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Séries entières

Rayon de convergence​

Définition. On appelle série entière toute série de la forme ∑n∈Nanzn\displaystyle\sum_{n \in \mathbb{N}} a_n z^n, avec (an)(a_n) suite de nombres complexes et z∈Cz \in \mathbb{C}.

Lemme d'Abel. Soit (an)(a_n) une suite de nombres complexes, et soit z0∈Cz_0 \in \mathbb{C}. On suppose que la suite (anz0n)n∈N(a_n z_0^n)_{n \in \mathbb{N}} est bornée. Alors, pour tout z∈Cz \in \mathbb{C} tel que ∣z∣<∣z0∣|z| < |z_0|, la série ∑n∈Nanzn\displaystyle\sum_{n \in \mathbb{N}} a_n z^n converge absolument.

Démonstration. On peut supposer que z0≠0z_0 \neq 0. On a

∣anzn∣=∣anz0n∣∣zz0∣n≤M∣zz0∣n|a_n z^n| = |a_n z_0^n| \Big|\frac{z}{z_0}\Big|^n \leq M \Big|\frac{z}{z_0}\Big|^n

avec M=sup⁡n∈N∣anz0n∣<∞M = \displaystyle\sup_{n \in \mathbb{N}} |a_n z_0^n| < \infty. Comme ∣z/z0∣<1|z / z_0| < 1, alors la série ∑M∣z/z0∣n\sum M |z / z_0|^n converge et on peut conclure par le théorème de comparaison. □\square

Définition. On appelle rayon de convergence d'une série entière ∑n∈Nanzn\displaystyle\sum_{n \in \mathbb{N}} a_n z^n la quantité

R=sup⁡{r≥0,(anrn) est borneˊe}∈[0,+∞]R = \sup \{r \geq 0, (a_n r^n) \text{ est bornée}\} \in [0, +\infty]

Il est clair que la suite (an0n)(a_n 0^n) est bornée. Donc le rayon de convergence est bien défini.

Proposition. Soit ∑n∈Nanzn\displaystyle\sum_{n \in \mathbb{N}} a_n z^n une série entière de rayon de convergence R∈[0,∞[R \in [0, \infty[. Alors, pour tout r∈[0,R[r \in [0, R[, la série

∑n∈Nsup⁡∣z∣<r∣anzn∣\sum_{n \in \mathbb{N}} \sup_{|z| < r} |a_n z^n|

converge.

Démonstration. C'est immédiat. □\square

Théorème IV.1. (Théorème de Cauchy-Hadamard) Soit ∑n∈Nanzn\displaystyle\sum_{n \in \mathbb{N}} a_n z^n une série entière de rayon de convergence RR. Alors

  1. si lim⁡n→∞∣an+1an∣=l∈[0,+∞]\displaystyle\lim_{n \to \infty} \Big|\frac{a_{n+1}}{a_n}\Big| = l \in [0, +\infty], alors R=1lR = \dfrac{1}{l} ;
  2. si lim⁡n→∞∣an∣1n=l∈[0,+∞]\displaystyle\lim_{n \to \infty} |a_n|^{\frac{1}{n}} = l \in [0, +\infty], alors R=1lR = \dfrac{1}{l}.

Démonstration. Preuve de 1. On suppose d'abord que l∈]0,∞[l \in \left]0, \infty\right[. Considérons la suite (bn)(b_n) définie par bn=anrnb_n = a_n r^n. Alors bn+1bn=ran+1an\dfrac{b_{n+1}}{b_n} = r \dfrac{a_{n+1}}{a_n} tend vers rlrl quand n→∞n \to \infty. Supposons d'abord que r<1lr < \frac{1}{l}, alors rl<1rl < 1 et on en déduit que lim⁡n→∞bn=0\displaystyle\lim_{n \to \infty} b_n = 0. En particulier, (bn)(b_n) est bornée et donc le rayon de convergence RR de la série est supérieur à rr. Comme ceci est vrai pour tout r<1lr < \frac{1}{l}, on en déduit que R≥1lR \geq \frac{1}{l}.

Réciproquement, supposons que r>1lr > \frac{1}{l}, alors la suite (bn)(b_n) tend vers +∞+\infty et on en déduit que R<rR < r pour tout r>1lr > \frac{1}{l}. Par suite R=1lR = \frac{1}{l}.

Preuve de 2. Elle est identique.

Opérations sur les séries entières​

Proposition. Soient ∑anzn\sum a_n z^n et ∑bnzn\sum b_n z^n deux séries entières de rayons de convergence respectifs RaR_a et RbR_b, et soit RR le rayon de convergence de la série entière ∑(an+bn)zn\sum (a_n + b_n) z^n. Alors

  • si Ra≠RbR_a \neq R_b, alors R=min⁡(Ra,Rb)R = \min(R_a, R_b) ;
  • si Ra=RbR_a = R_b, alors R≥RaR \geq R_a.

Démonstration. Par définition, on a bien R≥min⁡(Ra,Rb)R \geq \min(R_a, R_b). Supposons maintenant que Ra<RbR_a < R_b et soit r∈]Ra,Rb[r \in \left]R_a, R_b\right[. Alors (bnrn)(b_n r^n) est bornée alors que (anrn)(a_n r^n) ne l'est pas. Par conséquent ((an+bn)rn)((a_n + b_n) r^n) n'est pas bornée et donc r>Rr > R. Ceci prouve que R≤RaR \leq R_a. □\square

Théorème IV.2. Soit ∑nanzn\displaystyle\sum_n a_n z^n une série entière de rayon de convergence R>0R > 0. Alors la fonction f:{]−R,R[→Cz↦∑n=0∞anznf : \begin{cases} \left]-R, R\right[ \to \mathbb{C} \\ z \mapsto \displaystyle\sum_{n=0}^{\infty} a_n z^n \end{cases} est C∞C^\infty et pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, on a

f(k)(z)=∑n=0∞(n+k)(n+k−1)…(n+1)an+kznf^{(k)}(z) = \sum_{n=0}^{\infty} (n + k)(n + k - 1) \dots (n + 1) a_{n+k} z^n

où cette dernière série entière a pour rayon de convergence RR.

Démonstration. On prouve que ff est CkC^k pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*. On procède par récurrence sur kk. On commence par traiter le cas k=1k = 1. On considère la série entière

g1(z)=∑n=0∞(n+1)an+1zng_1(z) = \sum_{n=0}^{\infty} (n + 1) a_{n+1} z^n

Il est clair que g1g_1 a même rayon de convergence que ff. De plus, pour tout r∈]0,R[r \in \left]0, R\right[, les séries f(z)f(z) et g1(z)g_1(z) convergent uniformément sur [−r,r][-r, r]. On peut donc appliquer le théorème de dérivation des séries. On en déduit que ff est dérivable sur ]−r,r[\left]-r, r\right[ et que f′=g1f' = g_1. Ceci prouve le résultat au rang k=1k = 1.

Supposons maintenant le résultat vrai au rang k≥1k \geq 1 et montrons que ff est Ck+1C^{k+1}. Par hypothèse de récurrence, ff est CkC^k et

f(k)(z)=∑n=0∞(n+k)(n+k−1)…(n+1)an+kznf^{(k)}(z) = \sum_{n=0}^{\infty} (n + k)(n + k - 1) \dots (n + 1) a_{n+k} z^n

a pour rayon de convergence RR. On peut donc appliquer le cas k=1k = 1. On en déduit que f(k)f^{(k)} est dérivable et que

(f(k))′(z)=∑n=0∞(n+k+1)(n+k)…(n+1)an+k+1zn(f^{(k)})'(z) = \sum_{n=0}^{\infty} (n + k + 1)(n + k) \dots (n + 1) a_{n+k+1} z^n

ce qui achève la démonstration. □\square

Proposition. Soit f(z)=∑nanznf(z) = \displaystyle\sum_n a_n z^n une série entière de rayon de convergence R>0R > 0. Alors,

∀n∈N,an=f(n)(0)n!\forall n \in \mathbb{N}, a_n = \frac{f^{(n)}(0)}{n!}

Démonstration. D'après le théorème précédent, la fonction ff est C∞C^\infty et

f(k)(z)=∑n=0∞(n+k)(n+k−1)…(n+1)an+kznf^{(k)}(z) = \sum_{n=0}^{\infty} (n + k)(n + k - 1) \dots (n + 1) a_{n+k} z^n

Or, pour tout n≥1n \geq 1, 0n=00^n = 0. Par suite

f(k)(0)=∑n=0∞(n+k)(n+k−1)…(n+1)an+k0n=k(k−1)…1 ak=k! akf^{(k)}(0) = \sum_{n=0}^{\infty} (n + k)(n + k - 1) \dots (n + 1) a_{n+k} 0^n = k(k - 1) \dots 1\, a_k = k!\, a_k

et on conclut en divisant par k!k!. □\square

Fonctions développables en séries entières​

Définition. Soit II un intervalle ouvert de R\mathbb{R}, f:I→Rf : I \to \mathbb{R} une application et a∈Ia \in I. On dit que ff est développable en série entière en aa s'il existe δ>0\delta > 0 et une série entière ∑n∈Nanzn\displaystyle\sum_{n \in \mathbb{N}} a_n z^n de rayon de convergence supérieur à δ\delta tels que ]a−δ,a+δ[⊂I\left]a - \delta, a + \delta\right[ \subset I et

∀z∈]a−δ,a+δ[,f(z)=∑n=0∞an(z−a)n\forall z \in \left]a - \delta, a + \delta\right[, f(z) = \sum_{n=0}^{\infty} a_n (z - a)^n

On notera f∈DSE(a)f \in DSE(a). On dit que ff est développable en série entière sur II si elle est développable en tout point aa de II.

Proposition. Soit f:I→Rf : I \to \mathbb{R} une fonction développable en série entière en a∈Ia \in I et soit δ>0\delta > 0 tel que

∀z∈]a−δ,a+δ[,f(z)=∑n=0∞an(z−a)n\forall z \in \left]a - \delta, a + \delta\right[, f(z) = \sum_{n=0}^{\infty} a_n (z - a)^n

Alors ff est développable en série entière en tout point cc de ]a−δ,a+δ[\left]a - \delta, a + \delta\right[.

Démonstration. On peut supposer sans perte de généralité que a=0a = 0. Soit δ>0\delta > 0 tel que

∀z∈]−δ,δ[,f(z)=∑n=0∞anzn\forall z \in \left]-\delta, \delta\right[, f(z) = \sum_{n=0}^{\infty} a_n z^n

On se donne c∈]−δ,δ[c \in \left]-\delta, \delta\right[ et ϵ>0\epsilon > 0 tel que ]c−ϵ,c+ϵ[⊂]−δ,δ[\left]c - \epsilon, c + \epsilon\right[ \subset \left]-\delta, \delta\right[. On peut supposer que 0≤c<c+ϵ<δ0 \leq c < c + \epsilon < \delta. Pour ∣z∣<ϵ|z| < \epsilon, on a

f(c+z)=∑n=0∞an(c+z)n=∑n=0∞an∑k=0n(nk)cn−kzk=∑k=0∞(∑n=k∞an(nk)cn−k)zk\begin{aligned} f(c + z) &= \sum_{n=0}^{\infty} a_n (c + z)^n = \sum_{n=0}^{\infty} a_n \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} c^{n-k} z^k \\ &= \sum_{k=0}^{\infty} \Big(\sum_{n=k}^{\infty} a_n \binom{n}{k} c^{n-k}\Big) z^k \end{aligned}

On doit donc montrer que la suite bkϵkb_k \epsilon^k est bornée, où bk=∑n=k∞an(nk)cn−kb_k = \displaystyle\sum_{n=k}^{\infty} a_n \binom{n}{k} c^{n-k}. Or pour tout k≤nk \leq n, on a

ϵk(nk)cn−k≤∑l=0nϵl(nl)cn−l=(c+ϵ)n\epsilon^k \binom{n}{k} c^{n-k} \leq \sum_{l=0}^{n} \epsilon^l \binom{n}{l} c^{n-l} = (c + \epsilon)^n

Par suite ϵkbk≤∑n=k∞an(c+ϵ)n\epsilon^k b_k \leq \displaystyle\sum_{n=k}^{\infty} a_n (c + \epsilon)^n, qui est le reste d'une série convergente car ff est DSE(0)DSE(0). □\square

Théorème IV.3. Soit f:I→Rf : I \to \mathbb{R} une fonction développable en série entière en 0 et soit r>0r > 0 tel que

∀z∈]−r,r[,f(z)=∑n=0∞anzn\forall z \in \left]-r, r\right[, f(z) = \sum_{n=0}^{\infty} a_n z^n

Alors ff est C∞C^\infty sur ]−r,r[\left]-r, r\right[ et

∀n∈N,an=f(n)(0)n!\forall n \in \mathbb{N}, a_n = \frac{f^{(n)}(0)}{n!}

En particulier, les coefficients ana_n sont uniques.

Démonstration. C'est une conséquence immédiate du théorème IV.2 et de la proposition. □\square

Remarque. Attention, il existe des fonctions C∞C^\infty qui ne sont pas développables en série entière. Par exemple, la fonction

f(x)={0si x≤0e−1/xsi x>0f(x) = \begin{cases} 0 & \text{si } x \leq 0 \\ e^{-1/x} & \text{si } x > 0 \end{cases}

appartient à C∞(R)C^\infty(\mathbb{R}) et vérifie f(n)(0)=0f^{(n)}(0) = 0 pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}. Mais cette fonction ne peut pas être DSE en 0, sinon on aurait

f(x)=∑n=0∞f(n)(0)n!xn=0f(x) = \sum_{n=0}^{\infty} \frac{f^{(n)}(0)}{n!} x^n = 0

pour tout xx proche de 0, ce qui est impossible puisque ff n'est pas identiquement nulle au voisinage de 0.

Théorème IV.4. (Formule de Taylor avec reste intégral) Soit II un intervalle ouvert de R\mathbb{R} et soit x0∈Ix_0 \in I. Supposons que f∈Cn+1(I)f \in C^{n+1}(I), alors pour tout x∈Ix \in I

f(x)=∑k=0nf(k)(x0)k!(x−x0)k+Rn(x)f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(x_0)}{k!} (x - x_0)^k + R_n(x)

avec

Rn(x)=∫x0xf(n+1)(t)n!(x−t)n dtR_n(x) = \int_{x_0}^{x} \frac{f^{(n+1)}(t)}{n!} (x - t)^n\,dt

Théorème IV.5. Soit f:I→Rf : I \to \mathbb{R} une fonction C∞C^\infty et soit x0∈Ix_0 \in I. Alors ff est DSE en x0x_0 si et seulement s'il existe r>0r > 0 tel que

∀x∈]x0−r,x0+r[,lim⁡n→+∞∫x0xf(n+1)(t)n!(x−t)n dt=0\forall x \in \left]x_0 - r, x_0 + r\right[, \lim_{n \to +\infty} \int_{x_0}^{x} \frac{f^{(n+1)}(t)}{n!} (x - t)^n\,dt = 0

Corollaire. Soit f:I→Rf : I \to \mathbb{R} une fonction C∞C^\infty. On suppose qu'il existe M>0M > 0 tel que

∀n∈N,∀x∈I,∣f(n)(x)∣≤Mn\forall n \in \mathbb{N}, \forall x \in I, |f^{(n)}(x)| \leq M^n

Alors ff est DSE sur II.

Exemple. Les fonctions sin⁡\sin et cos⁡\cos sont DSE sur R\mathbb{R}.