Définition, loi de probabilité d'une variable aléatoire
Définition. On appelle variable aléatoire (réelle) sur un espace probabilisé (Ω,F,P) toute fonction X de Ω dans R telle que ∀A∈B(R) (tribu borélienne),
X−1(A)={ω∈Ω/X(ω)∈A}={X∈A}∈F
Si de plus X(Ω) est fini ou dénombrable, alors on dit que X est une variable aléatoire discrète.
Définition. On appelle variable aléatoire discrète (réelle) sur un espace probabilisé (Ω,F,P) toute fonction X de Ω→R telle que X(Ω) est fini ou dénombrable (rappel : X(Ω)={x∈R∣∃ω∈Ω,X(ω)=x}) et ∀x∈X(Ω)
X−1({x})={ω∣X(ω)=x}={X=x}
est un élément de la tribu F. On note P(X=x) ou parfois PX({x}) la quantité
P(X−1({x}))=P({ω∈Ω∣X(ω)=x})
Plus généralement, on écrit P(X∈A)=PX(A)=P(X−1(A))=P({ω∈Ω∣X(ω)∈A}).
Définition. On appelle PXla loi de probabilité de la variable aléatoire X (ou plus simplement la loi de X).
Théorème II.1.PX est une probabilité sur X(Ω) muni de la tribu P(X(Ω)).
Démonstration.
PX(X(Ω))=P(X∈X(Ω))=P(X−1(X(Ω)))=P(Ω)=1.
Soit (An)n≥1 une suite de parties de X(Ω), 2 à 2 disjointes. On a PX(⋃n=1∞An)=P(X−1(⋃n=1∞An)). Or X−1(⋃n=1∞An)=⋃n=1∞X−1(An) car
Donc PX(⋃n=1∞An)=P(⋃n=1∞X−1(An)). Enfin, si i=j, X−1(Ai)∩X−1(Aj)=∅ car on ne peut avoir X(ω)∈Ai et X(ω)∈Aj car Ai∩Aj=∅. Finalement, PX(⋃n=1∞An)=∑n=1+∞P(X−1(An))=∑n=1+∞PX(An).
Réciproque. Soit X une application d'un espace probabilisable (Ω,F) à valeurs dans R telle que X(Ω) est fini ou dénombrable. Posons X(Ω)={x1,…,xn,…} et soit d'autre part (pn)n≥1 une suite de nombres réels positifs avec ∑n=1+∞pn=1. Alors il existe une probabilité P sur (Ω,F) telle que, ∀xn,
Définition. Soit X et Y deux variables aléatoires discrètes. On dit que X et Y sont indépendantes si et seulement si ∀(x,y)∈X(Ω)×Y(Ω), P(X=x,Y=y)=P(X=x).P(Y=y).
Propriétés.
Si X et Y sont deux variables aléatoires discrètes indépendantes, alors ∀A∈P(X(Ω)) et ∀B∈P(Y(Ω)), P(X∈A,Y∈B)=P(X∈A)P(Y∈B).
Soit X et Y deux variables aléatoires discrètes indépendantes et f:X(Ω)→R et g:Y(Ω)→R deux applications. Alors les variables aléatoires f(X) et g(Y) sont indépendantes (et elles sont discrètes).
Démonstration. On a P(f(X)=u,g(Y)=v)=P(X∈f−1({u}),Y∈g−1({v}))=P(X∈f−1({u}))×P(Y∈g−1({v})) (avec la propriété 1)
=P(f(X)=u)P(g(Y)=v)
Définition. On dit que n variables aléatoires discrètes X1,…,Xn sont (mutuellement) indépendantes si et seulement si ∀(x1,…,xn)∈X1(Ω)×⋯×Xn(Ω)
P(X1=x1,…,Xn=xn)=P(X1=x1)×⋯×P(Xn=xn)
Définition. Soit I un ensemble fini ou dénombrable. On dit que les variables aléatoires (discrètes) (Xi)i∈I sont (mutuellement) indépendantes si et seulement si ∀p≥2, ∀i1,…,ip (ij=ik), Xi1,…,Xip sont (mutuellement) indépendantes.
Définition. On dit que n variables aléatoires X1,…,Xn sont identiquement distribuées si et seulement si PX1=⋯=PXn, c'est-à-dire si elles ont toutes la même loi de probabilité. De même, si I est fini ou dénombrable, on dit que les variables aléatoires Xi, i∈I, sont identiquement distribuées si ∀i,j∈I, PXi=PXj.
Exemples de lois de probabilité sur des ensembles dénombrables
Loi de Poisson, convergence de la loi binomiale vers la loi de Poisson
Définition. On dit qu'une variable aléatoire discrète X à valeurs dans N suit une loi de Poisson de paramètre λ>0 si ∀k∈N
P(X=k)=e−λk!λk
On note X∼P(λ). La loi de Poisson est fréquemment (mais pas uniquement) utilisée pour modéliser un nombre de phénomènes se produisant pendant un intervalle de temps donné. Par exemple, on considère la situation suivante sur un intervalle de temps [0,T]. Des personnes se présentent l'une après l'autre à un guichet. Soit NT la variable aléatoire représentant le nombre de personnes qui se sont présentées au guichet sur [0,T]. Plus généralement, ∀t∈[0,T], on notera Nt le nombre de personnes qui se sont présentées au guichet pendant l'intervalle de temps [0,t]. On supposera que N0=0 et on fera en outre les hypothèses suivantes :
∀s1,s2,t1,t2 avec s1<s2≤t1<t2, Nt2−Nt1 et Ns2−Ns1 sont des variables aléatoires indépendantes (hypothèse d'accroissements indépendants) ;
∀s<t, la loi de probabilité de Nt−Ns ne dépend que de l'écart t−s (« stationnarité ») ;
(a) P(Nt+h−Nt=1)=λh+o(h) quand h→0 ;
(b) P(Nt+h−Nt>1)=o(h) quand h→0. Donc P(Nt+h−Nt≥1)=λh+o(h) quand h→0, et P(Nt+h−Nt=0)=1−λh+o(h) quand h→0.
Posons ici h=nT (on divise l'intervalle [0,T] en n intervalles de longueur nT). Alors P(NinT−N(i−1)nT≥1)=pn avec n→+∞limT/npn=λ⇔n→+∞limnpn=λT.
D'autre part, P(NinT−N(i−1)nT>1)=o(nT), donc
n→+∞limnP(NinT−N(i−1)nT>1)=0
Soit, ∀1≤i≤n,
Ui={10si une personne ou plus se preˊsente au guichet dans l’intervalle ](i−1)nT,inT]sinon
Les variables Ui sont indépendantes et identiquement distribuées de loi de Bernoulli B(pn). Donc Xn=∑i=1nUi suit une loi binomiale B(n,pn). Montrons que P(NT=Xn)→0. En effet,
Comme λT/no(pn)→0, on a (n−k)o(pn)→0 et lim(n−k)pn=n→+∞limnpn=λT. Donc finalement (1−pn)n−k→e−λT. D'où
n→+∞limP(Xn=k)=e−λTk!(λT)k=P(NT=k)
(loi de Poisson de paramètre λT : Nt∼P(λT)).
Théorème II.2. Soit λ>0 et (Xn)n≥1 une suite de variables aléatoires de loi binomiale B(n,pn), où pn est une suite telle que n→+∞limnpn=λ. Alors, ∀k∈N, n→+∞limP(Xn=k)=e−λk!λk.
En pratique, on peut approcher la loi binomiale par la loi de Poisson dès que
⎩⎨⎧p<0,1n>30λ=np<16(ouˋnp(1−p)<10)
Théorème II.3. Soit X et Y deux variables aléatoires indépendantes avec X∼P(λ) et Y∼P(μ). Alors X+Y∼P(λ+μ).
Une urne contient une proportion p de boules blanches (et une proportion 1−p de boules noires). On effectue des tirages avec remise jusqu'à ce qu'on obtienne une boule blanche.
On lance une pièce jusqu'à obtenir « face ».
On lance un dé jusqu'à obtenir un « 6 ».
On définit la variable aléatoire X à valeurs dans N∗∪{∞} par X le numéro du tirage où on tire la première boule blanche (X=+∞ si on ne tire jamais de boule blanche). Posons ∀i≥1
Xi={10si on tire une boule blanche au tirage isinon
La suite (Xi)i≥1 est une suite de variables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées de loi de Bernoulli B(p). On a donc P(Xi=1)=p⇔P(Xi=0)=1−p, ∀i≥1. On peut écrire
est donc P(X=+∞)=n→+∞limP(X>n)=n→+∞lim(1−p)n={01si p>0si p=0.
On dit que X suit une loi géométrique de paramètre p et on note X∼G(p).
Remarque. On appelle parfois loi géométrique la loi de la variable aléatoire X~ égale au nombre de tirages (ou boules noires) avant l'apparition de la première boule blanche. Alors X~ est une variable aléatoire à valeurs dans N∪{+∞}. On voit que X~=X−1. Donc P(X~=n)=P(X=n+1)=(1−p)n.p. On note parfois X~∼GN(p).
C'est une généralisation de la loi géométrique. Considérons une urne contenant une proportion p de boules blanches. On effectue des tirages avec remise jusqu'à l'apparition de la r-ième boule blanche. Soit Xr le numéro du tirage où on tire une boule blanche pour la r-ième fois (r=1→ loi géométrique). Déterminons la loi de probabilité de Xr.
Xr(Ω)={r,r+1,…}∪{∞}
∀n≥r, PXr(n)=P(Xr=n)=P(X1+⋯+Xn−1=r−1,Xn=1)=P(X1+⋯+Xn−1=r−1).P(Xn=1), avec X1+⋯+Xn−1∼B(n−1,p).
On dit que Xr suit une loi de Pascal (ou binomiale négative) de paramètres r et p.
Xr∼Pa(r,p)
Posons Ui={10si on tire une boule blanche au tirage i
Propriété.
P(Xr>n)=P(U1+⋯+Un<r)=P(B(n,p)<r).
On pose Y1=X1, Y2=X2−X1, …, Yr=Xr−Xr−1. Alors les variables aléatoires (Yi)1≤i≤r sont indépendantes et identiquement distribuées de la loi géométrique de paramètre p. En résumé, la loi de Pascal de paramètres r et p est obtenue comme la loi de probabilité de la somme de r variables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées de la loi géométrique de paramètre p.
Remarque. Une conséquence de ce résultat est qu'étant données 2 variables aléatoires X et Y indépendantes, avec X∼Pa(r,p) et Y∼Pa(r′,p), alors X+Y∼Pa(r+r′,p).
Remarque. On appelle parfois la loi binomiale négative la loi de la variable aléatoire Zr égale au nombre de boules noires tirées avant l'apparition de la r-ième boule blanche. Ainsi Zr=Xr−r et donc ∀n≥0
Démonstration. On a ⋃n≥1{X≤n}={X∈R}. D'où, si X est à valeurs dans R, on a n→+∞limP(X≤n)=P(X∈R)=1 (propriété 8.a).
Remarque. Si X est à valeurs dans R=[−∞,+∞] (fermeture de R=R∪{−∞,+∞}), avec P(X=−∞)=α et P(X=+∞)=β. Alors ⋃n≥1{X≤n}∪{X=+∞}={X∈R}=Ω. D'où n→+∞limP(X≤n)+P(X=+∞)=1⇒n→+∞limP(X≤n)=1−β.
ω∈⋃n=1∞{X≤n}⇔∃n≥1 tel que X(ω)≤n.
x→−∞limFX(x)=0.
Démonstration. Si X est à valeurs dans R, ⋂n≥1{X≤−n}=∅⇒n→+∞limP(X≤−n)=P(∅)=0 (d'après la propriété 8.b).
Remarque. Si P(X=−∞)=α, alors ⋂n≥1{X≤−n}={X=−∞}⇒n→+∞limP(X≤−n)=P(X=−∞)=α.
∀x∈R, FX est continue à droite au point x.
Démonstration.{X≤x}=⋂n≥1{X≤x+n1}, donc P(X≤x)=n→+∞limP(X≤x+n1)⇒FX(x)=n→+∞limFX(x+n1), ∀x∈R. La fonction FX admet une limite à gauche et ϵ→0+limFX(x−ϵ)=P(X<x) :
Définition (subdivision d'un segment). Soit a,b∈R, avec a<b. On appelle subdivision du segment [a,b] toute famille finie de réels σ=(a0,a1,…,an) telle que a=a0<a1<a2<⋯<an−1<an=b.
Définition (fonction en escalier). Une fonction f:[a,b]→R est dite en escalier s'il existe une subdivision σ=(a0,a1,…,an) de [a,b] telle que f soit constante sur chaque intervalle ]ai−1,ai[, 1≤i≤n.
Proposition.
Soit X une variable aléatoire discrète à valeurs dans X(Ω) fini. Alors sa fonction de répartition est une fonction en escalier.
Si X est une variable aléatoire discrète à valeurs dans X(Ω) dénombrable (infini) et si de plus il existe ϕ:N→X(Ω) (ou plus généralement ϕ:Z→X(Ω)) telle que ϕ(n+1)>ϕ(n) et n→+∞limϕ(n)=+∞, alors la fonction de répartition FX est une fonction en escalier (sur tout intervalle [a,b]).
Remarque. Si n→+∞limϕ(n)=b∈R, alors ∀m, FX n'est pas en escalier sur [b−m1,b].
Contre-exemple remarquable. Soit X et Y deux variables aléatoires indépendantes de loi géométrique de paramètre p∈]0,1[ et posons Z=YX. Alors ∀s∈Q+∗, P(Z=s)>0 et de plus ∀0<a<b, ∃s∈Q+∗∩]a,b[. Donc FZ ne peut être constante sur aucun intervalle ]a,b[, et finalement FZ n'est pas en escalier (sur aucun intervalle ]a,b[).
Proposition. Si la fonction de répartition FX d'une variable aléatoire X est continue, alors X n'est pas discrète.
Démonstration. Supposons que X(Ω) est un ensemble fini ou dénombrable. Comme FX est continue, alors ∀x∈X(Ω)
P(X=x)=P(X≤x)−P(X<x)=0
P(X=x)=FX(x)−ϵ→0+limFX(x−ϵ)=FX(x)
D'où une contradiction (en effet, si X est discrète, on doit avoir
x∈X(Ω)∑P(X=x)=1
).
Vecteurs aléatoires, couples de variables aléatoires
Définition. On appelle vecteur aléatoire de dimension n sur (Ω,F,P) toute application X=(X1,…,Xn) de Ω→Rn où ∀1≤i≤n, Xi est une variable réelle. Dans le cas où les variables aléatoires Xi sont discrètes (∀i, Xi(Ω) fini ou dénombrable), on parlera de vecteur aléatoire discret. Dans le cas où n=2, étant données deux variables aléatoires X et Y, on dit que (X,Y) est un couple de variables aléatoires.
Soit (X1,…,Xn) un vecteur aléatoire discret. On appelle loi de probabilité du vecteur (X1,…,Xn) la probabilité sur X1(Ω)×⋯×Xn(Ω) munie de la tribu P(X1(Ω)×⋯×Xn(Ω)), notée PX1,…,Xn, définie par ∀(x1,…,xn)∈X1(Ω)×⋯×Xn(Ω)
Théorème II.4. Soit X1,…,Xnn variables réelles ; alors les variables aléatoires X1,…,Xn sont (mutuellement) indépendantes si et seulement si ∀(x1,…,xn)∈Rn, FX1,…,Xn(x1,…,xn)=FX1(x1)×⋯×FXn(xn). En particulier, deux variables aléatoires X et Y sont indépendantes si et seulement si ∀(x,y)∈R2, FX,Y(x,y)=FX(x)FY(y).
Définition. Soit (X1,…,Xn) un vecteur aléatoire de loi PX1,…,Xn. Alors la loi de probabilité PXi des variables aléatoires Xi, 1≤i≤n, est appelée « loi marginale ».
Remarque.PXi(Ai)=PX1,…,Xi,…,Xn(R×R×⋯×R×Ai×R×⋯×R). Si les variables aléatoires Xi sont discrètes,
Définition. Soit X une variable aléatoire discrète sur un espace probabilisé (Ω,F,P) avec X(Ω)={xn,n∈N}. On dit que X est d'espérance finie si
n=0∑+∞∣xn∣P(X=xn)<+∞
(c'est-à-dire si la série xnP(X=xn) est absolument convergente), et on appelle alors espérance de X le nombre
E(X)=n=0∑+∞xnP(X=xn)
Remarque 1. On dit aussi parfois que X est intégrable (i.e. d'espérance finie).
Remarque 2. Si Ω est un espace fini ou dénombrable, alors X est d'espérance finie si et seulement si
ω∈Ω∑∣X(ω)∣P(ω)<+∞
et on peut écrire
E(X)=ω∈Ω∑X(ω)P(ω)
Remarque 3. Si par exemple ∀xn∈X(Ω), xn≥0 (X à valeurs positives), alors la valeur de ∑n=0+∞xnP(X=xn) est toujours bien définie (elle est réelle si X est d'espérance finie, ou bien elle vaut +∞). On peut généraliser la définition de la façon suivante.
Définition. Soit X une variable aléatoire discrète sur (Ω,F,P) à valeurs dans X(Ω)={xn,n∈N}. Posons X+=max(X,0) (partie positive) et X−=max(−X,0) (partie négative). On voit que X+−X−=X et X++X−=∣X∣.
On dira que la variable aléatoire X « admet une espérance » si et seulement si au moins une des deux conditions suivantes est vérifiée :
E(X+)=xn∈X(Ω)xn≥0∑xnP(X=xn)<+∞ ;
E(X−)=xn∈X(Ω)xn<0∑−xnP(X=xn)<+∞ ;
et on définit l'espérance de X par
E(X)=E(X+)−E(X−)
Remarque. Une variable aléatoire X est d'espérance finie si et seulement si
E(X+)<+∞ et E(X−)<+∞
Premier exemple. On rappelle que n≥1∑n21=6π2.
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N avec P(X=0)=0 et ∀n≥1, P(X=n)=π2n26. On voit que
n≥1∑nP(X=n)=n≥1∑π2n6=+∞
Donc X n'est pas d'espérance finie. Par contre, on peut dire que X admet une espérance (E(X)=+∞) (on voit qu'ici E(X−)=0).
Considérons maintenant X à valeurs dans Z avec P(X=0)=0 et ∀n=0, P(X=n)=π2n23. Alors on se trouve dans le cas
E(X+)=+∞
E(X−)=+∞
Donc X n'admet pas d'espérance.
Théorème II.5. (Théorème de transfert) Soit X1,…,Xkk variables aléatoires discrètes. Soit f une fonction de Rk→R. Alors la variable aléatoire Z=f(X1,…,Xk) est d'espérance finie si et seulement si
Si E(X)<+∞, alors on a nP(X≥n+1)=nk=n+1∑+∞P(X=k)≤k=n+1∑+∞kP(X=k) et on a k=n+1∑∞kP(X=k)→0 car E(X)=k=1∑∞kP(X=k)<+∞. D'où l'égalité en passant à la limite.
Si E(X)=+∞, alors on a k=1∑∞P(X≥k)≥k=1∑∞kP(X=k), d'où k=1∑∞P(X≥k)=+∞ et l'égalité reste vraie.
Remarque. Si X est à valeurs dans N∪{+∞} avec P(X=+∞)>0, alors E(X)=+∞ et ∀n, ∑k=1 …
Moments d'ordre supérieur, variance et covariance
Définition. Soit X une variable aléatoire discrète sur (Ω,F,P) avec X(Ω)={xn,n∈N}. On dit que X admet un moment (non centré) à l'ordre k si
n≥0∑∣xn∣kP(X=xn)<+∞
et on appelle alors moment (non centré) d'ordre k le nombre
E(Xk)=n≥0∑xnkP(X=xn)
Remarque. On dit aussi que X est de puissance k intégrable. Si k=2, on parle de variable aléatoire de carré intégrable ; l'espérance est le moment (non centré) d'ordre 1.
Propriété. Si X admet un moment (non centré) d'ordre k, alors ∀i≤k, X admet un moment (non centré) d'ordre i.
Si de plus les variables aléatoires X1,…,Xn sont 2 à 2 non corrélées, alors on a
Var(X1+⋯+Xn)=Var(X1)+⋯+Var(Xn)
Propriétés de la covariance.
Cov(X,X)=Var(X).
(X,Y)→Cov(X,Y) est bilinéaire symétrique positive.
Démonstration.Cov(X,Y)=Cov(Y,X), Cov(X,X)=Var(X)≥0, Cov(aX+bY,Z)=E((aX+bY)Z)−E(aX+bY)E(Z)=E(aXZ+bYZ)−aE(X)E(Z)−bE(Y)E(Z) (linéarité de l'espérance) =a(E(XZ)−E(X)E(Z))+b(E(YZ)−E(Y)E(Z))=aCov(X,Z)+bCov(Y,Z).
∣Cov(X,Y)∣≤Var(X)Var(Y)⇔∣Cov(X,Y)∣≤σXσY.
Démonstration. Résulte de l'inégalité de Cauchy-Schwarz. En effet, ∀a, P(a)=Cov(aX+Y,aX+Y)=Var(aX+Y)≥0⇔P(a)=a2Var(X)+2aCov(X,Y)+Var(Y)≥0. D'où le discriminant de P(a) est inférieur ou égal à 0, donc 4Cov2(X,Y)−4Var(X)Var(Y)≤0⇔Cov2(X,Y)≤Var(X)Var(Y)⇔∣Cov(X,Y)∣≤σXσY.
Remarque. On définit le coefficient de corrélation (linéaire) de 2 variables aléatoires par
ρ(X,Y)=Var(X)Var(Y)Cov(X,Y)=σXσYCov(X,Y)
D'après la propriété précédente, on a ∣ρ(X,Y)∣≤1. On voit que X et Y non corrélées ⇔ρ(X,Y)=0.
Propriété.∣ρ∣=1⇔∃a,b∈R tels que aX+Y=b (tels que P(aX+Y=b)=1).
Démonstration. Si Y=b−aX, σY=∣a∣σX,
Cov(X,Y)=Cov(X,b−aX)=Cov(X,b)−aVar(X)=−aVar(X)
∣ρ∣=σX∣a∣σX∣aVar(X)∣=1
Réciproquement, si ∣ρ∣=1, alors le discriminant de P(a) est nul, et donc il existe une racine de P(a)⇔∃a tel que Var(aX+Y)=0⇔aX+Y=b.
Démonstration. Découle de l'inégalité de Markov. Posons λ=ϵ2 et Y=(X−E(X))2. Markov implique P(∣Y∣≥λ)≤λE(∣Y∣)⇒P((X−E(X))2≥ϵ2)≤ϵ2Var(X)⇒P(∣X−E(X)∣≥ϵ)≤ϵ2Var(X).
Exemple. Soit X une variable aléatoire telle que E(X)=100 et Var(X)=16. Posons ϵ=8, alors
P(92<X<108)≥1−6416
On déduit de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev une version simplifiée de la loi faible des grands nombres.
Théorème II.6. Soit (Xn)n≥1 une suite de variables aléatoires i.i.d. avec E(Xn)=μ et Var(Xn)=σ2. Posons ∀n≥1, Sn=∑k=1nXk et Xn=nSn=n1∑k=1nXk ; Xn s'appelle la moyenne d'échantillon. Alors ∀ϵ>0, n→+∞limP(∣Xn−μ∣≥ϵ)=0 (on dit que Xn converge en probabilité vers μ).
Démonstration. D'après l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev,
Définition. Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N et posons ∀n≥0, pn=P(X=n). On appelle fonction génératrice de X (ou fonction génératrice des probabilités, ou encore fonction génératrice des moments) la fonction
GX:⎩⎨⎧C→Cz↦GX(z)=n=0∑+∞pnzn
Remarque.
GX(z)=E(zX) (théorème du transfert).
Comme ∑n=0+∞pn=1, on en déduit que le rayon de convergence de la série entière ∑pnzn est supérieur à 1.
Théorème II.7. Soit X et Y deux variables aléatoires telles que ∀z∈R, GX(z)=GY(z). Alors ∀n∈N, P(X=n)=P(Y=n) (X et Y ont même loi).
Démonstration. Puisque le rayon de convergence de GX et GY est supérieur à 1, ∀r∈]0,1[, on peut dériver GX (et GY) indéfiniment sur ]−r,r[ ; en particulier, GX et GY sont indéfiniment dérivables en 0. Or ∀z∈]−r,r[
On a montré de même que qn=P(Y=n)=n!GY(n)(0), d'où si GX=GY, on a forcément pn=qn∀n.
Théorème II.8. Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N de fonction génératrice GX. Alors X admet un moment d'ordre m si et seulement si la dérivée à gauche d'ordre m au point z=1 de la fonction GX existe et est finie. Dans ce cas, on a de plus
Démonstration. Dans le cas où le rayon de convergence de la série entière ∑pnzn est R>1, le résultat est évident car la fonction GX est indéfiniment dérivable au point 1. Si R=1, la démonstration est plus technique.
Fonction génératrice d'une somme de variables aléatoires indépendantes. Soit X et Y deux variables aléatoires indépendantes (à valeurs dans N) de fonctions génératrices GX et GY. Calculons la fonction génératrice de X+Y :
Autre démonstration. On a vu que GX(z)=E(zX) et GY(z)=E(zY). Donc GX+Y(z)=E(zX+Y)=E(zXzY)=E(zX)E(zY) (car zX et zY sont indépendants). On peut généraliser le résultat à n variables aléatoires indépendantes.
Théorème II.9. Soit X1,…,Xnn variables aléatoires à valeurs dans N (mutuellement) indépendantes. Alors
GX1+⋯+Xn=GX1×⋯×GXn=i=1∏nGXi
Exemples de fonctions génératrices.
Loi de Bernoulli.X∼B(p), GX(z)=P(X=0)z0+P(X=1)z1=1−p+pz ; de plus GX′(z)=p et GX′′(z)=0, donc E(X)=p et Var(X)=0+p−p2=p(1−p).
Loi binomiale.X∼B(n,p), GX(z)=k=0∑nCnkpk(1−p)n−kzk=k=0∑nCnk(pz)k(1−p)n−k=(pz+1−p)n (binôme de Newton).