Définition. Soit N:E→R une application. On dit que N est une norme si :
N(x)≥0,∀x∈E et (N(x)=0⇒x=0)
∀x∈E,∀λ∈K,N(λx)=∣λ∣N(x)
∀x,y∈E,N(x+y)≤N(x)+N(y) : c'est l'inégalité triangulaire.
Exemples.
La fonction x↦∣x∣ est une norme sur K.
Sur Kd, ∣∣x∣∣1:=j=1∑d∣xj∣ est une norme.
Sur Kd, ∣∣x∣∣2:=j=1∑d∣xj∣2 est une norme. On l'appelle norme euclidienne.
Sur Kd, ∣∣x∣∣∞=maxj=1,…,d∣xj∣ est une norme.
Exercice. Soient [a,b] un intervalle fermé borné de R et soit E=C([a,b],K). Montrer que les applications ci-dessous définissent bien une norme sur E.
∣∣f∣∣1=∫ab∣f(x)∣dx,∣∣f∣∣∞=[a,b]sup∣f∣
Définition. Soit E un espace vectoriel et soient N1,N2 deux normes sur E. On dit que N1 et N2 sont équivalentes s'il existe des constantes C,C′>0 telles que
CN2(x)≤N1(x)≤C′N2(x)
pour tout x∈E.
Remarque. La relation d'équivalence entre normes est une relation d'équivalence.
Démonstration. On a bien N équivalente à N (prendre C=C′=1). Supposons N1 équivalente à N2, alors
CN2≤N1≤C′N2
Par suite
C′1N1≤N2≤C1N1
ce qui prouve la symétrie de la relation. Enfin si N1 est équivalente à N2 et N2 équivalente à N3, alors
CN2≤N1≤C′N2
et
DN3≤N2≤D′N3
Par suite
CDN3≤N1≤C′D′N3
donc N1 et N3 sont équivalentes. □
Proposition. Les normes ∣∣.∣∣1, ∣∣.∣∣2 et ∣∣.∣∣∞ sont équivalentes sur Kd.
Démonstration. On a clairement
∣∣x∣∣∞≤∣∣x∣∣1≤d∣∣x∣∣∞
donc les normes ∣∣.∣∣∞ et ∣∣.∣∣1 sont équivalentes. De même, on a
∣∣x∣∣∞≤∣∣x∣∣2≤d∣∣x∣∣∞
ce qui montre que ∣∣.∣∣∞ et ∣∣.∣∣2 sont équivalentes. L'équivalence entre ∣∣.∣∣1 et ∣∣.∣∣2 est alors une conséquence de la remarque précédente. □
Définition. Soit E un ensemble et d:E×E→R+ une application. On dit que d est une distance sur E si les propriétés suivantes sont vérifiées :
pour tout x,y∈E,d(x,y)=d(y,x) (symétrie)
pour tout x,y∈E,d(x,y)=0⇒x=y
pour tout x,y,z∈E,d(x,y)≤d(x,z)+d(y,z) (inégalité triangulaire)
Proposition. Soit (E,N) un espace vectoriel normé. L'application d:E×E→R+ donnée par d(x,y)=N(x−y) est une distance.
Définition. Soit E un K-espace vectoriel. Un produit scalaire sur E est une application ϕ:E×E→R vérifiant les propriétés suivantes :
Pour tout y∈E, l'application x↦ϕ(x,y) est linéaire.
Pour tout x,y∈E, on a ϕ(x,y)=ϕ(y,x).
Pour tout x∈E, ϕ(x,x)≥0 et
ϕ(x,x)=0⇒x=0
Un espace E muni d'un produit scalaire est dit préhilbertien.
Exemple.
Sur Rd : ϕ(x,y)=⟨x,y⟩=j=1∑dxjyj
Sur E=C([0,1],R) : ⟨f,g⟩=∫01f(x)g(x)dx
Démonstration.
Soit g fixée, montrons que u:f↦∫fg est linéaire. On a u(λf+μf~)=λ∫fg+μ∫f~g.
Immédiat.
d(f,f)=∫f2≥0. Supposons que ∫f2=0⇒f=0.
□
Théorème II.1. (Inégalité de Cauchy-Schwarz) Soit (E,⟨.⟩) un espace préhilbertien. On a l'inégalité suivante
∣⟨x,y⟩∣≤⟨x,x⟩⟨y,y⟩
Démonstration. Pour simplifier, on suppose que K=R. Soit x,y∈E. Considérons l'application f:R→R définie par f(t)=⟨x+ty,x+ty⟩. On a
f(t)=t2⟨y,y⟩+2t⟨x,y⟩+⟨x,x⟩
et f(t)≥0 pour tout t. Comme f est un polynôme du second degré, on en déduit que son discriminant est négatif :
⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0
Par suite ⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0 et le résultat est obtenu en prenant la racine carrée. □
Corollaire. Soit (E,⟨.⟩) un espace préhilbertien. Alors l'application x↦∣∣x∣∣=⟨x,x⟩21 est une norme.
Démonstration. Le seul point compliqué est l'inégalité triangulaire. Montrons que ∣∣x+y∣∣≤∣∣x∣∣+∣∣y∣∣ et ∣∣x+y∣∣2=⟨x+y,x+y⟩=⟨x,x⟩+⟨y,y⟩+2⟨x,y⟩≤∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2∣∣x∣∣∣∣y∣∣≤(∣∣x∣∣+∣∣y∣∣)2. □
Application. Sur Rd, ∣∣x∣∣2=(j=1∑dxj2)21 est une norme.
Rudiments de topologie des espaces vectoriels normés
Dans cette section (E,∣∣.∣∣) désigne un espace vectoriel normé (evn).
Définition. Soit a∈E et r>0. On appelle boule ouverte de centre a et de rayon r l'ensemble
B(a,r)={x∈E,∣∣x−a∣∣<r}
On appelle boule fermée de centre a et de rayon r l'ensemble
B~(a,r)={x∈E,∣∣x−a∣∣≤r}
Définition. Soit A un sous-ensemble de E. On dit que A est borné s'il existe M>0 tel que A⊂B~(0,M), c'est-à-dire
∀x∈A,∣∣x∣∣≤M
Définition. Soit U un sous-ensemble de E. On dit que U est ouvert si
∀x∈U,∃r>0,B(x,r)⊂U
On dit qu'un sous-ensemble F de E est fermé si son complémentaire E∖F est ouvert.
Exemple. Dans (R,∣.∣), soit I=(a,b) un intervalle. Alors I est ouvert si et seulement si I=]a,b[, et il est fermé si et seulement si I=[a,b].
Démonstration. Supposons que I=]a,b[. Montrons que I est ouvert. Soit x∈I, soit r=21min(∣x−a∣,∣x−b∣). On vérifie facilement que B(x,r)⊂I. Réciproquement, montrons que I=]a,b] n'est pas ouvert. On a b∈I et ∀r>0, B(b,r)∩Ic=∅. □
Exemple. Les boules ouvertes sont ouvertes et les boules fermées sont fermées.
Remarque.E et ∅ sont toujours ouverts et fermés. Ce sont les seuls sous-ensembles de E à posséder cette propriété.
Proposition. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé et soient F l'ensemble des fermés de E et O l'ensemble des ouverts de E. Alors
O est stable par union quelconque et intersection finie.
F est stable par union finie et intersection quelconque.
Démonstration. On remarque d'abord que 1 et 2 sont équivalents par passage au complémentaire. On va donc montrer 1. Soit (Ωi)i∈I une collection d'ouverts et soit Ω=⋃i∈IΩi. Soit a∈Ω, alors il existe i0∈I tel que a∈Ωi0. Comme Ωi0 est ouvert, alors il existe r>0 tel que B(a,r)⊂Ωi0. Comme Ωi0⊂Ω, il suit que B(a,r)⊂Ω.
Supposons maintenant que l'ensemble I est fini et soit Ω′=⋂i∈IΩi. Soit a∈Ω′. Pour tout i∈I, a∈Ωi, donc il existe ri>0 tel que B(a,ri)⊂Ωi. On pose r=mini∈Iri. Comme I est fini, alors r>0. De plus, par définition, pour tout i∈I, on a B(a,r)⊂B(a,ri)⊂Ωi.
On en déduit B(a,r)⊂Ω′. □
Remarque. Une intersection quelconque d'ouverts n'est pas nécessairement ouverte. Par exemple
Ωn=B(0,n1),n∈N∗
Les Ωn sont ouverts mais n∈N∗⋂Ωn={0}, qui n'est pas ouvert.
Théorème II.2. Soit A un sous-ensemble de E.
Il existe un unique ouvert A˚ contenu dans A et maximal pour l'inclusion (c'est-à-dire tout ouvert de E contenu dans A est nécessairement contenu dans A˚). On appelle A˚ l'intérieur de A.
Il existe un unique fermé A contenant A et minimal pour l'inclusion (c'est-à-dire tout fermé de E contenant A contient nécessairement A). On appelle A l'adhérence de A.
Démonstration. Soit ΩA l'ensemble des ouverts de E contenus dans A. On définit A˚=ω∈ΩA⋃ω. Par définition, A˚⊂A et d'après la proposition précédente, A˚ est ouvert. Supposons maintenant que U est un ouvert de E contenu dans A. Alors U∈ΩA, donc U⊂A˚.
Le deuxième point peut se montrer aisément par passage au complémentaire. On peut aussi refaire la démonstration. Soit FA l'ensemble des fermés de E contenant A. On définit A=⋂G∈FAG. Par définition, A⊂A et d'après la proposition précédente, A est fermé. Supposons maintenant que H est un fermé de E contenant A. Alors H∈FA, donc A⊂H. □
Exemple. Soient a∈E et r>0, alors B(a,r) est l'adhérence de B(a,r) et B(a,r) est l'intérieur de B(a,r).
Définition. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé et soit u=(un)n∈N une suite d'éléments de E. On dit que la suite u converge vers une limite l∈E si
∀ϵ>0,∃N∈N,∀n≥N,∣∣un−l∣∣<ϵ
Remarque. Comme dans le cas des suites numériques, on a unicité de la limite. La notion de convergence dépend a priori de la norme qu'on utilise. Cependant, lorsque deux normes sont équivalentes, les suites convergentes sont les mêmes.
Proposition. Soit E un espace vectoriel et N1, N2 deux normes sur E. On suppose que N1 et N2 sont équivalentes. Alors toute suite convergente pour N1 est convergente pour N2, et la limite est identique.
Démonstration.N1 est équivalente à N2 si ∃c>0 tel que c1N2≤N1≤cN2. Donc N1≤ϵ⇒N2<cϵ et N2<ϵ⇒N1<cϵ. □
Définition. Soit u=(un)n∈EN. On dit que la suite (un) est de Cauchy si
∀ϵ,∃N∈N,∀n,m≥N,∣∣un−um∣∣<ϵ
Définition. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé. On dit que E est complet si toute suite de Cauchy de E converge dans E.
Théorème II.3. L'espace (R,∣.∣) est complet.
Théorème II.4. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé. On suppose que dim(E)<+∞. Alors E est complet.
Remarque. Ceci est faux en dimension infinie.
Définition. Soit un=(un)n∈EN. On dit que la suite (un) est bornée si l'ensemble {un,n∈N} est borné dans E. Autrement dit, s'il existe M>0 tel que
∀n∈N,∣∣un∣∣≤M
Remarque. Toute suite convergente est bornée.
Définition. Soit u=(un) une suite de E. On dit que v=(vn) est une suite extraite de u si elle est de la forme vn=uϕ(n) avec ϕ:N→N strictement croissante.
Proposition. Toute suite extraite d'une suite convergeant vers une limite l converge vers l.
Théorème II.5. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé et soit F une partie de E. Alors F est fermée si et seulement si pour toute suite (un) d'éléments de F convergeant vers l, on a l∈F.
Démonstration. Supposons que F est fermé et soit (un) une suite d'éléments de F qui converge vers l∈E. Supposons par l'absurde que l∈/F, c'est-à-dire l∈E∖F. Comme F est fermé, alors E∖F est ouvert. Par suite il existe r>0 tel que B(l,r)⊂E∖F. On applique alors la définition de la convergence avec ϵ=r. Il existe n0 tel que un0∈B(l,r)⊂E∖F. D'où une contradiction.
Supposons maintenant que F n'est pas fermé. Alors E∖F n'est pas ouvert, donc il existe l∈E∖F tel que
∀r>0,B(l,r)∩F=∅
En prenant ϵ=ϵn=2−n, on en déduit l'existence d'une suite un∈B(l,2−n)∩F. Par définition, c'est une suite d'éléments de F, et comme 2−n→0 quand n→∞, la suite (un) converge vers l∈/F. Ceci prouve le résultat (par contraposée). □
Corollaire. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé, soit A une partie de E et soit a∈E. Alors a∈A si et seulement s'il existe une suite d'éléments de A qui converge vers a. Autrement dit, A est exactement l'ensemble des limites de suites d'éléments de A.
Démonstration. Soit a∈E et supposons que a est limite d'une suite u d'éléments de A. Comme A⊂A, u est une suite d'éléments de A, et comme A est fermé, alors a∈A d'après le théorème précédent.
Supposons maintenant que a∈A. Si a∈A, il n'y a rien à faire (prendre la suite constante a). Si a∈A∖A, alors pour tout ϵ>0,B(a,ϵ)∩A=∅. Dans le cas contraire on aurait B(a,ϵ)∩A=∅ pour un certain ϵ>0, et par suite F:=A∩(E∖B(a,ϵ)) contiendrait A. Or F est fermé par définition, donc on aurait A⊂A∩(E∖B(a,ϵ)), ce qui contredit a∈A.
On en déduit que pour tout n∈N,B(a,2−n)∩A=∅. En choisissant an∈B(a,2−n)∩A pour tout n, on construit ainsi une suite d'éléments de A qui converge vers a. □
On commence par énoncer un résultat fondamental que nous admettons.
Théorème II.6. Soit E un espace vectoriel de dimension finie. Alors toutes les normes sont équivalentes sur E.
Remarque. Si on ne suppose plus que E est de dimension finie, le résultat ci-dessus devient faux. Pour s'en convaincre, on peut prendre E=C([0,1]) et considérer les normes ∣∣.∣∣1 et ∣∣.∣∣∞.
Théorème II.7. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé de dimension finie. Alors E est complet.
Démonstration. Soit (xn) une suite de Cauchy dans E. Comme E est de dimension finie, il existe une base (e1,…,eN) de E. Tout élément x de E s'écrit de manière unique x=j=1∑Nxjej et on définit sur E la norme
∣∣x∣∣∞=j=1,…,Nsup∣xj∣
D'après le théorème précédent, les normes ∣∣.∣∣ et ∣∣.∣∣∞ sont équivalentes. Par conséquent la suite (xn) est de Cauchy pour ∣∣.∣∣∞. On en déduit que pour tout j=1,…,N la suite (xjn)n est de Cauchy dans R. Comme R est complet, elle admet donc une limite xj. On pose x=j=1∑Nxjej. D'après ce qui précède, la suite (xn) converge vers x pour ∣∣.∣∣∞, et donc pour ∣∣.∣∣. □
En reprenant la preuve précédente, on obtient facilement le théorème suivant.
Théorème II.8. Soit (E,∣∣.∣∣) un espace vectoriel normé de dimension finie et soit (e1,…,eN) une base de E. Pour tout x∈E, on note xi la i-ème coordonnée de x dans cette base. Alors toute suite (xn)n de E converge vers x∈E si et seulement si pour i=1,…,N la suite (xin)n converge vers xi dans R.
Limites et continuité de fonctions définies sur un espace vectoriel normé
Dans cette section on considère des evn (E,∣∣.∣∣E), (F,∣∣.∣∣F) et (G,∣∣.∣∣G). Afin d'alléger les notations, on note indifféremment ∣∣.∣∣ l'une ou l'autre des normes précédentes.
Définition. Soit f:A→F une application définie sur une partie A de E et soit a∈A. On dit que la fonction f converge vers y∈F lorsque x tend vers a si
∀ϵ>0,∃δ>0,∀x∈A,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−y∣∣<ϵ)
On notera x→alimf(x)=y.
Remarque. Lorsqu'elle existe, la limite d'une fonction en un point est unique.
Proposition. Soient f:A→F et g:A→F deux applications et soit a∈A. On suppose que x→alimf(x)=y et x→alimg(x)=z. Alors pour tout λ,μ∈K on a :
x→alim(λf+μg)=λy+μz
Théorème II.9. Soit f:A→F, a∈A et y∈F. Les deux assertions suivantes sont équivalentes :
la fonction f converge vers y∈F lorsque x tend vers a ;
pour toute suite (xn) d'éléments de A convergeant vers a, la suite yn:=f(xn) converge vers y.
Démonstration. 1 implique 2 est trivial. On s'intéresse à 2 implique 1. On démontre la contraposée. Non 1 : ∃ϵ>0,∀r>0,∃x∈A,∣∣x−a∣∣<r et ∣∣f(x)−y∣∣≥ϵ. Soit ϵ>0 donné par non 1. On prend r=2−n dans non 1, il vient
∀n∈N,∃xn∈A tel que ∣∣xn−a∣∣<2−n et ∣∣f(xn)−y∣∣≥ϵ
On a xn→a mais f(xn) ne converge pas vers y. □
Théorème II.10. Soient A⊂E et B⊂F et soit f:A→F et g:B→G deux applications telles que f(A)⊂B. On suppose qu'il existe a∈A, b∈B et z∈G tels que
x→alimf(x)=bety→blimg(y)=z
Alors
x→alimg∘f(x)=z
Définition. Soit A⊂E et f:A→F une application. Soit a∈A. On dit que f est continue au point a si elle admet une limite en a. Dans ce cas on a nécessairement x→alimf(x)=f(a).
Démonstration. Supposons que f est continue en a. D'après la définition, il existe y∈F tel que
∀ϵ>0,∃δ>0,∀x∈A,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−y∣∣<ϵ)
Comme a∈A, on peut prendre x=a dans la définition précédente. On en déduit que pour tout ϵ>0, ∣∣y−f(a)∣∣<ϵ. Ceci n'est possible que si y=f(a). □
Définition. Soit f:A→F une application. On dit que f est continue sur A si elle est continue en tout point a de A. On note C(A,F) l'ensemble des fonctions continues de A dans F.
Proposition. Soient f:A→F et g:A→F deux applications continues en un point a∈A. Pour tout λ,μ∈K, la fonction λf+μg est continue en a.
Démonstration. Soit ϵ>0, alors
∃δ1>0 tel que ∣∣x−a∣∣<δ1⇒∣∣f(x)−f(a)∣∣<2∣λ∣ϵ
∃δ2>0 tel que ∣∣x−a∣∣<δ2⇒∣∣g(x)−g(a)∣∣<2∣μ∣ϵ
Soit δ=min(δ1,δ2)>0. Soit x tel que ∣∣x−a∣∣<δ, alors
Corollaire. Soient f:A→F et g:A→F deux applications continues sur A et soient λ,μ∈K. Alors la fonction λf+μg est continue sur A. Autrement dit, C(A,F) est un espace vectoriel.
Théorème II.11. Soient A⊂E et B⊂F et soit f:A→F et g:B→G deux applications telles que f(A)⊂B. On suppose en outre que f et g sont continues. Alors g∘f est continue.
Démonstration. C'est une conséquence immédiate du théorème identique sur les limites. □
Théorème II.12. Soit f:E→F une application. Les assertions suivantes sont équivalentes :
f est continue ;
pour tout K⊂F fermé, f−1(K) est fermé ;
pour tout Ω⊂F ouvert, f−1(Ω) est ouvert.
Démonstration. Montrons que 1 implique 2. Soit K un fermé de F et soit (xn) une suite d'éléments de f−1(K) convergeant vers x∈E. Par définition (f(xn)) est une suite d'éléments de K, et comme f est continue, alors f(xn) converge vers f(x). Comme K est fermé, on en déduit que f(x)∈K, c'est-à-dire x∈f−1(K).
Montrons maintenant que 2 implique 3. C'est une simple conséquence de l'identité
f−1(F∖K)=E∖f−1(K)
et du fait qu'un ensemble est ouvert si et seulement si son complémentaire est fermé.
Montrons enfin que 3 implique 1. On doit montrer que
∀ϵ>0,∃δ>0,∀x∈E,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−f(a)∣∣<ϵ)
Soit ϵ>0. L'ensemble B(f(a),ϵ) est un ouvert de F, donc d'après le 3, son image réciproque par f est un ouvert de E. Or on a a∈f−1(B(f(a),ϵ)), donc il existe δ>0 tel que B(a,δ)⊂f−1(B(f(a),ϵ)). En appliquant f, il vient
f(B(a,δ))⊂B(f(a),ϵ)
qui peut exactement se réécrire sous la forme
∀x∈E,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−f(a)∣∣<ϵ)
□
Proposition. Si f et g sont deux applications continues, alors g∘f est continue.
Démonstration. Soit Ω ouvert, alors (g∘f)−1(Ω)=f−1∘g−1(Ω). Cela démontre la proposition puisque g−1(Ω) est ouvert car g est continue, et f−1∘g−1 est aussi un ouvert car f est continue. □
Exercice. Montrons que l'ensemble {(x,y)∈R2 tel que 0≤y≤1+x21} est fermé.
Montrons que B≥C. Soit x=0, alors ∣∣x∣∣∣∣u(x)∣∣=u(∣∣x∣∣x)=∣∣u(y)∣∣ avec y=∣∣x∣∣x, car u est linéaire. Donc ∣∣u(y)∣∣≤B car ∣∣y∣∣=1.
On a donc ∀x=0, ∣∣x∣∣∣∣u(x)∣∣≤B. En prenant le sup sur x, il vient C≤B.
Montrons que C≥A. Soit x∈B(0,1), alors
si x=0, on a clairement ∣∣u(x)∣∣≤C ;
si x=0, alors ∣∣u(x)∣∣≤∣∣x∣∣∣∣u(x)∣∣≤C.
En prenant le sup sur x∈B(0,1), on obtient A≤C. □
Théorème II.15. L'application u↦∣∣u∣∣E→F est une norme sur LC(E,F).
Démonstration. Pour tout u∈LC(E,F) on a bien ∣∣u∣∣E→F=∣∣x∣∣=1sup∣∣u(x)∣∣≥0.
De plus, soit λ∈K, alors ∣∣λu∣∣E→F=∣∣x∣∣=1sup∣∣(λu)(x)∣∣=∣∣x∣∣=1sup∣λ∣∣∣u(x)∣∣=∣λ∣∣∣u∣∣E→F.
Supposons ∣∣u∣∣E→F=0, alors x=0sup∣∣x∣∣∣∣u(x)∣∣=0, donc ∣∣x∣∣∣∣u(x)∣∣=0∀x=0.
Donc ∣∣u(x)∣∣=0∀x=0, donc u≡0.
Soient u et v∈LC(E,F), alors pour tout x tel que ∣∣x∣∣=1, on a
Exercice. Soit u:{R2→R(x,y)↦ax+by. Montrer que u∈LC(R2,R) et calculer ∣∣u∣∣E→F.
Remarque. Pour montrer que x∈Asupα(x)≥k, il suffit de montrer qu'il existe une suite xn d'éléments de A telle que α(xn)→k quand n tend vers l'infini. En particulier, s'il existe x∈A tel que α(x)=k, alors c'est fini.
Théorème II.16. Soit u∈LC(E,F). Alors
∀x∈E,∣∣u(x)∣∣F≤∣∣u∣∣E→F∣∣x∣∣E
Démonstration. Immédiat. □
Théorème II.17. Soient E, F et G trois espaces vectoriels normés et soient u∈LC(E,F) et v∈LC(F,G). Alors v∘u∈LC(E,G) et
∣∣v∘u∣∣E→G≤∣∣v∣∣F→G∣∣u∣∣E→F
Démonstration. Soit x∈E, alors ∣∣v∘u(x)∣∣G=∣∣v(u(x))∣∣G≤∣∣v∣∣F→G∣∣u(x)∣∣F par le théorème précédent appliqué à v. De manière analogue, ∣∣v∘u(x)∣∣G≤∣∣v∣∣F→G∣∣u∣∣E→F∣∣x∣∣E. En divisant par ∣∣x∣∣E et en prenant le sup, on retrouve le résultat. □