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Physique de la diffusion

Les différents modes de transfert thermique​

La quantité de chaleur, ou transfert thermique, est l'énergie de nature microscopique échangée à travers la surface qui délimite un système. Il existe trois modes de transfert thermique.

La conduction ou diffusion thermique​

Mise en évidence expérimentale : l'expérience d'Ingen-Housz. L'expérience du physicien hollandais J. Ingen-Housz, qui date de 1789, permet de comparer la diffusion thermique dans plusieurs matériaux métalliques. On la réalise facilement en enduisant de cire des tiges métalliques dont une extrémité est en contact avec un thermostat, par exemple un bain d'eau bouillante.

Expérience d'Ingen-Housz : tiges métalliques enduites de cire plongées dans l'eau bouillante

On constate que la température, en des points homologues des tiges, augmente au cours du temps, mais plus ou moins rapidement d'une tige à l'autre. À tout instant de l'expérience, les longueurs de cire fondue permettent de comparer le comportement thermique de chaque matériau : la plus grande longueur est obtenue avec le matériau le plus conducteur de la chaleur, ici le cuivre.

Ainsi, lorsqu'une différence de température existe dans un matériau, un flux thermique orienté des zones chaudes vers les zones froides tend à uniformiser la température. Comme il n'y a ici ni déplacement global de matière, ni variation de l'énergie macroscopique, ni travail reçu, ce flux thermique est un flux d'énergie interne non convectif.

La diffusion thermique. Elle existe dans tous les corps, solides ou fluides. La partie la plus froide s'échauffe au contact de la partie la plus chaude du corps. Cette élévation de température correspond à un accroissement de :

  • l'énergie microscopique de vibration du réseau cristallin, pour les solides ;
  • l'énergie cinétique microscopique d'agitation désordonnée des molécules d'un fluide, due aux chocs incessants entre ces molécules.

Ce transfert thermique ne s'accompagne pas, à l'échelle macroscopique, de mouvement de matière. C'est le seul mécanisme qui intervient dans les solides homogènes et opaques. Dans les fluides, la conduction est souvent masquée par le phénomène de convection. Un milieu dont la température n'est pas homogène est au moins le siège de transferts thermiques par conduction.

Conclusion. Un phénomène de diffusion thermique apparaît donc comme un transfert thermique sans mouvement macroscopique du support. Ce transfert se produit dans un système initialement hors équilibre, des régions chaudes vers les régions froides ; il tend donc à uniformiser la température. Le phénomène de diffusion est irréversible.

Notion d'équilibre thermodynamique local. Dans ces processus de diffusion thermique, on ne peut plus parler de la température du corps : des thermomètres placés en divers points n'indiquent pas la même température. On suppose que l'on peut définir en chaque point du système une température locale, même s'il n'est pas en équilibre thermique globalement : cette hypothèse nécessite un équilibre local. Pour les gaz, cela correspond au cas où, localement, la distribution des vitesses est bien décrite par une distribution de Maxwell associée à une température locale TT.

Flux de particules et courant volumique de particules​

Considérons un milieu quelconque (gaz, liquide, solide) dans lequel diffusent des particules.

Par définition, le flux ϕ\phi de particules à travers la surface SS est le nombre de particules qui traversent la surface SS par unité de temps : ϕ=dNdt⇒dN=ϕ dt\phi = \dfrac{dN}{dt} \Rightarrow dN = \phi\,dt.

ϕ\phi s'écrit aussi sous la forme dϕ=j⃗⋅dS⃗⇒dN=j⃗⋅dS⃗ dtd\phi = \vec{j} \cdot \vec{dS} \Rightarrow dN = \vec{j} \cdot \vec{dS}\,dt, où j⃗=nV⃗\vec{j} = n \vec{V} est le vecteur densité de courant de particules, V⃗\vec{V} la vitesse des particules et nn la concentration de particules (nombre de particules par unité de volume). ∥j⃗∥\|\vec{j}\| s'exprime en m−2.s−1\text{m}^{-2}.\text{s}^{-1}.

  • Pour une surface élémentaire dSdS, on écrit d2N=dϕ dtd^2N = d\phi\,dt.
  • ϕ\phi est une grandeur algébrique.
  • Soit d2Nd^2N le nombre de particules de vitesse moyenne V⃗\vec{V} (vitesse de diffusion) qui traversent l'élément de surface dS⃗=dS u⃗\vec{dS} = dS\,\vec{u} pendant la durée dtdt (entre tt et t+dtt + dt), où u⃗\vec{u} est le vecteur unitaire porté par la normale à dSdS.

Ce nombre est celui contenu dans le cylindre de base dSdS et de hauteur h=u⃗⋅V⃗ dt=Vcos⁡(θ) dth = \vec{u} \cdot \vec{V}\,dt = V \cos(\theta)\,dt, où θ\theta est l'angle entre dS⃗\vec{dS} et V⃗\vec{V}. Ce cylindre a pour volume

dV=dS V dtcos⁡(θ)=V⃗⋅dS⃗ dtdV = dS\,V\,dt \cos(\theta) = \vec{V} \cdot \vec{dS}\,dt

Cylindre de base dS et de génératrice V dt

d'où

d2N=NV dS u⃗⋅V⃗ dtsoitdϕ=d2Ndt=nV⃗⋅dS⃗=j⃗⋅dS⃗d^2N = \frac{N}{V}\,dS\,\vec{u} \cdot \vec{V}\,dt \qquad \text{soit} \qquad d\phi = \frac{d^2N}{dt} = n \vec{V} \cdot \vec{dS} = \vec{j} \cdot \vec{dS}

Le flux total à travers une surface SS est ϕ=∬Sj⃗⋅u⃗ dS=∬Sj⃗⋅dS⃗\phi = \iint_S \vec{j} \cdot \vec{u}\,dS = \iint_S \vec{j} \cdot \vec{dS}, et donc dN=(∬Sj⃗⋅dS⃗)dtdN = \left(\iint_S \vec{j} \cdot \vec{dS}\right) dt.

Le flux de particules ϕ\phi est le nombre de particules qui traversent une surface SS par unité de temps. Pendant une durée dtdt, le nombre de particules dNdN qui traversent une surface SS est donné par dN=ϕ dtdN = \phi\,dt, avec ϕ\phi le flux du vecteur densité de courant de particules à travers SS :

ϕ=∬Sj⃗⋅dS⃗avecj⃗=nV⃗\phi = \iint_S \vec{j} \cdot \vec{dS} \qquad \text{avec} \qquad \vec{j} = n \vec{V}

La loi de Fick​

Considérons un milieu où la concentration de particules n(x,t)n(x, t) ne dépend que d'une seule coordonnée d'espace xx et du temps tt.

Le courant de particules va des concentrations élevées vers les faibles, à l'opposé du gradient

La loi de Fick, loi expérimentale établie vers 1856 par Adolphe Fick, stipule que

j=−D∂n∂xj = -D \frac{\partial n}{\partial x}

Le coefficient DD, toujours positif, est appelé coefficient de diffusion ou diffusivité du corps étudié. Il s'exprime en m2.s−1\text{m}^2.\text{s}^{-1}. Sous forme vectorielle, la loi de Fick s'écrit

j⃗(M,t)=−D grad→ n(M,t)\vec{j}(M, t) = -D\,\overrightarrow{\text{grad}}\,n(M, t)

Remarques.

  • La loi de Fick n'est plus valable si le gradient de densité est trop important, s'il varie trop vite dans le temps, ou si le milieu est anisotrope (la diffusivité dépend alors de la direction de l'espace).
  • Le coefficient de diffusion DD dépend de la nature des particules qui diffusent et de celle du milieu dans lequel elles se déplacent.
  • Il dépend aussi de la température et de la pression.
  • Si le milieu est homogène, ∂n∂x=0\dfrac{\partial n}{\partial x} = 0, donc j=0j = 0.
  • Analogie entre la loi de Fick et la loi d'Ohm : I=∬Sj⃗⋅dS⃗=∬SγE⃗⋅dS⃗I = \iint_S \vec{j} \cdot \vec{dS} = \iint_S \gamma \vec{E} \cdot \vec{dS}, avec γ\gamma en S.m−1\text{S.m}^{-1} et j⃗\vec{j} le courant volumique des charges électriques. Le flux de particules à travers une surface rappelle l'intensité II du courant : ϕ≡I\phi \equiv I.

Équation de la diffusion​

Diffusion à une dimension​

  • On considère des milieux où il n'y a ni création ni destruction de particules.
  • On considère le cas où la concentration ne dépend que de la coordonnée d'espace xx et du temps tt : n=n(x,t)n = n(x, t).
  • Soit ϕ(x,t)\phi(x, t) le flux de particules traversant une surface SS normale à OxOx, orientée selon les xx croissants. On a ϕ(x,t)=j(x,t)S\phi(x, t) = j(x, t) S, où j⃗(x,t)=j(x,t) u⃗x\vec{j}(x, t) = j(x, t)\,\vec{u}_x est le vecteur densité de courant de particules.

Tranche élémentaire entre x et x + dx traversée par j(x, t) et j(x + dx, t)

Considérons un volume élémentaire de section SS compris entre les abscisses xx et x+dxx + dx. Ce volume contient dN=nS dxdN = n S\,dx particules. Faisons le bilan du nombre de particules entre les instants tt et t+dtt + dt. À l'abscisse xx, il entre dans le système δNe=ϕ(x,t) dt=j(x,t)S dt\delta N_e = \phi(x, t)\,dt = j(x, t) S\,dt particules. À l'abscisse x+dxx + dx, il en sort δNs=ϕ(x+dx,t) dt=j(x+dx,t)S dt\delta N_s = \phi(x + dx, t)\,dt = j(x + dx, t) S\,dt. Comme il n'y a ni création ni destruction de particules, la différence entre ces deux nombres est égale à la variation du nombre dNdN de particules contenues dans le volume élémentaire dV=S dxdV = S\,dx pendant la durée dtdt :

δNe−δNs=dN(t+dt)−dN(t)⇒dN(t+dt)−dN(t)={j(x,t)−j(x+dx,t)}S dt=−∂j(x,t)∂xS dt dx⇒dN(t+dt,x)−dN(t,x)={n(t+dt,x)−n(t,x)}S dx=∂n(x,t)∂tdt S dx⇒∂n∂tdt S dx=−∂j(x,t)∂xS dx dt⇒∂n(x,t)∂t=−∂j(x,t)∂x\begin{aligned} \delta N_e - \delta N_s &= dN(t + dt) - dN(t) \\ \Rightarrow dN(t + dt) - dN(t) &= \{j(x, t) - j(x + dx, t)\} S\,dt = -\frac{\partial j(x, t)}{\partial x} S\,dt\,dx \\ \Rightarrow dN(t + dt, x) - dN(t, x) &= \{n(t + dt, x) - n(t, x)\} S\,dx = \frac{\partial n(x, t)}{\partial t} dt\,S\,dx \\ \Rightarrow \frac{\partial n}{\partial t} dt\,S\,dx &= -\frac{\partial j(x, t)}{\partial x} S\,dx\,dt \Rightarrow \frac{\partial n(x, t)}{\partial t} = -\frac{\partial j(x, t)}{\partial x} \end{aligned}

Cette équation exprime la conservation de la matière : c'est l'équation locale de conservation. D'après la loi de Fick, j=−D∂n∂x⇒∂n(x,t)∂t=D∂2n(x,t)∂x2j = -D \dfrac{\partial n}{\partial x} \Rightarrow \dfrac{\partial n(x, t)}{\partial t} = D \dfrac{\partial^2 n(x, t)}{\partial x^2} : c'est l'équation de la diffusion à une dimension. On a supposé ici que le coefficient de diffusion DD est indépendant de xx.

Ainsi, à une dimension, la concentration n(x,t)n(x, t) vérifie l'équation de la diffusion

∂n∂t=D∂2n∂x2\frac{\partial n}{\partial t} = D \frac{\partial^2 n}{\partial x^2}

Équation de la diffusion à trois dimensions​

Considérons le cas général où la concentration nn dépend des trois coordonnées de l'espace :

∂n∂t=−div j⃗=−div[−D grad→(n)]⇒∂n∂t=div[D grad→(n)]⇒∂n∂t=DΔn\frac{\partial n}{\partial t} = -\text{div}\,\vec{j} = -\text{div}\big[-D\,\overrightarrow{\text{grad}}(n)\big] \Rightarrow \frac{\partial n}{\partial t} = \text{div}\big[D\,\overrightarrow{\text{grad}}(n)\big] \Rightarrow \frac{\partial n}{\partial t} = D \Delta n

En coordonnées cartésiennes, Δn=∂2n∂x2+∂2n∂y2+∂2n∂z2\Delta n = \dfrac{\partial^2 n}{\partial x^2} + \dfrac{\partial^2 n}{\partial y^2} + \dfrac{\partial^2 n}{\partial z^2}.

Dans le cas où nan_a particules sont créées ou absorbées par unité de volume et par unité de temps, ∂n∂t=DΔn+na\dfrac{\partial n}{\partial t} = D \Delta n + n_a. En régime stationnaire, l'équation de diffusion se réduit à Δn=−naD\Delta n = -\dfrac{n_a}{D}. Cette équation rappelle l'équation de Poisson que vérifie le potentiel électrostatique, ΔV=−ρε0\Delta V = -\dfrac{\rho}{\varepsilon_0}. Si na=0n_a = 0, l'équation obtenue est bien connue : c'est l'équation de Laplace.

Démonstration. Considérons un volume quelconque vv, indéformable et fixe, limité par une surface fermée.

  • À l'instant tt, le nombre de particules est N(t)=∭vn(M,t) dvN(t) = \iiint_v n(M, t)\,dv.
  • À l'instant t+dtt + dt, il vaut N(t+dt)=∭vn(M,t+dt) dvN(t + dt) = \iiint_v n(M, t + dt)\,dv.

La variation du nombre de particules contenues dans le volume entre tt et t+dtt + dt est donc

dN=N(t+dt)−N(t)=ddt(∭vn(M,t) dv)dt⇒dN=(∭v∂n(M,t)∂t dv)dtdN = N(t + dt) - N(t) = \frac{d}{dt}\left(\iiint_v n(M, t)\,dv\right) dt \Rightarrow dN = \left(\iiint_v \frac{\partial n(M, t)}{\partial t}\,dv\right) dt

À trois dimensions, dNdt\dfrac{dN}{dt} est l'opposé du débit sortant, soit, par le théorème d'Ostrogradski :

dNdt=−∯j⃗⋅dS⃗=−∭div(j⃗) dV\frac{dN}{dt} = -\oiint \vec{j} \cdot \vec{dS} = -\iiint \text{div}(\vec{j})\,dV

Ainsi ∭v∂n(M,t)∂t dv=−∭vdiv(j⃗) dv\iiint_v \dfrac{\partial n(M, t)}{\partial t}\,dv = -\iiint_v \text{div}(\vec{j})\,dv, donc ∂n(M,t)∂t=−div j⃗\dfrac{\partial n(M, t)}{\partial t} = -\text{div}\,\vec{j}. Avec la loi de Fick, on retrouve ∂n∂t=DΔn\dfrac{\partial n}{\partial t} = D \Delta n. Dans le cas où il y a destruction ou création de particules, l'équation précédente s'écrit

∂n(M,t)∂t=−div(j⃗)+naavecna=np+nd\frac{\partial n(M, t)}{\partial t} = -\text{div}(\vec{j}) + n_a \qquad \text{avec} \qquad n_a = n_p + n_d

Résolution de l'équation de diffusion​

Trouver une solution de l'équation de diffusion implique d'appliquer les conditions aux limites et les conditions initiales pour obtenir une solution unique.

Cas du régime permanent. En régime permanent (indépendant du temps), n=n(x)⇒∂n∂t=0n = n(x) \Rightarrow \dfrac{\partial n}{\partial t} = 0. En l'absence de source, Δn=0⇒d2n(x)dx2=0⇒djdx=0\Delta n = 0 \Rightarrow \dfrac{d^2 n(x)}{dx^2} = 0 \Rightarrow \dfrac{dj}{dx} = 0.

Le vecteur densité de particules ne dépend ni de xx ni de tt : c'est un vecteur constant dans le domaine considéré. De plus, dn(x)dx=cte=−jD⇒n(x)=−jDx+n(0)\dfrac{dn(x)}{dx} = \text{cte} = -\dfrac{j}{D} \Rightarrow n(x) = -\dfrac{j}{D} x + n(0) : la densité volumique de particules est une fonction affine de xx.

Exemple. Déterminer, en régime permanent, le flux de particules dans un tuyau de longueur LL et de section SS. La concentration des molécules qui diffusent est maintenue constante aux extrémités : en x=0x = 0, n=n1n = n_1, et en x=Lx = L, n=n2<n1n = n_2 < n_1.

En régime permanent, nn ne dépend pas du temps, donc d2n(x)dx2=0\dfrac{d^2 n(x)}{dx^2} = 0 et dn(x)dx=cte\dfrac{dn(x)}{dx} = \text{cte}. Ainsi n(x)=C1x+C2n(x) = C_1 x + C_2 ; en x=0x = 0, n=C2=n1n = C_2 = n_1, et en x=Lx = L, n=C1L+n1=n2n = C_1 L + n_1 = n_2. D'où

C1=n2−n1L⇒n(x)=n2−n1Lx+n1⇒j=−D∂n∂x=Dn1−n2LC_1 = \frac{n_2 - n_1}{L} \Rightarrow n(x) = \frac{n_2 - n_1}{L} x + n_1 \Rightarrow j = -D \frac{\partial n}{\partial x} = D \frac{n_1 - n_2}{L}

Le flux de particules qui traversent le tuyau est ϕ=jS=DSL(n1−n2)\phi = jS = \dfrac{DS}{L}(n_1 - n_2).

Cas du régime dépendant du temps. La résolution de l'équation de diffusion n'est pas simple en général. La solution dépend de constantes d'intégration déterminées par les conditions aux limites temporelles et spatiales, qui donnent une solution unique.

Suivant les conditions aux limites imposées, on peut chercher des solutions particulières de la forme n(x,t)=f(x)g(t)n(x, t) = f(x) g(t) : c'est la méthode de séparation des variables.

On suppose qu'à l'instant t=0t = 0, N0N_0 particules diffusantes par unité de surface sont concentrées en x=0x = 0. La solution est alors

n(x,t)=N02πDtexp⁡(−x24Dt)n(x, t) = \frac{N_0}{2\sqrt{\pi D t}} \exp\left(-\frac{x^2}{4 D t}\right)

Dans le cas où la concentration des particules diffusantes est maintenue constante, égale à N0N_0, en x=0x = 0, avec n(x>0,0)=0n(x > 0, 0) = 0, la solution s'écrit

n(x,t)=N0[1−2π∫0uexp⁡(−v2) dv]avecu=x2Dtn(x, t) = N_0 \left[1 - \frac{2}{\sqrt{\pi}} \int_0^u \exp(-v^2)\,dv\right] \qquad \text{avec} \qquad u = \frac{x}{2\sqrt{D t}}

Ces solutions vérifient rarement les conditions aux limites imposées par le problème étudié. Cependant, l'équation de diffusion est une équation différentielle linéaire : si l'on connaît des solutions particulières ni(x,t)n_i(x, t), toute combinaison n(x,t)=∑iaini(x,t)n(x, t) = \sum_i a_i n_i(x, t) est aussi une solution.

Diffusion thermique​

Modes de transfert de l'énergie thermique​

Le rayonnement. Un corps chaud émet un rayonnement électromagnétique qui transporte de l'énergie. Ce transfert ne nécessite pas la présence d'un milieu matériel : il peut se produire dans le vide.

La convection. Elle est due à un déplacement global de matière et concerne les liquides et les gaz.

  • Dans les fluides, une variation de température modifie localement la masse volumique, ce qui entraîne un mouvement d'ensemble du fluide (les parties chaudes, plus légères, ont tendance à s'élever) : c'est la convection naturelle.
  • Un fluide peut aussi être mis en mouvement de manière artificielle pour accélérer les échanges thermiques : c'est la convection forcée.

La conduction ou diffusion thermique. Voir plus haut : elle existe dans tous les corps, sans mouvement macroscopique de matière, et c'est le seul mécanisme à l'œuvre dans les solides homogènes et opaques.

Vecteur densité de courant thermique​

Soit un milieu (gaz, solide ou liquide) de volume VV délimité par une surface SS, et T(r⃗,t)T(\vec{r}, t) la température dans ce milieu (on suppose donc qu'elle est définie localement). Soit δ2Q(r⃗,t)\delta^2 Q(\vec{r}, t) la quantité d'énergie qui traverse par conduction l'élément de surface dS⃗\vec{dS} (centré sur MM) entre tt et t+dtt + dt.

Physiquement, δ2Q\delta^2 Q est d'autant plus important que dSdS et dtdt sont grands. On admet que l'on peut écrire

δ2Q(r⃗,t)=j⃗th(r⃗,t)⋅dS⃗ dt=δϕ(r⃗,t) dtavecδϕ(r⃗,t)=δ2Q(r⃗,t)dt=j⃗th(r⃗,t)⋅dS⃗\delta^2 Q(\vec{r}, t) = \vec{j}_{th}(\vec{r}, t) \cdot \vec{dS}\,dt = \delta\phi(\vec{r}, t)\,dt \qquad \text{avec} \qquad \delta\phi(\vec{r}, t) = \frac{\delta^2 Q(\vec{r}, t)}{dt} = \vec{j}_{th}(\vec{r}, t) \cdot \vec{dS}

Le flux thermique ϕ\phi est la quantité d'énergie qui traverse une surface SS par unité de temps. Pendant une durée dtdt, l'énergie qui traverse SS vaut δQ=ϕ dt\delta Q = \phi\,dt. ϕ\phi est le flux du vecteur densité de courant thermique j⃗th\vec{j}_{th} à travers la surface SS :

δϕ=j⃗th⋅dS⃗ouϕ=∯j⃗th⋅dS⃗\delta\phi = \vec{j}_{th} \cdot \vec{dS} \qquad \text{ou} \qquad \phi = \oiint \vec{j}_{th} \cdot \vec{dS}

Loi de Fourier​

Cette loi, établie expérimentalement par Fourier, est de nature phénoménologique, comme les lois d'Ohm et de Fick : c'est une loi constitutive et non structurelle. Elle traduit l'approximation linéaire, c'est-à-dire la proportionnalité entre le courant volumique thermique j⃗th(r⃗,t)\vec{j}_{th}(\vec{r}, t) et le gradient de la température T(r⃗,t)T(\vec{r}, t) :

j⃗th=−K grad→ Tavec K la conductiviteˊ thermique\vec{j}_{th} = -K\,\overrightarrow{\text{grad}}\,T \qquad \text{avec } K \text{ la conductivité thermique}

Volume V délimité par la surface S, élément de surface dS de normale n

Équation de la diffusion thermique​

On considère un corps homogène de masse volumique ρ\rho, de conductivité thermique KK et de capacité thermique massique cc. Les grandeurs ρ\rho, KK et cc sont supposées constantes dans le domaine de température étudié.

Conduction pure unidimensionnelle. La température du matériau TT ne dépend que de l'abscisse xx et du temps tt. Soit un cylindre élémentaire de section SS compris entre les abscisses xx et x+dxx + dx.

Cylindre élémentaire de section S entre x et x + dx

On effectue un bilan énergétique dans ce cylindre entre tt et t+dtt + dt, en supposant qu'il n'y a pas d'apport d'énergie autre que par conduction :

  • à l'abscisse xx, il entre une énergie δQe=jth(x,t)S dt\delta Q_e = j_{th}(x, t) S\,dt ;
  • à l'abscisse x+dxx + dx, il sort une énergie δQs=jth(x+dx,t)S dt\delta Q_s = j_{th}(x + dx, t) S\,dt.

D'après le premier principe appliqué au cylindre élémentaire :

dU=(ρS dx) c dT=δQ+δW=δQ=δQe−δQs=jth(x,t)S dt−jth(x+dx,t)S dt=−∂jth∂xdx S dt\begin{aligned} dU = (\rho S\,dx)\,c\,dT &= \delta Q + \delta W = \delta Q = \delta Q_e - \delta Q_s \\ &= j_{th}(x, t) S\,dt - j_{th}(x + dx, t) S\,dt = -\frac{\partial j_{th}}{\partial x} dx\,S\,dt \end{aligned}

dTdT représente la variation de température du système entre tt et t+dtt + dt, donc dT=∂T∂tdtdT = \dfrac{\partial T}{\partial t} dt, d'où

(ρS dx) c ∂T∂tdt=−∂jth∂xdx S dt⇒ρc∂T∂t=−∂jth∂x(\rho S\,dx)\,c\,\frac{\partial T}{\partial t} dt = -\frac{\partial j_{th}}{\partial x} dx\,S\,dt \Rightarrow \rho c \frac{\partial T}{\partial t} = -\frac{\partial j_{th}}{\partial x}

D'après la loi de Fourier, jth=−K∂T∂xj_{th} = -K \dfrac{\partial T}{\partial x}, donc ρc∂T∂t=K∂2T∂x2\rho c \dfrac{\partial T}{\partial t} = K \dfrac{\partial^2 T}{\partial x^2}. Lorsque la conduction à une dimension est le seul transfert thermique, la température T(x,t)T(x, t) vérifie l'équation de la diffusion thermique, ou équation de la chaleur :

∂2T∂x2=ρcK∂T∂t\frac{\partial^2 T}{\partial x^2} = \frac{\rho c}{K} \frac{\partial T}{\partial t}

Généralisation​

Il existe parfois d'autres apports d'énergie. Le matériau peut par exemple être parcouru par un courant électrique : le volume S dxS\,dx, de résistance dRdR, traversé par un courant I=jSI = jS, reçoit par effet Joule pendant la durée dtdt une énergie δQJ=dR I2 dt=1σj2S dx dt\delta Q_J = dR\,I^2\,dt = \dfrac{1}{\sigma} j^2 S\,dx\,dt. Le bilan énergétique s'écrit alors

ρ dx c dT=−∂jth∂xdx S dt+δQautresρcS∂T∂tdx dt=K∂2T∂x2S dx dt+δQautres\rho\,dx\,c\,dT = -\frac{\partial j_{th}}{\partial x} dx\,S\,dt + \delta Q_{autres} \qquad \rho c S \frac{\partial T}{\partial t} dx\,dt = K \frac{\partial^2 T}{\partial x^2} S\,dx\,dt + \delta Q_{autres}

Cas à trois dimensions​

À trois dimensions, on raisonne sur un volume VV délimité par la surface fermée SS. Le premier principe appliqué entre tt et t+dtt + dt s'écrit

dU=∭Vρc dT dτ=−∯Sj⃗th⋅dS⃗ dt+δQautresdt∭Vρc∂T∂tdτ=−∭Vdiv(j⃗th) dτ dt+δQautresdU = \iiint_V \rho c\,dT\,d\tau = -\oiint_S \vec{j}_{th} \cdot \vec{dS}\,dt + \delta Q_{autres} \qquad dt \iiint_V \rho c \frac{\partial T}{\partial t} d\tau = -\iiint_V \text{div}(\vec{j}_{th})\,d\tau\,dt + \delta Q_{autres}

Dans la plupart des cas, l'apport d'énergie autre que par conduction s'exprime avec la puissance volumique pautresp_{autres} que reçoit localement le corps étudié :

dt∭Vρc∂T∂tdτ=−∭Vdiv(j⃗th) dτ dt+∭Vpautres dτ dtdt \iiint_V \rho c \frac{\partial T}{\partial t} d\tau = -\iiint_V \text{div}(\vec{j}_{th})\,d\tau\,dt + \iiint_V p_{autres}\,d\tau\,dt

d'où, avec la loi de Fourier :

ρc∂T∂t=−div(j⃗th)+pautres=KΔT+pautres\rho c \frac{\partial T}{\partial t} = -\text{div}(\vec{j}_{th}) + p_{autres} = K \Delta T + p_{autres}

Avec pautresp_{autres} la puissance thermique volumique reçue par des mécanismes autres que la conduction, l'équation de la diffusion thermique (ou équation de la chaleur) s'écrit dans le cas général

ρc∂T∂t=KΔT+pautres\rho c \frac{\partial T}{\partial t} = K \Delta T + p_{autres}

Résolution de l'équation de diffusion​

L'équation de la diffusion thermique permet de déterminer l'évolution de la température T(M,t)T(M, t) en fonction des coordonnées du point MM et du temps tt.

Sa résolution exacte n'est possible que dans certains cas particuliers ; en général, il faut recourir à des méthodes numériques. La même équation s'applique à des problèmes physiques très différents : ce sont les conditions aux limites spatiales et temporelles qui déterminent une solution unique.

Dans tous les cas, le phénomène est irréversible : l'équation de la diffusion thermique n'est pas invariante par le changement de variable t→−tt \to -t.

Régime stationnaire​

On suppose ici qu'il n'y a pas d'autre transfert thermique que la conduction. En régime stationnaire (indépendant du temps), l'équation de la chaleur se simplifie :

ΔT=0\Delta T = 0

Cas d'une tige isolée. Soit une tige homogène cylindrique de section SS et de longueur LL, dont les extrémités sont maintenues aux températures T1T_1 et T2T_2 (T1>T2T_1 > T_2). On suppose de plus qu'il n'y a aucun échange thermique entre la tige et le milieu extérieur par la surface latérale (isolation thermique).

Le régime est stationnaire : la température est indépendante du temps. Le problème est unidimensionnel : la température ne dépend que de xx. L'équation de la chaleur s'écrit alors

∂2T∂x2=0\frac{\partial^2 T}{\partial x^2} = 0

La température est donc une fonction affine de xx : T(x)=ax+bT(x) = ax + b. Les conditions aux limites déterminent aa et bb :

T(0)=T1 et T(L)=T2⇒T(x)=T2−T1Lx+T1T(0) = T_1 \text{ et } T(L) = T_2 \Rightarrow T(x) = \frac{T_2 - T_1}{L} x + T_1

Soit KK la conductivité thermique du matériau de la tige. Le vecteur densité de courant thermique j⃗th\vec{j}_{th} à travers la section SS est

j⃗th=−K grad→(T)=KT1−T2Le⃗x\vec{j}_{th} = -K\,\overrightarrow{\text{grad}}(T) = K \frac{T_1 - T_2}{L} \vec{e}_x

et le flux thermique ϕ\phi qui traverse la tige, constant, vaut

ϕ=∬j⃗th⋅dS⃗=KT1−T2LS\phi = \iint \vec{j}_{th} \cdot \vec{dS} = K \frac{T_1 - T_2}{L} S

Résistance thermique​

Pour la tige étudiée en régime permanent, on définit la résistance thermique RthR_{th} :

Rth=T1−T2ϕ=1KLSR_{th} = \frac{T_1 - T_2}{\phi} = \frac{1}{K} \frac{L}{S}

En régime permanent, les conductions électrique et thermique sont formellement analogues : la loi d'Ohm correspond à la loi de Fourier, et le régime interdit l'accumulation d'énergie (conduction thermique) ou de charge électrique (conduction électrique). Cette analogie permet de définir la résistance thermique dans un cas plus général : le flux thermique existant en régime permanent entre les faces d'entrée et de sortie d'un conducteur thermique qui suit la loi de Fourier est proportionnel à leur différence de température, et

Rth=1Gth=T1−T2ϕR_{th} = \frac{1}{G_{th}} = \frac{T_1 - T_2}{\phi}