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Espaces vectoriels normés

Normes​

Généralités​

Définition. Soit N:E→RN : E \to \mathbb{R} une application. On dit que NN est une norme si :

  1. N(x)≥0,∀x∈EN(x) \geq 0, \forall x \in E et (N(x)=0⇒x=0)(N(x) = 0 \Rightarrow x = 0)
  2. ∀x∈E,∀λ∈K,N(λx)=∣λ∣N(x)\forall x \in E, \forall \lambda \in \mathbb{K}, N(\lambda x) = |\lambda| N(x)
  3. ∀x,y∈E,N(x+y)≤N(x)+N(y)\forall x, y \in E, N(x + y) \leq N(x) + N(y) : c'est l'inégalité triangulaire.

Exemples.

  1. La fonction x↦∣x∣x \mapsto |x| est une norme sur K\mathbb{K}.
  2. Sur Kd\mathbb{K}^d, ∣∣x∣∣1:=∑j=1d∣xj∣||x||_1 := \displaystyle\sum_{j=1}^{d} |x_j| est une norme.
  3. Sur Kd\mathbb{K}^d, ∣∣x∣∣2:=∑j=1d∣xj∣2||x||_2 := \sqrt{\displaystyle\sum_{j=1}^{d} |x_j|^2} est une norme. On l'appelle norme euclidienne.
  4. Sur Kd\mathbb{K}^d, ∣∣x∣∣∞=max⁡j=1,…,d∣xj∣||x||_\infty = \max_{j=1,\dots,d} |x_j| est une norme.

Exercice. Soient [a,b][a, b] un intervalle fermé borné de R\mathbb{R} et soit E=C([a,b],K)E = \mathcal{C}([a, b], \mathbb{K}). Montrer que les applications ci-dessous définissent bien une norme sur EE.

∣∣f∣∣1=∫ab∣f(x)∣ dx,∣∣f∣∣∞=sup⁡[a,b]∣f∣||f||_1 = \int_a^b |f(x)|\,dx, \qquad ||f||_\infty = \sup_{[a,b]} |f|

Définition. Soit EE un espace vectoriel et soient N1,N2N_1, N_2 deux normes sur EE. On dit que N1N_1 et N2N_2 sont équivalentes s'il existe des constantes C,C′>0C, C' > 0 telles que

CN2(x)≤N1(x)≤C′N2(x)C N_2(x) \leq N_1(x) \leq C' N_2(x)

pour tout x∈Ex \in E.

Remarque. La relation d'équivalence entre normes est une relation d'équivalence.

Démonstration. On a bien NN équivalente à NN (prendre C=C′=1C = C' = 1). Supposons N1N_1 équivalente à N2N_2, alors

CN2≤N1≤C′N2C N_2 \leq N_1 \leq C' N_2

Par suite

1C′N1≤N2≤1CN1\frac{1}{C'} N_1 \leq N_2 \leq \frac{1}{C} N_1

ce qui prouve la symétrie de la relation. Enfin si N1N_1 est équivalente à N2N_2 et N2N_2 équivalente à N3N_3, alors

CN2≤N1≤C′N2C N_2 \leq N_1 \leq C' N_2

et

DN3≤N2≤D′N3D N_3 \leq N_2 \leq D' N_3

Par suite

CDN3≤N1≤C′D′N3C D N_3 \leq N_1 \leq C' D' N_3

donc N1N_1 et N3N_3 sont équivalentes. □\square

Proposition. Les normes ∣∣.∣∣1||.||_1, ∣∣.∣∣2||.||_2 et ∣∣.∣∣∞||.||_\infty sont équivalentes sur Kd\mathbb{K}^d.

Démonstration. On a clairement

∣∣x∣∣∞≤∣∣x∣∣1≤d ∣∣x∣∣∞||x||_\infty \leq ||x||_1 \leq d\,||x||_\infty

donc les normes ∣∣.∣∣∞||.||_\infty et ∣∣.∣∣1||.||_1 sont équivalentes. De même, on a

∣∣x∣∣∞≤∣∣x∣∣2≤d ∣∣x∣∣∞||x||_\infty \leq ||x||_2 \leq \sqrt{d}\,||x||_\infty

ce qui montre que ∣∣.∣∣∞||.||_\infty et ∣∣.∣∣2||.||_2 sont équivalentes. L'équivalence entre ∣∣.∣∣1||.||_1 et ∣∣.∣∣2||.||_2 est alors une conséquence de la remarque précédente. □\square

Définition. Soit EE un ensemble et d:E×E→R+d : E \times E \to \mathbb{R}_+ une application. On dit que dd est une distance sur EE si les propriétés suivantes sont vérifiées :

  1. pour tout x,y∈E,d(x,y)=d(y,x)x, y \in E, d(x, y) = d(y, x) (symétrie)
  2. pour tout x,y∈E,d(x,y)=0⇒x=yx, y \in E, d(x, y) = 0 \Rightarrow x = y
  3. pour tout x,y,z∈E,d(x,y)≤d(x,z)+d(y,z)x, y, z \in E, d(x, y) \leq d(x, z) + d(y, z) (inégalité triangulaire)

Proposition. Soit (E,N)(E, N) un espace vectoriel normé. L'application d:E×E→R+d : E \times E \to \mathbb{R}_+ donnée par d(x,y)=N(x−y)d(x, y) = N(x - y) est une distance.

Démonstration.

  1. d(x,x)=∣∣0∣∣=0d(x, x) = ||0|| = 0, d(x,y)=0⇒∣∣x−y∣∣=0⇒x−y=0⇒x=yd(x, y) = 0 \Rightarrow ||x - y|| = 0 \Rightarrow x - y = 0 \Rightarrow x = y
  2. d(y,x)=∣∣y−x∣∣=∣∣(−1)(x−y)∣∣=∣∣x−y∣∣d(y, x) = ||y - x|| = ||(-1)(x - y)|| = ||x - y||
  3. d(x,y)=∣∣x−y∣∣=∣∣x−z+z−y∣∣≤∣∣x−z∣∣+∣∣z−y∣∣=d(x,z)+d(z,y)d(x, y) = ||x - y|| = ||x - z + z - y|| \leq ||x - z|| + ||z - y|| = d(x, z) + d(z, y)

□\square

Espace préhilbertien​

Définition. Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel. Un produit scalaire sur EE est une application ϕ:E×E→R\phi : E \times E \to \mathbb{R} vérifiant les propriétés suivantes :

  1. Pour tout y∈Ey \in E, l'application x↦ϕ(x,y)x \mapsto \phi(x, y) est linéaire.

  2. Pour tout x,y∈Ex, y \in E, on a ϕ(x,y)=ϕ(y,x)‾\phi(x, y) = \overline{\phi(y, x)}.

  3. Pour tout x∈Ex \in E, ϕ(x,x)≥0\phi(x, x) \geq 0 et

    ϕ(x,x)=0⇒x=0\phi(x, x) = 0 \Rightarrow x = 0

Un espace EE muni d'un produit scalaire est dit préhilbertien.

Exemple.

  1. Sur Rd\mathbb{R}^d : ϕ(x,y)=⟨x,y⟩=∑j=1dxjyj\phi(x, y) = \langle x, y \rangle = \displaystyle\sum_{j=1}^{d} x_j y_j
  2. Sur E=C([0,1],R)E = \mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}) : ⟨f,g⟩=∫01f(x)g(x) dx\langle f, g \rangle = \int_0^1 f(x) g(x)\,dx

Démonstration.

  1. Soit gg fixée, montrons que u:f↦∫fgu : f \mapsto \int f g est linéaire. On a u(λf+μf~)=λ∫fg+μ∫f~gu(\lambda f + \mu \tilde{f}) = \lambda \int f g + \mu \int \tilde{f} g.
  2. Immédiat.
  3. d(f,f)=∫f2≥0d(f, f) = \int f^2 \geq 0. Supposons que ∫f2=0⇒f=0\int f^2 = 0 \Rightarrow f = 0.

□\square

Théorème II.1. (Inégalité de Cauchy-Schwarz) Soit (E,⟨.⟩)(E, \langle . \rangle) un espace préhilbertien. On a l'inégalité suivante

∣⟨x,y⟩∣≤⟨x,x⟩⟨y,y⟩|\langle x, y \rangle| \leq \sqrt{\langle x, x \rangle} \sqrt{\langle y, y \rangle}

Démonstration. Pour simplifier, on suppose que K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}. Soit x,y∈Ex, y \in E. Considérons l'application f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} définie par f(t)=⟨x+ty,x+ty⟩f(t) = \langle x + ty, x + ty \rangle. On a

f(t)=t2⟨y,y⟩+2t⟨x,y⟩+⟨x,x⟩f(t) = t^2 \langle y, y \rangle + 2t \langle x, y \rangle + \langle x, x \rangle

et f(t)≥0f(t) \geq 0 pour tout tt. Comme ff est un polynôme du second degré, on en déduit que son discriminant est négatif :

⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0\langle x, y \rangle^2 - \langle x, x \rangle \langle y, y \rangle \leq 0

Par suite ⟨x,y⟩2−⟨x,x⟩⟨y,y⟩≤0\langle x, y \rangle^2 - \langle x, x \rangle \langle y, y \rangle \leq 0 et le résultat est obtenu en prenant la racine carrée. □\square

Corollaire. Soit (E,⟨.⟩)(E, \langle . \rangle) un espace préhilbertien. Alors l'application x↦∣∣x∣∣=⟨x,x⟩12x \mapsto ||x|| = \langle x, x \rangle^{\frac{1}{2}} est une norme.

Démonstration. Le seul point compliqué est l'inégalité triangulaire. Montrons que ∣∣x+y∣∣≤∣∣x∣∣+∣∣y∣∣||x + y|| \leq ||x|| + ||y|| et ∣∣x+y∣∣2=⟨x+y,x+y⟩=⟨x,x⟩+⟨y,y⟩+2⟨x,y⟩≤∣∣x∣∣2+∣∣y∣∣2+2∣∣x∣∣ ∣∣y∣∣≤(∣∣x∣∣+∣∣y∣∣)2||x + y||^2 = \langle x + y, x + y \rangle = \langle x, x \rangle + \langle y, y \rangle + 2 \langle x, y \rangle \leq ||x||^2 + ||y||^2 + 2||x||\,||y|| \leq (||x|| + ||y||)^2. □\square

Application. Sur Rd\mathbb{R}^d, ∣∣x∣∣2=(∑j=1dxj2)12||x||_2 = \Big(\displaystyle\sum_{j=1}^{d} x_j^2\Big)^{\frac{1}{2}} est une norme.

Rudiments de topologie des espaces vectoriels normés​

Dans cette section (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) désigne un espace vectoriel normé (evn).

Définition. Soit a∈Ea \in E et r>0r > 0. On appelle boule ouverte de centre aa et de rayon rr l'ensemble

B(a,r)={x∈E,∣∣x−a∣∣<r}B(a, r) = \{x \in E, ||x - a|| < r\}

On appelle boule fermée de centre aa et de rayon rr l'ensemble

B~(a,r)={x∈E,∣∣x−a∣∣≤r}\tilde{B}(a, r) = \{x \in E, ||x - a|| \leq r\}

Définition. Soit AA un sous-ensemble de EE. On dit que AA est borné s'il existe M>0M > 0 tel que A⊂B~(0,M)A \subset \tilde{B}(0, M), c'est-à-dire

∀x∈A,∣∣x∣∣≤M\forall x \in A, ||x|| \leq M

Définition. Soit UU un sous-ensemble de EE. On dit que UU est ouvert si

∀x∈U,∃r>0,B(x,r)⊂U\forall x \in U, \exists r > 0, B(x, r) \subset U

On dit qu'un sous-ensemble FF de EE est fermé si son complémentaire E∖FE \setminus F est ouvert.

Exemple. Dans (R,∣.∣)(\mathbb{R}, |.|), soit I=(a,b)I = (a, b) un intervalle. Alors II est ouvert si et seulement si I=]a,b[I = \left]a, b\right[, et il est fermé si et seulement si I=[a,b]I = [a, b].

Démonstration. Supposons que I=]a,b[I = \left]a, b\right[. Montrons que II est ouvert. Soit x∈Ix \in I, soit r=12min⁡(∣x−a∣,∣x−b∣)r = \frac{1}{2}\min(|x - a|, |x - b|). On vérifie facilement que B(x,r)⊂IB(x, r) \subset I. Réciproquement, montrons que I=]a,b]I = \left]a, b\right] n'est pas ouvert. On a b∈Ib \in I et ∀r>0\forall r > 0, B(b,r)∩Ic≠∅B(b, r) \cap I^c \neq \emptyset. □\square

Exemple. Les boules ouvertes sont ouvertes et les boules fermées sont fermées.

Remarque. EE et ∅\emptyset sont toujours ouverts et fermés. Ce sont les seuls sous-ensembles de EE à posséder cette propriété.

Proposition. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé et soient F\mathcal{F} l'ensemble des fermés de EE et O\mathcal{O} l'ensemble des ouverts de EE. Alors

  1. O\mathcal{O} est stable par union quelconque et intersection finie.
  2. F\mathcal{F} est stable par union finie et intersection quelconque.

Démonstration. On remarque d'abord que 1 et 2 sont équivalents par passage au complémentaire. On va donc montrer 1. Soit (Ωi)i∈I(\Omega_i)_{i \in I} une collection d'ouverts et soit Ω=⋃i∈IΩi\Omega = \bigcup_{i \in I} \Omega_i. Soit a∈Ωa \in \Omega, alors il existe i0∈Ii_0 \in I tel que a∈Ωi0a \in \Omega_{i_0}. Comme Ωi0\Omega_{i_0} est ouvert, alors il existe r>0r > 0 tel que B(a,r)⊂Ωi0B(a, r) \subset \Omega_{i_0}. Comme Ωi0⊂Ω\Omega_{i_0} \subset \Omega, il suit que B(a,r)⊂ΩB(a, r) \subset \Omega.

Supposons maintenant que l'ensemble II est fini et soit Ω′=⋂i∈IΩi\Omega' = \bigcap_{i \in I} \Omega_i. Soit a∈Ω′a \in \Omega'. Pour tout i∈Ii \in I, a∈Ωia \in \Omega_i, donc il existe ri>0r_i > 0 tel que B(a,ri)⊂ΩiB(a, r_i) \subset \Omega_i. On pose r=min⁡i∈Irir = \min_{i \in I} r_i. Comme II est fini, alors r>0r > 0. De plus, par définition, pour tout i∈Ii \in I, on a B(a,r)⊂B(a,ri)⊂ΩiB(a, r) \subset B(a, r_i) \subset \Omega_i. On en déduit B(a,r)⊂Ω′B(a, r) \subset \Omega'. □\square

Remarque. Une intersection quelconque d'ouverts n'est pas nécessairement ouverte. Par exemple

Ωn=B(0,1n),n∈N∗\Omega_n = B\Big(0, \frac{1}{n}\Big), n \in \mathbb{N}^*

Les Ωn\Omega_n sont ouverts mais ⋂n∈N∗Ωn={0}\displaystyle\bigcap_{n \in \mathbb{N}^*} \Omega_n = \{0\}, qui n'est pas ouvert.

Théorème II.2. Soit AA un sous-ensemble de EE.

  • Il existe un unique ouvert A˚\mathring{A} contenu dans AA et maximal pour l'inclusion (c'est-à-dire tout ouvert de EE contenu dans AA est nécessairement contenu dans A˚\mathring{A}). On appelle A˚\mathring{A} l'intérieur de AA.
  • Il existe un unique fermé A‾\overline{A} contenant AA et minimal pour l'inclusion (c'est-à-dire tout fermé de EE contenant AA contient nécessairement A‾\overline{A}). On appelle A‾\overline{A} l'adhérence de AA.

Démonstration. Soit ΩA\Omega_A l'ensemble des ouverts de EE contenus dans AA. On définit A˚=⋃ω∈ΩAω\mathring{A} = \displaystyle\bigcup_{\omega \in \Omega_A} \omega. Par définition, A˚⊂A\mathring{A} \subset A et d'après la proposition précédente, A˚\mathring{A} est ouvert. Supposons maintenant que UU est un ouvert de EE contenu dans AA. Alors U∈ΩAU \in \Omega_A, donc U⊂A˚U \subset \mathring{A}.

Le deuxième point peut se montrer aisément par passage au complémentaire. On peut aussi refaire la démonstration. Soit FAF_A l'ensemble des fermés de EE contenant AA. On définit A‾=⋂G∈FAG\overline{A} = \bigcap_{G \in F_A} G. Par définition, A⊂A‾A \subset \overline{A} et d'après la proposition précédente, A‾\overline{A} est fermé. Supposons maintenant que HH est un fermé de EE contenant AA. Alors H∈FAH \in F_A, donc A‾⊂H\overline{A} \subset H. □\square

Exemple. Soient a∈Ea \in E et r>0r > 0, alors B‾(a,r)\overline{B}(a, r) est l'adhérence de B(a,r)B(a, r) et B(a,r)B(a, r) est l'intérieur de B‾(a,r)\overline{B}(a, r).

Définition. On appelle frontière de AA l'ensemble

δA=A‾∖A˚\delta A = \overline{A} \setminus \mathring{A}

Exercice. Montrer que δA\delta A est un fermé.

Suites dans les espaces vectoriels normés​

Définition. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé et soit u=(un)n∈Nu = (u_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite d'éléments de EE. On dit que la suite uu converge vers une limite l∈El \in E si

∀ϵ>0,∃N∈N,∀n≥N,∣∣un−l∣∣<ϵ\forall \epsilon > 0, \exists N \in \mathbb{N}, \forall n \geq N, ||u_n - l|| < \epsilon

Remarque. Comme dans le cas des suites numériques, on a unicité de la limite. La notion de convergence dépend a priori de la norme qu'on utilise. Cependant, lorsque deux normes sont équivalentes, les suites convergentes sont les mêmes.

Proposition. Soit EE un espace vectoriel et N1N_1, N2N_2 deux normes sur EE. On suppose que N1N_1 et N2N_2 sont équivalentes. Alors toute suite convergente pour N1N_1 est convergente pour N2N_2, et la limite est identique.

Démonstration. N1N_1 est équivalente à N2N_2 si ∃c>0\exists c > 0 tel que 1cN2≤N1≤cN2\frac{1}{c} N_2 \leq N_1 \leq c N_2. Donc N1≤ϵ⇒N2<cϵN_1 \leq \epsilon \Rightarrow N_2 < c\epsilon et N2<ϵ⇒N1<cϵN_2 < \epsilon \Rightarrow N_1 < c\epsilon. □\square

Définition. Soit u=(un)n∈ENu = (u_n)_n \in E^{\mathbb{N}}. On dit que la suite (un)(u_n) est de Cauchy si

∀ϵ,∃N∈N,∀n,m≥N,∣∣un−um∣∣<ϵ\forall \epsilon, \exists N \in \mathbb{N}, \forall n, m \geq N, ||u_n - u_m|| < \epsilon

Définition. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé. On dit que EE est complet si toute suite de Cauchy de EE converge dans EE.

Théorème II.3. L'espace (R,∣.∣)(\mathbb{R}, |.|) est complet.

Théorème II.4. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé. On suppose que dim⁡(E)<+∞\dim(E) < +\infty. Alors EE est complet.

Remarque. Ceci est faux en dimension infinie.

Définition. Soit un=(un)n∈ENu_n = (u_n)_n \in E^{\mathbb{N}}. On dit que la suite (un)(u_n) est bornée si l'ensemble {un,n∈N}\{u_n, n \in \mathbb{N}\} est borné dans EE. Autrement dit, s'il existe M>0M > 0 tel que

∀n∈N,∣∣un∣∣≤M\forall n \in \mathbb{N}, ||u_n|| \leq M

Remarque. Toute suite convergente est bornée.

Définition. Soit u=(un)u = (u_n) une suite de EE. On dit que v=(vn)v = (v_n) est une suite extraite de uu si elle est de la forme vn=uϕ(n)v_n = u_{\phi(n)} avec ϕ:N→N\phi : \mathbb{N} \to \mathbb{N} strictement croissante.

Proposition. Toute suite extraite d'une suite convergeant vers une limite ll converge vers ll.

Théorème II.5. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé et soit FF une partie de EE. Alors FF est fermée si et seulement si pour toute suite (un)(u_n) d'éléments de FF convergeant vers ll, on a l∈Fl \in F.

Démonstration. Supposons que FF est fermé et soit (un)(u_n) une suite d'éléments de FF qui converge vers l∈El \in E. Supposons par l'absurde que l∉Fl \notin F, c'est-à-dire l∈E∖Fl \in E \setminus F. Comme FF est fermé, alors E∖FE \setminus F est ouvert. Par suite il existe r>0r > 0 tel que B(l,r)⊂E∖FB(l, r) \subset E \setminus F. On applique alors la définition de la convergence avec ϵ=r\epsilon = r. Il existe n0n_0 tel que un0∈B(l,r)⊂E∖Fu_{n_0} \in B(l, r) \subset E \setminus F. D'où une contradiction.

Supposons maintenant que FF n'est pas fermé. Alors E∖FE \setminus F n'est pas ouvert, donc il existe l∈E∖Fl \in E \setminus F tel que

∀r>0,B(l,r)∩F≠∅\forall r > 0, B(l, r) \cap F \neq \emptyset

En prenant ϵ=ϵn=2−n\epsilon = \epsilon_n = 2^{-n}, on en déduit l'existence d'une suite un∈B(l,2−n)∩Fu_n \in B(l, 2^{-n}) \cap F. Par définition, c'est une suite d'éléments de FF, et comme 2−n→02^{-n} \to 0 quand n→∞n \to \infty, la suite (un)(u_n) converge vers l∉Fl \notin F. Ceci prouve le résultat (par contraposée). □\square

Corollaire. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé, soit AA une partie de EE et soit a∈Ea \in E. Alors a∈A‾a \in \overline{A} si et seulement s'il existe une suite d'éléments de AA qui converge vers aa. Autrement dit, A‾\overline{A} est exactement l'ensemble des limites de suites d'éléments de AA.

Démonstration. Soit a∈Ea \in E et supposons que aa est limite d'une suite uu d'éléments de AA. Comme A⊂A‾A \subset \overline{A}, uu est une suite d'éléments de A‾\overline{A}, et comme A‾\overline{A} est fermé, alors a∈A‾a \in \overline{A} d'après le théorème précédent.

Supposons maintenant que a∈A‾a \in \overline{A}. Si a∈Aa \in A, il n'y a rien à faire (prendre la suite constante aa). Si a∈A‾∖Aa \in \overline{A} \setminus A, alors pour tout ϵ>0,B(a,ϵ)∩A≠∅\epsilon > 0, B(a, \epsilon) \cap A \neq \emptyset. Dans le cas contraire on aurait B(a,ϵ)∩A=∅B(a, \epsilon) \cap A = \emptyset pour un certain ϵ>0\epsilon > 0, et par suite F:=A‾∩(E∖B(a,ϵ))F := \overline{A} \cap (E \setminus B(a, \epsilon)) contiendrait AA. Or FF est fermé par définition, donc on aurait A‾⊂A‾∩(E∖B(a,ϵ))\overline{A} \subset \overline{A} \cap (E \setminus B(a, \epsilon)), ce qui contredit a∈A‾a \in \overline{A}.

On en déduit que pour tout n∈N,B(a,2−n)∩A≠∅n \in \mathbb{N}, B(a, 2^{-n}) \cap A \neq \emptyset. En choisissant an∈B(a,2−n)∩Aa_n \in B(a, 2^{-n}) \cap A pour tout nn, on construit ainsi une suite d'éléments de AA qui converge vers aa. □\square

Espaces vectoriels normés de dimension finie​

On commence par énoncer un résultat fondamental que nous admettons.

Théorème II.6. Soit EE un espace vectoriel de dimension finie. Alors toutes les normes sont équivalentes sur EE.

Remarque. Si on ne suppose plus que EE est de dimension finie, le résultat ci-dessus devient faux. Pour s'en convaincre, on peut prendre E=C([0,1])E = C([0, 1]) et considérer les normes ∣∣.∣∣1||.||_1 et ∣∣.∣∣∞||.||_\infty.

Théorème II.7. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé de dimension finie. Alors EE est complet.

Démonstration. Soit (xn)(x^n) une suite de Cauchy dans EE. Comme EE est de dimension finie, il existe une base (e1,…,eN)(e_1, \dots, e_N) de EE. Tout élément xx de EE s'écrit de manière unique x=∑j=1Nxjejx = \displaystyle\sum_{j=1}^{N} x_j e_j et on définit sur EE la norme

∣∣x∣∣∞=sup⁡j=1,…,N∣xj∣||x||_\infty = \sup_{j=1,\dots,N} |x_j|

D'après le théorème précédent, les normes ∣∣.∣∣||.|| et ∣∣.∣∣∞||.||_\infty sont équivalentes. Par conséquent la suite (xn)(x^n) est de Cauchy pour ∣∣.∣∣∞||.||_\infty. On en déduit que pour tout j=1,…,Nj = 1, \dots, N la suite (xjn)n(x_j^n)_n est de Cauchy dans R\mathbb{R}. Comme R\mathbb{R} est complet, elle admet donc une limite xjx_j. On pose x=∑j=1Nxjejx = \displaystyle\sum_{j=1}^{N} x_j e_j. D'après ce qui précède, la suite (xn)(x^n) converge vers xx pour ∣∣.∣∣∞||.||_\infty, et donc pour ∣∣.∣∣||.||. □\square

En reprenant la preuve précédente, on obtient facilement le théorème suivant.

Théorème II.8. Soit (E,∣∣.∣∣)(E, ||.||) un espace vectoriel normé de dimension finie et soit (e1,…,eN)(e_1, \dots, e_N) une base de EE. Pour tout x∈Ex \in E, on note xix_i la ii-ème coordonnée de xx dans cette base. Alors toute suite (xn)n(x^n)_n de EE converge vers x∈Ex \in E si et seulement si pour i=1,…,Ni = 1, \dots, N la suite (xin)n(x_i^n)_n converge vers xix_i dans R\mathbb{R}.

Limites et continuité de fonctions définies sur un espace vectoriel normé​

Dans cette section on considère des evn (E,∣∣.∣∣E)(E, ||.||_E), (F,∣∣.∣∣F)(F, ||.||_F) et (G,∣∣.∣∣G)(G, ||.||_G). Afin d'alléger les notations, on note indifféremment ∣∣.∣∣||.|| l'une ou l'autre des normes précédentes.

Définition. Soit f:A→Ff : A \to F une application définie sur une partie AA de EE et soit a∈A‾a \in \overline{A}. On dit que la fonction ff converge vers y∈Fy \in F lorsque xx tend vers aa si

∀ϵ>0,∃δ>0,∀x∈A,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−y∣∣<ϵ)\forall \epsilon > 0, \exists \delta > 0, \forall x \in A, (||x - a|| < \delta \Rightarrow ||f(x) - y|| < \epsilon)

On notera lim⁡x→af(x)=y\displaystyle\lim_{x \to a} f(x) = y.

Remarque. Lorsqu'elle existe, la limite d'une fonction en un point est unique.

Proposition. Soient f:A→Ff : A \to F et g:A→Fg : A \to F deux applications et soit a∈A‾a \in \overline{A}. On suppose que lim⁡x→af(x)=y\displaystyle\lim_{x \to a} f(x) = y et lim⁡x→ag(x)=z\displaystyle\lim_{x \to a} g(x) = z. Alors pour tout λ,μ∈K\lambda, \mu \in \mathbb{K} on a :

lim⁡x→a(λf+μg)=λy+μz\lim_{x \to a} (\lambda f + \mu g) = \lambda y + \mu z

Théorème II.9. Soit f:A→Ff : A \to F, a∈A‾a \in \overline{A} et y∈Fy \in F. Les deux assertions suivantes sont équivalentes :

  1. la fonction ff converge vers y∈Fy \in F lorsque xx tend vers aa ;
  2. pour toute suite (xn)(x_n) d'éléments de AA convergeant vers aa, la suite yn:=f(xn)y_n := f(x_n) converge vers yy.

Démonstration. 1 implique 2 est trivial. On s'intéresse à 2 implique 1. On démontre la contraposée. Non 1 : ∃ϵ>0,∀r>0,∃x∈A,∣∣x−a∣∣<r\exists \epsilon > 0, \forall r > 0, \exists x \in A, ||x - a|| < r et ∣∣f(x)−y∣∣≥ϵ||f(x) - y|| \geq \epsilon. Soit ϵ>0\epsilon > 0 donné par non 1. On prend r=2−nr = 2^{-n} dans non 1, il vient

∀n∈N,∃xn∈A tel que ∣∣xn−a∣∣<2−n et ∣∣f(xn)−y∣∣≥ϵ\forall n \in \mathbb{N}, \exists x_n \in A \text{ tel que } ||x_n - a|| < 2^{-n} \text{ et } ||f(x_n) - y|| \geq \epsilon

On a xn→ax_n \to a mais f(xn)f(x_n) ne converge pas vers yy. □\square

Théorème II.10. Soient A⊂EA \subset E et B⊂FB \subset F et soit f:A→Ff : A \to F et g:B→Gg : B \to G deux applications telles que f(A)⊂Bf(A) \subset B. On suppose qu'il existe a∈A‾a \in \overline{A}, b∈B‾b \in \overline{B} et z∈Gz \in G tels que

lim⁡x→af(x)=betlim⁡y→bg(y)=z\lim_{x \to a} f(x) = b \quad \text{et} \quad \lim_{y \to b} g(y) = z

Alors

lim⁡x→ag∘f(x)=z\lim_{x \to a} g \circ f(x) = z

Définition. Soit A⊂EA \subset E et f:A→Ff : A \to F une application. Soit a∈Aa \in A. On dit que ff est continue au point aa si elle admet une limite en aa. Dans ce cas on a nécessairement lim⁡x→af(x)=f(a)\displaystyle\lim_{x \to a} f(x) = f(a).

Démonstration. Supposons que ff est continue en aa. D'après la définition, il existe y∈Fy \in F tel que

∀ϵ>0,∃δ>0,∀x∈A,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−y∣∣<ϵ)\forall \epsilon > 0, \exists \delta > 0, \forall x \in A, (||x - a|| < \delta \Rightarrow ||f(x) - y|| < \epsilon)

Comme a∈Aa \in A, on peut prendre x=ax = a dans la définition précédente. On en déduit que pour tout ϵ>0\epsilon > 0, ∣∣y−f(a)∣∣<ϵ||y - f(a)|| < \epsilon. Ceci n'est possible que si y=f(a)y = f(a). □\square

Définition. Soit f:A→Ff : A \to F une application. On dit que ff est continue sur AA si elle est continue en tout point aa de AA. On note C(A,F)\mathcal{C}(A, F) l'ensemble des fonctions continues de AA dans FF.

Proposition. Soient f:A→Ff : A \to F et g:A→Fg : A \to F deux applications continues en un point a∈Aa \in A. Pour tout λ,μ∈K\lambda, \mu \in \mathbb{K}, la fonction λf+μg\lambda f + \mu g est continue en aa.

Démonstration. Soit ϵ>0\epsilon > 0, alors

∃δ1>0 tel que ∣∣x−a∣∣<δ1⇒∣∣f(x)−f(a)∣∣<ϵ2∣λ∣\exists \delta_1 > 0 \text{ tel que } ||x - a|| < \delta_1 \Rightarrow ||f(x) - f(a)|| < \frac{\epsilon}{2|\lambda|}
∃δ2>0 tel que ∣∣x−a∣∣<δ2⇒∣∣g(x)−g(a)∣∣<ϵ2∣μ∣\exists \delta_2 > 0 \text{ tel que } ||x - a|| < \delta_2 \Rightarrow ||g(x) - g(a)|| < \frac{\epsilon}{2|\mu|}

Soit δ=min⁡(δ1,δ2)>0\delta = \min(\delta_1, \delta_2) > 0. Soit xx tel que ∣∣x−a∣∣<δ||x - a|| < \delta, alors

∣∣(λf+μg)(x)−(λf+μg)(a)∣∣≤∣λ∣ ∣∣f(x)−f(a)∣∣+∣μ∣ ∣∣g(x)−g(a)∣∣<∣λ∣ϵ2∣λ∣+∣μ∣ϵ2∣μ∣=ϵ||(\lambda f + \mu g)(x) - (\lambda f + \mu g)(a)|| \leq |\lambda|\,||f(x) - f(a)|| + |\mu|\,||g(x) - g(a)|| < \frac{|\lambda| \epsilon}{2|\lambda|} + |\mu| \frac{\epsilon}{2|\mu|} = \epsilon

□\square

Corollaire. Soient f:A→Ff : A \to F et g:A→Fg : A \to F deux applications continues sur AA et soient λ,μ∈K\lambda, \mu \in \mathbb{K}. Alors la fonction λf+μg\lambda f + \mu g est continue sur AA. Autrement dit, C(A,F)\mathcal{C}(A, F) est un espace vectoriel.

Théorème II.11. Soient A⊂EA \subset E et B⊂FB \subset F et soit f:A→Ff : A \to F et g:B→Gg : B \to G deux applications telles que f(A)⊂Bf(A) \subset B. On suppose en outre que ff et gg sont continues. Alors g∘fg \circ f est continue.

Démonstration. C'est une conséquence immédiate du théorème identique sur les limites. □\square

Théorème II.12. Soit f:E→Ff : E \to F une application. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. ff est continue ;
  2. pour tout K⊂FK \subset F fermé, f−1(K)f^{-1}(K) est fermé ;
  3. pour tout Ω⊂F\Omega \subset F ouvert, f−1(Ω)f^{-1}(\Omega) est ouvert.

Démonstration. Montrons que 1 implique 2. Soit KK un fermé de FF et soit (xn)(x_n) une suite d'éléments de f−1(K)f^{-1}(K) convergeant vers x∈Ex \in E. Par définition (f(xn))(f(x_n)) est une suite d'éléments de KK, et comme ff est continue, alors f(xn)f(x_n) converge vers f(x)f(x). Comme KK est fermé, on en déduit que f(x)∈Kf(x) \in K, c'est-à-dire x∈f−1(K)x \in f^{-1}(K).

Montrons maintenant que 2 implique 3. C'est une simple conséquence de l'identité

f−1(F∖K)=E∖f−1(K)f^{-1}(F \setminus K) = E \setminus f^{-1}(K)

et du fait qu'un ensemble est ouvert si et seulement si son complémentaire est fermé.

Montrons enfin que 3 implique 1. On doit montrer que

∀ϵ>0,∃δ>0,∀x∈E,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−f(a)∣∣<ϵ)\forall \epsilon > 0, \exists \delta > 0, \forall x \in E, (||x - a|| < \delta \Rightarrow ||f(x) - f(a)|| < \epsilon)

Soit ϵ>0\epsilon > 0. L'ensemble B(f(a),ϵ)B(f(a), \epsilon) est un ouvert de FF, donc d'après le 3, son image réciproque par ff est un ouvert de EE. Or on a a∈f−1(B(f(a),ϵ))a \in f^{-1}(B(f(a), \epsilon)), donc il existe δ>0\delta > 0 tel que B(a,δ)⊂f−1(B(f(a),ϵ))B(a, \delta) \subset f^{-1}(B(f(a), \epsilon)). En appliquant ff, il vient

f(B(a,δ))⊂B(f(a),ϵ)f(B(a, \delta)) \subset B(f(a), \epsilon)

qui peut exactement se réécrire sous la forme

∀x∈E,(∣∣x−a∣∣<δ⇒∣∣f(x)−f(a)∣∣<ϵ)\forall x \in E, (||x - a|| < \delta \Rightarrow ||f(x) - f(a)|| < \epsilon)

□\square

Proposition. Si ff et gg sont deux applications continues, alors g∘fg \circ f est continue.

Démonstration. Soit Ω\Omega ouvert, alors (g∘f)−1(Ω)=f−1∘g−1(Ω)(g \circ f)^{-1}(\Omega) = f^{-1} \circ g^{-1}(\Omega). Cela démontre la proposition puisque g−1(Ω)g^{-1}(\Omega) est ouvert car gg est continue, et f−1∘g−1f^{-1} \circ g^{-1} est aussi un ouvert car ff est continue. □\square

Exercice. Montrons que l'ensemble {(x,y)∈R2 tel que 0≤y≤11+x2}\left\{(x, y) \in \mathbb{R}^2 \text{ tel que } 0 \leq y \leq \dfrac{1}{1 + x^2}\right\} est fermé.

Soit f:{R2→R(x,y)↦y(1+x2)f : \begin{cases} \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R} \\ (x, y) \mapsto y(1 + x^2) \end{cases}. Alors

f−1([0,1])={(x,y)∈R2∣f(x,y)∈[0,1]}={(x,y)∈R2∣0≤y(1+x2)≤1}={(x,y)∈R2∣0≤y≤11+x2}=K\begin{aligned} f^{-1}([0, 1]) &= \left\{(x, y) \in \mathbb{R}^2 \mid f(x, y) \in [0, 1]\right\} = \left\{(x, y) \in \mathbb{R}^2 \mid 0 \leq y(1 + x^2) \leq 1\right\} \\ &= \left\{(x, y) \in \mathbb{R}^2 \mid 0 \leq y \leq \frac{1}{1 + x^2}\right\} = K \end{aligned}

Or ff est continue et [0,1][0, 1] est un fermé de R\mathbb{R}. Donc K=f−1([0,1])K = f^{-1}([0, 1]) est fermé.

Continuité des applications linéaires​

Théorème II.13. Soient EE et FF deux espaces vectoriels normés et u:E→Fu : E \to F une application linéaire. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. uu est continue
  2. uu est continue en 0
  3. uu est bornée sur B‾(0,1)\overline{B}(0, 1)
  4. uu est lipschitzienne

Démonstration. 1 implique 2 est évident.

2 implique 3. Comme uu est linéaire, alors u(0)=0u(0) = 0, et comme uu est continue en 0, il vient

∀ϵ>0,∃δ>0,∀x∈E (∣∣x∣∣<δ⇒∣∣u(x)∣∣<ϵ)\forall \epsilon > 0, \exists \delta > 0, \forall x \in E\ (||x|| < \delta \Rightarrow ||u(x)|| < \epsilon)

On prend ϵ=1\epsilon = 1, il existe donc δ>0\delta > 0 tel que

∀∣∣x∣∣<δ,∣∣u(x)∣∣≤1\forall ||x|| < \delta, ||u(x)|| \leq 1

Soit x∈B‾(0,1)x \in \overline{B}(0, 1), alors y:=δx2y := \dfrac{\delta x}{2} vérifie ∣∣y∣∣≤δ2<δ||y|| \leq \dfrac{\delta}{2} < \delta. Par suite

1≥∣∣u(y)∣∣=δ2∣∣u(x)∣∣1 \geq ||u(y)|| = \frac{\delta}{2} ||u(x)||

On en déduit ∣∣u(x)∣∣≤2δ||u(x)|| \leq \dfrac{2}{\delta}.

Montrons que 3 implique 4. Par hypothèse, il existe M>0M > 0 tel que

∀∣∣x∣∣≤1,∣∣u(x)∣∣≤M\forall ||x|| \leq 1, ||u(x)|| \leq M

Soient x,y∈Ex, y \in E tels que x≠yx \neq y. Alors ζ:=x−y∣∣x−y∣∣\zeta := \dfrac{x - y}{||x - y||} appartient à B‾(0,1)\overline{B}(0, 1). Comme uu est linéaire, on en déduit

M≥∣∣u(ζ)∣∣=1∣∣x−y∣∣∣∣u(x−y)∣∣=1∣∣x−y∣∣∣∣u(x)−u(y)∣∣M \geq ||u(\zeta)|| = \frac{1}{||x - y||} ||u(x - y)|| = \frac{1}{||x - y||} ||u(x) - u(y)||

Autrement dit

∣∣u(x)−u(y)∣∣≤M∣∣x−y∣∣||u(x) - u(y)|| \leq M ||x - y||

ce qui prouve 4.

4 implique 1 est évident. □\square

Remarque. Soit u:E→Fu : E \to F une application linéaire. Alors uu est continue si et seulement si

∃k∈R+,∀x∈E,∣∣u(x)∣∣≤k∣∣x∣∣\exists k \in \mathbb{R}_+, \forall x \in E, ||u(x)|| \leq k ||x||

Théorème II.14. Soit u∈LC(E,F)u \in \mathcal{L}_C(E, F) une application linéaire continue. Alors

sup⁡x∈B‾(0,1)∣∣u(x)∣∣⏟A=sup⁡∣∣x∣∣=1∣∣u(x)∣∣⏟B=sup⁡x≠0∣∣u(x)∣∣∣∣x∣∣⏟C\underbrace{\sup_{x \in \overline{B}(0,1)} ||u(x)||}_{A} = \underbrace{\sup_{||x|| = 1} ||u(x)||}_{B} = \underbrace{\sup_{x \neq 0} \frac{||u(x)||}{||x||}}_{C}

On note ∣∣u∣∣E→F||u||_{E \to F} cette quantité.

Démonstration. Comme {∣∣x∣∣=1}⊂B‾(0,1)\{||x|| = 1\} \subset \overline{B}(0, 1), alors A≥BA \geq B.

Montrons que B≥CB \geq C. Soit x≠0x \neq 0, alors ∣∣u(x)∣∣∣∣x∣∣=∣∣u(x∣∣x∣∣)∣∣=∣∣u(y)∣∣\dfrac{||u(x)||}{||x||} = \Big|\Big|u\Big(\dfrac{x}{||x||}\Big)\Big|\Big| = ||u(y)|| avec y=x∣∣x∣∣y = \frac{x}{||x||}, car uu est linéaire. Donc ∣∣u(y)∣∣≤B||u(y)|| \leq B car ∣∣y∣∣=1||y|| = 1. On a donc ∀x≠0\forall x \neq 0, ∣∣u(x)∣∣∣∣x∣∣≤B\frac{||u(x)||}{||x||} \leq B. En prenant le sup sur xx, il vient C≤BC \leq B.

Montrons que C≥AC \geq A. Soit x∈B‾(0,1)x \in \overline{B}(0, 1), alors

  • si x=0x = 0, on a clairement ∣∣u(x)∣∣≤C||u(x)|| \leq C ;
  • si x≠0x \neq 0, alors ∣∣u(x)∣∣≤∣∣u(x)∣∣∣∣x∣∣≤C||u(x)|| \leq \dfrac{||u(x)||}{||x||} \leq C.

En prenant le sup sur x∈B‾(0,1)x \in \overline{B}(0, 1), on obtient A≤CA \leq C. □\square

Théorème II.15. L'application u↦∣∣u∣∣E→Fu \mapsto ||u||_{E \to F} est une norme sur LC(E,F)\mathcal{L}_C(E, F).

Démonstration. Pour tout u∈LC(E,F)u \in \mathcal{L}_C(E, F) on a bien ∣∣u∣∣E→F=sup⁡∣∣x∣∣=1∣∣u(x)∣∣≥0||u||_{E \to F} = \displaystyle\sup_{||x|| = 1} ||u(x)|| \geq 0. De plus, soit λ∈K\lambda \in \mathbb{K}, alors ∣∣λu∣∣E→F=sup⁡∣∣x∣∣=1∣∣(λu)(x)∣∣=sup⁡∣∣x∣∣=1∣λ∣ ∣∣u(x)∣∣=∣λ∣ ∣∣u∣∣E→F||\lambda u||_{E \to F} = \displaystyle\sup_{||x|| = 1} ||(\lambda u)(x)|| = \sup_{||x|| = 1} |\lambda|\,||u(x)|| = |\lambda|\,||u||_{E \to F}. Supposons ∣∣u∣∣E→F=0||u||_{E \to F} = 0, alors sup⁡x≠0∣∣u(x)∣∣∣∣x∣∣=0\displaystyle\sup_{x \neq 0} \frac{||u(x)||}{||x||} = 0, donc ∣∣u(x)∣∣∣∣x∣∣=0 ∀x≠0\dfrac{||u(x)||}{||x||} = 0\ \forall x \neq 0. Donc ∣∣u(x)∣∣=0 ∀x≠0||u(x)|| = 0\ \forall x \neq 0, donc u≡0u \equiv 0. Soient uu et v∈LC(E,F)v \in \mathcal{L}_C(E, F), alors pour tout xx tel que ∣∣x∣∣=1||x|| = 1, on a

∣∣(u+v)(x)∣∣=∣∣u(x)+v(x)∣∣≤∣∣u(x)∣∣+∣∣v(x)∣∣≤∣∣u∣∣E→F+∣∣v∣∣E→F||(u + v)(x)|| = ||u(x) + v(x)|| \leq ||u(x)|| + ||v(x)|| \leq ||u||_{E \to F} + ||v||_{E \to F}

On prend le sup sur ∣∣x∣∣=1||x|| = 1, il vient

∣∣u+v∣∣E→F≤∣∣u∣∣E→F+∣∣v∣∣E→F||u + v||_{E \to F} \leq ||u||_{E \to F} + ||v||_{E \to F}

□\square

Exercice. Soit u:{R2→R(x,y)↦ax+byu : \begin{cases} \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R} \\ (x, y) \mapsto ax + by \end{cases}. Montrer que u∈LC(R2,R)u \in \mathcal{L}_C(\mathbb{R}^2, \mathbb{R}) et calculer ∣∣u∣∣E→F||u||_{E \to F}.

Remarque. Pour montrer que sup⁡x∈Aα(x)≥k\displaystyle\sup_{x \in A} \alpha(x) \geq k, il suffit de montrer qu'il existe une suite xnx_n d'éléments de AA telle que α(xn)→k\alpha(x_n) \to k quand nn tend vers l'infini. En particulier, s'il existe x∈Ax \in A tel que α(x)=k\alpha(x) = k, alors c'est fini.

Théorème II.16. Soit u∈LC(E,F)u \in \mathcal{L}_C(E, F). Alors

∀x∈E,∣∣u(x)∣∣F≤∣∣u∣∣E→F∣∣x∣∣E\forall x \in E, ||u(x)||_F \leq ||u||_{E \to F} ||x||_E

Démonstration. Immédiat. □\square

Théorème II.17. Soient EE, FF et GG trois espaces vectoriels normés et soient u∈LC(E,F)u \in \mathcal{L}_C(E, F) et v∈LC(F,G)v \in \mathcal{L}_C(F, G). Alors v∘u∈LC(E,G)v \circ u \in \mathcal{L}_C(E, G) et

∣∣v∘u∣∣E→G≤∣∣v∣∣F→G∣∣u∣∣E→F||v \circ u||_{E \to G} \leq ||v||_{F \to G} ||u||_{E \to F}

Démonstration. Soit x∈Ex \in E, alors ∣∣v∘u(x)∣∣G=∣∣v(u(x))∣∣G≤∣∣v∣∣F→G∣∣u(x)∣∣F||v \circ u(x)||_G = ||v(u(x))||_G \leq ||v||_{F \to G} ||u(x)||_F par le théorème précédent appliqué à vv. De manière analogue, ∣∣v∘u(x)∣∣G≤∣∣v∣∣F→G∣∣u∣∣E→F∣∣x∣∣E||v \circ u(x)||_G \leq ||v||_{F \to G} ||u||_{E \to F} ||x||_E. En divisant par ∣∣x∣∣E||x||_E et en prenant le sup, on retrouve le résultat. □\square