jean-Stéphane

Le liquide ne possède pas de forme propre, il occupe l'espace qui lui est octroyé, les couches glissent les unes par rapport aux autres, le liquide peut s'écouler. Cependant, son volume est bien défini et le liquide est incompressible.

Le gaz occupe tout l'espace octroyé, les forces intermoléculaires sont très faibles, la masse volumique de même. Le gaz est très compressible.

Notion de continuité​

On utilise le concept de milieu continu, qui correspond à une modélisation de la réalité physique à une échelle donnée, induite par l'expérience. Dans ce cours, on assimile la matière à un milieu continu.

Proposition A. Un milieu est continu lorsque ses propriétés varient de façon continue d'un point à l'autre. Une particule possède une position et une vitesse en un point central. De plus, une particule possède une masse Δm\Delta m et un volume ΔV\Delta V ; on peut donc définir la masse volumique moyenne

ρmoy=ΔmΔV\rho_{moy} = \frac{\Delta m}{\Delta V}

et donc la masse volumique du point PP est

lim⁡ΔV→0(ΔmΔV)=ρ(P)=⏟continuiteˊdmdV\lim_{\Delta V \to 0} \left(\frac{\Delta m}{\Delta V}\right) = \rho(P) \underbrace{=}_{\text{continuité}} \frac{dm}{dV}

Les propriétés physiques du milieu vont dépendre du point d'application :

Φ↦⏟masse en Pφ(P)\Phi \underbrace{\mapsto}_{\text{masse en } P} \varphi(P)

puisque le milieu est continu, lorsque l'on s'écarte du point PP :

  1. soit φ\varphi ne varie pas ;

  2. soit φ\varphi varie très peu autour de PP, la propriété Φ\Phi est continue dans le milieu continu :

    dϕ=∂ϕ∂xdx+∂ϕ∂ydy+∂ϕ∂zdzd\phi = \frac{\partial \phi}{\partial x} dx + \frac{\partial \phi}{\partial y} dy + \frac{\partial \phi}{\partial z} dz
  3. soit φ\varphi n'est pas continue, donc le milieu n'est pas continu.

Proposition B. Lors d'une déformation d'un milieu continu, deux points voisins restent voisins et donc des portions initialement distinctes restent distinctes (pas de superposition). Une particule MM à l'instant t0t_0 se trouve aux coordonnées (x0,y0,z0)(x_0, y_0, z_0) et à l'instant tt elle se trouve aux coordonnées (x1,y1,z1)=(f1,f2,f3)(x_1, y_1, z_1) = (f_1, f_2, f_3).

Proposition C. Il y a évolution continue si les fonctions f1f_1, f2f_2 et f3f_3 sont continues, uniformes (injectives), de classe C1C^1.

Les trois propositions forment les 3 notions de continuité. Cependant, l'hypothèse de continuité des transformations n'est pas vérifiée par :

  1. la formation de trous par fissure dans les solides et la cavitation dans les fluides. Pour traiter ce cas, on conserve l'hypothèse de continuité partout sauf sur la surface de discontinuité ; cette surface est caractérisée par une surface libre ;
  2. le glissement relatif de 2 parties du milieu, par le glissement dans les solides et le sillage dans les fluides. Pour traiter ce cas, on conserve l'hypothèse de continuité partout sauf sur la surface de glissement ; cette surface sera traitée grâce aux forces de glissement ;
  3. le choc de deux veines fluides. Pour traiter ce cas, on conserve l'hypothèse de continuité partout sauf sur la surface de choc ; cette surface sera traitée grâce aux forces de chocs.

Cinématique des milieux continus - déformations​

Soit un milieu continu qui subit une transformation ; le point d'origine est P0P_0 et P0P→=D⃗\overrightarrow{P_0P} = \vec{D} le déplacement. Si le point Q0Q_0 voisin de P0P_0 subit la même transformation que P0P_0, il se déplace à Q′Q' et Q0Q′→=D⃗\overrightarrow{Q_0Q'} = \vec{D} ; alors la transformation de la matière est une simple translation.

Si le point Q0Q_0 n'a pas la même translation que P0P_0, il se déplace à QQ et Q0Q→=X⃗\overrightarrow{Q_0Q} = \vec{X}, ce qui induit une déformation. C'est la différence de déplacement qui crée la déformation.

Q0Q→=X⃗(Q0)=D⃗(P0)+dX⃗(Q0,deˊformation)\overrightarrow{Q_0Q} = \vec{X}(Q_0) = \vec{D}(P_0) + d\vec{X}(Q_0, \text{déformation})

La transformation déformante implique l'apparition de dX⃗d\vec{X}, donc la déformation correspond à dX⃗d\vec{X}. Soit

P0Q0→=d⃗10={dx1dx2dx3etdX⃗={dX1dX2dX3\overrightarrow{P_0Q_0} = \vec{d}_{10} = \begin{cases} dx_1 \\ dx_2 \\ dx_3 \end{cases} \quad \text{et} \quad d\vec{X} = \begin{cases} dX_1 \\ dX_2 \\ dX_3 \end{cases}

Une transformation continue d'un milieu continu est donc, d'après C, dX⃗d\vec{X} est continu, donc

dX⃗={dX1=grad→(X1).d⃗10dX2=grad→(X2).d⃗10dX3=grad→(X3).d⃗10d\vec{X} = \begin{cases} dX_1 = \overrightarrow{\text{grad}}(X_1).\vec{d}_{10} \\ dX_2 = \overrightarrow{\text{grad}}(X_2).\vec{d}_{10} \\ dX_3 = \overrightarrow{\text{grad}}(X_3).\vec{d}_{10} \end{cases}
{dX⃗}=(dX1dX2dX3)=(∂X1∂x1∂X1∂x2∂X1∂x3∂X2∂x1∂X2∂x2∂X2∂x3∂X3∂x1∂X3∂x2∂X3∂x3)(dx1dx2dx3)\left\lbrace d\vec{X} \right\rbrace = \begin{pmatrix} dX_1 \\ dX_2 \\ dX_3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \dfrac{\partial X_1}{\partial x_1} & \dfrac{\partial X_1}{\partial x_2} & \dfrac{\partial X_1}{\partial x_3} \\ \dfrac{\partial X_2}{\partial x_1} & \dfrac{\partial X_2}{\partial x_2} & \dfrac{\partial X_2}{\partial x_3} \\ \dfrac{\partial X_3}{\partial x_1} & \dfrac{\partial X_3}{\partial x_2} & \dfrac{\partial X_3}{\partial x_3} \end{pmatrix} \begin{pmatrix} dx_1 \\ dx_2 \\ dx_3 \end{pmatrix}
dX⃗=G⃗.d⃗10d\vec{X} = \vec{G}.\vec{d}_{10}

« 3 × 3 = 9 », Baste Jean-Stéphane

∂Xi∂xj=12(∂Xi∂xj−∂Xj∂xi)+12(∂Xi∂xj+∂Xj∂xi)=ωij+εij\frac{\partial X_i}{\partial x_j} = \frac{1}{2}\left(\frac{\partial X_i}{\partial x_j} - \frac{\partial X_j}{\partial x_i}\right) + \frac{1}{2}\left(\frac{\partial X_i}{\partial x_j} + \frac{\partial X_j}{\partial x_i}\right) = \omega_{ij} + \varepsilon_{ij}

où ωij=−ωji\omega_{ij} = -\omega_{ji} et ωii=0\omega_{ii} = 0 :

ωij=(0ω12ω13−ω120ω23−ω13−ω230)etεij=(ε11ε12ε13ε12ε22ε23ε13ε23ε33)\omega_{ij} = \begin{pmatrix} 0 & \omega_{12} & \omega_{13} \\ -\omega_{12} & 0 & \omega_{23} \\ -\omega_{13} & -\omega_{23} & 0 \end{pmatrix} \quad \text{et} \quad \varepsilon_{ij} = \begin{pmatrix} \varepsilon_{11} & \varepsilon_{12} & \varepsilon_{13} \\ \varepsilon_{12} & \varepsilon_{22} & \varepsilon_{23} \\ \varepsilon_{13} & \varepsilon_{23} & \varepsilon_{33} \end{pmatrix}

et donc

Xi=Di+∑jωijdxj+∑j∑εijdxjX_i = D_i + \sum_j \omega_{ij} dx_j + \sum_j \sum \varepsilon_{ij} dx_j

Étude de ωij\omega_{ij}. On note

ω⃗={ω1=ω32ω2=ω13ω3=ω21\vec{\omega} = \begin{cases} \omega_1 = \omega_{32} \\ \omega_2 = \omega_{13} \\ \omega_3 = \omega_{21} \end{cases}
ω⃗∧d⃗20={ω13dx3−ω21dx2ω21dx1−ω32dx3ω32dx2−ω13dx2={ω12dx2+ω13dx3ω21dx1+ω23dx3ω31dx1+ω32dx2\vec{\omega} \wedge \vec{d}_{20} = \begin{cases} \omega_{13} dx_3 - \omega_{21} dx_2 \\ \omega_{21} dx_1 - \omega_{32} dx_3 \\ \omega_{32} dx_2 - \omega_{13} dx_2 \end{cases} = \begin{cases} \omega_{12} dx_2 + \omega_{13} dx_3 \\ \omega_{21} dx_1 + \omega_{23} dx_3 \\ \omega_{31} dx_1 + \omega_{32} dx_2 \end{cases}

De plus, si εij=0\varepsilon_{ij} = 0, on a

{X1=D1+ω11dx1+ω12dx2+ω13dx3X2=D2+ω21dx1+ω22dx2+ω23dx3X3=D3+ω31dx1+ω32dx2+ω33dx3\begin{cases} X_1 = D_1 + \cancel{\omega_{11} dx_1} + \omega_{12} dx_2 + \omega_{13} dx_3 \\ X_2 = D_2 + \omega_{21} dx_1 + \cancel{\omega_{22} dx_2} + \omega_{23} dx_3 \\ X_3 = D_3 + \omega_{31} dx_1 + \omega_{32} dx_2 + \cancel{\omega_{33} dx_3} \end{cases}

et donc

ω⃗∧d⃗10=Q0P0→∧ω⃗\vec{\omega} \wedge \vec{d}_{10} = \overrightarrow{Q_0P_0} \wedge \vec{\omega}

On remarque que c'est l'équation de rotation d'ensemble d'un solide indéformable. Donc la partie antisymétrique ω\omega de la matrice de transformation GG n'est pas déformante. Elle décrit une rotation d'ensemble sans déformation.

ω⃗=12rot→(X⃗)\vec{\omega} = \frac{1}{2} \overrightarrow{\text{rot}}(\vec{X})

Étude de εij\varepsilon_{ij}. Une transformation dans le plan (1,2) d'un segment P0Q0P_0Q_0 parallèle à l'axe 1⃗\vec{1} (dx2=0dx_2 = 0). On a alors

dX1=∂X1∂x1dx1+∂X1∂x2dx2dX_1 = \frac{\partial X_1}{\partial x_1} dx_1 + \cancel{\frac{\partial X_1}{\partial x_2} dx_2}
dX1=ε11dx1=Q1Q′‾dX_1 = \varepsilon_{11} dx_1 = \overline{Q_1Q'}

d'où on a

ε11=∂X1∂x1=Q1Q′P0Q0=Q1Q′‾PQ1‾=allongement suivant l’axe 1longueur initiale suivant 1\varepsilon_{11} = \frac{\partial X_1}{\partial x_1} = \frac{Q_1Q'}{P_0Q_0} = \frac{\overline{Q_1Q'}}{\overline{PQ_1}} = \frac{\text{allongement suivant l'axe 1}}{\text{longueur initiale suivant 1}}

Ainsi εii\varepsilon_{ii} représente l'allongement relatif par rapport à l'axe ii. C'est une dilatation linéaire, une extension ; ainsi Q1Q‾=P0Q0‾ε11\overline{Q_1Q} = \overline{P_0Q_0}\varepsilon_1 1

PQ′‾=P0Q0‾(1+ε11)\overline{PQ'} = \overline{P_0Q_0}(1 + \varepsilon_{11})

Lors de la rotation de 1 vers 2, on a Q′Q' très voisin de QQ, ainsi PQ′=PQPQ' = PQ ; on a donc Q′Q‾=dX2\overline{Q'Q} = dX_2.

tan⁡(θ)=dX2dx1(1+ε11)=∂X2∂x1dx1dx1(1+ε11)=∂X2∂x111+ε11=G211+ε11\begin{aligned} \tan(\theta) &= \frac{dX_2}{dx_1(1 + \varepsilon_{11})} \\ &= \frac{\partial X_2}{\partial x_1} \frac{dx_1}{dx_1(1 + \varepsilon_{11})} \\ &= \frac{\partial X_2}{\partial x_1} \frac{1}{1 + \varepsilon_{11}} \\ &= \frac{G_{21}}{1 + \varepsilon_{11}} \end{aligned}

On a ε11\varepsilon_{11} petit devant 1, on a donc θ\theta petit et finalement θ∼G21\theta \sim G_{21}.

Les termes diagonaux sont responsables de l'extension et les termes non diagonaux sont responsables de la distorsion. On a donc θ1=G21\theta_1 = G_{21}, ce qui représente la rotation de 1 vers 2, et θ2=G12\theta_2 = G_{12}, ce qui représente la rotation de 2 vers 1.

ε12=12(∂X2∂x1⏟G21+∂X1∂x2⏟G12)=ε21\varepsilon_{12} = \frac{1}{2}\left(\underbrace{\frac{\partial X_2}{\partial x_1}}_{G_{21}} + \underbrace{\frac{\partial X_1}{\partial x_2}}_{G_{12}}\right) = \varepsilon_{21}

Soit γ=π2−(θ1+θ2)\gamma = \dfrac{\pi}{2} - (\theta_1 + \theta_2), ainsi

γ=π2−(G21+G12)=π2−2ε12\gamma = \frac{\pi}{2} - (G_{21} + G_{12}) = \frac{\pi}{2} - 2\varepsilon_{12}

La variation d'angle est le fait des termes non diagonaux, qui induisent une distorsion, et donc

π2→π2−2ε12\frac{\pi}{2} \to \frac{\pi}{2} - 2\varepsilon_{12}

Le terme 2εij2\varepsilon_{ij} représente la modification de l'angle droit entre les directions OxiOx_i et OxjOx_j : c'est l'angle de glissement.

Propriété de la matrice de déformation.

(ε11ε12ε13ε12ε22ε23ε13ε23ε33)→(ϵ1000ϵ2000ϵ3)\begin{pmatrix} \varepsilon_{11} & \varepsilon_{12} & \varepsilon_{13} \\ \varepsilon_{12} & \varepsilon_{22} & \varepsilon_{23} \\ \varepsilon_{13} & \varepsilon_{23} & \varepsilon_{33} \end{pmatrix} \to \begin{pmatrix} \epsilon_1 & 0 & 0 \\ 0 & \epsilon_2 & 0 \\ 0 & 0 & \epsilon_3 \end{pmatrix}

La matrice est symétrique et donc elle est diagonalisable dans un repère principal de déformation. On dit que ϵi\epsilon_i est l'extension principale ; de plus, si i≠ji \neq j, on a ϵij=0\epsilon_{ij} = 0 : la forme est conservée.

De plus, la trace de la matrice est un invariant, donc

div(X⃗)=tr(ϵij)=ΔVV(dilatation volumique)div(\vec{X}) = tr(\epsilon_{ij}) = \frac{\Delta V}{V} \qquad \text{(dilatation volumique)}
ϵ11+ϵ22+ϵ33=ϵ1+ϵ2+ϵ3=cte=θ\epsilon_{11} + \epsilon_{22} + \epsilon_{33} = \epsilon_1 + \epsilon_2 + \epsilon_3 = cte = \theta

Équilibre des milieux continus - contrainte​

Forces s'exerçant sur une portion de milieu continu.

« Si les petites cuillères sont tordues c'est parce qu'on les a touchées », Baste Jean-Stéphane

Les forces de contact vont de l'extérieur vers l'intérieur. Cette force de contact va dépendre du point, ce qui induit un champ de force de contact. Il possédera une densité moyenne de force ΔF⃗ΔS\dfrac{\Delta \vec{F}}{\Delta S} et une densité de force de contact en P=lim⁡ΔS→0(ΔF⃗ΔS)=T⃗P = \displaystyle\lim_{\Delta S \to 0} \left(\frac{\Delta \vec{F}}{\Delta S}\right) = \vec{T}.

Il y a apparition d'une tension mécanique T⃗(P,N⃗)\vec{T}(P, \vec{N}) en N.m−2N.m^{-2}, qui est une action par unité de surface de l'extérieur sur l'intérieur. Pour connaître T⃗\vec{T} : les 3 paramètres de position du point xx, les deux cosinus directeurs α\alpha par rapport à N⃗\vec{N} et l'intensité de la force. La région autour du point PP porte la normale ; on a

Tn=T⃗N⃗projection de T⃗ sur la normale N⃗T⃗n=(T⃗N⃗)N⃗t⃗=t⃗=N⃗∧T⃗∧N⃗=T⃗−T⃗n=T⃗−(N⃗.T⃗)N⃗\begin{aligned} T_n &= \vec{T}\vec{N} \quad \text{projection de } \vec{T} \text{ sur la normale } \vec{N} \\ \vec{T}_n &= (\vec{T}\vec{N})\vec{N} \\ \vec{t} &= \vec{t} = \vec{N} \wedge \vec{T} \wedge \vec{N} \\ &= \vec{T} - \vec{T}_n \\ &= \vec{T} - (\vec{N}.\vec{T})\vec{N} \end{aligned}

t⃗\vec{t} est le vecteur de cission. L'action vers l'extérieur est une traction positive Tn>0T_n > 0 et l'action vers l'intérieur implique une traction négative Tn<0T_n < 0.

Soit trois facettes orientées suivant les axes 1, 2, 3 ; sur la facette ii s'exerce la tension T⃗i\vec{T}_i. On peut établir une matrice

(Tn1t12t13t21Tn2t32t31t32Tn3)=(σ11σ12σ13σ21σ22σ23σ31σ32σ33)\begin{pmatrix} T_{n1} & t_{12} & t_{13} \\ t_{21} & T_{n2} & t_{32} \\ t_{31} & t_{32} & T_{n3} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \sigma_{11} & \sigma_{12} & \sigma_{13} \\ \sigma_{21} & \sigma_{22} & \sigma_{23} \\ \sigma_{31} & \sigma_{32} & \sigma_{33} \end{pmatrix}

On nomme cette matrice la matrice des composantes ; elle représente sur l'horizontale l'axe normal à la facette et sur la verticale la contrainte suivant l'axe. La matrice est diagonalisable car symétrique (on a σij=σji\sigma_{ij} = \sigma_{ji}) ; il existe un repère principal de contrainte.

Connaissant la matrice des contraintes en PP, calculons la tension qui s'exerce sur une facette quelconque :

σ‾(P)→T⃗(P,N⃗)\overline{\sigma}(P) \to \vec{T}(P, \vec{N})

Sur la normale, on prend un point QQ voisin de PP. À partir de QQ, un plan normal à la normale, parallèle à la facette. On cherche à faire l'équilibre de ce tétraèdre. Soit la surface ABC=ΣABC = \Sigma, APC=Σ2=Σα2APC = \Sigma_2 = \Sigma\alpha_2, APB=Σ3=Σα3APB = \Sigma_3 = \Sigma\alpha_3 et BPC=Σ1=Σα1BPC = \Sigma_1 = \Sigma\alpha_1. On note αi\alpha_i le cosinus directeur de N⃗\vec{N} tel que ∑i=13αi2=1\sum_{i=1}^{3} \alpha_i^2 = 1. Sur ces 4 faces s'exercent des forces de contact :

  • sur ABCABC : T⃗Σ{T1ΣT2ΣT3Σ\vec{T}\Sigma \begin{cases} T_1\Sigma \\ T_2\Sigma \\ T_3\Sigma \end{cases}
  • sur APCAPC : {σ12Σ2σ22Σ2σ32Σ2\begin{cases} \sigma_{12}\Sigma_2 \\ \sigma_{22}\Sigma_2 \\ \sigma_{32}\Sigma_2 \end{cases}
  • sur APBAPB : {σ13Σ3σ23Σ3σ33Σ3\begin{cases} \sigma_{13}\Sigma_3 \\ \sigma_{23}\Sigma_3 \\ \sigma_{33}\Sigma_3 \end{cases}
  • sur BPCBPC : {σ11Σ1σ21Σ1σ31Σ1\begin{cases} \sigma_{11}\Sigma_1 \\ \sigma_{21}\Sigma_1 \\ \sigma_{31}\Sigma_1 \end{cases}

On note la condition d'équilibre :

1⃗:T1Σ=σ11Σ1⏟α1Σ+σ12Σ2⏟α2Σ+σ13Σ3⏟α3Σ\vec{1} : T_1\Sigma = \sigma_{11} \underbrace{\Sigma_1}_{\alpha_1\Sigma} + \sigma_{12} \underbrace{\Sigma_2}_{\alpha_2\Sigma} + \sigma_{13} \underbrace{\Sigma_3}_{\alpha_3\Sigma}
1⃗:T1=σ11α1+σ12α2+σ13α32⃗:T2=σ21α1+σ22α2+σ23α33⃗:T3=σ31α1+σ32α2+σ33α3{T⃗}=(σij)(α1α2α3)\begin{aligned} \vec{1} &: T_1 = \sigma_{11}\alpha_1 + \sigma_{12}\alpha_2 + \sigma_{13}\alpha_3 \\ \vec{2} &: T_2 = \sigma_{21}\alpha_1 + \sigma_{22}\alpha_2 + \sigma_{23}\alpha_3 \\ \vec{3} &: T_3 = \sigma_{31}\alpha_1 + \sigma_{32}\alpha_2 + \sigma_{33}\alpha_3 \end{aligned} \qquad \lbrace \vec{T} \rbrace = (\sigma_{ij}) \begin{pmatrix} \alpha_1 \\ \alpha_2 \\ \alpha_3 \end{pmatrix}

{T⃗}=(σij){N⃗}\lbrace \vec{T} \rbrace = (\sigma_{ij}) \lbrace \vec{N} \rbrace. La tension en un point sur une facette quelconque :

T⃗(P,N⃗)=σ‾‾(P)N⃗\vec{T}(P, \vec{N}) = \overline{\overline{\sigma}}(P)\vec{N}

Équation d'équilibre. Un corps est soumis à des forces de volume (ex : poids, inertie) : dρ⃗=a⃗ρ dvd\vec{\rho} = \vec{a}\rho\,dv, et soumis à des forces de contact entre l'extérieur et l'intérieur. Calculons la résultante des forces suivant l'axe 1⃗\vec{1} sur les 2 facettes avant et arrière. Par continuité, (σ11)AV(\sigma_{11})_{AV}, (σ11)AR=(σ11)AV+∂σ11∂x1dx1(\sigma_{11})_{AR} = (\sigma_{11})_{AV} + \dfrac{\partial \sigma_{11}}{\partial x_1} dx_1. La résultante est donc ∂σ11∂x1dx1 dx2 dx3\dfrac{\partial \sigma_{11}}{\partial x_1} dx_1\,dx_2\,dx_3.

Résultante des forces (à l'équilibre) suivant 1⃗\vec{1}, 2⃗\vec{2}, 3⃗\vec{3} :

{∂σ11∂x1+∂σ12∂x2+∂σ13∂x3+a1ρ=0∂σ21∂x1+∂σ22∂x2+∂σ23∂x3+a2ρ=0∂σ31∂x1+∂σ32∂x2+∂σ33∂x3+a3ρ=0\begin{cases} \dfrac{\partial \sigma_{11}}{\partial x_1} + \dfrac{\partial \sigma_{12}}{\partial x_2} + \dfrac{\partial \sigma_{13}}{\partial x_3} + a_1\rho = 0 \\[2mm] \dfrac{\partial \sigma_{21}}{\partial x_1} + \dfrac{\partial \sigma_{22}}{\partial x_2} + \dfrac{\partial \sigma_{23}}{\partial x_3} + a_2\rho = 0 \\[2mm] \dfrac{\partial \sigma_{31}}{\partial x_1} + \dfrac{\partial \sigma_{32}}{\partial x_2} + \dfrac{\partial \sigma_{33}}{\partial x_3} + a_3\rho = 0 \end{cases}

La relation générale d'équilibre dans les milieux continus.

∑j(∂σij∂xj)+ρai=0div→ σ‾‾+ρa⃗=0⃗\sum_j \left(\frac{\partial \sigma_{ij}}{\partial x_j}\right) + \rho a_i = 0 \qquad \overrightarrow{div}\ \overline{\overline{\sigma}} + \rho\vec{a} = \vec{0}

Lois de comportement - solide - fluide​

Les relations entre sollicitation et déformation

σ‾‾=f(ϵ‾‾)ϵ‾‾=ϕ(σ‾‾)\overline{\overline{\sigma}} = f(\overline{\overline{\epsilon}}) \qquad \overline{\overline{\epsilon}} = \phi(\overline{\overline{\sigma}})

expriment le comportement du milieu, c'est-à-dire ses propriétés physiques. On considère un modèle de milieu continu homogène (même propriété en tout point), isotrope (même propriété dans toutes les directions) et linéaire (milieu liant par son comportement). Si le milieu est homogène et isotrope, ϵ\epsilon et σ\sigma ont les mêmes axes principaux :

σ‾‾→(σ1000σ2000σ3)↔(ϵ1000ϵ2000ϵ3)←ϵ‾‾\overline{\overline{\sigma}} \to \begin{pmatrix} \sigma_1 & 0 & 0 \\ 0 & \sigma_2 & 0 \\ 0 & 0 & \sigma_3 \end{pmatrix} \leftrightarrow \begin{pmatrix} \epsilon_1 & 0 & 0 \\ 0 & \epsilon_2 & 0 \\ 0 & 0 & \epsilon_3 \end{pmatrix} \leftarrow \overline{\overline{\epsilon}}

Le milieu est linéaire si σi\sigma_i est fonction linéaire de ϵi\epsilon_i. Pour la relation de comportement d'un milieu continu, homogène, isotrope, linéaire, en repère principal, on a

σi=λθ+2μϵi+ϖ\sigma_i = \lambda\boxed{\theta} + 2\mu\epsilon_i + \varpi

avec θ=tr(ϵ)=ϵ1+ϵ2+ϵ3\boxed{\theta} = tr(\epsilon) = \epsilon_1 + \epsilon_2 + \epsilon_3 ; dans un repère quelconque, on a

σij=(ϖ+λθ)δij+2μϵij\sigma_{ij} = (\varpi + \lambda\boxed{\theta})\delta_{ij} + 2\mu\epsilon_{ij}

Cas des solides. La forme propre est l'état naturel ; au repos, on a σ‾‾⇒ϖ=0\overline{\overline{\sigma}} \Rightarrow \varpi = 0. On a donc les équations de Lamé, qui décrivent le comportement linéaire d'un solide isotrope :

σi=λθ+2μϵi\sigma_i = \lambda\boxed{\theta} + 2\mu\epsilon_i
σij=λθδij+2μϵij\sigma_{ij} = \lambda\boxed{\theta}\delta_{ij} + 2\mu\epsilon_{ij}

Cas des fluides. Pas de forme propre, pas de déformation au repos : ϵij=0⇒μ=0\epsilon_{ij} = 0 \Rightarrow \mu = 0, θ=0\boxed{\theta} = 0. Dans un repère quelconque,

σij=(ϖ+λθ)δij+2μϵij\sigma_{ij} = (\varpi + \lambda\boxed{\theta})\delta_{ij} + 2\mu\epsilon_{ij}
σij=(ϖ000ϖ000ϖ)\sigma_{ij} = \begin{pmatrix} \varpi & 0 & 0 \\ 0 & \varpi & 0 \\ 0 & 0 & \varpi \end{pmatrix}

Toutes les directions sont principales. Un fluide n'existe que s'il est soumis à une sollicitation de traction négative (compression) :

ϖ=−pσij=−pδij\varpi = -p \qquad \sigma_{ij} = -p\delta_{ij}

donc on a p>0p > 0. Un fluide est parfait si le changement de forme ne nécessite aucun travail :

σij=−pδij\sigma_{ij} = -p\delta_{ij}

« Il faut se méfier des gens qui se disent parfaits », Baste Jean-Stéphane

« Si les fluides étaient parfaits on ne pourrait pas vivre », Baste Jean-Stéphane

Cas des fluides réels. On prend en compte la viscosité du liquide ; un travail est nécessaire pour produire un écoulement (changement de forme) :

σij=−pδij+matrice des contraintes de viscositeˊ\sigma_{ij} = -p\delta_{ij} + \text{matrice des contraintes de viscosité}
σij=(σ11σ12σ13σ12σ22σ23σ13σ23σ33)\sigma_{ij} = \begin{pmatrix} \sigma_{11} & \sigma_{12} & \sigma_{13} \\ \sigma_{12} & \sigma_{22} & \sigma_{23} \\ \sigma_{13} & \sigma_{23} & \sigma_{33} \end{pmatrix}

« Le mouvement d'un fluide n'est pas gratuit », Baste Jean-Stéphane

Fluide newtonien, coefficient de viscosité. Ce sont des forces qui s'opposent au mouvement du fluide : les forces de viscosité sont les forces de frottement du fluide. Ces forces de frottement font qu'en plus de la pression qui s'exerce, il y a une composante tangentielle qui s'oppose au mouvement. Les contraintes ne dépendent que de l'instant même, le fluide est isotrope et les contraintes ne dépendent que du champ des vitesses, en particulier du tenseur des vitesses de déformation

dij=12(∂ui∂xj+∂uj∂xi)d_{ij} = \frac{1}{2}\left(\frac{\partial u_i}{\partial x_j} + \frac{\partial u_j}{\partial x_i}\right)

Ces 4 hypothèses conduisent au modèle de fluide newtonien :

σij=−pδij+λdmmδij+2μdij\sigma_{ij} = -p\delta_{ij} + \lambda d_{mm}\delta_{ij} + 2\mu d_{ij}

où dmm=∑m=13∂um∂xm=div(u⃗)d_{mm} = \displaystyle\sum_{m=1}^{3} \frac{\partial u_m}{\partial x_m} = div(\vec{u}). Avec pp, qui est le seul à être présent au repos, dmmd_{mm}, qui représente la dilatation ou la contraction (coefficient de compressibilité), et le dernier terme, qui représente le gradient transversal du champ des vitesses ; μ\mu est le coefficient de viscosité.

Calculons σij\sigma_{ij} :

σij=−pδij+λ[∂u1∂x1+∂u2∂x2+∂u3∂x3]+μ[∂ui∂xj+∂uj∂xi]\sigma_{ij} = -p\delta_{ij} + \lambda\left[\frac{\partial u_1}{\partial x_1} + \frac{\partial u_2}{\partial x_2} + \frac{\partial u_3}{\partial x_3}\right] + \mu\left[\frac{\partial u_i}{\partial x_j} + \frac{\partial u_j}{\partial x_i}\right]

Les σ12=μ∂u1∂x2=σ21=μk\sigma_{12} = \mu \dfrac{\partial u_1}{\partial x_2} = \sigma_{21} = \mu k.

μ=contraintegradient de vitesseen kg.m−1s−1\mu = \frac{\text{contrainte}}{\text{gradient de vitesse}} \quad \text{en } kg.m^{-1}s^{-1}

Pour un liquide, on a

μ=AeBT\mu = Ae^{\frac{B}{T}}

et pour un gaz, on a

μ=AT1+BT\mu = \frac{A\sqrt{T}}{1 + \dfrac{B}{T}}

Introduction à la mécanique des fluides​

Statique des fluides​

σij=−pδij\sigma_{ij} = -p\delta_{ij}
ργ⃗+div→(σ⃗)=0⃗ργ⃗+div→(−pδij)=0⃗ργ⃗−grad→ p=0⃗\begin{aligned} \rho\vec{\gamma} + \overrightarrow{div}(\vec{\sigma}) &= \vec{0} \\ \rho\vec{\gamma} + \overrightarrow{div}(-p\delta_{ij}) &= \vec{0} \\ \rho\vec{\gamma} - \overrightarrow{\text{grad}}\,p &= \vec{0} \end{aligned}

Cas particulier. Les forces de champ dérivent d'un potentiel uu :

γ⃗=−grad→ u\vec{\gamma} = -\overrightarrow{\text{grad}}\,u
ρ grad→ u+grad→ p=0\rho\,\overrightarrow{\text{grad}}\,u + \overrightarrow{\text{grad}}\,p = 0