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Transformée de Fourier et ondelettes

Annexe B du mémoire : explications mathématiques inhérentes aux traitements explicités au chapitre 2.

Le but de cette annexe est d'offrir au lecteur intéressé les détails mathématiques concernant la transformée de Fourier, les représentations temps-fréquence et les transformées à ondelettes que nous avons utilisées dans la partie Prétraitement de données d'électroencéphalographie. Les références suivantes seront utilisées1 2 3 4.

Rappels sur la transformée de Fourier​

Rappel de quelques propriétés​

Que ce soit en mathématiques ou en physique, la transformée de Fourier a été pendant longtemps un des outils les plus utilisés pour le traitement du signal. Cette représentation, basée sur la notion physique de fréquence, est bien adaptée pour traiter des signaux stationnaires, c'est-à-dire des signaux qui possèdent certaines propriétés invariantes dans le temps.

Nous travaillons uniquement avec des fonctions unidimensionnelles. L'espace L1(R)L^1(\mathbb{R}) est l'ensemble des fonctions qui sont intégrables, c'est-à-dire telles que ∫R∣f(t)∣ dt<+∞\int_{\mathbb{R}} |f(t)| \, dt < +\infty. De même, L2(R)L^2(\mathbb{R}) est l'ensemble des fonctions de carré intégrable (∫R∣f(t)∣2 dt<+∞\int_{\mathbb{R}} |f(t)|^2 \, dt < +\infty). Nous rappelons que L2(R)L^2(\mathbb{R}) est un espace de Hilbert.

Rappel. Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet, c'est-à-dire un espace de Banach dont la norme ∥⋅∥\|\cdot\| découle d'un produit scalaire ou hermitien ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle par la formule

∥x∥=⟨x,x⟩\|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}

pour le produit scalaire

∫−∞+∞f(t)g(t)‾ dt\int_{-\infty}^{+\infty} f(t) \overline{g(t)} \, dt

pour f,g∈L2(R)f, g \in L^2(\mathbb{R}), et où g(t)‾\overline{g(t)} dénote le conjugué de g(t)g(t). La norme d'une fonction f∈L2(R)f \in L^2(\mathbb{R}) sera notée ∥f∥=∫−∞+∞∣f(t)∣2 dt\|f\| = \sqrt{\int_{-\infty}^{+\infty} |f(t)|^2 \, dt}.

En 1807, Joseph Fourier présente un mémoire à l'Institut de France qui propose de représenter toute fonction périodique comme une somme de sinusoïdes à différentes fréquences. C'est le début de l'analyse de Fourier, qui va avoir une importance déterminante en analyse mathématique, en physique et dans les sciences de l'ingénieur. Il existe plusieurs définitions de la transformée de Fourier, utilisant des normalisations différentes. Dans le cadre de ce travail, nous utiliserons la définition suivante.

Définition. La transformée de Fourier d'une fonction f∈L1(R)f \in L^1(\mathbb{R}) est définie par

f^(ω)=∫−∞+∞f(t)e−iωt dt\hat{f}(\omega) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(t) e^{-i\omega t} \, dt

Elle mesure le contenu oscillatoire de la fonction ff à la fréquence ω∈R\omega \in \mathbb{R}. Cette transformation peut être vue comme la projection de ff sur des fonctions analysantes qui sont des ondes pures (dont la fréquence ne dépend pas du temps). Celle-ci permet donc d'analyser le contenu fréquentiel d'un signal. Le théorème de Riemann-Lebesgue assure que :

  • f↦f^f \mapsto \hat{f} est une application linéaire, continue de L1(R)L^1(\mathbb{R}) dans L∞(R)L^\infty(\mathbb{R}) ;
  • si f∈L1(R)f \in L^1(\mathbb{R}), alors f^\hat{f} est continue sur R\mathbb{R} et lim⁡ω→+∞f^(ω)=0\displaystyle\lim_{\omega \to +\infty} \hat{f}(\omega) = 0.

Parmi les principales propriétés de la transformée de Fourier qui sont souvent utilisées dans les calculs, on peut citer :

PropriétéFonctionTransformée de Fourier
Translationf(t−t0)f(t - t_0)e−iωt0f^(ω)e^{-i\omega t_0} \hat{f}(\omega)
Modulationeiω0tf(t)e^{i\omega_0 t} f(t)f^(ω−ω0)\hat{f}(\omega - \omega_0)
Dilatation / Contractionf(t/a)f(t/a)∣a∣f^(aω)\lvert a \rvert \hat{f}(a\omega)
Dérivationf(p)(t)f^{(p)}(t)(iω)pf^(ω)(i\omega)^p \hat{f}(\omega)
Symétrie hermitiennef(t)∈Rf(t) \in \mathbb{R}f^(−ω)=f^(ω)‾\hat{f}(-\omega) = \overline{\hat{f}(\omega)}

Si f∈L1(R),f′∈L1(R),…,f(p)∈L1(R)f \in L^1(\mathbb{R}), f' \in L^1(\mathbb{R}), \dots, f^{(p)} \in L^1(\mathbb{R}), alors f^(ω)=o(1ωp)\hat{f}(\omega) = o\left(\dfrac{1}{\omega^p}\right). De plus, si

∫−∞+∞∣f^(ω)∣(1+∣ω∣)p dω<+∞\int_{-\infty}^{+\infty} |\hat{f}(\omega)| (1 + |\omega|)^p \, d\omega < +\infty

alors ff est pp fois continûment différentiable et bornée. La décroissance de f^\hat{f} à l'infini est donc caractéristique de la régularité de ff.

Transformée de Fourier inverse​

Il n'est pas évident de définir la transformée de Fourier inverse, car l'espace L1(R)L^1(\mathbb{R}) n'est pas invariant par cette transformation. L'espace qui est bien adapté pour définir et inverser la transformée de Fourier est l'espace L2(R)L^2(\mathbb{R}). Toutefois, il n'est pas possible de définir "directement" la transformée d'une fonction de L2(R)L^2(\mathbb{R}). Il est nécessaire de se restreindre tout d'abord à L2(R)∩L1(R)L^2(\mathbb{R}) \cap L^1(\mathbb{R}), dense dans L2(R)L^2(\mathbb{R}), pour étendre cette transformation et son inverse à L2(R)L^2(\mathbb{R}). Le théorème fondamental de la transformée de Fourier dans L2(R)L^2(\mathbb{R}) est le suivant.

Théorème. Soit f∈L2(R)f \in L^2(\mathbb{R}) ; on définit alors formellement la transformée de Fourier et son inverse par :

f^(ω)=∫−∞+∞f(t)e−iωt dt\hat{f}(\omega) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(t) e^{-i\omega t} \, dt
f(t)=12π∫−∞+∞f^(ω)eiωt dωf(t) = \frac{1}{2\pi} \int_{-\infty}^{+\infty} \hat{f}(\omega) e^{i\omega t} \, d\omega

Soit f,g∈L2(R)f, g \in L^2(\mathbb{R}) ; on obtient alors la formule de Parseval

∫−∞+∞f(t)g(t)‾ dt=12π∫−∞+∞f^(ω)g^(ω)‾ dω\int_{-\infty}^{+\infty} f(t) \overline{g(t)} \, dt = \frac{1}{2\pi} \int_{-\infty}^{+\infty} \hat{f}(\omega) \overline{\hat{g}(\omega)} \, d\omega

et la formule de Plancherel

∫−∞+∞∣f(t)∣2 dt=12π∫−∞+∞∣f^(ω)∣2 dω\int_{-\infty}^{+\infty} |f(t)|^2 \, dt = \frac{1}{2\pi} \int_{-\infty}^{+\infty} |\hat{f}(\omega)|^2 \, d\omega

Produit de convolution​

Définition. Pour f∈L1(R)f \in L^1(\mathbb{R}) et h∈L1(R)h \in L^1(\mathbb{R}), le produit de convolution de ff et hh, noté f⋆h(t)f \star h(t), est défini par

f⋆h(t)=∫−∞+∞f(t−u)h(u) duf \star h(t) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(t - u) h(u) \, du

Alors f⋆h∈L1(R)f \star h \in L^1(\mathbb{R}) est défini presque partout et tel que :

  • commutativité : f⋆h=h⋆ff \star h = h \star f ;
  • dérivabilité : ddt(f⋆h)(t)=dfdt⋆h(t)=f⋆dhdt(t)\dfrac{d}{dt}(f \star h)(t) = \dfrac{df}{dt} \star h(t) = f \star \dfrac{dh}{dt}(t) ;
  • convolution avec une masse de Dirac en t0t_0 : f⋆δt0(t)=f(t−t0)f \star \delta_{t_0}(t) = f(t - t_0).

De plus, si l'on note g=f⋆hg = f \star h, alors :

g^(ω)=f^(ω)h^(ω)\hat{g}(\omega) = \hat{f}(\omega) \hat{h}(\omega)

Cette propriété est à la base du filtrage linéaire en traitement du signal. En effet, tout processus de filtrage du type Lf=f⋆hLf = f \star h, où hh est la réponse impulsionnelle du filtre LL, peut s'écrire sous la forme d'un filtrage fréquentiel à partir de la transformée de Fourier inverse

Lf(t)=12π∫−∞+∞h^(ω)f^(ω)eiωt dωLf(t) = \frac{1}{2\pi} \int_{-\infty}^{+\infty} \hat{h}(\omega) \hat{f}(\omega) e^{i\omega t} \, d\omega

Chaque composante fréquentielle eiωte^{i\omega t} d'amplitude f^(ω)\hat{f}(\omega) est en effet modulée par le filtre h^(ω)\hat{h}(\omega). Ainsi, décomposer une fonction comme une intégrale de fonctions sinusoïdales complexes eiωte^{i\omega t} permet de calculer directement la réponse d'un filtre LfLf à partir de la donnée des coefficients h^(ω)\hat{h}(\omega).

Exemple de transformée de Fourier​

Comme expliqué précédemment, la transformée de Fourier d'un signal permet d'obtenir des informations sur son contenu fréquentiel. La figure suivante représente une fonction sinusoïde de fréquence 200 Hz observée avec un bruit aléatoire, qui correspond au défaut des instruments de mesure et à la présence de parasites. La transformée de Fourier de ce signal permet de retrouver la fréquence de la sinusoïde malgré la présence de ce bruit.

Figure B.1 : (a) signal, sinus à 200 Hz et bruit, et (b) sa transformée de Fourier pour les fréquences positives

Fréquence locale​

Les ondelettes ont été introduites il y a presque 50 ans pour combler une lacune entre deux modes de représentation du signal : la représentation d'une fonction par son graphe classique de R\mathbb{R} dans R\mathbb{R}, ce qui correspond à une décomposition sur la base continue des distributions de Dirac

f(t)=∫Rf(u)δ(t−u) duf(t) = \int_{\mathbb{R}} f(u) \delta(t - u) \, du

et la représentation dans la base de Fourier dont nous venons de rappeler les principes généraux

f(t)=12π∫Rf^(ω)eiωt dω.f(t) = \frac{1}{2\pi} \int_{\mathbb{R}} \hat{f}(\omega) e^{i\omega t} \, d\omega.

La première représentation donne une information précise en temps : la valeur f(t)f(t) indique l'intensité du signal au temps tt. En revanche, l'information fréquentielle est nulle. La valeur en un point de ff ne donne aucune information sur le contenu fréquentiel du signal ff. À l'inverse, la représentation de Fourier donne une information très précise en fréquence, mais ne donne aucune information temporelle. Naturellement, chacune de ces représentations contient les informations de l'autre, puisque la transformation de Fourier permet de passer de l'une à l'autre. Néanmoins, à chaque fois, seul un type d'information est explicité.

La question qui vient naturellement est la suivante : existe-t-il une représentation dans laquelle on puisse lire une information mixte ? Morlet et Gabor ont cherché à concevoir des fonctions de base qui se situent à mi-chemin entre ces extrêmes, c'est-à-dire qui ont à la fois une bonne localisation fréquentielle et une bonne localisation spatiale.

Une limite théorique dans cette perspective est bien connue : c'est l'inégalité de Heisenberg. Soit une fonction de base ff, qu'on suppose de norme L2L^2 égale à 1 :

∫∣f(t)∣2 dt=1\int |f(t)|^2 \, dt = 1

On définit le centre c(f)c(f) et la largeur Δ(f)\Delta(f) d'une telle fonction par

c(f)=∫t∣f(t)∣2 dtc(f) = \int t |f(t)|^2 \, dt
Δ(f)=∫(t−c(f))2∣f(t)∣2 dt\Delta(f) = \sqrt{\int (t - c(f))^2 |f(t)|^2 \, dt}

L'inégalité de Heisenberg est une inégalité fondamentale qui s'écrit, pour toute fonction ff de norme 1,

Δ(f)Δ(f^)≥12\Delta(f) \Delta(\hat{f}) \geq \frac{1}{2}

Si on appelle largeur fréquentielle d'une fonction ff la largeur de sa transformée de Fourier f^\hat{f}, cette inégalité interdit donc d'avoir une fonction avec des largeurs temporelle et fréquentielle toutes deux aussi petites que l'on veut.

On connaît également les fonctions qui réalisent le minimum de cette limite théorique : ce sont les fonctions gaussiennes translatées et modulées

Ae−(t−t0)2/2Δ2eiω0tA e^{-(t - t_0)^2 / 2\Delta^2} e^{i\omega_0 t}

où AA est un coefficient de normalisation tel que la fonction ait une norme L2L^2 égale à 1, qui dépend de Δt\Delta t. Pour de telles fonctions, et seulement pour ces fonctions-là, l'inégalité devient une égalité. Ces fonctions ont été appelées ondelettes de Gabor.

Représentations temps-fréquence et temps-échelle​

À une telle fonction, on associe un pavé temps-fréquence, c'est-à-dire un rectangle dans le plan (t,ω)(t, \omega) centré en (c(f),c(f^))(c(f), c(\hat{f})) et de dimensions Δ(f)×Δ(f^)\Delta(f) \times \Delta(\hat{f}). Ce pavé est une représentation intuitive de la couverture en temps et en fréquence d'une fonction. On associe également à une base un pavage du plan temps-fréquence, qui est un recouvrement du plan (t,ω)(t, \omega) par des rectangles de couverture des fonctions de base. Si le centre des boîtes de Heisenberg est fixé comme le point des centres spatiaux et fréquentiels de la fonction, leurs dimensions sont en général choisies de telle manière que les boîtes forment une partition du plan temps-fréquence. Cette représentation a un aspect arbitraire, d'autant qu'aucun résultat ne lie le fait qu'une famille soit une base au fait que les pavés temps-fréquence de la famille recouvrent le plan.

Les pavages temps-fréquence correspondant par exemple aux bases de fonctions de Dirac et de fonctions de Fourier sont des pavages par des rectangles infiniment fins et allongés, qui sont représentés schématiquement dans la figure suivante.

Figure B.2 : pavages temps-fréquence associés aux représentations de Dirac (a) et de Fourier (b)

Pour représenter un signal comme combinaison de telles fonctions, il est très redondant de laisser varier indépendamment les trois paramètres t0t_0, ω0\omega_0 et Δt\Delta t. Deux approches différentes ont prévalu :

  • La première approche est l'approche temps-fréquence, dans laquelle la largeur spatiale Δt\Delta t des fonctions gg est indépendante de la fréquence. Les fonctions s'écrivent sous la forme

    gt0,ω0(t)=eiω0tg0(t−t0)g_{t_0, \omega_0}(t) = e^{i\omega_0 t} g_0(t - t_0)

    où g0(t)=A0e−t2/2Δt2g_0(t) = A_0 e^{-t^2 / 2\Delta t^2}. Ce mode d'approximation est également appelé analyse de Fourier à fenêtre.

  • La deuxième approche est l'approche temps-échelle, utilisée dans la transformée en ondelettes et dans laquelle la largeur spatiale des fonctions gg est inversement proportionnelle à la fréquence (le produit ω0Δt\omega_0 \Delta t est constant et égal à cc). On obtient alors, à un facteur de module 1 près, une forme relativement simple pour les différentes ondelettes

    gt0,Δt(t)=1Δtg0(t−t0Δt)g_{t_0, \Delta t}(t) = \frac{1}{\sqrt{\Delta t}} g_0\left(\frac{t - t_0}{\Delta t}\right)

    où g0g_0 est appelée ondelette mère et peut être choisie en fonction de différentes caractéristiques. Avec

    g0(t)=A0e−t2/2Δt2eictg_0(t) = A_0 e^{-t^2 / 2\Delta t^2} e^{ict}

Les pavages du plan temps-fréquence donnent une idée de la différence des deux approches. Dans le cas de l'analyse temps-fréquence, le pavage obtenu est un pavage par des domaines rectangulaires qui se déduisent les uns des autres par translation dans le plan temps-fréquence. Dans le cas de l'analyse temps-échelle, les domaines sont également de surface constante, mais ont une résolution relative Δω/ω0\Delta\omega / \omega_0 constante.

Figure B.3 : pavages du plan temps-fréquence pour la représentation temps-fréquence (a) et la représentation temps-échelle (b)

Les ondelettes que nous allons utiliser dans la suite correspondent à l'analyse temps-échelle. Les avantages de ce mode de décomposition sont multiples. On dispose de moyens efficaces pour construire des bases discrètes pour lesquelles les calculs de transformation sont très rapides. L'analyse multi-échelles repose sur une forme de fonction unique. Enfin, dans l'analyse temps-échelle, les fonctions de base ont une taille de support proportionnelle à la résolution spatiale liée à leur fréquence par l'inégalité de Heisenberg.

Transformée à ondelettes continue​

On choisit une fonction de base ψ\psi appelée ondelette mère, qui vérifie la condition d'admissibilité

Cψ=∫R∣ψ^(ω)∣2∣ω∣ dω<+∞(B.1)C_\psi = \int_{\mathbb{R}} \frac{|\hat{\psi}(\omega)|^2}{|\omega|} \, d\omega < +\infty \tag{B.1}

On définit la transformée en ondelettes continue Wf\mathcal{W}f de la fonction ff par la formule suivante

Wf(t,s)=∫Rf(τ)1sψ(τ−ts)‾ dτ(B.2)\mathcal{W}f(t, s) = \int_{\mathbb{R}} f(\tau) \frac{1}{\sqrt{s}} \overline{\psi\left(\frac{\tau - t}{s}\right)} \, d\tau \tag{B.2}

La transformée inverse s'écrit

f(t)=1Cψ∬R2Wf(τ,s)1sψ(t−τs)dτdss2(B.3)f(t) = \frac{1}{C_\psi} \iint_{\mathbb{R}^2} \mathcal{W}f(\tau, s) \frac{1}{\sqrt{s}} \psi\left(\frac{t - \tau}{s}\right) d\tau \frac{ds}{s^2} \tag{B.3}

En revanche, la représentation d'une fonction ff par sa transformée en ondelettes n'est pas biunivoque mais redondante, car une transformée en ondelettes vérifie une équation aux noyaux reproduisants

Wf(t,s)=1Cψ∬R2Wf(τ,σ)K(τ,t,σ,s) dτdσσ2\mathcal{W}f(t, s) = \frac{1}{C_\psi} \iint_{\mathbb{R}^2} \mathcal{W}f(\tau, \sigma) K(\tau, t, \sigma, s) \, d\tau \frac{d\sigma}{\sigma^2}

avec un noyau KK défini par

K(τ,t,σ,s)=∫R1σsψ(t′−ts)ψ(t′−τσ)‾ dt′K(\tau, t, \sigma, s) = \int_{\mathbb{R}} \frac{1}{\sqrt{\sigma s}} \psi\left(\frac{t' - t}{s}\right) \overline{\psi\left(\frac{t' - \tau}{\sigma}\right)} \, dt'

La transformée à ondelettes discrète​

Morlet a proposé de construire des bases ou des frames de fonctions construites sur le modèle suivant

gt0,Δt(t)=1Δtg(t−t0Δt)g_{t_0, \Delta t}(t) = \frac{1}{\sqrt{\Delta t}} g\left(\frac{t - t_0}{\Delta t}\right)

où les valeurs possibles de Δt\Delta t sont prises sur une échelle géométrique et les paramètres de translation sont proportionnels à Δt\Delta t :

Δt=bjt0=kΔt\Delta t = b^j \qquad t_0 = k \Delta t

Une gamme d'échelles Δt\Delta t couramment utilisée est la gamme des échelles dyadiques 2j2^j, et on obtient des familles constituées de fonctions de la forme g0(2j(t−2−jk))=g(2jt−k)g_0(2^j(t - 2^{-j}k)) = g(2^j t - k), où jj et kk sont des entiers relatifs. La normalisation la plus couramment utilisée étant une normalisation en norme L2L^2, on obtient des familles de fonctions (ψjk)j,k∈Z(\psi_{jk})_{j,k \in \mathbb{Z}} où ψjk(t)=2j/2ψ(2jt−k)\psi_{jk}(t) = 2^{j/2} \psi(2^j t - k).

Dans un article écrit en 1987, Stéphane Mallat5 a mis en avant une certaine catégorie de décompositions en ondelettes qui peut être réalisée numériquement en un temps très court par une "transformée en ondelettes rapide", pour laquelle l'ondelette de base doit être écrite comme convolution infinie de filtres discrets. Plus exactement, soit un couple de filtres discrets (m0,m1)(m_0, m_1)

k↦m0[k]k∈Z(B.4)k \mapsto m_0[k] \qquad k \in \mathbb{Z} \tag{B.4}
k↦m1[k]k∈Z(B.5)k \mapsto m_1[k] \qquad k \in \mathbb{Z} \tag{B.5}

dont les transformées de Fourier ω↦m0(ω)\omega \mapsto m_0(\omega) et ω↦m1(ω)\omega \mapsto m_1(\omega) sont des fonctions 2π2\pi-périodiques. On suppose qu'il existe une fonction d'échelle ϕ\phi et une ondelette ψ\psi de L2(R)L^2(\mathbb{R}) telles que

ϕ^(ω)=∏k=1+∞m0(ω2k)(B.6)\hat{\phi}(\omega) = \prod_{k=1}^{+\infty} m_0\left(\frac{\omega}{2^k}\right) \tag{B.6}
ψ^(ω)=m1(ω2)ϕ^(ω2)(B.7)\hat{\psi}(\omega) = m_1\left(\frac{\omega}{2}\right) \hat{\phi}\left(\frac{\omega}{2}\right) \tag{B.7}

Sous certaines conditions sur m0m_0 et m1m_1, la famille (ψjk)(\psi_{jk}) est une base orthogonale, et la décomposition en ondelettes d'une fonction échantillonnée peut être effectuée par un algorithme rapide constitué d'une cascade de filtrages et de sous-échantillonnages. Cette approche réduit considérablement la complexité de la construction d'une ondelette. Au lieu de choisir une fonction, on choisit l'ensemble discret (et fini) des coefficients des deux filtres.

Analyses multi-résolutions​

Le cadre d'analyse de ces ondelettes qui s'expriment à l'aide de filtres discrets s'est considérablement développé ces dernières années, et nous disposons de tout un jeu de théorèmes reliant les propriétés des ondelettes et celles des filtres discrets. Par ailleurs, il existe plusieurs familles classiques d'ondelettes, qui portent en général soit le nom de leur créateur, soit celui d'une propriété.

Cadre théorique​

Le cadre théorique posé par Stéphane Mallat est basé sur la notion d'analyse multi-résolutions. Une analyse multi-résolutions est une famille de sous-espaces de L2(R)L^2(\mathbb{R}) notée (Vj)j∈Z(V_j)_{j \in \mathbb{Z}} qui ont les propriétés suivantes.

Vj={∑k∈Zakϕjk:ak∈R}Espace de Riesz(B.8)V_j = \left\{ \sum_{k \in \mathbb{Z}} a_k \phi_{jk} : a_k \in \mathbb{R} \right\} \quad \text{Espace de Riesz} \tag{B.8}
Vj⊂Vj+1(B.9)V_j \subset V_{j+1} \tag{B.9}
⋂j∈ZVj={0}(B.10)\bigcap_{j \in \mathbb{Z}} V_j = \{0\} \tag{B.10}
⋃j∈ZVj‾=L2(R)(B.11)\overline{\bigcup_{j \in \mathbb{Z}} V_j} = L^2(\mathbb{R}) \tag{B.11}

Les ondelettes apparaissent naturellement comme un moyen d'écrire la différence entre deux espaces VjV_j et Vj+1V_{j+1} consécutifs. On construit pour cela un espace de Riesz W0W_0 tel que

V0⊕W0=V1(B.12)V_0 \oplus W_0 = V_1 \tag{B.12}

L'espace W0W_0 est engendré par une fonction ψ\psi

W0={t↦∑k∈Zdkψ(t−k):dk∈R}W_0 = \left\{ t \mapsto \sum_{k \in \mathbb{Z}} d_k \psi(t - k) : d_k \in \mathbb{R} \right\}

Ceci impose que la fonction ψ\psi soit dans l'espace V1V_1, et s'écrive comme combinaison linéaire des fonctions (t↦ϕ(2t−k))k∈Z(t \mapsto \phi(2t - k))_{k \in \mathbb{Z}}

ψ(t)=∑k∈Zm1[k]ϕ(2t−k)(B.13)\psi(t) = \sum_{k \in \mathbb{Z}} m_1[k] \phi(2t - k) \tag{B.13}

Ainsi paraît le deuxième filtre discret m1m_1.

On montre que les fonctions ϕ\phi et ψ\psi sont alors définies par les seules données des filtres discrets m0m_0 et m1m_1. Les formules sont

ϕ^(ω)=∏k=1+∞m0(ω2k)(B.14)\hat{\phi}(\omega) = \prod_{k=1}^{+\infty} m_0\left(\frac{\omega}{2^k}\right) \tag{B.14}
ψ^(ω)=m1(ω2)ϕ^(ω2)(B.15)\hat{\psi}(\omega) = m_1\left(\frac{\omega}{2}\right) \hat{\phi}\left(\frac{\omega}{2}\right) \tag{B.15}

Les bases d'ondelettes​

La relation (B.12) se transpose à toutes les échelles jj

Vj⊕Wj=Vj+1(B.16)V_j \oplus W_j = V_{j+1} \tag{B.16}

On obtient par itérations de cette relation

Vj⊕Wj⊕⋯⊕Wj′−1=Vj′si j<j′(B.17)V_j \oplus W_j \oplus \dots \oplus W_{j'-1} = V_{j'} \quad \text{si } j < j' \tag{B.17}

En faisant tendre j′j' vers +∞+\infty, on obtient deux relations

L2(R)=Vj⊕⨁j′=j+∞Wj′‾∀j∈Z(B.18)L^2(\mathbb{R}) = V_j \oplus \overline{\bigoplus_{j'=j}^{+\infty} W_{j'}} \quad \forall j \in \mathbb{Z} \tag{B.18}
L2(R)=⨁j′=−∞+∞Wj′‾(B.19)L^2(\mathbb{R}) = \overline{\bigoplus_{j'=-\infty}^{+\infty} W_{j'}} \tag{B.19}

La réunion des bases de Riesz de chacun des espaces de ces sommes directes fournit aussi plusieurs bases d'ondelettes

Bj={ϕjk:k∈Z}∪{ψj′k:j′≥j,k∈Z}(B.20)\mathcal{B}_j = \{\phi_{jk} : k \in \mathbb{Z}\} \cup \{\psi_{j'k} : j' \geq j, k \in \mathbb{Z}\} \tag{B.20}

Transformée à ondelettes​

La transformée à ondelettes s'applique à des signaux échantillonnés sur une grille discrète, et en général cet échantillonnage consiste à approcher une fonction de L2(R)L^2(\mathbb{R}) par

f=∑k∈Z2j/2f[k/2j]ϕjkf = \sum_{k \in \mathbb{Z}} 2^{j/2} f[k/2^j] \phi_{jk}

où l'échantillon f[k/2j]f[k/2^j] peut lui aussi être estimé par

f[k/2j]∼f(k/2j)f[k/2^j] \sim f(k/2^j)

Le signal original est donc représenté sur une base de Riesz de VjV_j. Appliquer à ce signal une transformation en ondelettes jusqu'à l'échelle L∈ZL \in \mathbb{Z} revient à représenter ce signal sur une base adaptée à la somme directe

VL⊕WL⊕WL+1⊕⋯⊕Wj−1V_L \oplus W_L \oplus W_{L+1} \oplus \dots \oplus W_{j-1}

L'algorithme de transformation est itératif et consiste à remplacer la représentation d'une composante sur Vj′V_{j'} par une représentation sur Vj′−1⊕Wj′−1V_{j'-1} \oplus W_{j'-1}. On passe ainsi successivement par des décompositions adaptées aux différentes sommes directes suivantes

Vj−1⊕Wj−1Vj−2⊕Wj−2⊕Wj−1⋮VL⊕WL⊕WL+1⊕⋯⊕Wj−1\begin{aligned} &V_{j-1} \oplus W_{j-1} \\ &V_{j-2} \oplus W_{j-2} \oplus W_{j-1} \\ &\qquad \vdots \\ &V_L \oplus W_L \oplus W_{L+1} \oplus \dots \oplus W_{j-1} \end{aligned}

Filtres duaux, ondelettes duales​

L'itération de base de transformations en ondelettes est donc un changement de base entre les deux décompositions suivantes

Vj+1→Vj⊕WjV_{j+1} \to V_j \oplus W_j

Elle s'écrit comme une correspondance

l2(Z)→l2(Z)×l2(Z)(aj+1,k)k∈Z↦[(ajk)k∈Z,(djk)k∈Z]\begin{aligned} l_2(\mathbb{Z}) &\to l_2(\mathbb{Z}) \times l_2(\mathbb{Z}) \\ (a_{j+1,k})_{k \in \mathbb{Z}} &\mapsto [(a_{jk})_{k \in \mathbb{Z}}, (d_{jk})_{k \in \mathbb{Z}}] \end{aligned}

Si on note AjA_j et DjD_j les fonctions 2π2\pi-périodiques dont les coefficients sont les suites discrètes k↦ajkk \mapsto a_{jk} et k↦djkk \mapsto d_{jk}

Aj(ω)=∑k∈Zajke−ikωA_j(\omega) = \sum_{k \in \mathbb{Z}} a_{jk} e^{-ik\omega}
Dj(ω)=∑k∈Zdjke−ikωD_j(\omega) = \sum_{k \in \mathbb{Z}} d_{jk} e^{-ik\omega}

l'itération de base s'écrit comme l'application d'une matrice de transfert :

[Aj(2ω)Dj(2ω)]=[m0(ω)m0(ω+π)m1(ω)m1(ω+π)][Aj+1(ω)Aj+1(ω+π)]\begin{bmatrix} A_j(2\omega) \\ D_j(2\omega) \end{bmatrix} = \begin{bmatrix} m_0(\omega) & m_0(\omega + \pi) \\ m_1(\omega) & m_1(\omega + \pi) \end{bmatrix} \begin{bmatrix} A_{j+1}(\omega) \\ A_{j+1}(\omega + \pi) \end{bmatrix}

Une condition nécessaire pour que cette transformation soit inversible est donc que la matrice de transfert

T(ω)=(m0(ω)m0(ω+π)m1(ω)m1(ω+π))T(\omega) = \begin{pmatrix} m_0(\omega) & m_0(\omega + \pi) \\ m_1(\omega) & m_1(\omega + \pi) \end{pmatrix}

soit bornée d'inverse bornée sur [0,2π][0, 2\pi]. Dans ce cas, on appelle matrice de transfert duale la matrice T~(ω)=T(ω)−T\tilde{T}(\omega) = T(\omega)^{-T}. Il existe deux autres fonctions 2π2\pi-périodiques m~0\tilde{m}_0 et m~1\tilde{m}_1 telles que T~(ω)\tilde{T}(\omega) s'écrive

T~(ω)=(m~0(ω)m~0(ω+π)m~1(ω)m~1(ω+π))\tilde{T}(\omega) = \begin{pmatrix} \tilde{m}_0(\omega) & \tilde{m}_0(\omega + \pi) \\ \tilde{m}_1(\omega) & \tilde{m}_1(\omega + \pi) \end{pmatrix}

Ces filtres définissent les ondelettes duales ϕ~\tilde{\phi} et ψ~\tilde{\psi} par des relations identiques à (B.14) et (B.15)

ϕ~^(ω)=∏k=1+∞m~0(ω2k)(B.21)\hat{\tilde{\phi}}(\omega) = \prod_{k=1}^{+\infty} \tilde{m}_0\left(\frac{\omega}{2^k}\right) \tag{B.21}
ψ~^(ω)=m~1(ω2)ϕ~^(ω2)(B.22)\hat{\tilde{\psi}}(\omega) = \tilde{m}_1\left(\frac{\omega}{2}\right) \hat{\tilde{\phi}}\left(\frac{\omega}{2}\right) \tag{B.22}

Les fonctions ϕ~\tilde{\phi} et ψ~\tilde{\psi} sont donc des ondelettes duales, dans le sens où, pour tout jj, on a les formules de décomposition sur L2(R)L^2(\mathbb{R})

f=∑k∈Z⟨f,ϕ~jk⟩ϕjk+∑j′≥j,k∈Z⟨f,ψ~j′k⟩ψj′k(B.23)f = \sum_{k \in \mathbb{Z}} \langle f, \tilde{\phi}_{jk} \rangle \phi_{jk} + \sum_{j' \geq j, k \in \mathbb{Z}} \langle f, \tilde{\psi}_{j'k} \rangle \psi_{j'k} \tag{B.23}

pour tous j∈Zj \in \mathbb{Z} et f∈L2(R)f \in L^2(\mathbb{R}), et, en faisant tendre jj vers −∞-\infty, la formule de décomposition homogène

f=∑j,k∈Z⟨f,ψ~jk⟩ψjk(B.24)f = \sum_{j, k \in \mathbb{Z}} \langle f, \tilde{\psi}_{jk} \rangle \psi_{jk} \tag{B.24}

Algorithme de la transformée à ondelettes rapide​

Les coefficients des filtres m0m_0, m1m_1 et des filtres duaux m~0\tilde{m}_0 et m~1\tilde{m}_1 interviennent dans le calcul des changements de base

{ϕjk:k∈Z}∪{ψjk:k∈Z}↔{ϕj+1,k:k∈Z}\{\phi_{jk} : k \in \mathbb{Z}\} \cup \{\psi_{jk} : k \in \mathbb{Z}\} \leftrightarrow \{\phi_{j+1,k} : k \in \mathbb{Z}\}

avec les formules suivantes :

  • dans le sens de transformation dit "direct" (forward wavelet transform, FWT), on a

    ajk=2∑l∈Zm~0[k]aj+1,2l−ka_{jk} = 2 \sum_{l \in \mathbb{Z}} \tilde{m}_0[k] a_{j+1, 2l-k}
    djk=2∑l∈Zm~1[k]aj+1,2l−kd_{jk} = 2 \sum_{l \in \mathbb{Z}} \tilde{m}_1[k] a_{j+1, 2l-k}
  • et dans le sens de transformation inverse (inverse wavelet transform, IFWT), on obtient

    aj+1,k=12∑l∈Zm0[2l−k]ajl+m1[2l−k]djla_{j+1,k} = \frac{1}{2} \sum_{l \in \mathbb{Z}} m_0[2l - k] a_{jl} + m_1[2l - k] d_{jl}

Des schémas de transformation directe et de transformation inverse sont représentés sur la figure suivante entre les échelles j=0j = 0 et j=−3j = -3.

Pour un nombre fini NN d'échantillons, une transformation en ondelettes (jusqu'à n'importe quelle profondeur autorisée par la taille de l'échantillon) prend moins de A×NA \times N opérations, où la constante AA dépend naturellement de la taille des filtres.

Figure B.4 : transformées en ondelettes rapides, les cercles sur fond grisé désignent les composantes d&#39;entrée, tandis que les cercles sur fond blanc désignent les composantes de sortie

Footnotes​

  1. Fischer, P., Weynas, L. et Dossal, C., Approximation numérique, 2017. ↩

  2. Montaine, B., Méthodologie d'analyse des synchronisations neuronales dans les signaux EEG à l'aide de graphes d'informations temps-fréquence, thèse de doctorat, Université de Poitiers, Faculté des Sciences Fondamentales et Appliquées, 2006. ↩

  3. Lecomte, M., Transformation de Fourier, École des Mines de Douai, juillet 2001. ↩

  4. Mallat, S., Une exploration des signaux en ondelettes, Les éditions de l'École Polytechnique, 2000. ↩

  5. Mallat, S., Science des données, Collège de France, Fayard, 26 septembre 2018. ↩