Notations. Soit K=R ou C et I un intervalle de R. On note F(I,K) l'espace vectoriel des fonctions de I dans K.
Définition. On appelle suite de fonctions (fn)n∈N toute application de N dans F(I,K). Pour tout n∈N, fn est donc une fonction de I dans K.
Définition. Soit (fn)n∈N une suite de fonctions de I dans K et soit f∈F(I,K). On dit que (fn)n∈N converge simplement vers f si pour tout x∈I la suite de scalaires (fn(x))n∈N converge vers f(x).
Remarque. En utilisant des quantificateurs, la définition précédente s'écrit
∀x∈I,∀ϵ>0,∃N∈N,∀n≥N,∣fn(x)−f(x)∣<ϵ
Exemple. La suite fn(x)=x+n1 converge simplement vers la fonction f(x)=x sur l'intervalle I=[0,1].
Définition. Soit (fn)n∈N une suite de fonctions de I dans K et soit f∈F(I,K). On dit que (fn)n∈N converge uniformément vers f si
∀ϵ>0,∃N∈N,∀n≥N,∀x∈I,∣fn(x)−f(x)∣<ϵ
Exemple. Sur I=[0,2π], fn(x)=cos(x+n1) ; montrons que fn converge uniformément vers f avec f(x)=cos(x). cos est continue, donc cos(x+n1)→cos(x). On cherche à majorer cos(x+n1)−cos(x)=∫01dtd(cos(x+nt))dt=n1∫01−sin(x+nt)dt. On a donc
cos(x+n1)−cos(x)≤n1∫01sin(x+nt)dt≤n1
Soit ϵ>0. Prenons N≥ϵ1+1, alors ∀x∈I,∀n≥N
cos(x+n1)−cos(x)<ϵ
Exercice. Montrer que fn(x)=x+n1 converge uniformément vers f(x)=x sur [0,1].
Théorème III.1. Soit (fn)n∈N une suite de fonctions de I dans K. Les assertions suivantes sont équivalentes :
la suite (fn)n∈N vérifie le critère de Cauchy uniforme ;
il existe f∈F(I,K) tel que (fn) converge uniformément vers f.
Démonstration.□
Proposition. Soit (fn)n∈N une suite de fonctions convergeant uniformément vers une limite f. Alors la suite converge simplement vers f.
Démonstration. Immédiat. □
Remarque. La réciproque est fausse.
Exemple. Soit {fn(x)=xnx∈[0,1[, alors (fn) converge simplement vers la fonction f=0.
[xn<ϵ,nln(x)<ln(ϵ),n>ln(x)ln(ϵ)=Nϵ,x ; on a Nϵ,x→+∞]
On n'a pas convergence uniforme ; montrons que ∃ϵ>0,∀N∈N,∃n≥N,∃x∈[0,1[,∣fn(x)∣≥ϵ. ϵ=2e1, N quelconque, n≥N et x=1−n1, ainsi fn(x)=(1−n1)n→e−1.
Remarque.(fn) converge uniformément vers f si et seulement si ∀ϵ>0,∃N∈N,∀n≥N,x∈Isup∣fn(x)−f(x)∣<ϵ, c'est-à-dire n→+∞limx∈Isup∣(fn−f)(x)∣=0.
Définition. Soit (fn) une suite de F(I,K). On dit que (fn) vérifie le critère de Cauchy uniforme si
∀ϵ>0,∃N∈N,∀p,q≥N,∀x∈I,∣fp(x)−fq(x)∣<ϵ
c'est-à-dire
∀ϵ>0,∃N∈N,∀p,q≥N,x∈Isup∣fp(x)−fq(x)∣<ϵ
Théorème III.2. Soit (fn) une suite de F(I,K). Alors (fn) converge uniformément vers une fonction f si et seulement si (fn) vérifie le critère de Cauchy uniforme.
Démonstration. Supposons que fn converge uniformément vers f. Alors
∀ϵ>0,∃N∈N,∀x∈X,∀n≥N,∣fn(x)−f(x)∣<ϵ(1)
Soit ϵ>0 et soit N donné par (1). Soient p,q≥N et x∈I. Alors ∣fp(x)−fq(x)∣≤∣fp(x)−f(x)∣+∣f(x)−fq(x)∣<ϵ+ϵ=2ϵ par (1).
Supposons que
∀ϵ>0,∃N∈N,∀p,q≥N,∀x∈X,∣fp(x)−fq(x)∣<ϵ(2)
En particulier, pour tout x∈X, on a
∀ϵ>0,∃N∈N,∀p,q≥N,∣fp(x)−fq(x)∣<ϵ
Donc la suite (fn(x))n∈N est de Cauchy dans K. Comme K est complet, elle admet une limite f(x). Ainsi fn converge simplement vers f quand n tend vers l'infini.
Montrons que la convergence est uniforme, c'est-à-dire
∀ϵ>0,∃N∈N,∀n≥N,∀x∈X,∣fn(x)−f(x)∣<ϵ
Soit ϵ>0 et soit N comme dans (2). Soit n≥N et soit x∈X. Alors pour tout m≥N, on a d'après (2) ∣fn(x)−fm(x)∣<ϵ ; on fait tendre m vers l'infini, il vient ∣fn(x)−f(x)∣≤ϵ. □
Notation. On notera B(I,K) l'espace vectoriel des applications bornées sur I.
Proposition. Pour tout f∈B(I,K) la quantité
∣∣f∣∣B(I,K):=x∈Isup∣f(x)∣
est bien définie. De plus, l'application
f↦∣∣f∣∣B(I,K)
définit une norme sur B(I,K).
Théorème III.3. (Théorème de la double limite) Soit (fn)∈F(I,K)N une suite de fonctions et soit a∈I. On suppose que
la suite (fn) converge uniformément vers une fonction f ;
pour tout n∈N, fn admet une limite finie ln lorsque x tend vers a.
Alors la suite (ln) converge vers une limite finie l et x→alimf(x)=l.
Démonstration. On commence par montrer que la suite (ln) converge. Pour cela, il suffit de montrer qu'elle est de Cauchy. On se donne ϵ>0 arbitraire. Comme la suite (fn) est uniformément convergente, elle vérifie le critère de Cauchy uniforme. Par conséquent, il existe N∈N tel que
∀p,q≥N,∀x∈I,∣fp(x)−fq(x)∣<ϵ(1)
Soit N comme dans (1) et soient p,q≥N.
On a ∀x∈I,∣fp(x)−fq(x)∣<ϵ ; on fait la limite lorsque x→a, il vient ∣lp−lq∣<ϵ. Ceci montre que (ln) est de Cauchy. Donc elle admet une limite l∈K. Il reste à montrer que x→alimf(x)=l.
Soit ϵ>0. On cherche δ>0 tel que ∣x−a∣<δ⇒∣f(x)−l∣<ϵ. Comme (fn) converge uniformément vers f, il existe N∈N tel que
∀x∈X,∣fN(x)−f(x)∣<ϵ(2)
On a ln→l quand n→∞. Donc il existe
N1≥N tel que ∣lN1−l∣<ϵ(3)
x→alimfN1(x)=lN1, donc il existe δ1>0 tel que
Exemple. Soit fn:{[0,1[→Rx↦xn, alors fn converge simplement vers 0 mais il n'y a pas convergence uniforme.
Prenons a=1, x→1limfn(x)=1, donc n→∞limx→1limfn(x)=1.
Mais x→1−limn→∞limfn(x)=x→1−lim0=0.
Autre exemple.fn:{[0,21]→Rx↦xn. Alors fn converge uniformément vers 0. n→+∞limx→21limfn(x)=n→∞lim2n1=0, donc x→21limn→∞limfn(x)=0.
Théorème III.4. Soit (fn) une suite de fonctions continues sur I convergeant uniformément vers f. Alors f est continue sur I.
Théorème III.5. Soit I=[a,b] un intervalle fermé borné de R et soit (fn)n∈N une suite de fonctions continues de I dans K. On suppose que la suite (fn) converge uniformément vers une limite f. Alors
n→+∞lim∫abfn(t)dt=∫abf(t)dt
Démonstration. Soit ϵ>0. Comme (fn) converge uniformément vers f, il existe N∈N tel que
Comme (fn′) converge vers g uniformément, cela montre que fn−fn(x0) converge uniformément vers h sur [a,b]. Or fn(x0) converge vers f(x0), donc (fn) converge vers f(x0)+h. On en déduit
f(x)=f(x0)+h(x)=f(x0)+∫x0xg(t)dt
Cette formule montre que f est dérivable de dérivée g. □
Définition. Soit (fn) une suite de fonctions de I dans K. La série de fonctions n∈N∑fn est la suite de fonctions SN(x)=n=0∑Nfn(x).
Définition. Soit n∈N∑fn une série de fonctions. On dit que cette série converge simplement si pour tout x∈I, la série n∈N∑fn(x) converge.
Définition. Soit n∈N∑fn une série de fonctions. On dit que cette série converge uniformément si la suite de fonctions (SN) converge uniformément sur I.
Définition. Soit n∈N∑fn une série de fonctions. On dit que cette série converge normalement si la série numérique n∈N∑Isup∣fn∣ converge.
Théorème III.7. La convergence uniforme implique la convergence simple d'une série de fonctions. La convergence normale d'une série de fonctions implique la convergence uniforme de la série.
Démonstration. La première partie est évidente. Supposons que ∑fn est une série de fonctions normalement convergente. Soit Sn=k=0∑nfk. On va montrer que la suite de fonctions (Sn) vérifie le critère de Cauchy uniforme. On se donne ϵ>0. Comme la série converge absolument, il existe N∈N tel que
ce qui prouve le critère de Cauchy uniforme et donc la convergence uniforme de la série. □
Théorème III.8. Soit (fn)n∈N une suite de fonctions continues de I dans K. On suppose que la série n∈N∑fn converge uniformément. Alors la fonction f=n=0∑∞fn est continue sur I.
Démonstration. Il suffit d'appliquer le théorème correspondant à la suite de fonctions Sn(x)=k=0∑nfk(x). □
Théorème III.9. Soit I=[a,b] un intervalle fermé borné de R et soit (fn)n∈N une suite de fonctions continues de I dans K. On suppose que la série ∑fn converge uniformément et on note f=n=0∑∞fn. Alors la série numérique n∈N∑(∫abfn(t)dt) converge et on a
n=0∑∞∫abfn(t)dt=∫abn=0∑∞fn(t)dt
Démonstration. Il suffit d'appliquer le théorème correspondant à la suite de fonctions Sn(x)=k=0∑nfk(x). □
Théorème III.10. Soit (fn)n∈N une suite de fonctions de classe C1 sur I à valeurs dans K. On suppose que
la série ∑fn converge simplement vers une somme f ;
la série ∑fn′ converge uniformément vers une somme g.
Alors f est de classe C1 et f′=g.
Démonstration. Il suffit d'appliquer le théorème correspondant à la suite de fonctions Sn(x)=k=0∑nfk(x). □