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Champ magnétique et lois de la magnétostatique

Le champ magnétique​

Introduction​

Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour qu'une théorie complète apparaisse : la théorie de l'électromagnétisme. Tout commença avec l'expérience d'Oersted en 1820. Il plaça un fil conducteur au-dessus d'une boussole et y fit passer un courant. En présence d'un courant, l'aiguille de la boussole est effectivement déviée, prouvant sans ambiguïté un lien entre le courant électrique et le champ magnétique. L'étude quantitative des interactions entre aimants et courants fut faite par les physiciens Biot et Savart (1820). Ils mesurèrent la durée des oscillations d'une aiguille aimantée en fonction de sa distance à un courant rectiligne. Ils trouvèrent que la force agissant sur un pôle est dirigée perpendiculairement à la direction reliant ce pôle au conducteur et qu'elle varie en raison inverse de la distance. De ces expériences, Laplace déduisit ce qu'on appelle aujourd'hui la loi de Biot et Savart.

Expressions du champ magnétique​

Champ magnétique créé par une charge en mouvement. Le champ magnétique créé en un point MM par une particule de charge qq située en un point PP et animée d'une vitesse v⃗\vec{v} dans un référentiel galiléen est

B⃗(M)=μ04πqv⃗∧PM→∥PM→∥3\vec{B}(M) = \frac{\mu_0}{4\pi} \frac{q\vec{v} \wedge \overrightarrow{PM}}{\|\overrightarrow{PM}\|^3}

L'unité du champ magnétique dans le système international est le tesla (T\text{T}). Dans le système centimètre-gramme-seconde, on peut utiliser le gauss (G\text{G}), et on a 1 G=10−4 T1\ \text{G} = 10^{-4}\ \text{T}.

Le facteur μ0\mu_0 est la perméabilité du vide : il décrit la capacité du vide à laisser passer le champ magnétique. Sa valeur dans le système international est μ0=4π⋅10−7 H.m−1\mu_0 = 4\pi \cdot 10^{-7}\ \text{H.m}^{-1}.

Remarques. Comme pour le champ électrostatique, le principe de superposition s'applique au champ magnétique. Si on considère deux particules 1 et 2, alors le champ magnétique créé en un point MM quelconque de l'espace sera la somme vectorielle des champs créés par chaque particule.

Champ magnétique créé par un ensemble de charges en mouvement. Considérons NN particules de charges qiq_i situées en des points PiP_i et de vitesses vi⃗\vec{v_i}. En vertu du principe de superposition, le champ magnétique créé en un point MM est la somme vectorielle des champs créés par chaque particule et vaut

B⃗(M)=μ04π∑i=1Nqivi⃗∧PiM→∥PiM→∥3\vec{B}(M) = \frac{\mu_0}{4\pi} \sum_{i=1}^{N} \frac{q_i\vec{v_i} \wedge \overrightarrow{P_i M}}{\|\overrightarrow{P_i M}\|^3}

Le passage à la limite continue consiste à assimiler tout volume élémentaire dVdV, situé autour d'un point P′P' quelconque de la distribution de charges en mouvement, à une charge dqdq animée d'une vitesse moyenne v⃗\vec{v}. Le champ magnétique résultant s'écrit alors :

B⃗(M)=μ04π∫Vdq v⃗(P′)∧P′M→∥P′M→∥3\vec{B}(M) = \frac{\mu_0}{4\pi} \int_V \frac{dq\,\vec{v}(P') \wedge \overrightarrow{P'M}}{\|\overrightarrow{P'M}\|^3}

où l'intégrale porte sur le volume VV total embrassé par ces charges.

On peut exprimer cette formule en fonction du vecteur densité locale de courant j⃗\vec{j}. L'expression du champ magnétique créé par une distribution volumique de charges quelconque est donc

B⃗(M)=μ04π∭Vj⃗(P′)∧P′M→∥P′M→∥3 dV\vec{B}(M) = \frac{\mu_0}{4\pi} \iiint_V \frac{\vec{j}(P') \wedge \overrightarrow{P'M}}{\|\overrightarrow{P'M}\|^3}\,dV

Ce résultat est général et valable quelle que soit la forme du conducteur. On peut l'appliquer, par exemple, à l'intérieur d'un métal de volume VV quelconque.

Champ créé par un circuit électrique, formule de Biot et Savart. Dans le cas particulier d'un circuit filiforme fermé, parcouru par un courant permanent II, la formule précédente va nous fournir la loi de Biot et Savart.

Circuit filiforme C parcouru par un courant I et section du fil

Dans ce cas, le volume élémentaire s'écrit dV=dS⋅dldV = dS \cdot dl, où dSdS est un élément de surface transverse situé en P′P' et dldl un élément de longueur du fil. Or, on considère toujours des cas où le point MM est situé à une distance telle du fil qu'on peut considérer celui-ci comme très mince. Plus précisément, le vecteur vitesse (ou densité de courant) a la même orientation sur toute la section du fil (j⃗\vec{j} parallèle à dl⃗\vec{dl} et à dS⃗\vec{dS}). Ainsi, on écrit :

B⃗(M)=μ04π∮dl∬j⃗(P′)∧P′M→∥P′M→∥3 dS=μ04π∮I dl⃗∧PM→∥PM→∥3\vec{B}(M) = \frac{\mu_0}{4\pi} \oint dl \iint \frac{\vec{j}(P') \wedge \overrightarrow{P'M}}{\|\overrightarrow{P'M}\|^3}\,dS = \frac{\mu_0}{4\pi} \oint \frac{I\,\vec{dl} \wedge \overrightarrow{PM}}{\|\overrightarrow{PM}\|^3}

Formule de Biot et Savart. On obtient donc la formule de Biot et Savart, qui donne les éléments infinitésimaux de champ magnétique :

dB⃗=μ04πI dl⃗∧PM→∥PM→∥3d\vec{B} = \frac{\mu_0}{4\pi} \frac{I\,\vec{dl} \wedge \overrightarrow{PM}}{\|\overrightarrow{PM}\|^3}

Chaque dB⃗d\vec{B} est défini par un produit vectoriel. Il faut donc faire attention à l'orientation des circuits (règle des trois doigts, bonhomme d'Ampère).

Segment parcouru par un courant I et champ B orthoradial

Tout plan contenant le segment est plan de symétrie de la distribution, donc B⃗\vec{B} est suivant uϕ⃗\vec{u_\phi}.

Le champ créé en MM par une longueur infinitésimale dldl au point PP du segment vaut :

dB⃗=μ04πI dl⃗∧ur⃗r2d\vec{B} = \frac{\mu_0}{4\pi} \frac{I\,\vec{dl} \wedge \vec{u_r}}{r^2}

Ainsi

dB⃗=μ0I4πr2(dz uz⃗)∧(cos⁡(α)ur⃗+sin⁡(α)uz⃗)=μ0I4πr2 dzcos⁡(α) uϕ⃗d\vec{B} = \frac{\mu_0 I}{4\pi r^2}(dz\,\vec{u_z}) \wedge (\cos(\alpha)\vec{u_r} + \sin(\alpha)\vec{u_z}) = \frac{\mu_0 I}{4\pi r^2}\,dz\cos(\alpha)\,\vec{u_\phi}

On intègre suivant α\alpha ; on exprime toutes les variables en fonction de α\alpha et de RR :

z=Rtan⁡(α)dz=Rdαcos⁡2(α)r=Rcos⁡(α)z = R\tan(\alpha) \qquad dz = R\frac{d\alpha}{\cos^2(\alpha)} \qquad r = \frac{R}{\cos(\alpha)}

On remplace et on obtient dB⃗=μ0I4πRcos⁡(α) dα uϕ⃗d\vec{B} = \dfrac{\mu_0 I}{4\pi R}\cos(\alpha)\,d\alpha\,\vec{u_\phi}. Finalement :

B⃗=μ0I4πR[sin⁡(α)]ifuϕ⃗\vec{B} = \frac{\mu_0 I}{4\pi R}\left[\sin(\alpha)\right]_i^f \vec{u_\phi}

Lois fondamentales de la magnétostatique​

Flux du champ magnétique​

Conservation du flux magnétique. Considérons une surface fermée SS quelconque, s'appuyant sur une courbe CC fermée et orientée, c'est-à-dire pour laquelle on peut définir localement un élément de surface dS⃗=dS n⃗\vec{dS} = dS\,\vec{n} dont le vecteur normal est orienté vers l'extérieur, comme en électrostatique.

Surface fermée S = S1 + S2 s'appuyant sur une courbe fermée C

Le flux du champ magnétique à travers cette surface fermée vaut

Φ=∮ ⁣ ⁣∮SB⃗⋅dS⃗=0\Phi = \oint\!\!\oint_S \vec{B} \cdot \vec{dS} = 0

La conservation du flux magnétique montre une différence fondamentale entre le champ magnétique et le champ électrostatique (voir le théorème de Gauss). Si la charge totale est positive, le flux est positif et il « sort » de cette surface un champ électrostatique (source). Si la charge est négative, le flux est négatif et le champ converge vers la surface (puits). On ne connaît pas de charge magnétique analogue à la charge électrique (pas de monopôle magnétique) : tout le champ qui rentre dans une surface fermée doit également en ressortir, on a donc des dipôles (comme les aimants).

Lignes de champ et tubes de flux. Une ligne de champ d'un vecteur quelconque est une courbe CC dans l'espace telle qu'en chacun de ses points le vecteur y soit tangent. La conservation du flux magnétique implique que les lignes de champ magnétique se referment sur elles-mêmes. Un tube de flux est alors un rassemblement de lignes de champ. Soit une surface SS s'appuyant sur une courbe fermée CC telle que le champ magnétique y soit tangent. En chaque point de CC passe donc une ligne de champ particulière. En prolongeant ces lignes de champ, on construit ainsi un tube de flux (exemple : les taches solaires).

Circulation du champ magnétique​

Circulation du champ autour d'un fil infini. On a vu que le champ B⃗\vec{B} créé par un fil infini en un point M(ρ,ϕ,z)M(\rho, \phi, z) s'écrit en coordonnées cylindriques

B⃗=μ0I2πRuϕ⃗\vec{B} = \frac{\mu_0 I}{2\pi R}\vec{u_\phi}

Considérons maintenant une courbe fermée quelconque CC. Un déplacement élémentaire le long de cette courbe s'écrit dl⃗=dr ur⃗+r dϕ uϕ⃗+dz uz⃗\vec{dl} = dr\,\vec{u_r} + r\,d\phi\,\vec{u_\phi} + dz\,\vec{u_z}. La circulation de B⃗\vec{B} sur la courbe fermée CC vaut alors

∮B⃗⋅dl⃗=μ0I∮dϕ2π\oint \vec{B} \cdot \vec{dl} = \mu_0 I \oint \frac{d\phi}{2\pi}

On a donc plusieurs cas de figure :

  • si CC n'enlace pas le fil, ∮dϕ=0\oint d\phi = 0 ;
  • si CC enlace le fil une fois, ∮dϕ=2π\oint d\phi = 2\pi ;
  • si CC enlace le fil NN fois, ∮dϕ=2Nπ\oint d\phi = 2N\pi.

La circulation de B⃗\vec{B} sur une courbe fermée est donc reliée au courant qui traverse la surface délimitée par cette courbe. C'est Ampère qui, en recherchant une explication du magnétisme dans une théorie de la dynamique des courants, découvrit cette propriété du champ magnétique.

Théorème d'Ampère. La circulation de B⃗\vec{B} le long d'une courbe CC quelconque, orientée et fermée, appelée contour d'Ampère, est égale à μ0\mu_0 fois la somme algébrique des courants qui traversent la surface délimitée par CC.

∮B⃗⋅dl⃗=μ0Ienlaceˊe\oint \vec{B} \cdot \vec{dl} = \mu_0 I_{\text{enlacée}}