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Chimie des alcènes

Propriétés physiques et structurales​

Les alcènes sont des hydrocarbures qui possèdent une double liaison C=CC=C. Ils sont extrêmement rares dans la nature ; les gisements de gaz et de pétrole ne contenant pas ce type de composés, ils sont formés en quantité industrielle par vapocraquage au cours du raffinage du pétrole brut. En revanche, on trouve dans la nature des polyènes qui renferment plusieurs doubles liaisons, comme par exemple le myrcène dans le laurier. La réactivité des alcènes est caractérisée par des additions sur la liaison π\pi, qui apporte la plus faible des contributions. Au cours de ces réactions, la liaison σ\sigma C−CC-C n'est pas coupée.

Réactivité​

Généralité : la réaction d'addition est énergétiquement favorable (très souvent exothermique). Ces réactions sont stéréospécifiques : le mécanisme impose une stéréochimie relative précise dans le produit obtenu.

Exemples d'additions sur le cyclohexène : réduction par H2 avec catalyseur (hydrogénation), oxydation ménagée par KMnO4 à froid ou OsO4, bromation par Br2

Hydrohalogénation : une addition électrophile (composée de deux étapes successives : une protonation suivie d'une addition nucléophile).

Règle de Markovnikov​

Le nucléophile se fixe sur le carbone le plus substitué.

La réaction est régiosélective : c'est une addition préférentielle du H+H^+ sur un des deux sites possibles. Les substituants électrodonneurs stabilisent l'intermédiaire carbocation (augmentation de la densité électronique), la réaction est plus rapide (Ea1Ea_1 diminue).

Il y a une stabilité décroissante de l'intermédiaire carbocation :

Stabilité décroissante des carbocations : tertiaire, secondaire, primaire, méthyle

Règle anti-Markovnikov (effet Kharasch)​

Conditions radicalaires : inversion de la régiosélectivité de la réaction. En conditions radicalaires, le mécanisme comporte trois étapes : initiation, propagation et terminaison.

Initiation : rupture d'une partie des liaisons les plus faibles dans les réactifs.

Initiation : rupture homolytique du peroxyde RO-OR sous hν ou Δ en 2 RO•, puis RO• arrache l'hydrogène de H-Br pour former ROH et Br•

Propagation : la réaction est auto-entretenue.

Propagation : Br• s'additionne sur le carbone le moins substitué du 2-méthylpropène, le carboradical tertiaire obtenu est l'intermédiaire privilégié (stabilisé par 2 effets +I) ; il arrache ensuite l'hydrogène de H-Br pour donner le produit anti-Markovnikov et régénérer Br•

Terminaison : couplage de deux radicaux.

Terminaison : couplage de deux Br•, dimérisation de deux carboradicaux, couplage d'un carboradical et de Br•

Hydratation : l'addition électrophile de H2OH_2O sur les alcènes, catalysée par les acides, conduit sélectivement à l'alcool le plus substitué. Cette réaction suit la règle de Markovnikov.

Hydratation du 2-méthylpropène par H2O en présence de H2SO4 : l'alcool tertiaire est très majoritaire, l'alcool primaire très minoritaire

Cette hydratation suit le mécanisme suivant : une addition électrophile (composée de trois étapes successives : une protonation suivie d'une addition nucléophile et d'une déprotonation).

Mécanisme de l'hydratation : protonation de l'alcène en carbocation, attaque de l'eau sur l'une ou l'autre face du carbocation plan, puis déprotonation de l'ion oxonium donnant les deux énantiomères de l'alcool

  • Réaction régiosélective (addition de type Markovnikov) mais pas stéréosélective.
  • Réaction réversible, l'alcool peut redonner l'alcène par élimination.
  • Réarrangement du carbocation intermédiaire possible dans certains cas.

Réarrangement d'un carbocation secondaire en carbocation tertiaire par migration d'un groupe méthyle

Hydroboration suivie d'oxydation : une addition de H−OHH-OH anti-Markovnikov. La première réaction est une addition électrophile d'un organoborane R2BHR_2BH. R2BHR_2BH est un acide de Lewis possédant une lacune électronique sur l'atome de bore. L'hydroboration est une réaction concertée qui se fait en une seule étape. Le bore se lie au carbone le moins substitué (moins de gêne stérique). Addition syn (du même côté du plan de l'alcène) de l'hydrogène et du bore.

Hydroboration du 2-méthylpropène par R2BH : le bore se fixe sur le carbone le moins substitué, via un état de transition à quatre centres

La seconde réaction est une oxydation de l'alkylborane formé précédemment par le peroxyde d'hydrogène (H2O2H_2O_2) en milieu basique pour donner l'alcool.

Oxydation de l'alkylborane par H2O2 et NaOH en alcool

Le mécanisme de cette oxydation est le suivant.

Mécanisme de l'oxydation : formation de l'ion hydroperoxyde à partir de H2O2 et NaOH, attaque sur le bore, migration du groupe alkyle vers l'oxygène avec départ de OH⁻ (trois fois), puis hydrolyse du borate par NaOH donnant trois molécules d'alcool

Dihalogénation : une addition anti (en dessous et au-dessus du plan de l'alcène). Elle provient d'une addition électrophile (composée de deux étapes successives : la formation d'un cation halonium ponté (bromonium ou chloronium) suivie d'une addition nucléophile en anti). Cette réaction est stéréospécifique : dihalogénures vicinaux anti. Cette addition anti est stéréospécifique. De plus, en présence d'autres nucléophiles que X−X^-, ces derniers peuvent s'additionner sur l'ion halonium.

Dihalogénation d'un alcène par X2 (X = Cl ou Br) : les deux atomes d'halogène se fixent en anti

Oxydations :

Oxydations des alcènes : oxydations dures (O3 ou KMnO4 concentré à chaud) donnant une coupure oxydante en dérivés carbonylés ; époxydation par un peracide RCO3H, suivie éventuellement d'une ouverture par H2O/H⁺ en dihydroxylation anti ; oxydations douces (KMnO4 à froid ou OsO4) donnant une dihydroxylation syn

Époxydation d'un alcène par un peracide, donnant l'époxyde et l'acide carboxylique

Oxydation douce : dihydroxylation syn par KMnO4 à froid ou OsO4

Oxydation dure : coupure par KMnO4, H⁺, Δ ou K2Cr2O7, H⁺ en cétone et aldéhyde, l'aldéhyde étant oxydé en acide carboxylique

Hydrogénation : c'est une addition syn en une seule étape (réaction "concertée" et stéréospécifique).

Hydrogénation d'un alcène bicyclique par H2 sur catalyseur dans l'éthanol : les deux hydrogènes s'ajoutent du même côté, sur la face la moins encombrée ; le produit d'addition sur l'autre face est barré

Résumé​

Résumé des réactions des alcènes : hydrohalogénation HX (Markovnikov) et HX, ROOR (anti-Markovnikov), hydratation, hydroboration-oxydation (syn), dihalogénation X2 (anti), formation d'halohydrine X2, H2O (anti), hydrogénation H2 cat. (syn), dihydroxylation par KMnO4 à froid ou OsO4 (syn), coupure par KMnO4 à chaud ou O3, époxydation par m-CPBA puis ouverture par H2O/H⁺