Exemple 1.∀x∈]−1,1[,∀n∈N∗, 1−xn+1=1n+1−xn+1=(1−x)k=0∑nxk par l'identité remarquable bien connue, donc après division par 1−x, 1−x1−1−xxn+1=k=0∑nxk.
Ainsi 1−x1=k=0∑nxk+xn.1−xx=k=0∑nxk+xn.ϵ(x) en notant ϵ(x)=1−xx, dont la limite en 0 est 0.
Notant f la fonction f:x↦1−x1, on a donc ∀x∈]−1,1[,f(x)=k=0∑nxk+o(xn).
Au voisinage de 0 (le voisinage étant ici ]−1,1[), on a f(x)= polynôme de degré ≤n+o(xn). Ici, le o(xn) est exactement xnϵ(x)=xn.1−xx.
Exemple 2. Considérons la même fonction f:x↦1−x1, mais cette fois au voisinage de 3, par exemple sur l'intervalle ]2,4[.
∀x∈]2,4[, x=3+(x−3)=3+h en notant h=x−3. On observe que h∈]2−3,4−3[=]−1,1[ :
Remplaçant h par x−3, on a alors f(x)=k=0∑n2k+1(−1)k+1(x−3)k+o((x−3)n).
Ainsi, au voisinage de 3, on a f(x)= polynôme en (x−3), de degré ≤n+o((x−3)n).
On vient d'écrire le développement limité d'ordre n de f au voisinage de 3, et dans l'exemple 1 on avait écrit le développement limité d'ordre n de f au voisinage de 0.
Fonction admettant un développement limité d'ordre n au voisinage d'un réel x0 (où n∈N). Fonction f définie au moins sur un intervalle U de l'une des formes ]x0−ϵ,x0[ ou ]x0,x0+ϵ[ (ϵ>0) (elle peut l'être sur ]x0−ϵ,x0+ϵ[ ou même uniquement sur ]x0−ϵ,x0[∪]x0,x0+ϵ[) telle qu'il existe une fonction polynôme Pn:x→k=0∑nakxk de degré ≤n et une fonction ϵ:x→ϵ(x) de limite 0 en 0 permettant d'exprimer
soit un polynôme en (x−x0) de degré ≤n, plus o((x−x0)n).
Cette décomposition est appelée développement limité d'ordre n de f au voisinage de x0, en abrégé DLn(x0) de f.
L'expression polynomiale Pn((x−x0))=k=0∑nak(x−x0)k est la partie régulière du DLn(x0). L'expression o((x−x0)n)=(x−x0)nϵ(x) est le reste d'ordre n du DLn(x0).
À la différence des exemples simples qu'on vient d'analyser, obtenir explicitement ϵ(x) en fonction de x ne sera pas toujours possible. Il faudra disposer d'hypothèses supplémentaires pour y parvenir (voir au semestre suivant le reste intégral ou le reste de Lagrange).
L'ambiguïté résultant de l'écriture de P(x)=a0+a1x+a2x2+⋯+akxk+⋯+anxn sous la forme ∑k=0nakxk. La première expression de P(x) donne P(0)=a0, la seconde donne littéralement P(0)=a000. Mais l'écriture 00 n'a aucune signification. Conscient de l'ambiguïté, on considère par convention que, malgré l'écriture P(x)=∑k=0nakxk, P(0)=a0.
Intérêt de l'existence d'un développement limité. Pour x voisin de x0, f(x) est approché par une expression polynomiale (donc simple) de degré ≤n. Le degré n'est pas obligatoirement n car le coefficient an peut être nul.
Remarque. Toute fonction polynôme offre son développement limité en 0 sur R, à tout ordre. En effet, notant f:x↦∑k=0dakxk où d est son degré, parce que ad=0 :
si n≤d−1, ∀x∈R, f(x)=k=0∑dakxk=k=0∑nakxk+k=n+1∑dakxk=k=0∑nakxk+xnk=n+1∑dakxk−n=k=0∑nakxk+o(xn) car ϵ(x) a évidemment pour limite 0 en 0 ;
si n=d, ∀x∈R, f(x)=k=0∑dakxk=k=0∑nakxk+xn.0 où ϵ(x)=0 a évidemment pour limite 0 en 0 ;
si n>d, ∀x∈R, f(x)=k=0∑dakxk=k=0∑nakxk+xn.0 où ϵ(x)=0 a évidemment pour limite 0 en 0, ceci en définissant ad+1=ad+2=⋯=an=0.
Par exemple, f:x↦5x3−7x2+6x−2 a pour DL2(0)f(x)=−2+6x−7x2+o(x2) où o(x2)=5x3. Elle a pour DL3(0)f(x)=−2+6x−7x2+5x3+o(x3) où o(x3)=0. Elle a pour DL4(0)f(x)=−2+6x−7x2+5x3+0x4+o(x4) où o(x4)=0.
Conditions nécessaires pour qu'une fonction f définie en x0 admette un DLn(x0). Si une fonction f admet un DLn(x0), elle est, rappelons-le, définie au moins sur un intervalle de la forme U=]x0−ϵ,x0[ ou U=]x0,x0+ϵ[ (ϵ>0) et ∀x∈U,f(x)=∑k=0nak(x−x0)k+o((x−x0)n) :
x→x0limf(x)=a0 ;
si de plus f admet ce développement limité sur au moins un intervalle de l'une des deux formes V=]x0−ϵ,x0] ou V=[x0,x0+ϵ[ (ϵ>0), alors f(x0)=a0 et f est dérivable en x0 et vérifie f′(x0)=a1 ;
sans connaître explicitement le o((x−x0)n), on ne peut rien dire pour des ordres de dérivation ≥2.
h→0limh1[f(x0+h)−f(x0)]=h→0limk=1∑nakhk−1+o(hn−1)=a1+0=a1. Donc f′(x0)=a1.
Sans hypothèses supplémentaires, on ne sait rien de la dérivabilité éventuelle du reste d'ordre n. On n'a donc pas les moyens de savoir si f′(x0+h) existe. On ne peut donc étudier la limite h→0limh1[f′(x0+h)−f′(x0)] qui conduirait à f′′(x0). □
Troncature d'un développement limité.x0 est un réel quelconque, n un élément de N∗. Si f, définie sur un intervalle U contenant x0 ou ayant x0 pour borne, admet un DLn(x0) sur U, exprimant cela par ∀x∈U,f(x)=∑k=0nak(x−x0)k+o((x−x0)n), alors ∀p∈[0,n−1], si k∈[p+1,n], ak(x−x0)k=ak(x−x0)(k−p)×(x−x0)p est un o((x−x0)p), ainsi
ce qui est un développement limité d'ordre p. Ce DLp(x0) de f est la troncature à l'ordre p du DLn(x0) de f.
Exemple. Supposons n=10. On a vu en introduction que le DL10(0) de f:x↦1−x1 est f(x)=k=0∑10xk+o(x10). Sa troncature à l'ordre 4 est le DL4(0) : f(x)=k=0∑4xk+o(x4)=1+x+x2+x3+x4+o(x4).
Unicité du développement limité pour un ordre donné.x0 est un réel quelconque, n un élément de N∗. Si une fonction f, définie sur un intervalle U contenant x0 ou ayant x0 pour borne, admet un DLn(x0) sur U, alors celui-ci est unique, à cet ordre n.
Démonstration. Par l'absurde, supposons l'existence de deux développements limités distincts s'exprimant par ∀x∈U,f(x)=∑k=0nak(x−x0)k+o1((x−x0)n) et
f(x)=k=0∑nbk(x−x0)k+o2((x−x0)n)
Les deux suites de coefficients (ak)k∈[0,n] et (bk)k∈[0,n] diffèrent par au moins l'un de leurs termes. Soit n1 la plus petite valeur de l'indice n telle que an=bn.
Donc −k=n1∑n(ak−bk)(x−x0)k=o3((x−x0)n)=(x−x0)n.ϵ(x−x0), puis, en notant u=x−x0, −k=n1∑n(ak−bk)uk=o3(un)=un.ϵ(u).
Divisant alors par un, non nul tant que x=x0 :
un−k=n1∑n(ak−bk)uk=ϵ(u)
Lorsque u→0, cette fraction rationnelle en u est équivalente au quotient de ses termes de plus bas degré, soit −un−n1an1−bn1, et étant égale à ϵ(u), sa limite est nécessairement 0. Or, le dénominateur ayant une limite finie et le numérateur étant différent de 0, c'est impossible : donc ∀k∈[0,n],ak=bk. Les parties régulières des deux DLn(x0) de f sont égales et, par différence avec f(x), les restes d'ordre n sont égaux. □
DLn(0) d'une fonction paire ou impaire définie au moins sur un intervalle ]−ϵ,0[∪]0,ϵ[ où ϵ>0. Si f est impaire, dans la partie régulière du DLn(0), parce que les coefficients des puissances paires de x sont tous nuls, on ne lit que des puissances impaires de x.
Si f est paire, dans la partie régulière du DLn(0), parce que les coefficients des puissances impaires de x sont tous nuls, on ne lit que des puissances paires de x.
Exemples. Pour x∈]−1,1[, à partir de f(x)=1−x1=k=0∑nxk+o(xn), on peut écrire :
en substituant x2 à x, f(x2)=1−x21=k=0∑nx2k+o(x2n), alors que x→1−x21 est paire sur ]−1,1[ ;
en multipliant par x ces dernières expressions, x×f(x2)=1−x2x=k=0∑nx2k+1+o(x2n+1), alors que x→1−x2x est impaire sur ]−1,1[.
Démonstration. On suppose que ∀x∈]−ϵ,0[∪]0,ϵ[ on peut écrire f(x)=∑k=0nakxk+o1(xn). Comme −x∈]−ϵ,0[∪]0,ϵ[, f(−x)=∑k=0nak(−x)k+o1((−x)n)=∑k=0nak(−1)kxk+o2(xn).
Si f est impaire, f(x)=2f(x)−f(−x), qui a un développement dans lequel les coefficients ak21−(−1)k sont nuls lorsque l'entier k est pair.
Si f est paire, f(x)=2f(x)+f(−x), qui a un développement dans lequel les coefficients ak.21+(−1)k sont nuls lorsque l'entier k est impair. □
Développements de combinaisons linéaires et de composées.
Si f et g sont deux fonctions simultanément définies sur un même intervalle U contenant x0 ou ayant x0 pour borne, qui admettent chacune un DLn(x0) sur U, ∀x∈U,f(x)=∑k=0nak(x−x0)k+o1((x−x0)n) et g(x)=∑k=0nbk(x−x0)k+o2((x−x0)n), alors ∀(λ,μ)∈R2, λf+μg admet un DLn(x0) sur U qui s'exprime par ∀x∈U,(λf+μg)(x)=∑k=0n(λak+μbk)(x−x0)k+o3((x−x0)n).
Si f est une fonction définie sur un intervalle U contenant x0, qui admet un DLn(x0) sur U, et si g est définie sur un intervalle V contenant f(x0) qui admet un DLn(f(x0)) sur V, et si f(U)⊂V, alors g∘f admet un DLn(x0) sur U, obtenu en remplaçant x dans le DLn(f(x0)) de g par la partie régulière du DLn(x0) de f, puis en ne conservant que les puissances de (x−x0) qui sont inférieures à n.
Démonstration. Admise. □
Exemples.
Pour x0=0, f:x↦1−x1 a un DL3(0) défini par ∀x∈]−1,1[,f(x)=1−x1=k=0∑3xk+o1(x3)=1+x+x2+x3+o1(x3). La fonction g:x↦1−x21 a un DL3(0) défini par ∀x∈]−1,1[,g(x)=1−x21=k=0∑1x2k+o2(x3)=1+x2+o2(x3), car il ne faut pas de xp tels que p>3. Donc la fonction h=π.f−2g a un DL3(0) défini par ∀x∈]−1,1[ :
Pour x0=0, f:x↦1−x1, de DL3(0) connu, vérifie f(x0)=f(0)=1 et f(]−1,1[)=]1/2,+∞[. La fonction exp:x↦ex a pour DL3(1) sur ]1/2,+∞[exp(x)=k=0∑3k!e(x−1)k+o4((x−1)3). Ainsi ∀x∈]1/2,+∞[, ex=e+e.(x−1)+e/2(x−1)2+e/6(x−1)3+o4((x−1)3).
exp∘f admet donc un DL3(0) dont la partie régulière est obtenue par substitution puis écrêtage :
e+e.([1+x+x2+x3]−1)+e/2([1+x+x2+x3]−1)2+e/6([1+x+x2+x3]−1)3=e+e(x+x2+x3)+e/2(x+x2+x3)2+e/6(x+x2+x3)3=e+e(x+x2+x3)+e/2(x2+2xx2)+e/6(x3)en n’eˊcrivant pas les xk ouˋk>3=e+ex+23ex2+613ex3
Ainsi le DL3(0) de exp∘f sur ]−1,1[ s'exprime par ∀x∈]−1,1[,(exp∘f)(x)=e+ex+23ex2+613ex3+o(x3).
La construction du DLn(x0) d'une fonction de classe Cn sur un voisinage de x0
La formule de Taylor avec reste de Young.x0 est un réel quelconque, n un élément de N∗. f est une fonction supposée de classe Cn−1 sur un voisinage U de x0 et telle que f(n)(x0) existe. Alors f admet un DLn(x0) sur U, qui s'exprime par ∀x∈U :
f(x)=k=0∑nk!f(k)(x0)(x−x0)k+o((x−x0)n)
L'exemple du DLn(0) de la fonction exponentielle à tout ordre n de N∗. Ici x0=0, f=exp est de classe Cn−1 sur U=R (en fait C∞) et exp(n)(0)=e0=1 existe. ∀k∈N,∀x∈R,exp(k)(x)=ex et par suite k!exp(k)(0)=k!1.
La formule de Taylor-Young donne alors le DLn(0) de exp : ∀x∈R,exp(x)=ex=k=0∑nk!1xk+o(xn)=k=0∑nk!xk+o(xn). Ainsi, par exemple, à l'ordre 3, ex=1+x+2!x2+3!x3+o(x3).
Démonstration (en 5 étapes). ∀x∈U∖{x0}, notons respectivement Ix et I˙x les intervalles fermé et ouvert de bornes x0 et x.
Examen du polynôme constitué des n premiers monômes de la partie régulière. Notons
donc Pn−1(i)(x0)=f(i)(x0) ; et, en continuant à dériver jusqu'à l'ordre n−1, Pn−1(n−1)(x)=f(n−1)(x0)=k=n−1∑n−1(k−n+1)!f(k)(x0)(x−x0)k−n+1, réduite au seul terme pour lequel k=n−1.
Dérivée d'ordre n−1 d'une fonction ϕx de variable t. On construit la fonction ϕx de variable t, définie sur Ix par
ϕx(t)=f(t)−Pn−1(t)+λx(t−x0)n
où λx est un réel choisi pour que ϕx(x)=0(λx=(x−x0)nPn−1(x)−f(x)).
ϕx est dérivable (par rapport à t) à tout ordre i de [0,n−1] et ϕx(i)(t)=f(i)(t)−Pn−1(i)(t)+λx.n(n−1)(n−2)…(n−i+1)(t−x0)n−i, de sorte que ϕx(i)(x0)=f(i)(x0)−Pn−1(i)(x0)+λx.0=f(i)(x0)−f(i)(x0)+0=0.
n−1 applications successives du théorème de Rolle à partir de ϕx.
ϕx est continue sur Ix et dérivable sur I˙x (de bornes x0 et x), et ϕx(x0)=0=ϕx(x), donc d'après le théorème de Rolle, ∃c1∈I˙x,ϕx′(c1)=0.
ϕx′ est continue sur Ic1 et dérivable sur I˙c1 (de bornes x0 et c1), et ϕx′(x0)=0=ϕx′(c1), donc d'après le théorème de Rolle, ∃c2∈I˙c1,ϕx′′(c2)=0.
On itère le procédé : après n−3 dérivations, on obtient cn−2 et on achève par n−1 : ϕx(n−2) est continue sur Icn−2 et dérivable sur I˙cn−2 (bornes x0 et cn−2), et ϕx(n−2)(x0)=0=ϕx(n−2)(cn−2), donc d'après le théorème de Rolle, ∃cn−1∈I˙cn−2,ϕx(n−1)(cn−1)=0.
Vers une expression de −λx en fonction de f(n)(x0). On a vu que ∀i∈[0,n−1], ϕx(i)(t)=f(i)(t)−Pn−1(i)(t)+λx.n(n−1)(n−2)…(n−i+1)(t−x0)n−i, donc en particulier, pour i=n−1, ϕx(n−1)(t)=f(n−1)(t)−Pn−1(n−1)(t)+λxn(n−1)(n−2)…(2)(t−x0)1, ce qui en t=cn−1 s'écrit 0=ϕx(n−1)(cn−1)=f(n−1)(cn−1)−Pn−1(n−1)+λxn!(cn−1−x0) ; or Pn−1(n−1) est constant de valeur f(n−1)(x0), donc 0=f(n−1)(cn−1)−f(n−1)(x0)+λxn!(cn−1−x0). On a alors facilement
λx=−n!1cn−1−x0f(n−1)(cn−1)−f(n−1)(x0)
Mais f(n−1) est dérivable en x0 car f(n)(x0) existe, et lorsque x→x0, cn−1→x0 car il est dans Ix. Donc
Posons alors ϵ(x−x0)=−n!1f(n)(x0)−λx. On a x→x0limϵ(x−x0)=−n!1.f(n)(x0)+n!1.f(n)(x0)=0. Donc −λx=n!1.f(n)(x0)+ϵ(x−x0) où x→x0limϵ(x−x0)=0.
L'obtention du développement de Taylor avec reste de Young. On se souvient de la fonction ϕx définie par ϕx(t)=f(t)−Pn−1(t)+λx(t−x0)n. On sait que ϕx(x)=0, donc 0=f(x)−Pn−1(x)+λx(x−x0)n, et enfin
où x→x0limϵ(x−x0)=0 : (x−x0)n.ϵ(x−x0), qui est un o((x−x0)n), est le reste de Young. □
Les développements limités des fonctions usuelles au voisinage de 0
Primitivation d'un développement limité au voisinage de 0. Soient n un entier naturel, U un intervalle ouvert de R contenant 0 et f une fonction continue sur U qui admet un DLn(0) sur U : ∀x∈U,f(x)=Pn(x)+xnϵ(x) où x→0limϵ(x)=0 et Pn(x)=∑k=0nakxk. Toute primitive F de f sur U admet un DLn+1(0) sur U, qui est ∀x∈U,F(x)=F(0)+k=0∑nk+1akxk+1+xn+1.σ(x) où x→0limσ(x)=0.
Exemple. On sait que pour U=]−1,1[, ∀x∈U,1−x1=k=0∑nxk+o(xn), donc aussi 1+x1=1−(−x)1=k=0∑n(−x)k+o((−x)n), c'est-à-dire 1+x1=k=0∑n(−1)k.xk+o(xn).
L'intégration de ce DL de 0 à x donne alors (en observant que x∈]−1,1[⇒1+x>0) ln(1+x)=ln(1+0)+k=0∑nk+1(−1)kxk+1+o(xn+1), qui, après décalage de l'indice de sommation, s'écrit ln(1+x)=k=1∑n+1k(−1)k−1.xk+o(xn+1).
Démonstration.
La fonction t→tnϵ(t) est continue sur U puisque tnϵ(t)=f(t)−Pn(t) où f et Pn sont continues sur U. ∀x∈U, cette fonction peut donc être intégrée sur l'intervalle fermé de bornes 0 et x, qu'on peut noter Ix.
Nous allons montrer que ∫0xtnϵ(t)dt est un o(xn+1), et pour cela que x→0limxn+11.∫0xtnϵ(t)dt=0. Parce que x→0limϵ(x)=0, ∀α∈R+∗,∃η∈R+∗,∀t∈U,∣t∣≤η⇒∣ϵ(t)∣≤α.
En conclusion, ∀α∈R+∗,∃η∈R+∗,∀x∈U,∣x∣≤η⇒xn+11∫0xtnϵ(t)dt≤α. Ceci prouve que x→0limxn+11∫0xtnϵ(t)dt=0.
∀x∈U, en intégrant les deux membres de l'égalité f(t)=Pn(t)+tn.ϵ(t) sur Ix de bornes 0 et x, ∫0xf(t)dt=∫0xPn(t)dt+∫0xtnϵ(t)dt s'écrit [F(t)]0x=∫0x∑k=0naktkdt+o(xn+1), d'où F(x)−F(0)=k=0∑nk+1ak.xk+1+o(xn+1), et enfin F(x)=F(0)+k=0∑nk+1akxk+1+o(xn+1). □
Dérivation d'un développement limité au voisinage de 0. Attention, on ne dit pas que si une fonction f admet un DLn(0) sur U, alors elle est dérivable sur U et f′ admet un DLn−1(0) qui s'obtient en dérivant les termes du DLn(0) de f.
Le véritable énoncé est : ∀n∈N, si f, de classe C1 sur U, admet sur U un DLn(0) : f(x)=Pn(x)+o(xn), si on sait que f′ admet un DLn−1(0) sur U, alors, f étant une primitive de f′, le DLn(0) de f sur U se déduisant de celui de f′ par le résultat précédent, le DLn−1(0) de f′ est f′(x)=Pn′(x)+o(xn−1).
Exemple.∀n∈N∗, le DL2n+1(0) sur R de la fonction exponentielle s'écrit : ∀x∈R,ex=k=0∑2n+1k!1xk+o(x2n+1).
On en déduit e−x=k=0∑2n+1k!1(−x)k+o(x2n+1)=k=0∑2n+1k!(−1)kxk+o(x2n+1), puis sh(x)=21ex−21e−x=k=0∑2n+12k!1−(−1)kxk+o(x2n+1).
Et comme il est clair que 1−(−1)k est 0 lorsque k est pair et 2 lorsque k est impair, seuls les termes de degré impair subsistent, de sorte que sh(x)=k=0∑n(2k+1)!1x2k+1+o(x2n+1). sh est dérivable sur R de dérivée ch, et ch, de classe C2n−1 sur R, est telle que ch(2n)(0) existe, donc son DL2n(0) existe.
Le DL2n(0) de ch est donc obtenu par dérivation terme à terme du DL2n+1(0) de sh :
Le DLn(0) de x→(1+x)α.∀α∈R∗,∀x∈]−1,1[, (1+x)α=k=0∑n(kα)xk+o(xn), aux abus d'écriture près : (0α)=1 et, si k≥1, (kα)=k!α(α−1)(α−2)…(α−k+1) (c'est un abus car α n'est pas un entier). Ce DLn(0) permet entre autres de développer 1+x, 1−x, 1+x1, 1−x1. Si α∈N∗ et si n≥α+1, lorsque k≥α+1, (kα)=0 car le facteur (α−α) est présent au numérateur. Le dernier terme non nul est alors celui dont le numérateur comporte comme dernier facteur (α−α+1)=1. Le développement de (1+x)α est alors exactement celui du binôme de Newton.
Ce n'est pas surprenant puisque (1+x)α est, dans ce cas particulier, une expression polynomiale.
Exemples d'applications des développements limités
L'obtention d'un équivalent. Cherchons un équivalent de arctan(x)−sin(x) au voisinage de 0. Avant de connaître les DL, on savait seulement que chaque terme était équivalent à x, mais, ne pouvant soustraire des équivalents, cela ne permettait pas de répondre à la question.
Les DL3(0) des deux termes sont arctan(x)=x−3x3+o(x3) et sin(x)=x−3!x3+o(x3).
Donc arctan(x)−sin(x)=x−3x3−x+6x3+o(x3)=−6x3+o(x3), d'où arctan(x)−sin(x)∼0−6x3.
En effet, de façon générale, si f(x)=∑k=0nakxk+o(xn), alors
f(x)=[k=0∑nakxk]×(1+∑k=0nakxkxnϵ(x))
Mais le polynôme ∑k=0nakxk est équivalent à son terme de plus bas degré, notons-le apxp où p≤n. Donc le quotient ∑k=0nakxkxnϵ(x) est équivalent à ap.xpxn.ϵ(x)=ap1xn−pϵ(x), de limite 0 en 0. Donc f(x)∼0∑k=0nakxk.
Exemple d'un calcul de limite. Étudions la limite en 0 du quotient ln(1+x)+e−x−1arctan(x)−sin(x). Le DL3(0) du dénominateur est x−2x2+3x3+1−x+2!(−x)2+3!(−x)3−1+o(x3)=6x3+o(x3).
Le dénominateur est équivalent à 6x3 quand le numérateur l'est à −6x3.
Le quotient est donc équivalent à x3/6−x3/6=−1. Le quotient a donc pour limite −1 en 0.
Les développements limités servent ainsi au calcul d'un équivalent de fonction en un point, au calcul d'une limite en un point et à l'approximation d'une fonction en une valeur.