Aller au contenu principal

Diagrammes d'Ellingham

Construction d'un diagramme d'Ellingham​

Les diagrammes d'Ellingham ont pour but de déterminer la stabilité relative des métaux et de leurs oxydes. Ils permettent de réduire les oxydes pour obtenir les métaux, à l'aide de H2H_2, du CC, du COCO et du CO2CO_2. Pour cela, on se base sur la thermodynamique et sur les équations de formation de l'oxyde, équilibrées pour 1 mole d'O2O_2 (comparaison de différents couples M/MxOyM/M_xO_y) :

2xyM+O2(g)→2yMxOy\frac{2x}{y}M + O_{2(g)} \rightarrow \frac{2}{y}M_xO_y

On cherche alors la variation de l'enthalpie libre :

ΔrG∘(T)⏟variation de l’enthalpie libre standard=ΔrH∘(T)⏟variation d’enthalpie standard−TΔrS∘(T)⏟variation d’entropie standard\underbrace{\Delta_r G^\circ(T)}_{\text{variation de l'enthalpie libre standard}} = \underbrace{\Delta_r H^\circ(T)}_{\text{variation d'enthalpie standard}} - \underbrace{T\Delta_r S^\circ(T)}_{\text{variation d'entropie standard}}
ΔrH∘(T)=∑γiΔfH∘(T)ΔrS∘(T)=∑γiSi∘(T)\Delta_r H^\circ(T) = \sum \gamma_i \Delta_f H^\circ(T) \qquad \Delta_r S^\circ(T) = \sum \gamma_i S^\circ_i(T)

Approximation d'Ellingham : ΔrH∘\Delta_r H^\circ et ΔrS∘\Delta_r S^\circ sont indépendantes de la température (sauf changement de phase) ⇒ΔrG∘=f(T)\Rightarrow \Delta_r G^\circ = f(T).

Droites sur un diagramme d'Ellingham. Sur les diagrammes d'Ellingham, on a des droites

{de pente −ΔrS∘d’ordonneˊe aˋ l’origine ΔrH∘\begin{cases} \text{de pente } -\Delta_r S^\circ \\ \text{d'ordonnée à l'origine } \Delta_r H^\circ \end{cases}

Pour un couple M/MxOyM/M_xO_y, on trouve sur les diagrammes d'Ellingham un ensemble de segments de droite ΔrG∘\Delta_r G^\circ en fonction de TT, en kJ.mol−1\text{kJ.mol}^{-1}.

Sur les diagrammes d'Ellingham, le signe de la pente de la droite (sans changement d'état physique) indique les conditions de formation de l'oxyde à partir du métal. Cela dépend de la variation de la quantité de matière gazeuse :

{Δνgaz>0→pente<0Δνgaz<0→pente>0Δνgaz=0→pente≈0\begin{cases} \Delta\nu_{gaz} > 0 \rightarrow \text{pente} < 0 \\ \Delta\nu_{gaz} < 0 \rightarrow \text{pente} > 0 \\ \Delta\nu_{gaz} = 0 \rightarrow \text{pente} \approx 0 \end{cases}

Influence des changements d'état physique. En général, on prend la température croissante.

  • Dans un corps simple, l'ordonnée à l'origine augmente après la transition de phase. Lors de la transition de l'état solide à l'état liquide, le métal devient plus réactif mais moins stable : il est donc plus facile de former l'oxyde, c'est-à-dire que ΔrG∘\Delta_r G^\circ diminue.
  • Dans un oxyde, l'ordonnée à l'origine diminue après la transition de phase. L'oxyde se forme à l'état liquide (qui est moins stable) : la réaction est donc plus difficile et il faut fournir plus d'énergie, c'est-à-dire que ΔrG∘\Delta_r G^\circ augmente.

Utilisation​

Domaine de stabilité des espèces. Le métal MM, réducteur, est présent sous la courbe, alors que MxOyM_xO_y, oxydant, est au-dessus de la courbe.

Exemple : diagramme d'Ellingham du zinc. Les données sont les suivantes : Tfus=693 KT_{fus} = 693\ \text{K}, ΔfusH∘=6,7 kJ/mol\Delta_{fus}H^\circ = 6{,}7\ \text{kJ/mol}, Teb=1180 KT_{eb} = 1180\ \text{K}, ΔvapH∘=114,8 kJ/mol\Delta_{vap}H^\circ = 114{,}8\ \text{kJ/mol}.

ZnZnZnOZnOO2O_2
ΔfH∘\Delta_f H^\circ en kJ/mol0−350,5-350{,}50
S∘S^\circ en J/K/mol41,643,6205

Pour T<693T < 693 K :

2Zn(s)+O2(g)⇌2ZnO(s)(1)2Zn_{(s)} + O_{2(g)} \rightleftharpoons 2ZnO_{(s)} \qquad (1)

On trouve donc ΔrG1∘=−701+0,201T\Delta_r G^\circ_1 = -701 + 0{,}201T en kJ/mol.

Pour 693 K<T<1180 K693\ \text{K} < T < 1180\ \text{K} :

2Zn(l)+O2(g)⇌2ZnO(s)(2)2Zn_{(l)} + O_{2(g)} \rightleftharpoons 2ZnO_{(s)} \qquad (2)

On pose

Zn(s)⇌Zn(l)(3)Zn_{(s)} \rightleftharpoons Zn_{(l)} \qquad (3)

ainsi (2)=(1)−2(3)(2) = (1) - 2(3). On trouve donc :

ΔrG2∘=ΔrH1∘−2ΔrHfus∘−T(ΔrS1∘−2ΔHfusTfus)=−714,4+0,2204T\Delta_r G^\circ_2 = \Delta_r H^\circ_1 - 2\Delta_r H^\circ_{fus} - T\left(\Delta_r S^\circ_1 - 2\frac{\Delta H_{fus}}{T_{fus}}\right) = -714{,}4 + 0{,}2204T

Pour T>1180T > 1180 K :

2Zn(g)+O2⇌2ZnO(s)(4)2Zn_{(g)} + O_2 \rightleftharpoons 2ZnO_{(s)} \qquad (4)

On pose

Zn(l)⇌Zn(g)(5)Zn_{(l)} \rightleftharpoons Zn_{(g)} \qquad (5)

ainsi (4)=(2)−2(5)(4) = (2) - 2(5). On trouve donc :

ΔrG3∘=ΔrH2∘−2ΔrHeb∘−T(ΔrS2∘−2ΔHebTeb)=−944+0,415T\Delta_r G^\circ_3 = \Delta_r H^\circ_2 - 2\Delta_r H^\circ_{eb} - T\left(\Delta_r S^\circ_2 - 2\frac{\Delta H_{eb}}{T_{eb}}\right) = -944 + 0{,}415T

Diagramme d&#39;Ellingham du zinc, avec la fusion et la vaporisation du zinc

Propriétés de la pente. Elle permet d'étudier la stabilité du métal en comparant la stabilité relative des couples métal/oxyde, et de réduire sélectivement certains métaux.

2y(MxOy)(s)+2x′y′M(s)′→2y′(Mx′′Oy′)+2xyM(∗)\frac{2}{y}(M_xO_y)_{(s)} + \frac{2x'}{y'}M'_{(s)} \rightarrow \frac{2}{y'}(M'_{x'}O_{y'}) + \frac{2x}{y}M \qquad (*)

La réaction est possible si ΔrG∘<0\Delta_r G^\circ < 0 (à TT et PP constantes) : ΔrG∘(∗)=ΔrG∘(2)−ΔrG∘(1)<0\Delta_r G^\circ(*) = \Delta_r G^\circ(2) - \Delta_r G^\circ(1) < 0, avec

ΔrG∘(1):2xyM(s)+O2(g)→2yMxOy(s)\Delta_r G^\circ(1) : \frac{2x}{y}M_{(s)} + O_{2(g)} \rightarrow \frac{2}{y}M_xO_{y(s)}
ΔrG∘(2):2x′y′M(s)′+O2(g)→2y′Mx′′Oy′(s)\Delta_r G^\circ(2) : \frac{2x'}{y'}M'_{(s)} + O_{2(g)} \rightarrow \frac{2}{y'}M'_{x'}O_{y'(s)}
  • La réduction de MxOyM_xO_y par M′M' est possible si la courbe ΔrG∘(1)(T)\Delta_r G^\circ(1)(T) (formation de MxOyM_xO_y) est située au-dessus de la courbe ΔrG∘(2)(T)\Delta_r G^\circ(2)(T) (formation de Mx′′Oy′M'_{x'}O_{y'}) dans le diagramme d'Ellingham.
  • La réaction est possible si MxOyM_xO_y est moins stable que Mx′′Oy′M'_{x'}O_{y'}.
  • Les espèces gazeuses peuvent provoquer des pentes plus prononcées, voire des droites.
  • Les meilleurs réducteurs (oxydes les plus stables) sont en bas du diagramme.
  • Les meilleurs oxydants (oxydes les moins stables) sont en haut du diagramme.

Réduction par H2H_2, COCO, CC.

  1. C(s)+O2(g)→CO2(g)C_{(s)} + O_{2(g)} \rightarrow CO_{2(g)}
  2. 2CO(g)+O2(g)→2CO2(g)2CO_{(g)} + O_{2(g)} \rightarrow 2CO_{2(g)}
  3. 2C(s)+O2(g)→2CO(g)2C_{(s)} + O_{2(g)} \rightarrow 2CO_{(g)}
  4. 2H2(g)+O2(g)→2H2O(g)2H_{2(g)} + O_{2(g)} \rightarrow 2H_2O_{(g)}

Diagramme d&#39;Ellingham du carbone : domaines de C, CO et CO2 de part et d&#39;autre de 980 K

Tous les oxydes produits sont gazeux (élimination facile). Attention, H2H_2 a une efficacité moindre, surtout pour les métaux les moins électropositifs (à droite dans la classification périodique) :

CuO+H2→Cu+H2OCuO + H_2 \rightarrow Cu + H_2O

COCO est un bon réducteur, qui peut remplacer H2H_2 ; CC est encore meilleur :

{aˋ basse T:C(s)+O2(g)→CO2(g)aˋ haute T:2C(s)+O2(g)→2CO(g)\begin{cases} \text{à basse } T : C_{(s)} + O_{2(g)} \rightarrow CO_{2(g)} \\ \text{à haute } T : 2C_{(s)} + O_{2(g)} \rightarrow 2CO_{(g)} \end{cases}

Dans certains cas, on a réduction par le CC puis par le COCO (produit pendant la réaction), car le COCO participe encore à la réduction de l'oxyde métallique. CC ou COCO peuvent réduire la plupart des métaux : on en a donc une utilisation industrielle. Cependant, CC peut former des carbures (Fe3CFe_3C, WCWC...).

Superposition des diagrammes du zinc et du carbone, points d&#39;intersection A et B

Exemple pratique de réduction. En superposant les deux diagrammes (du zinc et du carbone), on remarque que les droites du zinc coupent celles du carbone en deux points AA et BB, avec TA=1217T_A = 1217 K et TB=1562T_B = 1562 K.

On cherche quel réducteur peut réduire l'oxyde ZnOZnO et sur quelle plage de température : on doit trouver un couple dont la droite est au-dessous de celle de ZnO/ZnZnO/Zn.

  • Si TA<T<TBT_A < T < T_B, seul le carbone (du couple CO/CCO/C) peut réduire ZnOZnO.
  • Si T>TBT > T_B, le monoxyde de carbone COCO (du couple CO2/COCO_2/CO) peut également réduire ZnOZnO.