Aller au contenu principal

Compléments sur les changements d'état

Ces notes reprennent l'étude descriptive du corps pur diphasé sous un autre angle, avec des diagrammes tracés en cours et quelques compléments.

Diagrammes de phases​

Introduction.

  • Un corps pur est constitué d'une seule espèce (HeHe, H2OH_2O, CH3CH2OHCH_3CH_2OH).
  • Il peut exister sous plusieurs phases (deux ici) et passer de l'une à l'autre : c'est une transition de phase, ou changement d'état.
  • Pour s'y retrouver, on étudie les diagrammes de phases.

Les trois états de la matière​

Il existe trois états de la matière : solide, liquide et vapeur.

Solide⇄fusionsolidificationLiquideSolide⇄sublimationcondensationVapeurLiquide⇄vaporisationliqueˊfactionVapeur\text{Solide} \underset{\text{solidification}}{\overset{\text{fusion}}{\rightleftarrows}} \text{Liquide} \qquad \text{Solide} \underset{\text{condensation}}{\overset{\text{sublimation}}{\rightleftarrows}} \text{Vapeur} \qquad \text{Liquide} \underset{\text{liquéfaction}}{\overset{\text{vaporisation}}{\rightleftarrows}} \text{Vapeur}

Phase et variance​

Phase. Une phase est un système homogène à l'état d'équilibre thermodynamique.

Variance. Les grandeurs thermodynamiques peuvent être des paramètres intensifs (pression, température) ou extensifs (volume, nombre d'atomes). La variance est le nombre de paramètres intensifs indépendants nécessaires pour décrire l'état du système.

  • La phase d'un système n'est pas modifiée par sa quantité de matière : elle est donc déterminée par des paramètres intensifs.
  • Rappel, la loi des gaz parfaits : P⏟i V⏟e=N⏟ekBT⏟i\underbrace{P}_{i}\,\underbrace{V}_{e} = \underbrace{N}_{e} k_B \underbrace{T}_{i}. Si l'on choisit deux paramètres intensifs (par exemple PP et TT), la masse volumique ρ\rho est fixée par la nature.

Loi de la variance. v=3−φv = 3 - \varphi : un corps pur monophasé est décrit par 2 variables intensives (v=2v = 2), diphasé par 1 (v=1v = 1), triphasé par aucune (v=0v = 0).

Diagramme de phases (P,T)(P, T)​

Le diagramme (pression, température). On chauffe de l'eau liquide pour différentes pressions : les changements d'état ont lieu à température et pression constantes.

Température de l'eau chauffée en fonction du temps, pour plusieurs pressions

Report des paliers de changement d'état dans le plan (P, T)

En réitérant l'opération et en reportant les valeurs sur un diagramme (P,T)(P, T), on obtient :

Diagramme (P, T) obtenu expérimentalement

  • Points AA, BB, DD : états du système à une phase, v=2v = 2 ; A′A', B′B' : deux phases, v=1v = 1 ; CC : point critique ; TT : point triple, trois phases, v=0v = 0.
  • Courbes : A→BA \to B, changement d'état (fusion) ; B→DB \to D, changement d'état (vaporisation).

Les points spéciaux TT et CC. T(TT,PT)T(T_T, P_T) est le point triple, lieu de convergence des trois courbes d'équilibre diphasique.

  • Isobare : pour P<PTP < P_T, S↔GS \leftrightarrow G ; pour P>PTP > P_T, S↔L↔VS \leftrightarrow L \leftrightarrow V.
  • Isotherme : pour T<TTT < T_T, S↔GS \leftrightarrow G ; pour T>TTT > T_T, S↔L↔GS \leftrightarrow L \leftrightarrow G.

C(TC,PC)C(T_C, P_C) est le point critique : au-delà, on ne peut plus différencier l'état liquide de l'état gazeux.

Cas particulier de l'eau. La grande majorité des corps purs ont un diagramme comme le premier ci-dessous ; l'eau, elle, a un diagramme différent.

Diagramme (P, T) de la plupart des corps purs

Diagramme (P, T) de l&#39;eau : courbe de fusion de pente négative

Diagrammes réels.

  • La courbe solide + liquide est très pentue (limite verticale).
  • Les valeurs de (TC,PC)(T_C, P_C) et (TT,PT)(T_T, P_T) sont très dispersées d'un corps à l'autre.

Le diagramme (P,T,v)(P, T, v)​

Rappel. v=1ρ=Vmv = \dfrac{1}{\rho} = \dfrac{V}{m} est le volume massique, en m3/kg\text{m}^3/\text{kg} (ou vmol=Vnv_{mol} = \dfrac{V}{n}).

Problématique. La transition de phase est peu lisible sur le diagramme (P,T)(P, T).

Température en fonction du temps : états E1 à E4 lors de la fusion

E2E_2 = glace + un peu de liquide et E3E_3 = liquide + un peu de glace sont au même point du diagramme (P,T)(P, T) : on perd de l'information. Il faut donc un diagramme (P,T,v)(P, T, v). C'est un espace à trois paramètres intensifs ; comme v≤2v \leq 2 (une seule phase au maximum), on obtient une nappe à deux dimensions dans l'espace (P,T,v)(P, T, v), ce qui permet trois projections : (P,T)(P, T), (P,v)(P, v) et (T,v)(T, v).

Diagramme (T,v)(T, v)​

Projection de la nappe sur les plans (P, T) et (T, v)

Diagramme (T, v) avec les domaines S, S + L, L + G et S + G

Particularité de l&#39;eau dans le diagramme (T, v)

Exemple de transformation​

Fonte d'un glaçon de CO2CO_2 : on procède à un chauffage isobare, à la pression PP, d'un glaçon de CO2CO_2.

Température du glaçon de CO2 au cours du chauffage isobare

Diagramme (P, T) du CO2

Diagramme (T, V) du CO2

Fonctions d'état et transition de phase​

Généralités​

Un corps pur diphasé est un système composé de deux sous-systèmes, chacun sous une phase.

Corps pur diphasé : sous-système solide (m1) et sous-système liquide (m2)

m=m1+m2U=U1+U2H=H1+H2S=S1+S2m = m_1 + m_2 \qquad U = U_1 + U_2 \qquad H = H_1 + H_2 \qquad S = S_1 + S_2
  • En massique pour les systèmes 1 et 2 : U1=m1u1U_1 = m_1 u_1 et U2=m2u2U_2 = m_2 u_2.
  • En massique pour le système total : U=muU = m u, or U=U1+U2⇒mu=m1u1+m2u2⇒u=x1u1+x2u2=x1u1+(1−x1)u2U = U_1 + U_2 \Rightarrow m u = m_1 u_1 + m_2 u_2 \Rightarrow u = x_1 u_1 + x_2 u_2 = x_1 u_1 + (1 - x_1) u_2.

De même, h=x1h1+(1−x1)h2h = x_1 h_1 + (1 - x_1) h_2 et s=x1s1+(1−x1)s2s = x_1 s_1 + (1 - x_1) s_2.

Exemple. Soit une cuve contenant 1 kg d'eau gazeuse et 2 kg d'eau liquide, le tout à 100 °C. On a u1=uliqeau(T,P)=418,94 kJ/kgu_1 = u^{eau}_{liq}(T, P) = 418{,}94\ \text{kJ/kg} et u2=uvapeau(T,P)=2506,5 kJ/kgu_2 = u^{eau}_{vap}(T, P) = 2506{,}5\ \text{kJ/kg}. Donc

u=23×418,94+13×2506,5=1114,8 kJ/kgu = \frac{2}{3} \times 418{,}94 + \frac{1}{3} \times 2506{,}5 = 1114{,}8\ \text{kJ/kg}

Enthalpie de changement d'état​

Définition. On appelle enthalpie de changement d'état (ou chaleur latente) l'enthalpie massique nécessaire pour réaliser la transformation de l'état 1 vers l'état 2 d'un corps pur en maintenant PP et TT constants. On la note h1→2(T)h_{1 \to 2}(T).

Remarque. h1→2(T)=Δh=h2(T)−h1(T)h_{1 \to 2}(T) = \Delta h = h_2(T) - h_1(T) ; de plus, h1→2(T)=−h2→1(T)h_{1 \to 2}(T) = -h_{2 \to 1}(T).

Énergie interne de changement d'état​

H=U+PV⇔Hm=Um+PVm⇔h=u+PvH = U + PV \Leftrightarrow \dfrac{H}{m} = \dfrac{U}{m} + \dfrac{PV}{m} \Leftrightarrow h = u + Pv.

Pour un changement d'état à pression constante :

h1→2=h2−h1=(u2+Pv2)−(u1+Pv1)=u2−u1+P(v2−v1)⇒h1→2(T)=u1→2(T)+P(v2−v1)h_{1 \to 2} = h_2 - h_1 = (u_2 + P v_2) - (u_1 + P v_1) = u_2 - u_1 + P(v_2 - v_1) \Rightarrow h_{1 \to 2}(T) = u_{1 \to 2}(T) + P(v_2 - v_1)

Entropie de changement d'état​

Définition. On pose s1→2(T)=s2−s1s_{1 \to 2}(T) = s_2 - s_1 et on cherche le lien entre h1→2h_{1 \to 2} et s1→2s_{1 \to 2} à partir de

dU=T dS−P dVdH=T dS+V dPdU = T\,dS - P\,dV \qquad dH = T\,dS + V\,dP

En massique, dh=T ds+v dPdh = T\,ds + v\,dP ; pour un changement d'état isobare, dP=0dP = 0, donc dh=T ds⇒ds=dhT⇒Δs1→2=∫12dsdh = T\,ds \Rightarrow ds = \dfrac{dh}{T} \Rightarrow \Delta s_{1 \to 2} = \int_1^2 ds. Le changement d'état entre 1 et 2 étant isotherme :

s1→2(T)=∫12dhT=1T∫12dh=1T(h2−h1)=h1→2(T)Ts_{1 \to 2}(T) = \int_1^2 \frac{dh}{T} = \frac{1}{T} \int_1^2 dh = \frac{1}{T}(h_2 - h_1) = \frac{h_{1 \to 2}(T)}{T}

Variations infinitésimales​

Pour un corps pur diphasé, hi=(1−x2)h1+x2h2h_i = (1 - x_2) h_1 + x_2 h_2 et hf=(1−x2−dx2)h1+(x2+dx2)h2h_f = (1 - x_2 - dx_2) h_1 + (x_2 + dx_2) h_2, donc

dh=hf−hi=h1(1−x2−dx2−(1−x2))+h2(x2+dx2−x2)=dx2(h2−h1)⇒dh=h1→2(T) dx2dh = h_f - h_i = h_1\big(1 - x_2 - dx_2 - (1 - x_2)\big) + h_2 (x_2 + dx_2 - x_2) = dx_2 (h_2 - h_1) \Rightarrow dh = h_{1 \to 2}(T)\,dx_2

Trois cas :

  1. dh=hfus(T) dxLdh = h_{fus}(T)\,dx_L ;
  2. dh=hvap(T) dxVdh = h_{vap}(T)\,dx_V ;
  3. dh=hsub(T) dxVdh = h_{sub}(T)\,dx_V.

Et pour l'entropie :

ds=s1→2(T) dx2=h1→2(T)T dx2ds = s_{1 \to 2}(T)\,dx_2 = \frac{h_{1 \to 2}(T)}{T}\,dx_2

Conséquences sur les diagrammes de phase​

  • Au point triple, les trois états sont présents. À la température TTT_T et à la pression PTP_T, appliquons la transformation Solide → Liquide → Gaz → Solide, qui fait intervenir successivement hfus(TT)h_{fus}(T_T), hvap(TT)h_{vap}(T_T) et −hsub(TT)-h_{sub}(T_T). Le cycle ramène à l'état initial :

    Δh=hf−hi=0⇒hfus(TT)+hvap(TT)−hsub(TT)=0⇒hsub(TT)=hfus(TT)+hvap(TT)\Delta h = h_f - h_i = 0 \Rightarrow h_{fus}(T_T) + h_{vap}(T_T) - h_{sub}(T_T) = 0 \Rightarrow h_{sub}(T_T) = h_{fus}(T_T) + h_{vap}(T_T)
  • Relation de Clapeyron : dans le diagramme (P,T)(P, T), on peut montrer que

    h1→2(T0)=T0(v2−v1)∂P∂T(T0)ouˋ∂P∂T(T0)=h1→2T0(v2−v1)h_{1 \to 2}(T_0) = T_0 (v_2 - v_1) \frac{\partial P}{\partial T}(T_0) \qquad \text{où} \qquad \frac{\partial P}{\partial T}(T_0) = \frac{h_{1 \to 2}}{T_0 (v_2 - v_1)}

Étude de la transition liquide-vapeur​

Pression de vapeur saturante​

Définition. C'est la pression à laquelle a lieu l'équilibre liquide-vapeur à TT donnée ; on la note Psat(T)P^{sat}(T). À T0T_0 fixée :

  • si P>Psat(T0)P > P^{sat}(T_0) : liquide ;
  • si P=Psat(T0)P = P^{sat}(T_0) : liquide + vapeur ;
  • si P<Psat(T0)P < P^{sat}(T_0) : vapeur.

Diagramme de Clapeyron (P,V)(P, V) et isothermes d'Andrews​

À TT constante, on augmente la pression et on mesure PP et VV en relevant l'état du système. Les isothermes obtenues dans le plan (P,v)(P, v) sont les isothermes d'Andrews.

Isothermes d&#39;Andrews pour plusieurs températures croissantes T1, T2 et T3

Description.

  • Pour T<TCT < T_C :
    • si V>V(V)V > V(V), le corps est gazeux : la pression est faible et le volume élevé ;
    • en VV, on observe les premières gouttes de liquide, et P=Psat(T1)P = P^{sat}(T_1) ;
    • si V(L)<V<V(V)V(L) < V < V(V), le corps est à la fois gazeux et liquide : c'est le palier de vaporisation ;
    • en LL, on observe les dernières bulles de vapeur ;
    • si V<V(L)V < V(L), le corps est liquide : la pression est élevée et le volume faible.
  • Pour T=TCT = T_C, on observe un point d'inflexion : ∂P∂V∣T=TC=0\left.\dfrac{\partial P}{\partial V}\right|_{T = T_C} = 0 et ∂2P∂v2∣T=TC=0\left.\dfrac{\partial^2 P}{\partial v^2}\right|_{T = T_C} = 0.
  • Pour T>TCT > T_C, on a un fluide supercritique.

Courbe de saturation : courbe d&#39;ébullition et courbe de rosée autour du domaine L + V

Règle des moments. Les coordonnées des courbes de saturation sont v(V)=vVv(V) = v_V et v(L)=vLv(L) = v_L à T0T_0.

Point M sur le palier liquide-vapeur entre L et V

Ainsi, avec V=vL+vV=mLvL+mVvVV = v_L + v_V = m_L v_L + m_V v_V et V=m v(M)V = m\,v(M) :

v(M)=mLmvL+mVmvVv(M) = \frac{m_L}{m} v_L + \frac{m_V}{m} v_V

En notant x=xVx = x_V et xL=1−xVx_L = 1 - x_V :

v(M)=xvV+(1−x)vLx(M)=v(M)−vLvV−vL=LMLVv(M) = x v_V + (1 - x) v_L \qquad x(M) = \frac{v(M) - v_L}{v_V - v_L} = \frac{LM}{LV}

De même pour hh, uu et ss, par exemple h(M)=xhV+(1−x)hLh(M) = x h_V + (1 - x) h_L.

Diagrammes (T,s)(T, s) et (P,h)(P, h)​

Diagramme (T, s) : liquide sous-refroidi, vapeur surchauffée et domaine L + V

s(M)=xsV+(1−x)sLx=s(M)−s(L)s(V)−s(L)=LMLVs(M) = x s_V + (1 - x) s_L \qquad x = \frac{s(M) - s(L)}{s(V) - s(L)} = \frac{LM}{LV}

Diagramme (P, h) d&#39;un cycle frigorifique : compression, condensation, détente et évaporation

Interprétation physique de hvap(T)h_{vap}(T)​

On considère une transformation liquide → vapeur réversible et isotherme à TT. Le système est quasi statique : c'est une suite d'états d'équilibre à P=Psat(T)P = P^{sat}(T). La transformation est isobare, donc le transfert thermique vaut Qrev=ΔHQ_{rev} = \Delta H :

ΔH=mΔh⇔ΔH=m(hV−hL)⇔ΔH=m hvap(T)⇒Qrev=m hvap(T)\Delta H = m \Delta h \Leftrightarrow \Delta H = m (h_V - h_L) \Leftrightarrow \Delta H = m\,h_{vap}(T) \Rightarrow Q_{rev} = m\,h_{vap}(T)

hvap(T)h_{vap}(T) est la quantité d'énergie à fournir à 1 kg de corps pur liquide pour qu'il se transforme en vapeur, de manière réversible, à PP constante.

Remarque. Eau liquide à 20 °C (1 bar) → eau liquide à 100 °C → eau vapeur à 100 °C → eau vapeur à 180 °C : ΔH1=m Cp,liq(Tf−Ti)\Delta H_1 = m\,C_{p,liq}(T_f - T_i), ΔH2=m hvap(T)\Delta H_2 = m\,h_{vap}(T) et ΔH3=m Cp,vap(Tf−Ti)\Delta H_3 = m\,C_{p,vap}(T_f - T_i).

hvap(T)=T(vV−vL)∂Psat(T)∂Th_{vap}(T) = T (v_V - v_L) \frac{\partial P^{sat}(T)}{\partial T}

Près de TcT_c, vV∼vL⇒hvap(T)→0v_V \sim v_L \Rightarrow h_{vap}(T) \to 0.

Mélange idéal de gaz parfaits​

  • PV=ntotRTPV = n_{tot} R T avec ntot=∑i=1Nnin_{tot} = \displaystyle\sum_{i=1}^{N} n_i pour NN gaz parfaits. On définit la fraction molaire xi=nintotx_i = \dfrac{n_i}{n_{tot}} et la pression partielle

    Pi=xiPP_i = x_i P

    Par exemple, pour un air sec à 20 % de O2O_2 et 80 % de N2N_2 sous 1 bar, PO2=0,2P_{O_2} = 0{,}2 bar et PN2=0,8P_{N_2} = 0{,}8 bar.

  • L'humidité relative est définie par

    HR(%)=PH2OPH2Osat(T)HR(\%) = \frac{P_{H_2O}}{P^{sat}_{H_2O}(T)}

Pour les bilans d'enthalpie, d'énergie et d'entropie, voir la dernière section de l'étude du corps pur diphasé.